DON JUAN CARRE.NO DE MIRANDA
commencé celle dernière peinture, elle fut terminée par Hizi, qui exécuta aussi, sur fond d’or, quatre épisodes compléineiitain*s, dans les angles du même salon.
il parait que le (aient de Carreno plut beaucoup au roi, et Cean Dermudez note que Philippe IV nomma Carrent* peintre de la cour, le 27 septembre 1669. Faute typographique probablement, nu lieu de 161*9. puisque Philippe IV mourut un 1665. Palomino, qui nvait été lié avec Carreno, mentionne seulement que sou ami fut nommé par Churtcs II. junior de camara et ayuda de njuxvntndor [peintre de lu chambre et adjoint
au maréchal du fjalais), le 11 avril 1671, après In mort de don Schastian de llerrvru, peintre, sculpteur, architecte, et même graveur, élève de son père Antonio, mais sectateur d'Alonzo Cano. O Sébastian Herrera. maitre de* œuvres de la ville de Madrid et du palais du Buen Retiro, était aussi «*oiu*ierge «le l’Escorial. en même temps que piutnr de cornant.
Hélas! Velâzquez était mort en 1660, et Philip|Ms IV avait suivi de près le grand peintre «pii avait illustre son règne.
Le plus habile des artistes que Velâzquez laissait après lui, au service de la cour, était certainement Carrefio, dont la haute position commence surtout avec le nouveau règne de Charles II. Ce pauvre n*i. dernière expression de In décadence d’une grande race, qui s’assombrit chez Philippe 11, qui s'alourdit chez
Philippe III, qui ne détraque chez Philippe IV, n'a plus rien de viril. Il n'a même plus rien de la nature humaine ; mem *mui in corpore sttnn : l'intelligence et la conscience ont disparu, comme la santé et la force. A propos justement d'un portrait peint par CarroAo. M. Paul de Saint- Victor décrit ainsi le descendant de CharleMJuint : • ...Jeune encore, il avait le masque d’un octogénaire, les joues creuses, l’œil fou, ks cheveux pendants, la bouche convulsée. Un effarement de visionnaire idéalise cette télé ravagée. On croit voir Harnlet au cinquième acta du drame. »
Charles H n'étail qu’un enfant — gâté — , lorsqu’il devint roi en 1665, sous la régence de Marie-Anne d’Autriche. CarreAu (U de lui quelques portrait*, dé* celle époque : il y en avait un à l’ancien mus»*»* espagnol «1e Louis- Philippe : il y en a un nu Musée de Berlin, avec l'inscription : Ætatis stv* un. Johanne » a Carrtho pirtor retj. et euhi. ftte. Atuw 1673. Lu* portraits d’une date postérieure sont très-nombreux, et nous en connaissons plus d’une douzaine ; il y en avait un. en pied, nu même musée espagnol de Louis-Philippe; il y en avait un, à cheval, dnns l'ancienne galerie .\guado; il y en avait un, prorenant de rKseorial, à l'exhibition de Manchester; il y en a un. à mi-corps, »laus la galerie Suermondl à Aix-la-Chapelle; il y en a trois au musée de Madrid, l’un en buste, l’autre en pied, répété deux fuis; sans compter le célèbre portrait avec armure, qui fat envoyé «il France, simanl Pnlnimiio, lorsqu»; se négocia le mariage de Charles II avec Marie-louise d'Orléans. Qu'est devenu ce portrait héroïque ?
Comme portraitiste, Carre no est le peintre qui se rapproche le plus de Velasquez : dans sa jeunesse, il avait fait b»*niieoup de copie» d’après Velâzquez. L’ Académie de Madrid en poseèdedeux, qui pourraient tromper les plus lins connaisseurs: un Philippe IV c\ me Infante, en buste. Je crois bien qu’il doit y avoir des Carreno qui passent pour des Velasquez. A Madrid même, au Murée royal, un portrait de Francisco Hazan. huutTim de la cour »ie Philippe IV, ligure entière. »lebout, de grandeur naturelle, vèln de noir, et présentant une reijuéle, a été longtemps attribue à Velâzquez; il est n*lilué maintenant à CarreAu, sous le n* 267.
Un autre portrait du même Musee n“ 1211, In Saine, monstrueusement grosse, vêtue de rouge et tenant «les pouim»** dans ses mains, pourrait également être prise pour une ptunture de Velâzquez : même bravoure «le touche, même splendeur «le coloris av«;t* des Ions rosâtres argentés, — in«’*m» 1 réalisme prodigituix que dans les N 'oins de Velâzquez.
L«*s »l»*ux portraits de Mnri«*-Anue d'Autriehr, second*; femme de Philippe IV «*t mère «I»; Cliarles II, au Mus*— »le Madrid, l'un à mi-i*orps, l’auire «*n pied, s*ml | km lits encore dans le style de Volaxqin-z. Quelquefois Carreiio y mélange une infliKMicc «le Titien, comme dans le superbe portrait du même Musée, Pedro brvnvnriz Potnnkin , ambassadeur «le Russie près Charles II, en 1682 ; un chef-d’œuvre. Tous l«*s membres delà famille royale, tou* les person nages «le la mur et beaucoup d’hommes célèbres ont été peints par Carreiio : bon Juan Autriche, tiré naturel «le Philippe IV, plusi»*urs fois : un ch* ces portraits, en bus h*, appartenant à M. W. Stirling, membre «lu Parlement et auteur du Velâzquez 1 traduit parti. Kninet. était expose a Manchester ; — le favori don Fernando Valanznela , etc.
