‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 2)Chapitre 10 sur 58 · FRANCISCO PA CH ECO · texte numérisé non relu

FRANCISCO PA CH ECO

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P«intre t poète, littérateur érudit, mois plus professeur que peintre et plus érudit q u 'artiste, Francisco Pacbeco doit sa célébrité moins à ses peinture* qu'à ses écrits. Son livre de Y Ar te de la Pin tu ni est le monument de sa vie.

Homme de traditions, esprit fruid et méthodique. Pueheco, dans ce traité, le meilleur qui ait été publié en Espagne, s'est montré écrivain didactique excellent, et c'est par là que YArte de lu Pintura mérita de rester longtemps classique parmi les artistes. Mais tout autre est la partie philosophique de sou livra : empreinte du myslieisme le plus étroit, elle n’est guère qu'aride et rebutante. Enragé d 'orthodoxie. Pueheco ne veut rien laisser à l'inspiration du peintre. Il a des formules pour toutes les compositions sacrées , pour tous le* sujets religieux, formules invariables, presque inquisitoriales, exclusives de toute liberté, de toute spontanéité. Chez Pacheco, le texte est tout, l’esprit n'est rien. L'altitude, l'expression, l'âge apparent, le costume qui conviennent aux personnages sacré», il prétend les prescrire comme des questions de dogme, cl, avec le sérieux d'un docteur scrutant des cas de conscience, il disserte jusque sur la couleur des vêlements des habitants du eiel. Paeheeo est le théologien, le cuauiste de la peintura.

Ses tMographes ue sont d’accord ni sur la date, ni sur le lieu de sa iMMMUUCe. Les uns, s'appuyant sur un passage de YArte de lu Pintura où l'auteur dit qu'il uvait soixante-dix uns lorsqu'il écrivait son livre, en déduisent, puisque le privilège d impression est daté de 1641. qu'il dul naître autour de l'année 1571. IFaulres supposent que cette date doit être fixée deux ou trois ans plus lard, dans l'hypothèse que pendant les huit années qui s'écoulèrent entre la permission d'imprimer et la publication du livra. Pacheco dut revoir H reetilier le passage relatif ù son âge.

On le croit né à Séville, mais la preuve authentique, l'acte de baptême, n'a pu jusqu'ici être retrouvée. Comme sa famille était originaire de Jerez de la Frontera, on pourrait très-bien admettre que Pacheco aura été amené, dans sa très-grande jeunesse, de Jerez à Séville, où son oncle, le savant chanoine Francisco, demeurait déjà depuis de nombreuses années.

Le maître de Pacheco fut Luis Fernandez, ce peintre de sargas qui forma Herrern le Vieux et les deux frères Ciistillo. Un tableau représentant le Christ portant an crois, daté de 1589, et qui naguère figurait encore dans la collection du chanoine Ccpero, à Séville, parait être le plus ancien ouvrage de Francisco. C'est évidemment un début d qui déjà contient en germe tous les défauts et toutes les qualités de l'artiste. Faiblement dessinée, sagement niais timidement peinte, cette composition, d'un coloris un pou ses, est tout ;i Tait conçue dans les traditions de l'École romaine, que suivait et enseignait Luis Fernandez. Plu» lard. Pacheco dessinera plus savamment, mais il se montrera toujours coloriste aussi pèle; et quant à ses composition», où la recherche de la pondération est souvent poussée jusqu'à la puérilité, elles ne brilleront en aucun tempe ni par la richesse, ni par l'originalité. Pu reste, et de son vivant même, l'indigence de son coloris et la tournure tristement émaciée de ses ligures Ini valurent d'assez vives critiques. Témoin cette spirituelle épigrnmmc rapportée par aes biographes cl qu’on trouva écrite au bas d'un Christ nu qu'il avait exposé :

CHocu os pu mi mu Settor,

Tan dcsalirido y un secof Va» me dirai» que ri amar.

Mh» vu digo que l'udiwo.

n Oui vous a rendu. Seigneur, si blême et si sec? Vous me dîna que c'est l'amour, moi je dis qui* c'est s Pacheco. b

VArtede la P tut uni permet de suivre chronologiquement l'exécution des principaux ouvrages de Pacheco. Vers 1594, on le chargea de peindre cinq étendards royaux pour la flotte de la Nouvelle-Espagne. L'artiste nous décrit minutieusement dans son Hvro le procédé employé pour ce genre de peinture, les sujets exécutés et jusqu'à l’agence ment de ces riches pavillons où se mêlaient le damas, la soie et l’or.

En 1598, Pacheco peignit à fresque une partie du catafalque élevé, dans la cathédrale do Séville, eu l'honneur de | J hilip|H> II. l/aiiiiée d'après, il signait cl datait deux tableaux représentant Saint Antoine et Saint François qui allaient prendre place dans un couvent de Lora del Rio.

En 1603, il peignit, à la détrempe et sur toile, diverses compositions emprunté**** à F histoire de Dédale et d'Icare qui formèrent la décoration du cabinet de son protecteur et ami I). Fernand Hcuriqiic/ de Kibcra. duc d'Alcala. t> travail lit beaucoup d'honneur à Pacheco, qui sut faire preuve d'habileté dan» le dessin de ses figures, présentant presque halle* des raccourcis pleins de hardiesse. Cespedès, qui se trouvait alors a Séville, vil ces peintures et loua chaudement l’artiste.

Désireux d'étudier le» œuvres de* grands maîtres, que Charlos-tjuint et Philippe II avaient réunies à Terni dans leurs royales demeures, Pacheco quitta Séville en l'année 1611. et visita successivement Madrid. l'Kscorial et Tolède. L'est dans ce voyage qu'il connut le Greco, dont la fougueuse et bizarre manière, si éloignée de ses propres errements, motiva entre les deux peintre* le» curieuses discussions esthétique' que Pacheco a soigneusement rapportées dan» son Art île la Peinture.

Ce voyage exerça sur le talent de Pacheco une influence considérable. De retour dans sa patrie, et préoccupe de* qualités de style et de coloris qui l'avaient le plus frappé, il s'appliqua avec une louable énergie à donner quelque ampleur à sa propre manière. Mais si ses efforts n'aboutirent pas à un succès complet, il y eut progrès : le froid et sévère Pacheco donna dès lors plus de vivacité à ses personnage.* ; il anima davantage ses compositions, en disposa le» marnes avec plus de liberté, et sa touche, sans atteindre à la puissance de llerrera et de Koelas, mil communiquer à ses ligure* plus* de relief et de vie.

C'est dans ce» conditions nouvelles qti il termina, en 1614, pour le couvent de Santa Isabel, le grand tableau du Jugement dernier, son œuvre principale, gravée dans cette'notice.

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