‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 2)Chapitre 23 sur 58 · DON DIÉGO VÉLASQUEZ · texte numérisé non relu

DON DIÉGO VÉLASQUEZ

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lu jour que Velasquez venait d’achever le portrait du gruudmnirnl de Castille, don Adrien Pulido Pareja, Philippe IV entra dans l'atelier de son premier peintre, et apercevant le |M>rli*ail de l'amiral: « Que faites-vous là, dit-il, en s'adressant au labknu, «t-ce ainsi que vous exécute* mes ordres? Yost-ce pas il vous que j'ai eoii(]é l'honneur de mon |kiv illoirf * Puis, se louruaiil du nVté «h* Vélasquez, >< Mon llls, dit U* roi, vous m'avez trompé*. » Cette parole était sans contredit l’hommage le plus flatteur qu on put rendre au génie de Yélasquez, génie allier qui ne voyait «lan-» la (teinture qu'un moven de rmmuneueer la création.

lion Diego Itodriguez de Silva y Velasquez naquit à Séville eu 1599, suivant le témoignage des auteurs espagnols, et non pas en 1594, comme l’ont répété tant de biographes. Son premier maître fut Herréra le Vieux, homme terrible, d'une indomptable rudesse, qui s'était fait une manièie de peindre en harmonie avec son caraelére. Contemporain du Cannage, il eu

■ O» auegurn, i/u* me enyij âe l'.tlixhiim Vrl.llOO, Ia* ridât dr l<>* pinlurrt r>f niüu/f», «il lumr lu du Mumv pirlorim y rwvj/n opttra. Xt-ul ml. I“il,

ÉCOLE ESPAGNOLE

avait In rambiv humeur, In hardiesse brutale et le fier pinceau. Mais traitant m*s élève» et sa famille comme il (teignait ses tableaux, cï»t-â-<lire avec une sur te de sauvagerie el de fureur, il éloignait de lui tout |p monde, et Velasquez dut bientôt fuir l'école d'un mai Ire que ses propres enfants abandonnaient. Qqiendaiit Min séjour riiez Herréra le Vieux, lui fut profitable ; il y contracta le goût d’une exécution libre, énergique H fière, qui tranchait avec le fuite timide d<*s peintre» antérieurs de l'Andalousie, et à force de voir son maître réussir pur l’audace, il s'accoutuma lui-même à une manière pleine de franchise et de vigueur.

Il y avait alors ù Séville un condisciple de Herréra le Vieux: c'était François Pachéco, aussi sage, aussi contenu que l’autre était emporté. Velasquez, en quittant l'atelier de Herréra pour celui de Pàchéco, trouva dans ce second maître, non-seulement un bon peintre, surtout à fresque, mais un écrivain savant, un poète. Sa maison, dit Palomino, était la prison dorée de la |>einlure, carrrl doratlo d/l art/'. Chez lui se réunissaient lis beaux esprits qui habitaient Séville ou le traversaient : llemera lr dirin, auteur d'un Traité sur la peinlurp, François Uuévédo de Yillégas, poète ingénieux, et l'immortel au leur de Don Quichotti' de t a Mancht, Migue! de tenantes Saavédra. Voyez combien est cliarmunle I Tiisloin- de l'ait ! C'est elle qui soulève certaines tapisseries auxquelles la grande histoire n'a jamais touché; c'est elle qui, nous introduisant par une porte imprévue, nous fait rencontrer chez le- peintres des personnages qu'on n’y soupçonnait point, et qui sont venus là dé|ienscr 1rs bonnes heurts de la vie, celles que passent entre eux les philosophes, le* artistes et les rêveurs. El quelle heureuse fortune |iour un jeune peintre que «le grandir en compagnie île tels hommes, de s'enrichir du bénéfice de leurs conversations! Car je me figure que dans eet atelier où l'on pouvait apercevoir deux écoliers ardents à l'étude, Akaizo t jiiio et Velasquez, les journées devaient être bien courtes et bien remplit», soit que Pïiehéeo dessinât le portrait île férvantrèaux crayons rouge et noir \ soit que le portrait inspirât de jolis versa Quévrita, suit enfin que l’illustre romancier racontât les prouesse» du dernier de- chevaliers errants, ou bien qu’il ouvrit une fenêtre à l'imagination des auditeurs sur ce rugueux paysage île la Sierra-Morena, qui ne ressemble à aucun autre.

Velasquez, bien qu'un pût lui croire un caractère violent d'après son portrait peint par lui-même, était , au contraire, un Immme sociable et doux. Itachéco le voyant déjà si habile et si attentif aux nobles entretiens île ses visiteurs, s'attacha particulièrement h lui. Tous les tableaux que dans ce temps-là l’on faisait venir à Sév ille, île Home, de Naples, de Venise et même des Pays- Un*, Pachéco les montrait à son élève; il lui procurait la facilité de les étudier, île le* copier; mais de tant d'ouvrages aucun ne séduisit aussi fortement Velasquez que Us tableaux de son compatriote Luis Tristan de Tolède, ilont il admirait la belle couleur et les vives conceptions, sans doute comme se rapportant k» mieux à son propre tempérament, cor, en général, ce que les artistes admirent dans les autre», c’est une portion d 'eux-mêmes. Du reste, chose remarquable, Vélusquez, en homme vraiment né pour la peinture,* avait su parfaitement apprécier ses deux maîtres et s'aptiroprier ce qu’il trouvait en chacun d'eux de meilleur. Il détesta le naturel farouche de Herréro le Vieux, mais il lui emprunta sa puissante et hardie manière ; il aima l'intelligence cultivée de Pachéco, mais il ne put adopter le style châtié et sage, la peinture timide île ce docte professeur : de sorte que chez l’un il Tonna sa palette el chez l'autre son esprit. Ce fut au sortir de cotte double éducation vers l'âge de vingt «ns, qui* Velasquez épousa fa fille de Min maître, dona Juann, ainsi que l’a raconté Pachéco dans son Traité de la Peinture *.

t»n lésait, VidSal ne fut jamais le doutai ne des peintres espagnols . et par idéal, j'en tend» ici le haut *tyle. Exprimer I» passion, surprendre fa réalité, faire palpiter la vie, ee fut le bt de cette forte école. En ce sens. Don Diégo Vélusquez était le plus Espagnol de bus les peintres. Il faut le suivre pas à pas dans sa marche vers le genre de perfection qu'il devait atteindre. Son maître favori, celui qu'il plaçait au-dessus de Pachéco et de Herrérn le Vieux : c’était la nature. Il la consultait à chaque instant du jour. Il avait pris

* Çluillw l, IHriiannmrt drt peintre* rtpaçnali. Pari*. 181 A.