Souvent, ainsi que nous lavons n«»té iléjâ, c'est l'mlliiiMiie de van Dyck qui se mêle au sentiment espagnol, par exemple dans cette d«me«* pemiure, tentlre et «listinguée, dont nous donnons la gravure, «me Heliqieu.se dan> sa eclluh; : je suppose qu elle portail préiédiununMil une attribution erronée, car on ne la trouve pas dans le «atalogue du Musée «le Matirid. Si, par un de ces imracl«*s ipj’cm ne voit plus aujourd'hui, les auges l’enlevaient pour la déposer sau> btuit à Anvers ou a Bruxeltas, les Flamands ne manqueraient pas d«* l'attribuer à l’école de Rubens, peut-être à van Dyck lui-méme.
• La première fois que j'ai visité la collection réunie nu Fomenta 'ministère des travaux public»!, où ont él«; emmagasiné» prov isoirement les tableaux provenant «les couvents supprimés, et qu’on appelle National Mme», en pendant au Real Muteo, je me suis arrêté longtemps devant un Saint Sébastien dont je ne pouvais deviner
1 f ins, IS6S. librairie Veuve Jules Ht-ivuard. I vol un K*. Dan* <*ll»; pxi-cUente mouograptM» île Velâzquez, M. William Slirlm y raconta que CaireAo, dont il viinta ta talent romuM 1 portraitiste. dut nu lion naturel de Velâzquez son introduction à ta «mr «le IMiitipi» IV.
DON JUAN CARREftO DE MIRANDA (1614). 5
l' nuteur (il n'y a point de catalogue de celte collection, dispersée dans les bureaux et les couloir»), et j ni
unit» sur mon calepin : « Espagnol influencé par >an Dyck. Qui ? Pedro de Moya? Alonzo Canot Mute»* Cere/ot»
n ÉCOLE ESPAGNOLE.
— C est le Saint Sébastien de Carre Ao, autrefois dans un couvent de nonnes à Madrid (voir la gravure).
A l' Académie do San Fernando, qui n’a pas non plus de catalogue, il m’est arrivé même hésitation devant une Madeleine placée à contre-jour entre deux fenêtres : après m’être extasié devant le» trois incomparables Murillo de cette galerie, la Sainte Elisabeth de Hongrie et les deux pendants relatifs à la Fondation de Sainte-Marie- Majeure à Home, peints en 1665, j'ai admiré comme un chef-d’œuvre cette Madeleine désolée, élégante comme une ligure de van Dyck, mais plus dramatique, noble comme une ligure de l’École italienne, mais plus réelle et plus vivante. — C'est la célèbre Madeleine dan» le désert , peinte par Carreno pour un autre couvent de femmes, n Madrid.
La puissance de Carreno comme praticien, et aussi ses qualité complexes, s’expliquent par les longues et fortes études qu'il avait faites dans ses commencements. Ne voit-on jmis de lui, à cette Académie de San Fernando, une copie du Spnsinio de Raphaël, mémo grandeur que l'original conservé au Musée do Madrid ? reproduction aussi parfaite que ses copies d’après Velâzquez, et qui » deviendrait bien précieuse, dit M. Louis Vianlot, si elle était portée loin de l’original » ; et M. Yiardot ajoute : <* Colle copie, faite avant la (lu du dix-septième siècle, prouve sans réplique qu'il ne faut point attribuer à la restauration necessaire que subit à Paris le S/tmim/t, les tons briquelé» qui déparent un peu ce merveilleux chef-d'œuvre . »
En dehors des portraits de Carrefio, si j’avais à choisir un de ses chefs-d'œuvre pour le représenter au Musée du Louvre, où il serait plus apprécié que Zurliarnn et que H errera le Vieux, qui ont d’ailleurs d’autres qualités, c’est cette Madeleine de l’Académie de San Fernando que je choisirais.
Itans ses compositions très-compliquées, et si nombreuses, il est toujours adroit, abondant, dessinateur habile, coloriste harmonieux, mais on y sent des signes de décadence comme dans les grands tableaux d'Flscalante, qui fut son collaborateur, et de Claudio Coello, qui fui son ami et son sectateur, après avoir étudié chez Francisco Rizi.
Où l’on voit la science facile, à la fois correcte et élégante, de Carreno, c’est dans ses dessins d'après nature, vivement accusés à la pierre noire et parfois relevés de blanc. M. Paul Lefort 1 en possède quelques-uns qu’on prendrait pour des études de van Dyck.
Palornino et Cean Bermudes racontent diverses anecdotes qui prouvent la dignité, l’indépendance, In simplicité de Carreno : l’n jour qu’il peignait le jeune Charles en présence de la reine mère, le roi demanda a l’artiste de quel habit (de quel ordre) il était; Carreiïo répondit qu’il n'avait pas d'autre distinction que l’honneur de le servir. Là-dessus il fut gratifié d'une riche médaille de l’ordre de Santiago ! Saint-Jacques; . Et comme ses amis lui disaient qu'étant de noble naissance il n'avait pas besoin de celle distinction et qu’il fallait l'accueillir comme un honneur fait à ta peinture : — La peinture. ré|>ondit encore Carreno, n'n pas besoin d’honneurs : c’est elle au contraire qui peut les donner à tout le monde, l.a pin tara no neeesita honore * , ella puede dation a todo el manda.
