ESTER AN MURILLO
fut payé il l'artiste dix mille réaux, qui en vaudraient maintenant plu» de soixante mille; le voyageur s'entendra réciter encore, au sujet delà belle Concrptiim peinte pour la coupole «les franciscain», l'histoire drcurieux démêles qui eurent lieu entre Murillo et 1e» révérends pères. Un tableau destiné à être toujours vu de
loin veut «''Ire conçu et traité dans le sentiment large du décor. Il doit être dessiné carrément et attaque avec beaucoup «le vigueur. Le peintre en brusquant les oppositions laisse à la distance le soin «le le» rétablir en leur juste tempérament, et s’il manie ses couleur* avec -une habile rudoie, il compte sur la dégradation que la perspective aérienne leur fera subir. Murillo n'avait eu partie d'oublier c«*s prinri|v», qu'il avait vu» parfois si Incii appliqués dan» In «avau le prulique de Velasquez. Quand les religieux Tirent «le près ce qu'il» auraient dit regarder seulement de loin, ils se récrièrent sur In grossièreté d*une |ieinture cahotée, confuse et que sons
ÉCOLE ESPAGNOLE
«toute ils «*royaient faite avec le manche de la brosse; ils refusèrent de la recevoir. L'artiste, avant de remporter son tableuu, demande et obtient qu'on le fasse monter un instant à la place ou il devait s’encadrer. A mesure que la toile monte, les figures se débrouillent, les contrais s'adoucissent peu à peu, les couleurs se fotidcnt ; cequr était léché parait fini, ce qui était brutal semble doux, et quand la toile est arrivée à sa dernière hauteur, la plus %<< parfaite liunnnuie enchante lis yeux. Les lions franciscain» rougissent alors de leur ignorance, et pour apaiser Partiale irrité, qui veut maintenant reprendre son rnuvrç, ils sont forcée «le lui offrir le double du prix convenu.
Mais comment parler dm nomfireuscs Conception» de Murillo, sans désigner celte toile dont la beauté est devenue historique, cotte fameuse Courtptiun île bi» galerie ilu mamffial Soult, trop connue pour être Récrite, • et qui a coûté à elle seule le prix d’un palais! Les â'uviTsde Haphael, île Cocrège, de Michel- Ange, n 'étaient pas nncorp montées, que noos sachions, ù la hauteur d’une pareille «Uraation. Il a fallu .qu’une peinture 'fût bien merveilleuse pour n aire pou éclipsée par Péelnl «le eetfo illustre eocMère. * «
Heureuse vie que celle de Murillo 1 .Elle ne fut pôim traversée , il est vfai k pur ces amdent» romanesques , qui font le charme et le tourfnent de nos ceeuis; la vue «h* quelque* Uihleaux île Van Dyck, une visite n Velasquez, fois furent le» deux gtunds événement de cette vie il artiste ou ne trouvèrent place ni l’oisiveté ni l’ennui. Hans une ville lou te peuplée de moines, de mendiants pittoresques et de dévôls illuminée, dans uiip ville remplie d’églises mystérieuses, et — comme dirait La Fontaine — éclairée pnr le» yeux des jeunes Allés andalou*?», Murillo passa son temps à copier les habitants de la terre, à inventer ceux du ciel. Le monde entier se résumait pour lui dans la cité de Séville. Sur le chemin qu’il avait à parcourir de la parois*» de Santa Cru», où il demeurait, il la cathédrale de Séville ou bien ou couvent des capucins situé hors des mura, il ne perdait rien de ce qui était venu provoquer se» regarda. S’il rencontrait h» licenciés Alonzo Herrera et Jean Lapez v Tavnlan, il était frappe de leurs belles têtes, et il les faisait entrer sous le nom de saint Léandro et de saint Isidore en quelque tableau de dévotion. Sans avoir besoin de voyager, de passer les mers, il sut traiter mille sujets differents, peindre tous les genres, paysages, fleurs, marines et les portraits, et l'histoire et h» miracle», • le» misérables accroupis sur le pavé et le» bienheureux emportés à travers h 1 » royaume» du paradis.