* Voyez U vie île François Parti*™, dan» lr Diciwnmart d<- ÇtuilliH. Cet ouvrage cal un* utile compilation de Pakwninu, de Cêan Brrmudcx et des meilleurs livres espagnols touchant U peinture.

1 F.l Anr de la ptnhira. ni omligv/dad y grandeuii. En ScvilU, 1618.

à son service un jeune paysan qui no 1<- quittait point et il I étudiait en ses moindres gestes, faisant prendre à son corps mille posture* différentes, épiant sur su physionomie les expressions de pieté ou de tristesse, d 'attention ou d'indifleieiur. de plaisir ou de crainte, que provoquent les accidents de la vie

commune, ne s' épargnant enfin aucune nuance, aucune difficulté de dessin, aucun raccourci, lie la sorte il étudiait l'humanité dans un homme, et cherchait il surprendre sur ee modèle, tmij<Hirs |p même et toujours mobile, non-feulement la traee d»* mouvements ordinaires de l'Ame, omis le parti que peuvent offrir à In

1 - b* serm de mudelo en divers» acionrf y postur», ya lluraml», ja nrndo... rtr... pnrhi-ro, El Arie d* lu rimlutn En Sevilla, i«t».

ÈCOLK KSPAfîSnLK.

|*'inlure tes divarscs attitude* du cnqis liiimsiin. Il observait sur ce visige les rides creusées par le rire ou lus larmes, ces rn]t*s qui, suivant In i ('marque duu philosophe, servent ii exprimer lu joie aussi bien «pie In duubnir.

Telle était In confiance de Velasquez en In rielie variété de la mil un», que lorsqu’il puisait dans cet iiiépuisaide trésor, e était presque toujours sans préférence, bien sûr qu'il y rencontrerait partout la beauté et qu'il saurait In traduire. Parlant de ce principe, il n’eut d'alwrd d'autre but qu’une imitation scrupuleuse ib* la forme et du Ion de tous les otgels. finiront avec le même soin chaque partie et lui donnant toute In vigueur qu'il cmvail \ voir. N'hIht pas lu que doit conduire en effet le natuialisme, du moins au début? Si vous considérez l’arl comme une simple eontr'épreuvo de la nature, aussitôt tout en elle vous enchante; occupé de la «cille fidélité du rendu, vous attachez aux parties principales ou accessoires une é'gnlc importance; prenant un à un les détails, vous les attaque/ d’uUu d avec amour, avec force, «a ns vouloir en sacrifier aucun. Alors les plans qu'il aurai! fallu distinguer se confondent, la valeur relative des tons vous échappe et. pour avoir mis partout de racorni, du relief, vous tombez dans une dureté inévitable. C'esl ce qui arriva précisément à Velasquez dans sa première lutte contre la nature. A celle manière appartient le tableau si fameux du Marchand tCmu de SécMf, dont la vérité, du reste, est si frappante, qu elle éveille dans le spectateur jusqu’ 'aux sensations du gosier, car on y voit un homme du peuple se désaltérer si avidement et si complaisamment à la cruche du marchand d'eau, qu’on voudrait souffrir longtemps de la soif pour avoir la jouissance de l'étancher ainsi, l ue Adoration dm Brrgern. que |io-*cdail M. le comte de l'Aguila — celle-là même qui brillait naguère d’un si v if écbil au musée cs|iagnol du Louvre — doit remonter à la même époque de rigoureuse' iinitnlioii, ainsi que les serins familières et d’intérieur que Velasquez peignit dans le goût de David Téniers, par exemple celle hooflooiirrif liacbiquc connue sous b* nom de ha Brbtiiorr*. tableau ibs littrcurx. C'est l’entrée d’un récipiemlaire dans une sorte de loge maçonnique de I wts étage, où un président aviné, charnu, nHuisunl, couronné rb' pnnipro et presque entièrement nu, initie U* novice aux mystères de la gourmandi-c et du vin généreux, taudis que, rangés autour du tonneau sur lequel Irône le monarque enluminé, cinq ou six bandits en guenilles emplissent et vident leurs coupes, ou rient aux l’clab d’un gros rire bien trivial, mais si ouvert, si franc, si routagieux, qu'il donne envie de rire au spectateur, comme le Marchand d'eau lui donne envie de lioire.

Au printemps de l'année 162*2, te gendre de huhéco partit de Séville pour Madrid, où le chanoine Fonséca, son compatriote, de service nu palais, lui procura les nioyins de visiter les galeries du l'aixloet de I Fscunal, d’y voir, d'y copier lont ce qu’il voulut. Jabiux ib* prolégerun jeune homme dont il devinait les destinées, Jean de Fonséca s’occupa de ménager à Velasquez des protecteurs plus puissants que lui-même, si bien que le peintre ayant été rappelé à Séville, y reçut, avec cinquante ducats d’or, une lettre du comte-duc d’Oüvarw, ministre d'Ktat et favori de Philippe IV, qui l’invitait à si' remettre en roule pour Madrid, Cette fois Itachéco accompagna Velasquez, afin, disait-il, d être témoin de h gloire de son gendre. Pour prendre son rang, Velasquez n avait l*e>oin que de peindre et <b* montrer ses enivres, la» chanoine Fonséca, qui avait reçu l’artiste dans sa maison, lui demanda son portrait, et à peine la truie fut-elle achevée, qu'il courut au |silais exposer aux yeux du roi et des courtisans l’oeuvre de son protégé, peinture solide, coloré© et vivante, où ta tète du chanoine -cmblail se répéter comme en un miroir. Le jour meme, Vélnsqnc/. fut admis à la cour, et Philippe IV voulut avoir son portrait de la main d’un tel artiste. Pour obtenir les faveurs de In fortune, le peintre espagnol lui avait fait viobuire.