Autre anecdote : Grcgorio U lande, peintre à Airain de llenares, avait peint un Martyre de saint André, pour lequel il avait demandé cent ducats ; comme on ne s’accordait pas sur le prix, il fut convenu que la peinture serait taxée à Madrid. Entretemps, Claude avait prié Carreno de retoucher un peu son tableau, el par reconnaissance il lui avait offert — un petit pot de miel. L'excellent Carreiin ayant repeint à nouveau toute la toile, il so trouva qu’il fut nommé taxateur avec don Sébastian de lierre r« ; mais il s’excusa, sous prétexte qu’il était trop umi de l’auteur. Sébastian Herrera n’eul pas de peine à reconnaître le style et le talent de Carreno, et il taxa l’œuvre â deux cents ducats, qui furent payés à F lande. De là, ce Martyre de saint André fut appelé narquoisement : • le Petit pot de Miel, n
Charles II u aimait extraordinairement « Carreno: le anuiba extraordinariarnente , dit Itennudcz; au la ut
• M. Paul Lefort, après un long séjour en Espagne, en a rapporté une collection d«t dessin*. très-précieuse et très-instructive ; te Musée du Louv re ne possède que quaiir- vingt-sept dessins de l'Ecole espagnole ; M. Lefort en », je crois, plus de mille ï Nous aurons quelquefois recoor* à sa cotlecboa et a sa compétence sur l'Ecole espagnole pour l’étude de cerUint malin» |>eu coanus. don» le» oeuvre» ne se rencontrent ni au Muwe de Madrid, ni dans le* autres collections de celte ville.
DON JUAN CARRBftO DK MIRANDA (16 14). ;
pour l'honorabilité «le son caractère que pour son talent, et, «h» même qu'Aloxandre à l'égard «l'Apelles. il défendit qu'aunm peintre copiât scs portraits par Carre Ao. Il lui avait même donné sur sa cassette secrète une pension, qui fut continuée à sa veuve, don» Maria «le Médina.
COI LO» Il HW hiil (• l«>l
Cnrrerio inoiinit en septembre I i'.Hj, In même année que son ancien collaborateur Rizi, et il fut enterre dans le cuveau du couvent royal «le San Cil. Yole viexpirtnr — je k* vis mourir, dit Palomiuo, qui a luisse mie Iule très-complète des ouvres du maître dont In longue carrière fut si bien remplie.
Carre fin a gravé à l'eau-forte un Saint Antoine de Padoue, à mi corps, avec le petit Jésus.
I*arini ses nombreux élève*, il fniil dUlinguer Maleo Cereio, coloriste liannonieux, ressemblant aussi parfois a van Dvck.
sv . IM IK. K a.
M1IMBÎ2 TJ ÎBMMTiüm
Sur U biographie H lin «r livra* ilr don Juan Carrarto de Miranda, il faut voir h* long Brticte que lui roiuMrre son anu l'.ilnmiiui, In résumé qu'in «tonne ( j*an Bennudez, et quelques ihMm eparse* dans le» autres critique» nt bmgra|>be» im-
|M£IMllft.
catalogue dns œuvre», tel que le donnent Paloinino nt lt>Timiili'/., ne (mut plu* guère servir aujourd'hui. |tui»|ue la plupart «le ces tableaux ont été déplaci**. notamment ceux qui ornèrent le» ancienne» réudenre* nival» ou les couvent». On en retrouve «ni* j«rtie maintenant mut au Musée nival. •mhI au Musée national. nuit » l'Académie.
Ji* ne saurai» dire ni le» tableaux [teint» jnnir le» egliare «le province y «uni encore, car malheureusement. je ne «ornai* tras-hira lie llv» joigne que Madrid et deux ou trois villes. Il |N'ul «lune être intéressant d'indiquer, (f après le catalogue île tenu ftermudec les œuvres qu'on voyait encore dans le» cgiise» au «•ofnmi’firiuneot «lu suède.
Tov.kiw — dans la cathédrale. la frasque île la coupole, jetnt* avec Francisco Rir.i . et quelque» autrui tableaux.
Ur.imroN. — Église paruivuale. une AawrMptionrfrta lïrryr, et le lahteau «lu maître-autel.
(focal.— Église paroissiale, la roênio Assomption, et un autre tableau ; Vlncrétlulitr de *ui ni Thomas.
I'ksssvmiv . — Église de Suint-François, un Soi»/ Michel, un S'Uni Bonaveniare, et Suinte Isabelle , reine de Portugal.
\i.ut:in*. — Église paroissiale, une Madone.
Pahpilckk. — C hez I» Père* de la Trinité, le «-élétore tableau de la fondation de t ordre dr la Saint* Trinité.
Ajoutez quelque» peinture» dans do* égjtw» de Madrid.
Voici maintenant les œuvre» que non» connaissons dan» I» galerie» puliliqu» ni particulières :
Misés royal de Madrid —K- 65. portrait de doits Mann Ana «T Autriche, amimie femme du nu Philip)* l \ . — N* 144. portrait d'une femme monstrueusement presse. Haut. 6 pieds, larg. V pied», — N* 160, portrait île Charte» II, en buste. — N* 1163. ancien 3S7, U roi Charles II. Figure entière. Haut
6 piwfc», larg. 4 |ûo«te 3 p. — N* 613. portrait de Charles II. Répétition «lu pnVwtent dan» une autre pnquirtiun. Haut.
7 pied» 2 1 >., larg. 8 pieda 6 p, — N* 611 , portrait de Pedro Iwanowix Potemldn, ambassadeur duezar «le Moscovie. Figure entière. Haut. 7 pinte 3 p., larg- 4 pieds 3 p., — N" 630. |h>ttnut de Duna Maria Ana d'Autriche Figure entière, sur une Uiite liante «le 7 |*edi» 7 p. — S* 267. portrait de Franrisru Hazan. Uiutloii du la courite Philip)* IV. Figure entière C’eut
le portrait qu'un attribuait autrefois k Velâzquez. — San* numéro, la JIcNgwiiM, dont nous donnons la gravure. Figure entière, de grandeur naturelle.
On voit encore, au Mutes de Madrid ,u* 52V - une Mode teint. • dan» le style «le Carrrâo, « laquelle ra|>pclk la Mode Irine «le rAcadémie.
Nacicimal Mt’sico, ou Misko dkl Fumkstu. à Madrid. — Le Suint Srbatlten dont nous donnons la gravure.