Suivons un pim en panourant une galerie célèbre ou même eu feuilleliml Pieuvre gravé de Murillo, suivons l'histoire de cette jeune tille du jieuple, enmpugue de I insouciant jMtrttfrtfcr que nous avons déjà surpris à sa toilette. Ici on la voit sur le» genoux de sa mère, qui, lui passant le peigne lin sur la tète, lui fait pousser des cris ù attirer le chien de la maison ; là sous les art ires nu fond d'un jardin, gentiment attifée, elle s'amuse avec dés oiseaux auxquels elle n fait un nid dans sa eorheillc. Mus lard, grandie et désormais capable d'éveiller et île ressentir l amour, elle se met à sa fenêtre et fixe un regard effronté. . . . sur qui 1 je l'ignore ; mais lascivement accoudée, les épaules nues et les cheveux divisés sur le coin du front a la manière des écoliers, elle sourit d'un sourire voluptueux, elle prend pour elle tonie la lumière, et, laissant dans la demi- toi nie du second plan une duègne richement vieille et disgracieuse, elle fait ainsi ressortir sa jeunesse sur ce fond de laideur. Fh quoi! n est-ce pas la même qui, sans doute convertie, pardon liée, devenue à force de repentir sainte Ht m de Lima. tient une rase à la main et offre son cœur à l’enfant Jésus, perché comme un colibri sur le» branches «h* la fleur 4
Le contraste est le grand ressort de Part espagnol. Aussi a-t-on vu de nos jours le nHiiantisme français, basé siir le contraste , tourner m» premiers regards, ver» la patrie de Murillo cl de Cervantes. Depuis Hernani jusqu a Ru y Hlas, c'est l’Espagne qui a fourni à nos coloristes littéraires pour|ioiriLs et guenilles, la husquine noire des duchesse» et le manteau troue de don César. Le contraste! personne ne Pu plus souvent mis en œuvrent avec plus de laniheur que Murillo. Toutefois, il ne s’agit point ici des oppositions brusques de lumière el d’ombre, telles que les affectait le terrible Ribera; chez Murillo, le ronlnLste ivlalait dans la philosophie du tableau par le rapprochement imprévu des conditions, par l’nti thèse ch 1 » caracfores ou de» pensées. Afin de ne pas heurter h la fois l'esprit et la vue, Murillo, à l’inverse de PEspagnolet, mettait le dualisme dan» l'action et l’unité dans le clair-obscur. Le contraste était pour Pâme et Pharmonie pour le» yeux. Lorsque, arrivé au dernier ternie de son talent, il fut charge, ver» 1670, desgrandes peintures destinée» à l'église de La Charité, son génie et son œuvre se trouvèrent merveilleusement assorti». Il avait précisément à mettre en scène les deux extrémités que lu religion rapproche, que la charité chrétienne réunit; le luxe et la misère, les haillons et la soie, la sanie
ESTE BAN MUBILLO (1618). Il
noriseajile el la douleur. Et jushiuenl il habitait la cité clanique de» mendiants. Aveugle», paralytiques. manchots
»AIHT 111011 A» P* VIILiM'BV*.
Imiteux, lépreux et teigneux, il rencontrait tous ces modèles rien qu’en se promenant par les rue* de Séville, vaste hôpital en plein air*. J
1 Séville a toujours été une ville de mendiant», nourri» par les moine». Elle en est aujourd'hui peuplée plu» que jamais.
12 ÉCOLE ESPAGNOLE
Ma» que de souplesse, que d'abondance el quel facile génie! Comment énumérer, comment décrire l'ira après l'aulra tant de tableaux variée, louchant*, sublimes, l'Enfant prodigue, la Multiplication des pains dans le désert, Sainte Èlimlttth de Hongrie, b Paralytique à la piscine', et tous ce» miracle* de la charité évangélique reproduits par les miracles de la couleur? Idée les yeux sur cette foule que Murillo a su peindre dans la Multiidica/ùm dm pains, aussi nombreuse qu’elle apparaît dans le récit <lc l'Écriture. Si le Christ a nourri cinq mille hommes avec cinq pnin> d'orge et deux poissons dit M. Thoré, Murillo n jM-int cinq nulle hommes sur un espace de vingt-six pieds. En vérité, il n'en manque pas un «les cinq mille; c'est une multitude inouiede femmes et d'enfants, de jeunets gens eide vieillards, une nuée de tètes et de bras qui se meuvent à l'aise, son» confusion, sans gène, sans tuinullc. Tou» contemplent le Christ au milieu de ses disciples, et le Christ bénit les pains, et le miracle est opéré! Symbole sublime de la fraternité entre les hommes, magnifique enseignement de charité que le peintre a magnifiquement traduit!