Velasquez abordant de front une des plus srrinm difficultés de ta peinture, représenta le roi d'Kspngnc couvert de son armure et monté sur un beau cheval qu’il s’agissait d'enlever en plein air, au milieu d'une campagne qui devait fuir à perte de vue. Le succès fut merveilleux, u Maigre cette négligence hardie de tous b» secours artificiels de Part, dit M. Louis Vinrdol Velasquez n'a-t-il pas atteint les limites possibles de l'illusion? N’o-l-il pas porté sur sa toile trais les en mot ère* (b» la vie? Quai parfait naturel «buis la pose et l'accord des membres, dans riuibilud© générale du corps! Ces cheveux ne sont-il pas

• Lft Itmres H Erfmgrtt , rf" Angleterre et de Belgique. Pjri>, chez Paulin. 1813.

VKLASQUKZ.

npite* par te vent ? U* ne nmilM-il |ni«. sous celle pciui hlanclie et fmiclve? Ce» veux n ont-ils pa* le don «lu rcgnrdt Celle lioin-lte lie va-t-elle pu» '.'ouvrir et parler? *

«I MT lli*« CtRLUI MIMIO

U m latent de Vélasque* avait encore grandi. La sévère exactitude qu'il avait mi»- d’nlnrd dan» «a. imitation, l'ayant conduit à un style qui n'élail pas, nous l avons dit, exempt de sécherew. il s'en

fi ÉCOLE ESPAGNOLE.

était corrigé en remarquant que l’éloignement de» objets donne de l'indécision à leurs forme* et altère leur apparence. Sa touche était maintenant plu» facile, plu» spirituelle; il imitait lu nature, non telle qu elle est, mais telle qu elle parait être.

Devenu peintre particulier du roi, pintor tU: canuira, Velasquez se vit comblé de présents et de ducats d’or. Philippe IV n'était pas un grand roi, laen qu’il s'entendit rhuqur jour comparer au ssoleil ; mais il ainui lw lettres et la peinture, et il le* aima dans la personne d'un illustre poète, (laideron, d'un evecllenl peint»*’. Velasquez. Admis l’un et l'autre dans l’intimité royale, ils furent en quelque sorte les familiers du palais; ils tirent partie de la maison du roi, ils t'honorèrent de leur amitié; avec eux il oubliait les démembrement» successifs de la monarchie de (.harlcMJiiint, et quand on venait apprendre à ce monarque nonchalant qu’il avait perdu le Portugal, perdu le Roussillon, js'nlu les Flandres, «mi le trouvait écoutant quelque charmante comédie de cafte et d'èpee, ou conlrinptunt, ap|niyé sur l'épaule de Velasquez, mi paysage qui lui iiioiilrail tahorizons et la verdure de son royuume.

Paysagiste, Vélnxpiez ne dut pas l’être à la Hayon de» Hollandais, c'cst-à-din* qu’il ne fui point précieux comme Karel Ihtjanlin, curieux par les détails du terrain, comme Wviiant», fini comme Van île Veille, suave comme Poêlem bourg; il apporta dan» le paysage une rude franchise de pinceau, il le traita dans une manière large, sommaire, qui semble naturelle aux peintres d 'histoire et qui était eette île Rubens. (liiez le | «cintre espagnol, la campagne ne joue pas précisément le premier rôle; elle sert de fond aux épisodes animés que l'artiste imagine avec l'intention de les mellrc en relief. La Vue du Pardo se complique d'une chusse nu sanglier, où le mouvement îles chiens, des chu vaux, des rhussciiis, intéresse aillant que ta sauvagerie du site et l'us|iect du Ihü*. La Vue H'Aranjwz représente une avenue sablée , célèbre eu Espagne «sis le nom iV aller tb la Reine, et semble n 'être qu’un prétexte pour nous faire assister h ta promenade dm dame» de la cour avec legentilshommcs à la mode, sous les ombrages d'une contrée de italiens, pliant à l'exécution de ce» qui appartiennent au Mutrodel Et , comme In plupart des umvres capitales de Velasquez ; ils sont brossés hardiment, brutalement, pour être vus de loin. Ile près, ou serait choqué d'une louche aussi heurtée, île la crudité de certains rapprochements, du vague dans lequel sont masse», et en upparenre confondus, terrains, arbres et ciel ; mata ai on tas considère h distance, tous ers objet» x 1 débrouillent aussilôl, tout s'harmonise, chaque élément du tabtau reprend sa place, ctuique Ion sa valeur, la lumière brille, ta nature et ta vie sont présentes, l'illusion augmente à ce point qu'on est tenté de se rapprocher encore, pour s'expliquer un effet si artistement combiné, si sûrement obtenu.