Ai ikeiiic nt San Kerxamki. à Madrid. — La Mudrlem dans le dèrert. — Grande copie du Spasimo. île Raphaël. Copie d'un portrait de Philip)* IV et d'une Infante, d'après Velâzquez .
Amukn ur«eK Ksrao'oi. . au Louvre. — N" 36. l'Elévation — N* 36. Sus «il Htmard * mi-corps. — S* 37. Suint Jacquet ivmhrUtanl acte Us Esjngnot* contre les Maures. Grand'' «YKiiposiUun haute de 7 pieds, — N - 3* et 3». Portrait de Charles II. — Le 11 " 50, Portrait dlmciuii*. était aussi attribue h Carrrâo.
Kxuihith.s i»h Manchester Don Juan d'.4u-
tnche. fil» naturel de Philip)* IV. Buste. A M. Stirling. — S* |.0«2, Charles II d' Et pagne . provenant de l'Rnortal et ap|*inejian» a M. J. Bvelvn Denison.
Mi»*»: dk l'Krihtaok, a Saint-Pétersbourg. — N** *29 et L30. le Baptême de Jetut-i hntl et Suint Ü.ivurn tenant une hotte de médicaments provenant tous deviv de lied* tection Consvoit de Ixmdres'i. Le docteur Waagra , dan» »u*i excellent livre sur ta Galerie de l'Ermitage die Gematde- Sammlung in der Kaiser lichen Ermitage su SCP tiers hurg , Munich. 1 »64). ne mentionne que le Baplrmedu Christ -■ iN'inlure lrè*-«li*tmguêi' et très-hnrmonieiiM* de cmiteur. ■
Mi>tt dk Bkkli.v. — N» 407, portrait de (liarles IL roi d K*pagnr; date 1613. Haut. 6 pied» 7 p.. larg. 4 pteda 6 p
G alkrik ne M. bvRTnoin Srtanusnr. 4 Aiv-ha-Oiajielle. — N- 99, portrait de Charte* 11. à mi<«r|*. provenant do la collection du colonel von Sche)*lef, qui tenait «te l'Kseorul. d Aranjuez et de» autre» renidenre* de la cour d Eapagne, la plu- (uirt de **» tableaux
A.xcikn.nk Cialkkik Autuno ^catalogue de la vraie. Paria. IH43 . — N* 3, jairtrait équestre de fJiariw II, roid’Eapagne Haut 2 mètre», larg. t mètre 32.
Axicienne u alkrik t»i: «arkciiai. Soi it .catalogue de U vente, Paris. <032 .— N* 69. Suint .Imfrroûr faisant l'aumône aux pauvre*. Grande composition: haut. 2 inetre* 50 c. »ur plu» de 2 mètre» de large-
MM*. — iar«i»»si( •otmis, n« t (t 1
êirn/f ékÿiiiy/io/r.
I). ESTEBAN MllRILLO
'H/ffd //ififj-, /jf Jtrr .
Avec Miirillo mm* allons MtMr e» revue la création, pamaiiir l'ohiver», non pas seulement tel que Dieu k* fil, mais tri que I imagination dis Imuiiiiu*- l’a peuplé, pur delà k*> momies visibles. L'extrême rrâlit* dans ce quelle n de plu* grossier tout ensemble et de plus pittoresque . les êtres imaginaires en leur r^pressiim In plus wmve : l'ombre 1 épaisse «les ténèbr<*s d’iri-tas et k> lueurs élhérées du ciel ; lu gtûpe, .lu beauté sVclte et pure des séraphins inqiondérabks.» et In misère du mendiant insurgé contre !«*• immondes habitant «le su guenille; tonies le* faces de In V H*, tou» k> accidents de In lumière, soit .qu elle émane iniraeulruscniejil des cekstôs royaumes, soit que. réjomlue >111 In terre elle v fiuec briller ligures et paysages; tout «-cia pour- Miirillo «*>1 «lu domniue dr son nrl... que dis-je? cuir ouvrant la voûte n/uree. il s'élève jusqu'à lu contemplation «k* lumineuses «kmeurcs «h'i le croyant espère une félicité* nuis «•gak* cl sans lin ; - il voit lourlullonner autour de lu Vierge des essuims «l’cnfunls radieux dont *on génie fuit des. ange*: il nous montre dans Inir
ÉCOLE ESPAGNOLE
comme une pluie de chérubins, qui, plus légers que les nuages, voltigent, plafonnent, montent, descendent, se croisent, s'entrelacent, s'appellent d'un sourire, se donnent In main et composent de joyeuses guirlandes balancées par le vent, caressée* par un doux rayon de soleil. Les deux éléments qui se disputent la vie hunuiine, l'idéalisme qll 'expérience, b» fantaisie et le bon sens, Murillo lésa merveilleusement combinés. Semblable en cela au chantre de lion Quichotte, il a été loar à tour rêveur comme le héros de la Manche, grotesque el familier comme Soucho. Il n’est pus une manifestation de la vie, pas un état de lame, depuis les sublimas élans île l'extase, jusqu'à l'ardeur du sensualisme, que .Murillo n’ait esnayé de peindre, et |tour lui. tenter c'était réussir. H a observé dans le corps humain chacune de scs innombrables altitudes, el celle que prend l'orgueil ou que lu dignité commande, el celle* que font naître lu nonchalance, la pwemet le hasin). Les anges, |<* hommes, les animaux, les arbres, la verdure, le ciel et lu mer, il a parcouru d’un bout à l’autre l'échelle des êtres, échelle immense qu'il vit encore se prolonger à travers les contrées glorieuses du Paradis, comme il était arrivé à Jacob dans sa vision.
