‹ Histoire des paysansChapitre 67 sur 84 · HEUREUX EFFORTS DE HENRI IV · texte numérisé non relu

HEUREUX EFFORTS DE HENRI IV

tisme mililaire. Tel est le fruit inévitable des luttes armées.

Après avoir soulevé le peuple au profit de leurs passions politiques ou religieuses, les nobles l'avaient réduit a la besace par leurs pillages déboutés. Henri IV, encore naal affermi sur le trône, dut acheter a prix d'argent tous ces révqltés, princes, chefs d'armée, gentilshommes et gouverneurs de provinces. Jacques Bonhomme paya tout cela par surcroit. Il lui fallut même racheter de la captivité ceux des seigneurs qui avaient été faits prisonniers durant le cours de la Ligne (1). Singulière extension de la taille aux quatre cas ! Aussi y a-t-il une profonde justesse dans la rude apostrophe que Pasquier adresse aux paysans : « Vous étiez entré en la danse avec les grands, les grands sont sortis de la presse, et vous y êtes restés par un juste jugement de Dieu. Les tributs extraordinaires courent maintenant sur vous, pour contenter ceux que vous avez mis en besogne... Si quelqu'un avait dormi l'espace de quarante ans entiers jusques k huy, il penserait voir, non la France, mais un cadavre de la France, sans la trouver. En ce grand corps de notre France, il y a une dissolution générale de tous ses membres, prognostique très certain de sa fin, si Dieu n'a pitié de nous (2). »

Henri IV, en dépit des absolutions si facilement accordées par lui aux assassins du peuple des cam-

(1) Décidé ainsi aux grands jours de Lyon, 1596. Arrêt conforme de la cour en date du 26 oct. 1596. (Papon, Arrêts notables, liv. XIII, 4.)

(2) Estienne Pasquier, CongratuL au roy sur la paix faite au moys de mars 1598.

pagnes, était bon^t humain cependant, et la postëlilé ratifiera, bien qu'avec certaines réserves, le surnom de « bon Henri » que lui a donné l'histoire. Les préambules de ses édits témoignent de sa sympathie pour le peuple, en retraçant invariablement « quasi tous les villages inhabités et déserts, la cessation du labour presque générale, le peuple appauvri et presque a sa dernière misère, i En 1600, cette misère lui arrache « des larmes de pitié » (I).

a Quoique les comptables exagérassent quelquefois les non-valeurs, il est certain que la misère était extrême dans le royaume, que beaucoup de terres abandonnées pendant les guerres civiles restaient en friche faute de facultés pour les cultiver ; enfin qu'il était dû vingt millions d'arrérages sur les tailles de 1594, 1595 et 1596 (2). y>

Dès le 8 mars 1591, avant même d'être roi de fait, Henri avait publié un édit pour défendre aux gens de guerre d'exiger àei paysans ni argent, ni denrées, ni corvées, sans ordre exprès de lui, de prendre sous aucun prétexte les animaux de labour, d'emprisonner ou rançonner ceux qui auraient payé l'impôt pour le fait et l'insolvabilité de leurs voisins. Plus lard, en 1597 et 1598, de nouvelles ordonnances permirent aux paysans de sonner le tocsin et de courir sus aux gens de guerre qui tenaient les champs sans commission du roi (3). On diminua les tailles, les « as-

(1) Ordon. du 16 mars 1595. — Règlem. des taiUes de 1600.

(2) Forbonnais, Rech. sur les Finances , I, 35.

(3) t A cause de quoy nos povres subjets faisant entendre plaintes douloureuses et pitoyables lamentations, disons et déclarons ù nos gouverneurs de provinces qu'ils ayent à courir

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