Je crois savoir le secret de eette façon cavalière de traiter ta peinture, et pourquoi cita a si merveilleusement réussi a Velasquez. Il avait commencé par peindre le» objets au fur et à mesure qu'ils venaient s'offrir a ses yeux : oiseaux, poisson», fruits et fleurs, frutnx, avnt, jtece», y naos tnanimada* par et mtitral, dit fléau Itarmiiilez 1 , et rien ne saurait mieux former ou perfectionner un coloriste qu'une sévère élude de ce qu’on appelle ta milan' morte. Là se peuvent découvrir quelques-uns des mystère» île ta création et de ses convenances harmonieux 1 ». Le» premières choses venues, la pierre du chemin ou ta fleur des champ». |iortent en elles-mêmes te principe «ta l'alliance et de l’opposition des Ion». Le contraste y sert à piquer notre attention et l'harmonie à la charmer. L’œil d'un peintre, en faisant le tour d'une pomme de Calville, par exemple, mirait du plaisir à y démêler tas fine» nuances qui, du jaune pâle, ta conduiraient à l'incarnat. Le chardonneret à tète ronge et aux ailes bordées d'or, présenterait à lui seul Italie une théorie à l'usage des coloristes. Velasquez, en ne rapprochant, comme ta nature, que des couleurs dont il sentait ta parenté, s'épargnait ta nécessité de tas fondre; il put ainsi conserver la solidité île ta pâle et sa fraîcheur, |mrce que ne craignant pas de ble»scr ta vue par ta voisinage de tons qui se mariaient d'eux- menu-s, il tas appliquait juste, hardiment, avec sûreté, et ne ta» tourmentait plus.

Cependant ta nouvelle se répandit à ta cour d'Espagne, qu'il venait d’arriver à Madrid un peintre célèbre, Pierre-Paul Rubens. Porteur de présents diplomatique» envoyé 1 » par le duc de Mantoue, Rubens se fait présenter

1 Diraonario de Im mai illuitrn prafnwrn ... rtc... loti*» - vt. Mmlrid, IWK).

VÉLASQURZ.

à Philippe IV... Mais quoi! l'officier qu’il rencontre è la porte de l'appartement du roi. l'hôte familier qui va l'introduire, c'est Velasquez * ! Oh ! ce dut être un heureux jour pour ces deux grand» peintres, que celui où ils m* virent pour la première fois! Et pourquoi donc les historiens n ont-ils connu aucun detail de celte entrevue? Serait-elle moins intéressante que celle de Philippe IV et de Louis XIV dans 111c de la Conférence! Ces deux illustres princes, je perle île Velasquez et de Hulien», ne furent-ils pas les personnification» les plas bridante» «h‘ la ri espagnol cl de l'art flamand? le croirait? Ce fnl lluliens qui inspira nu peintre du roi le désir de voir rilalie; lui. Itiibeiis. que n avaient pu changer ni l’idéal de Florence ni la chapelle Sixline, qui avait vu el

copié la Cène de Léonaid de Vinci avec les yeux, avec le crayon d’un chef d’école flamand! Jamais peut-être la nature ne lit deux hommes d’une originalité plus native, d’une nationalité plus reconnaissable, que Velasquez et Hubeiis.

yuoi qu’il en soit, Vétasquez, avec la permission du roi qui eut de la peine à se séparer de lui, s’emlierque û Barcelone le 10 août 1629, sur le vaisseau du marquis de Spinola \ aborde è Venise et court sur le champ aux tableaux. Titien lui apparaît aussi grand que l'avait dit Bubens; Véronèse l’enchante, le Tintoret l'entraîne, el il copie d’après ce fougueux maître le Cahmrt et la Commun ton des apôtre», se proposant d’offrir ces deux toiles à son ami Philippe IV. A Ferrare, à Bologne, k Borne, Velasquez est partout accueilli arec honneur.

1 VeUiqurt avait alor» la charge d'introducteur de U chambre, agitr de càmara. II fui plus lard maréchal de» lug s, apoitRtoifot

* Parheeo, Arl* dt la fini va, ta antiguedaé y grandetat, lilin» priimro, p. 103.

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grâce aux ordres envoyé» par le dur d'Olivarés à loua te représentants île L'Espagne en Italie. Le pape libam VIII loge I'ar1b«tt* ail Vatican, et lui fait remettre Lfttddtü» up|«irtrmcnLs ornés -de peintures '. Vélasquez «tesine au crayon le Jugmxml dernier, les Prophète et te Sibylles de la rinqiellc six line, l'Em/r fVAthmr *. le Fumante, Vlnrrwlie del Borgo , et il emploie si bien son temps, qu’il lui n*slc u peine le loisir d’exécuter dt*u\ tableaux de sa composition, la Tunùpw de Jfiêrph, un de ses plus fumeux, et te Forges de Vulcain, Ce sont des chefs-d'œuvre à leur manière.

Je dis à leur manière, car il est de* choses qu’il lie faut |K>i n t demander à Yélasquez : lYHévathm du style, te conventions traditionnelles comme te comprit Nicolas Poussin, et cndle nobte*c dans le choix du contour qui, dépassant In correction, va jusqu à substituer aux formi's que présente lu nulun', lis. raffinements inventés |wr le génie imi par le goût. Velasquez ne paye jamais qu’en monnaie d'Espagne, c'est-à-dire qu'il fail rentrer dans te types d'une trivialité Hère te héros et te scènes île l’ordre le plus auguste. Pour lui, te dieux de l’Olympe ne sont que des hommes, et l'homme, à ses yeux, c’est le premier venu, c’est le muletier qui pawe ••n sifflant, c’est le mendiant qui, là-bas, se dnq*' majestueusement dans sou manteau troué. Aussi lie vous attendez pas à rencontrer dans la Forge de Yulmin , ce svelte Apollon que la statuaire antique lit sortir du marbre, rayonnant de grâce, de henutr et «le jeunesse, effleurant le sol d’une démarche divine. Non, sur la toile de Véteqiuic, le fils de Latonc venant dénoncer à Vulcain l'adultère de Vénus, n'est qu’un ap]ircnti forgeron qui serait fort suqiris s'il voyait l'annule lumineux* dont *a lèle «*st environnié. En dépit de la branche île laurier qui cou mime cet apprenti déguisé en dieu des arts la scène est ite plus communes et se pusse en quelque auberge de village, ou, si Ion veut, dan* l'atelier du maréchal chez qui Velasquez aura vu ferrer te mute du roi d’Kspagiie, car assurément on n'a jamais forgé là ni le bouclier d'Achille ni l'armure d'Énée. Mais, en revanche, si l’on accepte h» tableau par son oMé vulgaire, quelle réunion île qualité* édatante * f'.ominc l'expression est simple, comme elle est forte, et dan* la pantomime de Vulcain, plus étonné qu'il ne devrait l’être «te infidélités de Vénus, et dans la naïve contenance <te trois forgeron» qui, laissant reposer l'enclume muette, interrompent la cadence de leurs marteaux ! Tout ce qu'un peintre français aurait demandé à une imagination |métique. Yélasquez le demande à la réalité pure. Au lieu du contraste «te deux natures, divine et humaine, c'est le contraste des «leux lumières, le feu du brasier et la clarté du jour. Et quelle savante anatomie dans ce* beaux coq»* qui se modèlent sou» un rayon de soleil, dans <*e* bras si souples, si nerveux, si juste d’emmanchement et de raccourci! Pourquoi ferait-on divorce avec la nature, quand on réponse avec tint d'amour, quand elle est si féconde 1