Il est rare qu'un artiste incomplet mette beaucoup de temps à se produire. La nature l'ayant destiné n comprendre certains aspects, les a si fortement indiqués a son admiration que souvent, au sortir des premières études, le peintre arrive d'un seul bond au genre de talent par où il devra s'illustrer, et même au degré de perfection qu’il lui sera permis d'atteindre. Au contraire, l'artiste doué d'une compréhension universelle . capable de faire vibrer ii la foi* toute* les cordes de l'art, el d cire ainsi un orchestre à lui seul , celui-là ne se forme pas aussi promptement. S» marche n'est pas si délibérée, si directe, si résolue. Que de temps ne faut-il pus pour mûrir cette individualité, qui n'a pas encore conscience d 'elle-même, précisément parce qu elle est multiple 1 Que d'essais, de tâtonnement* et de mélangés, que d'excursions dans le domaine des autres el combien ■le retours sur soi-même, avant de se connaître et de pouvoir dire moi.' C’est là l'histoire de Murillo.
Ilétail né à Séville le 1" janvier 1618, et non à Pilas en 1613, ainsique l'avait dit pjfr erreur Palomino'
En ce temps-là les Espagnols appelaient déjà Séville une merveille, que non a vista Strilla, non a vixtu maravilla . disaient-ils; mais quoi! cette cité que dans leur emphase ils trouvaient merveilleuse, elle ne contenait pu» encore les chefs-d'œuvre de Murillo. Le premier maître du grand coloriste fut Juan del Caslill». son oncle, qui, lui-même, élevé dans les traditions florentines, avait un coloris sec et dur, suivant Dermudcz; mais, en revanche, un dessin cliàlié, sévère el de nature à former de bons élèves» Murillo apprit sans peine ce qu’on lui enseigna, jusqu ait moment où son maître, étant |wrli pour aller s'établir à Cadix il se- trouva fort désorienté dans Séville, simple écolier, incertain de «a vie et livré aux hésitation* de la première jeunes?. En attendant, il s’exerçait h peindre, pour les vendre à fa foire de Séville, une pacotille de peintures, uou partidadeimturai, car on donnait ce nom mercantile à une branche considérable du commerce de l’Espagne avec le* Amériques. Enluminer des bannières! Tels furent les modestes commencements de Murillo elsi un tel exercice rompait le jeune peintre aux difficultés de l’exécution, et diminuait la rudesse de sa toujeur, il ne formait en lui que le praticien.
Heureusement Murillo vil arriver à Séville un condisciple qu'il avait connu dans l’atelier de Juan del Cœlillo: c'était Pedro de Moyu, qui revenait de Londres, uù il avait étudié *ou» Van Dyck. Passionné pour la manière du peintre flamand, Moyn s’en était approprié la touche savante, ferme et passée tout ensemble, et comme on ne cou nais-ail point encore à Séville le frire de Von Dyck, chacun s’étonnait d'une peinture si nouvelle. Itour Murillo surtout, fa vue des ouvrages de Moyu Tut une révélation. II sentit sur-le-champ combien était dangereuse, dure a r«*il et contraire à la nature, l iiiqiorfance exagérée du contour; il comprit que Pair, en enveloppant les lignes-, les estompe, le* laisse tourner el fuir. Un autre horizon venait «le s’ouvrir à ses yeux : il voulut voyager, aller en Italie, a Venise, dans I» Pays-Bas, partout où son génie aurait fa chance «le se développer, et si Moya ne lui eût appris fa mort récente de Von Dyck, il se fût embarque |iour l’Angleterre. Comment faire néanmoins •uns fortune? Fallait-il entreprendre à l’étourdie d’aussi longs, d'aussi dispendieux voyages? Murillo trouve dis
* CrU *‘ rrrvar a •** P®' Cean Ik-rmuik-K qui à'ert procuré à Séville IVi trait de baptême de Murillo ( Bart.d-.rn.-
KstcVan). Vojw le lhedonario hitlurira de lox maiiiutlrtx prafexorex de tax l*lht artt* tu Espana, Madrid, lüWHi.
KSTEBAS MI'HILLO (1618).
ressources; il achète uM partie de toiles, la divise en un grand nombre de carrés qu’il imprime de sa pnqnv main , et il se met à peindre prestement tout ce que lui dicte sa fantaisie, des madones, des sujets de dévotion , «les fleurs, des paysages ; ici des moines, là des natures mortes ; puis il vend sa cargaison à un armateur, et, muni d’un peu d'argent, il part pour l'Italie, sans en prévenir sa famille, .«ans prendre congé de personne'. Le voilà «|ui arme à Madrid, en 1643, âgé à peine «le vingt-cinq ans.
Yélaxpn z était alors en grande faveur à fa cour de Madrid. Ami «lu roi d'Espagne, officier de son palais, il reçoit la visita de Murillo, et fait à son compatriote l’accueil le plus gracieux; à la voix d’un «les familiers /prnwfai) de Itiilippe IV, Murillo voit s’ouvrir les portas du palais de Madrid, du monastère «le l'Escortal, de
toutes les lysident'cs, «le toutes les galeries, «le tous les musé«*s. En présence des Titien, «lis Itubens, dont nsplendisson lies royales demeu res, le jeune peintre oublie son projebde voyage. QuV4-il besoin d’alter maintenant jihqucn Italie? N’a-t-il pas devant lui ce qui peut ravir un coloriste futur, et même des tableaux «le ce Van Hyek déjà tant admiré h travers les imitations de Moya? lè fut «lot ht sans sortir des appariements du Cicrzo cl de l'Escurial, sous les regards de Velasquez, avec w*
1 Cumprà mao pmriun i/o hemo ; la ditidià .en mur.ko» euadrot ; lot imprima pur $<t mono, y pintà rn el'of aranto* de Jevoeton... Oan llrraiiKlcz.'tt&f tupra, twmc II, p*gc 49.