Yélasquez revint d'Italie uwi Espagnol, aussi Velasquez qu 'auparavant. L'élude «h» l'antique n'avait pas éteé son style jusqu'à l’idéal. Sa «tetinée était «h* régner exclusivement dans le domaine de la i*éalité. S’il n’eut pas des uili*s pour monter dans te imams, et y saisir te expression* surhumaine», il fut peut-être le plu* grand «b* Unis ceux dont h»* pieds touchent la terre. Sa peinture à force de caractère devint sublime et souvent, quand il lie elkerchait que la vérité, il rencontra la poésie. Il en mit plus dan* un simple IHirlrait que d'autres n'en mettent dans «te ciHiiposi lions sacrées mi historique». Mai* ainsi quel peintre eut jamais de plu» beaux modèles pour inspirer son génie? Velasquez avait devant te yeux, non plu* celte nature lourde, épabae et charnue, qui posait dans te ateliers flamands et hollandais ; mais ce* organisation* espagnoles, exubérante* de vie et «h? pa^ion, reniplte d«* courage, «le dévotion et d’orgueil, (Juand il se trouvait en pnWihv «l'un de ccs chcvakwsques personnages dont I» contenance était aussi superbe que la sienne , le modèle grandissait encore à «■* yeux , et il arrivait un moment où h* portrait **? trouvait transformé en un magnifique tableau d’histoire!

Celui du comte-dur d’olivarès. son protecteur, eu est un exempte. Il le représenta couvert d'une armure damasquinée eu or, avec un chapeau orné de panaches et tenant en main le IxUon de commandement. Monté sur un «'hevnl andaloux de la plus belle nui*, il se précipite au combat, son visage parait baigné de sueur, sous le poids de la fatigue et de* arme*. Dans le fond, on upi^tvoil un choc «h; cavalerie. Jamais on ne

l'arhiro, Artrde Ut ftinfuru, «u antigurdmi y gratuit*** , libru prntv-r». p. 101

Mil mieux rendre le mouvement et la beauté «les chevaux, l'ardeur et la vérité «le l’action, Pnlomino Velaseo qui a raconté avec tant de soin la vie des peintres espagnols, ne peut s'empêcher de 8 'émouvoir en parlant de ce tableau : « On voit, dit-il, s’épaissir la poussière et la fumée; on entend le bruit des armes, ou nwiste au carnage •. »

Ici Velasquez devient l’égal du Titien el de Van Dycli. Personne ne connaît mieux que lui la construction du cheval et sis. mouvements, son squelette et son allure. Van Dyck a peut -être donné à ses chevaux plus d'élégance; Velasquez en a très-bien fait sentir les attaches, et leur a donné plus de feu, surtout dans les têtes, qui sont d'une noblesse et d une beauté rares. Non. rien n'est plus lier, plus mâle que ce cavalier aux moustache*

retroussées, qui , tourné vers le spectateur, pendant que «ai cheval l’emporte au combat, ordonne la charge et semble commander, non seulement en vertu «le son pouvoir, mais en vertu de son courage. N’csl-ee pas là ci* qui a inspiré à notre peintre français son Capitaine tlr/t guidr»? N'est-ce pas le ressouvenir de l’héroïque portrait de Velasquez qui a fait trouver 5 Gérienull une nuire mnnière d'être sublime t

Je me souviens d’avoir visité, en 1836, la galerie du prince d'Ornnge. di-pois roi de Hollande, à RnuéUrs. Après avoir admiré bien des cl»efs-d 'œuvre, entre autres un élonnnnl pnymtgr de Kiibens, où hurlait une chasse ail sanglier, des ligures du Pérugin et d'admirables tète* de François Penni, surnommé le Fattarr , je Tus introduit

1 Uuieo pieturieu g titaU oplicm. En Madrid, 1724.

* Parc que ne vid polvo, *• mira et huinu, »e oye el estruendo, y sc teins i l •-Mragn. Lat ritlu* itr lu* piutim tspaioles, au toen. in, p. 3.13, du Mutm piclorieo

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«bits une salit! nui», où étaient appen du* . d'un côté : b JW/c AmvnnM.’ de Van Dyck et le porlmil d'un bourgmealre vêtu de noir, avec sa collerette Une à petits plis ; de l'autre, les portraits du comte-duc d'iHivarè* et de Philippe IV, par Velasquez. Jamais labiaux ne produisirent une sensation plus profonde sur un jeune homme amoureux de l'art. Ceux qui visitaient avec moi b galerie, ayant pâmé outre, je dcmmiroi seul quelque iiistauLs eu présence de ecs quatre liguns en pied qui me regardaient de toutu leur hauteur. La gravité de leur ixmleiianee immobile ni'nii|K*-flil du respect el je prenais involontairement leur digne attitude. Ineertain, du reste, entre ces deux grands peintres, deux fois ébloui, je sentais mon enthousiasme aller de Van Dyck à Velasquez, de Velasquez à Van Dyck, et chacun d'eux axait à son tour ines préférences. Le savant et riche pinceau de l'élève de liiibens ne me séduisait pas plus que (a manière franche, vigoureuse et sobre du peintre «‘spagnol. L'un me faisait admirer l'art, et l'autre l’avait caché pour ne montrer que ln nature.

Philippe IV avait attendu avec impatience le retour de Velasquez : l'in limité du peintre lui était nécessaire, car c’était un de ces amis familiers qu’en langage de cour on appelait privadim drl Rnj. Durent l'absence de Velasquez, le roi n'avait voulu poser pair aucun peintre, et cependant il avait à son service les Caxcs, hs> Canlucho, I» Sardi. Ami passionné de l'art, et charmé d'en pouvoir découvrir 5 toute heure les manifestations naives, lis procédés et les secrets, il fil dresser à son [mmiiUv favori un atelier dans la galerie du Cierzo, et garda pour lui-méme une seconde clef, se réservant d'entrer quand il lui plairait, d'aller surprendre les fantaisies à l’état d ‘ébauche et s’amuser à suivre pas à pas le développement de chaque pensée, les progrès de chaque toile, «lepuis l’informe et confuse apparence du croquis jusqu'au dernier terme de l'exécution. Ce fut à la famille de Philippe IV que Velasquez consacre les premiers instants de son retour. Il peignit l'un après l'autre infants el infantes, On pouvait voir au Musée du Louvre avant que les héritiers de l’ex-roi Louis-Philippe ne les lissent enlever, quelques échantillons de cette peinture, trop sincère, trop libre pour être courtisa nesque. Exhaussés sur île hauts talons ou attachés à de longues rapières, ce* principieules de la hauteur de leur épagneul, se présentaient à nos regards avec une sol cnn i lé quasi-royale qui avait Lien son coté charmant, le côté historique et vrai.

Au Musée de Madrid, on conserve les grands portraits équestres ou en puni de l'infant don Balthozar Carias. Velasquez l’a représenté: ici, tenant d’un air mutin m carabine, entouré de ses chiens, et son petit chapeau crânement posé sur l'oreille, ou milieu d'un de ce» paysages accidentés comme on n’en verrait, je crois, que chez Coïtantes; ta, monté sur un cheval andaloux qui va sortir de ta toile ou grand galop. Rien n’est plus intéressant que cet embryon de cavalier, aux gruitils yeux noirs, si 11111111111111» , si ualf , si bien d'aplomb sur sa fougueuse monture, et les jamfas perdue* en de» Imites molles, ainsi qu'il convient à un chasseur déjà rennpu aux habitudes ch* I équitation

Tous les effets d'une nature observée au hasard, tous les phénomènes de la lumière , depuis l'intensité du grand soleil jusqu'aux nuances les plus fugitive» d'une clarté douteuse, Velasquez les aborde sans hésitation, les reproduit sans peine. Rien n 'embarrasse un tel maître, rien no l’étonne, tant qu'il ne s’agit pas d'idéaliser son modèle. Grouper des personnages dan» la pénombre lui est aussi facile que d'en enlever un seul en pleine campagne. S’il lui arrive île visiter une fabrique de tapis, et d’y voir des femmes qui, à raison de l'extrême chaleur de l’été , travaillent à moitié nues, tous un rayon amorti par les tentures extérieures, il sera frappé des effets charmants de ce clair-obscur, et il représentera les Pileuses, las llilantlrras, livrant au demi-jour leur nudité insouciante, tandis que des damai plus vêtues inarehnndent des tapisseries terminées, et sont ta pourtant comme de simples objets dont le peintre s’est servi pour montrer les miracles de son incomparable pinceau, pour augmenter l'illusion de ta perspective et donner prise aux accidents dune lumière adoucie cl ménagée. On irait, je suppose, regarder par une secrète ouverture cet intérieur de fabrique; on viendrait surprendre au milieu de leurs travaux el en déshabillé ces ouvrières paresseusement occupées, dont un jour attiédi caresse les épaules et qui sont comme baignées dans l’air chaud du Midi on ne verrait autre «‘luise

* On peut *e faire une idée de ces portrait* rn consultant U Cottweim tilajraffca de cuadroi dtl Rry de Kspana. Madrid, t®M. 1. 1 . Ccl ouvrage est incomplet au ralmu-t de» estampe» de la BibltoUiiquc nationale.

Y EL A SOI’ KZ < I59!li.

que If tableau même du peintre espagnol. Aussi Raphaël Mengs s’cst-il écrié, en parlant de ce tableau et îles portraits de Velasquez : u II M'inblc que sa main n u pris* aucune part à IV\t viilion de >e» ouvragée, et que tout y n été créé par un pur acte de sa xolilion »

Repu» longtemps, Philippe IY songeait à établir dans Madrid une académie publique des beaux-arts; nuis il fallait des modèles : le roi chargea Velasquez de parcourir l'Italie et d’y choisir, |kmic le com|de du gouvememenl espagnol, tout ce qu’il croirait digne d’ètre rapporté'. Le peintre partit donc «le Madrid au mois de novembre I t»4H , et dut s’embarquer il Malaga avec le duc de Naicra , qui axait ordre d’aller recevoir à Trente la leine

' Raphaël Mt-ng» , Dr*cripthn de» principaux labira as qui tonl dnn» U jm/iim du Roi. n Âlndnd. I. Il «li s Ifcioir».

* Ovillict, Dictionnaire dn pcimrt» erpognolt, p. 375.