ECOLE ESPAGNOLE
conseil», que Murillo accomplit le voyage qu'il avait projeté de faire dan» les contrées do la couleur. Trois on» env iron furent employés par lui à copier, en les étudiant, les tableaux <les mai très, surtout ceux des Vénitiens et des grands Flamands; mais afin de ne rien négliger, il étudiait aussi le dessin d’après les statues et le modèle vivant, tandis que Velasquez, parvenu è la perfection dosa prestigieuse manière, le familiarisait avec l'amour du rendu, le goût de la vérité pure et le* illusion» de la perspective aérienne.
Joachim Sandrarl et quelques écrivains italiens ont assuré que Murillo était allé dans sa jriinome en Amérique, lies auteurs ont été mal informés : ils ont dit de Murillo ce qui n était vrai que de ses toiles enluminées, et de son fils (intspnrd-Ksichan Murillot Ils n'ont pi- voulu croire non plu- qu’un peintre d’une si rare habileté se fût pnssé de voir la terre de Fart et de franchir les douanes italiennes; ils ont écrit qu’à son retour d'Amérique, Murillo avait voyagé en Italie; mais, comme h* remarque avec vivacité l’auteur espagnol serait-il probable qu’un tel voyage fut demeuré inconnu ii tant d’amis intimes de Murillo, qui, en effet, n'en ont entendu parler que dan» les livres, lorsqu'un sait combien In vie des hommes illustres e-l observée, connue et suivie jusqu'en la ténuité de si*s moindres détails*. Ce qui <k( certain, c'est que Murillo, de retour à Séville 'on 1645. peignit pour le polit goitre du couvent de Saint-François, dos tableaux qui étonnèrent tout h* monde. (> o était plu» -entement le stylé de Van Dvii, tel que Mma l'avait importe 5 Séville, trois ans auparavant ; c'étailun mélange . imprévu do -toute» lf- manières que Murilbr avait, si profondément étudiée», quand, à Madrid ou à l'Escurial, il avait successivement copié dis Rubens, dé* Titien*, des Van Ryck, et» Itibem et Yélasijuez. Aucune priginalitr * * n'iHait encore saisi^sable dans cette fusion -singulière où 'In gftvité du Titieg tempérait le fougueux éclat de 1 llubeiu, où l'élégante souples^ d'Antoine Van Dyck mitigeait la sauvage accentuation de l'Espagnolèl. Ça et là, maigre le mélange, le pineenç de l'imitateur trahissait plus visiblement chacun dis- nia itres qu’il aviijt loin à Unir aildüré». Ainsi, ^o» ange* apparu» au saint- en extase rappelaient les fortes oppositions de Ril^ra; le su|h>|V dnbtaiA de Seiinti Claire mourant/-, seinbljiit être un re-smi venir île Van Dyck , tant il y avait île ressemblance pair les airs de tète, de fraie heur dans les carnations et d adresse dans le dessin des extrémité^. Enfin h? Sainl Jnnifii* avte In |W«rrc» accusait l'influence directe de Yélusqitez. Au moment de rencontrer son, génie propre, d'avoir rtniK’p’nee île lui-même, Murillo ne présentait qu'un «•elpctisujc heiAeux, et cependant, à lydverv . les apparences dej'assinùl.ition, la grandeur du maître commençait à si* faire jouV. .
. *Uii le ettAnôlî Ee n'est plus nu cloître îles franciscain* de Sévillc.qu’il faut aller aujourd'hui pu-ir voir.lt* peintures par où commença la célébrité du peintre andaloux, c'est à l'a ris même que se Irouveuf maintenant la plupart de ces Inhtenux où la force du clair-obscur <*»t si bien expliquée parla fréquentation dis couvres de Rihern. Emportées dan» les fourgons denos généraux , quelquis-iims de ces toiles, eoniiue l' Extatique fl h cninnf,<eonl venues enrichir le magnifique miiséc du maréchal Sonll; d’oulrès, telles que la Mort de sainte Clairs, ont fait l’honneur de la galerie Aguado. À celte phase seconde du talent de Murillo, se rapportent uhc Seine «le brigands, où « détache, sur un fond de paysage vigoureux, ht figure d’un moine arrêt*'* par un brigand demi-nu, dont le torse est exécuté a la façon de l'EspagnoIct, et une Fui le ta Egypte*, qui représente l'enfant Jésus amoureusement enveloppé dans le» bras de sa mère, et porté par l 'humble monture qui un jour le conduira eif triomphe, tandis que. tirant l'Ane par la bride, le charpentier sç hâte à travers les ombres de la nuit.
Dans un pays semblable à l'Espagne, Murillo devait être facilement aimé de la foule. Il était précisément doué de ce qui plaît aux Espagnols, et à la différence de Velasquez, qui reproduisait plus volontiers le côté * noble du caractère national, il en saisbtsait, lui Murillo, le côté vulgaire, les mteur* générales, ef banales, avec tous les contrastes qu’elles présentent chez une nation aussi profondément catholique. Il savait peintre la béate ferveur du dévot ou l’extase du moine illuminé, aussi bien que Us haillons d lm gueux superbe, ou le’ fumier «le Jpb. Pieux lui-iuême, il va souvent prier de longues heures ilans l’église de sa parois*», sauf à
* Paiommo Volaifo. dans te chapitre 11 du livre VI, intitulé : El aprm-rchudo, page (12.
* Aun lot nliïfnnj mat minimot te uiAfrran, dit l'auteur. Et Mattu pietoriro, tonk* III, pajfe 420.
* Ces dru» ouvrages taisaient partie de la collet t ion du maréchal Sou It, collectioa crlèlonvdbut la vente, plu» et libre encore, sera l'objet d*un travail où nous rappellerons la destiné* et le prix des priudpaux chefs-d'œuvre qui y figurèrent.