ÉCOLE ESPAGNOLE

Marie - Anne d'Autriche. Ils délimquérent è Gènes et se rendirent à Milan ; niais Velasquez ne voulut pas v attendre l'arrivée de la reine, impatient qu’il était de revoir Venise, où l’appelaient ses souvenirs et tant de merveilleux rotoristes. Ce fut un voyage bien utile a son pays que cette seconde excursion de Velasquez en Italie. S’il connaît d'excellent* tableaux à vendre, il le* achète pour le roi ; s'il rencontre de célèbres fresquistes, Ici» que les Culmina cl les Mctrili, de Bologne, il leur parle de l’Espagne comme d’un pays où leurs lalenl» trou veron I à s’exerrer avec gloire, avec prolit. À Florence, Velasquez se repait des <h**fs-d œuvre d'André dd Sorte, et, à Panne de ceux du Cortège. A Modem*, il fut reçu avec beaucoup île dislinclion par le duc, qui se souvenait d'avoir posé à Madrid dans l’atelier du peintre. Cependant, fatigué îles honneurs qu'on décernait partout à l’envoyé de Philippe IV, Velasquez se rendit incognito à Borne d'almnl , puisa Naples, où il devait se concerter avec le vice-roi, lequel avait ordre île fournir au jieinfre de la chambre loutre qu'il demanderait. Nous avons dit qu’à cette époque, llikora était un de* graiHls personnages de Naples ' : Velasquez «il naturellement le désir «le voir son illustre compatriote, et il put admirer de bonne grâce les œuvres d’un tel maître, car lui, Velasquez, il était fait pour inspirer la jalousie, non pour la concevoir.

Il fallut pourtant retourner à Honte, où le pape Innocent X lit à Velasquez un accueil magnifique, aussitôt imité |>ar le Cardinal-neveu et les autres Éminences. Le cavalier Bemin, l’AJgnrdc, Piètre de Cortone entouraient de prévenance* le peintre espagnol ; mais quand il eut peint le |n>rtrait d’Innocenl X, ce fut de l'enthousiasme. Le tableau était un des prodiges de l'art ; son succès fut un triomphe. La baie, portée en grande pompe è la procession eut les honneur* du couronnement; elle renouvelait l’illusion que jadis avaient produite les fameux portraits de Lion X par Haphaè) , de Paul III par le Titien. C'élait le souverain pontife en personne que ce prêtre au visage rouge, revêtu d'un catnail rouge, feëb ilan* un fauteuil rouge cl se détachant *ur des tenture» rougi**. Il avait suffi d'un ourlet d'hermine au boni de la calotle de pourpre, et de quclqtn*. louches vivement pagres sur le* points lumineux du m*z, de la pommelle et ik** frontaux, pour exécuter ce tour de force, pour doimer à cette peinture le relief, la romleur, l'accenl, la vie.

IVnilant ce temps, Philippe IV souffrait iiii|Hilicmmciit île lie plus avoir auprès de lui Velasquez. L'intiniilé journalière de l’arliste lui faisait défaut, car il aimait , nous l’avons dit. h b* voir ]M‘iiidn' duns le silence de

I aU'Iier du Cierzo, où lui seul, Philippe IV, pouvait pénétrer il toute heure. L'emiiii du mouan|ue fut n*man|ué pur un cour lisait , iIihi Fernand lUiiz de Contreras, qui en écrivit à Velasquez; mais avant de repartir pour MiulriiJ , l'intelligent missionnaire de l'art se souvint quù son premier voyage il avait commandé un tableau à chacun de* douze meilleure peintres de lllalie, et qu'il devait porter à Madrid ce* douze productions rivales. |j- Guide, le Bominiquin, Lanfranc, Joseph d’Arpinas, dil le Josépiii , Piètre de Corinne, le Guereliin, Valentin Colombo 1 , André Sacchi, le Poupin, le cavalier MaNsimo (Stanzioni), Uoraee Geiitilischi , iouchim Sanilrart: U*ls étaient les douze peintres è qui la renommée assignai! alors le premier rang. N’esl-il |ki* bien curieux, aujourd'hui, ih* vérifier la justesse du jugement porté sur tes mai 1res par l llalie contemporaine, et de le* retrouver à peu pris à la même pince qu'il* occupaient, il y a deux «Mil* ans, dans l'estime publique -f

La guerre que Mazarin soutenait contre l'Espagne empêcha Velasquez de traverser lu France, de voir Paris.

II repassa la mer avec son riche butin de statues, île busles, de tableaux, suivi de Jérôme Ferrer, jeteur en bronze, et du sculpteur I K mu nique de Hioja. Philippe IV réoompeUM Velasquez en lui eouférant le titre de grnnd-marechalnles-lugift du palais (nfiosrntaflor tnayor) ; »c» appointements furent portés à mille duculs par an, et il renlra dans cet atelier où il avait vu s'écouler si rapidement dix-sept ait* de sa vie, en compagnie de la nature el de l’art, k côté du roi d'Espagne. Esprit droit, cœur honnête et franc, le |ieintre andaloux n’était pas un de ce* courtisans qui attendent, pour avoir une pensée, h* signal du maître: k* duc d'tilivarès étant

1 Voyez dans col ouvrage notre élude sur Rilx-ra.

1 Cet artixtr, dont il est fait nvntuui dan* les livres de Bermudez el «U; Paloatitio, n'rst juin- Min* doute que notre Valentin (ik- CiMiluimnientK qui, en cflét . vivait encore en 1030, lots du prvimer voyage de Velasquez en Italie. Il jouissait à Roof d une grande réputation ; et du reste on trouve au musée de Madrid une ouvre capitale «le ce maitre : le Mlurtyrt de mi o*( Laumi, qui dut faire partie de» douze toiles rapportées.

tombé en disgrâce, il affecta de renouveler è son ancien prolecteur les marqua d'une reconnaissance que d'autres eussent trouvée dangereuse à témoigner. Velasquez avait connu le murquis de Spinale, qui l'avait pris

t'iXBAST IM!\ CAB LOA,

a son boni, lorsqu'il s était embarqué à Rnrcelnnc; il consacra un de ses plus grands tableaux, un chef-duMiwv, a lu gloire de cet illustre capitaine. La lOtltlilion tir Brida, qu’on n|»pellc en Espagne le Tableau tirs louer * ,

ÉCOLE ESPAGNOLS

représente le marquis de Spinola mettant pied à terre devant le front de ses troupes, pour recevoir, avec ln grâce et In dignité d'un vainqueur généreux , les clefs de la forteresse des mains du général vaincu, I)’un rôle sont rang**» les Flamands, Lien nourris et blonds, aux ligures épanouies et colorées , aux carnations abondantes; de l'autre se tiennent gravement les |wles Espagnols, au teint bilieux ; Ils sont grêli-s de formes ; mais leur altitude trahit une hauteur naturelle, l'urmi eux, sous un large feutre, on distingue au coin du tableau, mi fier et mâle visage : c’est celui de Velasquez lui-même. Entre les deux armées, s’échappe un pnvsngr à perte île vue, campagne remplie d'air, car on y entre, on s'y promène, on y respire.

La vérité! voilà la seule poésie cio Velasquez, voilà sa muse. Il laisse à lu nature le soin d’être belle. Même ce qui traverse son imagination fait partie de ses souvenirs ; il n'invente que ce qu'il u vu ; mais aussi quel regard ! comme il embrasse tout, ensemble et détails ! comme il pénètre au fond <hs chose» ; comme il loueitc il la forme des objets; comme il en saisit le ton positif, le ton juste, ou plutôt le ton apparent, qui est h* seul juste! (lien n échappe à sa raison perçante et d'une immanquable siiwlé; il mesure jusqu h la distance des corps, par le seul degré d'intensité que donne aux couleurs l'interposition de Pair ambiant. Ilinn ne trompe les yeux de Velasquez, el, au contraire, c'est lui qui trompe l'ccil des autres!

En parcourant le palais de Madrid, vous y rencontrerez Velasquez, vous irez lui parler, car il est là, debout h son chevalet, peignant l'in faute Marie-Marguerite d'Autriche. Altifrô de dentelles noires, el perdue dans une robe desoie claire, qui s'enfle par le bas comme une cloche, h» blonde infante, aux joues rebondies, aux yeux ronds, prend de sa petite main une petite hisse du Japon que lui offre, pour la distraire sans doute, une demoiselle d'honneur. A côté de h» future impératrice, sont deux nains tris fameux dans les annales de l'antichambre, Marie Rarhola el Nicolas Pertusnno, celui-ci exactement vêtu comme un valet île pique, houspillant un gros chien couché, qui dénature immobile sur le premier plan. Devant vous s'enfonce une longue galerie, el huit an bout s’ouvre une porte qui, donnant sur les jardins, fait mirer la lumière du soleil et laisse voir sur les marched'un escalier le gentilhomme qui vient d’ouvrir. Auprès «le cette porte, par oit se précipite l 'éblouissante clarté du grand jour, une glace où se réfléchissent les deux figures de lltilippe IV et de sa femme, accuse leur présence. Non, jamais le pinceau humain n’atteignit à celte magie d’illusion. En tant qu'imitalion pure, ce tableau est certainement le dernier mot de l’art, et sans le cadre dont il est emborduré, on y distinguerait malaisément la réalité de la peinture. Il semble, dit François Preziado, directeur île l’académie espagnole à Home, que l’on est dans la chambre avec ce groupe d enfants et de nains, et que tout y est vivant 1 . On sait que fJiurlcs II, ayant montré re tableau de famille à Luca (iionlano, nouvellement arrivé en Espagne, l’artiste italien s’écria dans hui enlhonsiasme : « Cett la théologie de la peinture , « mettant ainsi l’œuvre île Velasquez au rang que la théologie occupe parmi les sciences.

La toile a conservé le nom que lui donna Luc Jordan. Quand Velasquez Peut terminée, il la présenta au roi «on ami, et lui demanda s’il n'y manquait plus rien : «• Encore une chose, » dit lliilippc IV, et, prenant la palette des nuiins du peintre, il alla figurer sur la poitrine de l'artiste représenté dans le tableau, la rroix île l’ordre de Saint-Jacques. Cette croix est telle encore que la peignit la main royale. Trait eliurniiiiit qui, dans le roi d'Espagne, trahissait la délirntesse et le bon goût d'un vrai geiitilliomuie.

Une L’ir r o nrt an ce solennelle mit en vue le grand-maréchakles-logis , Vapoêentwlor mayor de Philippe IV. Le traité des Pyrénées, signé le 7 novembre 1651*, termina la guerre entre la France et l’Espagne. Louis XIV allait épouser l'infante Marie-Thérèse , et la princesse devait être remise , à Iran, par Philippe IV aux représentant* du jeune roi. Velasquez dut partir au mois de mars ! 6G0 pour préparer h» logements de la cour, et ce fut lui qui disposa le pavillon où les deux monarques eurent leur entrevue, dans Plie de» Faisans, appelée depuis Vile de la Conférence. Charles Lebrun a fait de cette cérémonie le sujet d'un tableau d’apparat, qui est au musée de Versailles. On peut y voir la figure de Velasquez, que l’artiste français n'a eu garde d'oublier. Le peintre

1 Q»c par*, a chi k» vnle, di truwM in i|iie>la «-amrra, e che tutto sla nninuto. Itnrrolia di Mlrre m la pittara.

truliura tl arcùiteciura, ti4ix>iv*to, p. 320, iu Huma, l"«W. Voir cr qu'm dit M. Viardot dans «es Nukt* de lngnknr Aguado, in-folio.

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