KSTRBÀN MIIHILLO <HU). • 5
remarquer après les vêpres telle courtisane qui soulève sa julou>ie pour voir si elle sera vue. < '.al Indique,
Mitrillo e$( à la fois mondain el dévol; chrétien, il aime également toutes les créatures humaine*, qu elles soient élégantes ou contrefaites, enlaidies par In misère ou rehaussées par le luxe, sales jusqu'il la vermine ou
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parées comme (1 rs reines et brillantes comme «les séraphins. Voyez- le sortir du cloître dt» franciscain», où il \icnl de peindre des apparitions d'anges qu'on dirait vêtus de lumière; au délourde la première rue, il aperçoit par une- fenêtre un gamin à tète rase qui »V*t accroupi contre une masure gothique, et s’occupe tranquillement, puisqu'il faut dire le mol , à tuer «s poux au soleil. Un autre aurait détourné la vue; ou contraire, Murillo s’arrête; il est frappé de l’effet que produit le rayon qui pénètre par l’ouverture et va réveiller le ton des guenilles.. Il trouve la pose naïve et l’encadrement pittoresque; l’accident de lumière t*t vif, piquant et chaud ; la figure est en relief. En un moment le peintre a crayonné son modèle de hasard, non pas sur le papier peut-être, mais dans son imagination , et de retour à son atelier, il peint ce petit chef-d'œuvre d'observation , de naturel et de clair-obscur qu'on admire au musée du Louvre sous le titre de : Vn jeune mendiant . — Le> Espagnols rappellent fl piojoso, le pouilleux. — F.t il n'oublie aucun détail, ni la simple cruche d’eau, ni le vieux panier d’où sortent quelques fruits, ni les crevettes éparses sur la nappe, c’est-à-dire par terre, préparatifs ou reliefs d’un repas frugal dont le commencement ressemble beaucoup à latin. La tête sera pleine de caractère ; les lambeaux de la veste seront touché» avec hardiesse, car ou ne saurait peindre proprement des haillons; h» chairs seront modelées avec soin; la rudesse et le tou basané de l'épiderme, la plante des pieds calleux diront assez les habitude» buissonnière» du vagabond, son horreur pour l'eau claire et h? travail. Ile sorte que Murillo, involontairement, aura caractérisé le peuple espagnol par la seule figure de cet enfant sans gène et sans souci qui tout à l'heure va relever fièrement sa tête, et qui du moins est au?»i sobre que paresseux. Quant au tableau, il est vraiment curieux et même agréable à voir :
... Il nVst |*.»<te...poui/fruj!
Qui p*r l'art iroiW ne puisse plaire iuiji y «in.
Le talent qui devait faire de Murillo le peintre le plus populaire de l'Espagne l'avait déjà mis en vue, si bien qu'il acquit en peu de temps assez de fortune pour sembler digne d’épouser une personne distinguée de la ville de Pilas, uua périma de amvenimeitu , doua Beatrix de Cabrera y Solomayor. Le mariage fut conclu en tr.4*. Depuis ce moment, Murillo vit s’accroître rapidement sa renommée en même temps qu’il sentit se développer encore son génie. De tant d’appropriation» successives se dégageait enfin la personnalité du peintre. Van Dyck, Hibera, Titien, Vélasquci lui-même, tous les modèles naïvement admires d'abord, s’éloignaient peu à peu des souvenirs de l'admirateur, et sur leur» traces disparue» il s’élevait un artiste nouveau, maître à son tour, qui maintenant avait sa physionomie, son cachet propre, sa signature, et qui s'appelait Bartolome Estcban Murillo.
•Ce fut la troisième et In dernière de ses transformations. Le clair-obscur violent qu'il avait emprunté de (libéra s'adoucit sensiblement et gagna en transparence ce qu'il perdait en force. Sa touche devint plus moelleuse, son style se fixa, et il ne lui resta du grand Velasquez que l’art de dégrader 1rs nuances. de peindre l'air, suivant la belle expression de Momtin. Il en conserva de plus un excellent ton gris qui ordinairement sert de fond aux portraits de Velasquez, où la gravité des personnages vêtus de noir se combine si heureusement avec ce fond tranquille et froid. Mais que dis- je? Les tons froids de l'Espagne sont encore «b» tons chauds.
Malgré la lière rivalité de Valdcs Leal et la jalousie de Hemra le jeune, Murillo monta facilement à la première place dans Séville. De toutes parts on venait lui demander des tableaux de Vierges. . des moines en prière, ib» Jésus et autres sujets de cb ; Yotio». — Il les peignait si bien dans le sentiment passionné des Espagnols! — Pas une communauté de capucins, d’augustins, de franciscains qui ne voulût avoir l’image de son saint patron de la main de Murillo; pas un mnitre-aulel de cathédrale, pas une chapelle de renom qui ne fût réservée ù quelqu'une de» innombrables Conceptions si vite composées par Murillo et tant de fois variées. On eût dit que ce brillant miracle éclairait continuellement sou imagination. La Vierge ravie lui apparaissait toujours vêtue de blanc cl de bleu, invariable ajustement (|ui sans doute dans la pansée du peintre unissait les deux couleurs de la pureté et du ciel. Quant aux chérubins dont il l'environnait, ces tendres zéphyrs de la mythologie chrétienne ont mille moyen» d’être gracieux, charmants, naïfs, et de se jouer avec les pans (b* In draperie
naturalisme, et il lirait même un effet puissant du contracte des vulgarités terrestres avec les signes et les personnages envoyés d’en haut. J’ai vu dans les Annonciation* de Murillodes accessoires dé la vie domestique, le sac à ouvrage, le dé à coudre et lis ciseaux sur le linge entasse dans une modeste corbeille. Ce n'est pus
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flottante ou de montrer seulement Unir» télés ailées nageant dans la lumière. (Jue s’il avait à représenter la Vierge avertie par l’ange des mystères de sa maternité future, le peintre espagnol retombait ici dans le
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sans intention que le peintre andaloux, s éloignant du noble style de Itaphaël et des catholiques italien», itou» montre dans une humble ouvrière la jeune fille élue qui doit donner le jour a un Dieu.
(.bielle scrupuleuse fidelité à des traditions que les artistes de la Renaissance en Italie avaient depuis longtemps secouées! et tomme l’orlhorluxe Pacheco dut être satisfait de rencontrer à Séville un peintre aussi jair de toute hérésie !
Murillo se gardait bien de montrer jamais les pieds de la Vierge quand il la (teignait s'élevant vers les cieux, au sein d'une gloire éclatante. Il aAt eruint de laisser naître une pensée profane à lu vue des charme» divin»; ce petit coin de nudité, qui n était pas même remarqué à Home, eût fait scandale en Andalousie. El ‘ cependant malgré ces précautions «lévoticuse», il s’eu faut bien que les Vierge» de Murillo aient le caractère de virginité que veut la foi. Leur lielli; chevelure, leurs yeux noirs et humides inspirent d’autre» idées que celles des transports divins, et si elles sont représentées se livrant aux soins de l'économie intérieure, ce ne sont bien souvent que de» mères aux mains potelées chez qui le passage de la vie a laissé des méplat» dans le» carnation»; mai» en revanche Murillo a mi imprimer au fils de Marie un caractère vraiment surhumain. On croit voir autour de la tète de cel enfant une auréole que le peintre n’a point figurée cependant; sa belle tète s’illumine; son regard ouvert, pénétrant, à la fois vif et doux, lance des éclairs de génie, et il parait si grand, même dans la tranquillité du sommeil, qu’on sc sent averti de la présence d'un Dieu : patuit brus. Il n'est pas jusqu nia physionomie vulgaire du charpentier. jusqu'il la figure mondaine de Marie qui ne fassent ressortir la distinction de l'enfant et n ‘indiquent sa naturelle grandeur. Lea détails de la vie pauvre au sein de laqoclle fut élevé le Christ ajoutent encore à l’olet, et ils servent de contraste â une noblesse qui peut-être n'aurait pas autant de caractère dans un autre milieu , car elle me semble singulièrement relevée par la trivialité même de» détails qui l'environnent : •< Clw* Raphaël, dit un dencfe critiques 1 4 la Vierge e*l plus vierge; chez Murillo, l’enfant-Dieu est plus Dieu. »
Dés qu'il arrive n Avilie un étranger, on le conduit à la cathédrale pour lui montrer les nombreuse» toile» de Murillo que le chapitre est fier de posséder. Au revers du maître-autel on lui fait admirer une Nativité de Nittu^bame , admirable en effet par ta suavité des teinte» , la tranquillité de» ombres et pur un coloris charmant, hermom atlrtritio. Le voyageur «*st ensuite mené dans 1a grande sacristie «ni brillent les fameux tableaux de ttUrnf h'antlrr «H de tfint Isidore en habits (NMitificaux. l’uis on l'arrête, aux rlin pelle» latérale», devant un HtjMt* en Êgyptt (teint a la brosse* H «nnhlahle , par la vivacité «le l'effet , à un Velasquez; enfin, pouraccroître jusqu’à l'enthousiasme radmiration du visiteur, on lui découvre le Sainl Antoine dr Padoue , et en contemplant ce chef-d '«navre sans imitateur possible el sans modèle, l'étranger peu familiarisé encore avec h beauté*» «le In peinture espagnole, demeure en extase comme le cénobite du tableau. Dan» une cellule sombre, l’eufant Jéso» apparaît tout à coup à saint Antoine ou milieu dune gloire éblouissante, et le pieux solitaire, à genoux , éclairé par cette seule apparition, lève le» bras avec un indescriptible transport d’amour ver» le Dieu r<*»pl«*n Hissant de lumière et de bcaiuU : qu’il veut Mirer contre sa poitrine*. Jamais la force d’une expression passionnée n’alla plus loin chef aucun peintre; jamais non plus «mi ne rendit avec de» couleurs et un pinceau «les nuages plus Iranspurents, des figura» d’une suavité plus séraphique. Ln conduite du clair-obscur n’èt po» ici moins étonnante que bi foi du moine v isioiiiinire. Comment avec «!<•» ombre» tempérée* le peintre a-t-il pu obtenir un effet si lumineux! et par quelle infinie dégradation de nuances n-t-il pu pour de l'intensité d'un rayon de soleil à la paisible obscurité de la cellule!
Mat» avant «le quitter la cathédrale de Séville, il reste à visiter In salle capitulaire, dont le» travaux furenl dirigés par Murillo en 1067 et 1668. Pour peu que le cicerone soit un chanoine instruit — il s'en trouve encore au chapitre, — il n<* manquera pas de dire avec* un sentiment d'orgueil que le Saint Antoine de Padoue
' Etudes sur la peinture espagnole, par M. Thorc; ces belles étude» ont été publiées dans la /férue de Paris dr HGfc.
1 Pimado cvtt brochas, cVst-â-dire largement el avec une brutalité calculée. Ÿoyri la Deicripcûm artistira de la faintrat de Serilla, por Don Juan Agurtin Cran flennuder, S-vilU, 1804.— Cet opqrcule précieux est extrêmement rare, même en Espagne.
1 Piÿii ro al ranto medio arroddiado y ataorto rrm la* brazo» trrautado.i, tsprranda ai n»üo !Hos, que tuyu de ta alto en «un florin lit ange les, para estreeharlr '» preho . Description arfisUra de ta Culedral de Sevilla. page"?