Ce que Raphaël Mnngs disait di-, figures de Velasquez, ou peut le dire de la plupart des coin pmi lions de Murillo; elles semblent m'w pur un seul acte de volition. On M’imagine guère que le peintre ait pu les concevoir autrement, el ce parfait naturel, s’il a mmi 'mérite, a bien aussi quelque désavantage. Chez Velasquez, par exemple, il est rare que l'arrangement d’un portrait ou la disposition d'un tableau d'histoire n ait |ias la saveur île l’inattendu, même avec une vérité saisissante. Chez Murillo, la conception est si prompte que l’art n’a pas même eu le temps d'intervenir. On serait tente de croire que la composition s'est romtanre d elle-même, et de la considérer comme une bonne fortune. Néanmoins le» gmujies se balancent, et si, quelquefois les diverses parties manquent de pondération, ainsi qu'on peut le remarquer dans le Saint Philippe de la galerie du maréchal Soult, c’est là une exception rare. Ah ! sans doute, il est des peintres sage* et réfléchis qui ont le talent d’intenter le spectateur au secret équilibre des différent* groupe* de Unir tableau ; il* savent que tel homme dis goût trouvera du cliurme à découvrir eus coni|K'iisations dont la loi est un mystère; mais quand on est devant un artiste aussi expansif, aussi passionné que Murillo, quand tout est dominé par la supériorité de l'expression . comment songer à lu convenance de res occulte» symétrie»? Si je contemple l'Enfant pntligw, je suis tout entier à la joie qui éclate sur le visage paternel et dans le geste de» serviteur» qui préparant un festin, el jusque dans les caresse* du petit chien de la maison, qui a rvcoiinu le fils de son maître. L’enfant prodigue ! il est pale el défait, sans être eulaidi; c'est l'image de sou cœur qui s’est flétri, sans se dégrader. Il est là, partage entre I» honte <le ses souvenirs cl la douceur d'être pardonné. Quelle intelligence de* choses humaine*! quelle philosophie! Et comme l’exécution est onctueuse, agréable, en harmonie avec le sentiment qui remplit la scène. La couleur est gaie, la touche facile; il semble que la nature elle-même prend part à la Tête de cette famille, a leur allégresse, et la clarté d'un beau jour leur mûrit, comme dit Montaigne.
Le caractère de Murillo ressemblait au style de se* ouvrage» ; il était aimable et doux. Cependant le sang «spugnol qui circulait dan* ses veines le rendait prompt à s’irriter : on ne possède d'ailleurs qu'à ce prix l'heureuse faculté de sentir vivement le» belles chose*. Il vivait en lionne intelligence avec un excellent paysagiste, Iriurtc, qui, au dire de Murillo lui-mèuie, faisait le paysage d inspiration divinr', Iriarte exécutait les fonds de Murillo; il y mettait de beaux arbres au feuillage léger, des site* riants ou sauvages, appropriés au sujet, des eaux limpides et des lointains vaporeux qui s’accordaient parfaitement avec l'intention du rnaitre. A sou liHir, Murillo enrichissait de jolies figures lis paysage* dlriarte. Ils avaient ensemble deux foi* plu» île talent qu’il u’en fallait pour un chef-d'œuvre. Un jour ils se piquèrent sur la puérile question de savoir lequel îles deux devait commencer un tableau commandé au paysagiste par un amateur qui avait compté sur l'alliance des deux amis. Murillo, iluiis un moment d’humeur, prit la palette et fit d'un seul coup le paysage el les ligure* de manière à enchanter l'acheteur. Il venait de découvrir en lui un artiste nouveau qu’il ne soupçonnait point, un admirable paysagiste : la même chose était arrivée à Rubens.
* O tableau, comme celai de l'Enfant prodigw, faisait partie «tr la galerie du maréchal Soult. Il avait été paye *.000 réauj à Vautrer (2,1*0 franc*}, ta- maréchal Soult l’avait vendu au mi 200,000 franc*; mai* le marché fut rompu. La Multiplication de* Pain» valut <3,971 rraux. Voyez Ce an Beriuu'lcr.
* Quillu-t, Dictionnaire de» Peintres etpagnolt. page 103.
ESTEBAN MUHILLO (1618).
Tout Farm a vu dans la galerie de II. Aguado el au musée espagnol du Louvre, que la famille d'Orléans nous a repris, des paysages de Murillo. Ils sont compris à In façon de llubens, avec largeur et dan* la masse. Bu
reste, il les subordonnait ordinairement à l'importance des figures, et la campagne n’était plus alors qu'un
accompagnement harmonieux el une invitation aux voyages de la poésie. Il noos souvient qu'un des (aideaux devant lesquels on s'arrêtait le plus longtemps, chez l'heureux marquis, c'était l Échelle de Jacob. Bans un pavs.
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triste, à deux pas d'une masure et au bord d’une eau paisible, un voyageur a laissé par terre sa gourde, scs hardes, son bâton, cl il s'est endormi. Le songe du fil» d' Abraham est représenté dan» le paysage par un peintre qui savait donner un corps aux visions de l’esprit. Sur la tète du songeur apparaît un escalier liiinineiix qui s’élève jusqu'au ciel; deux rangée» (le séraphin», louchant à peine du boni de leurs pieds les marches de cette échelle fantastique, montent vers l'Éternel et descendent parler tout bas nu voyageur endormi. Le paysage est profondément tranquille; aucun souffle n agile la cime des arbres ni la surface de l'onde; on n’entend d’autre bruit que le mystérieux frôlement des ailes séraphiques contre les parois de l’air.
En 1812, M. benon, directeur général des Musées; fil exposer au Louvre les tableaux espagnols conquis par les armées françaises. Le publie* étonné regardait ces toiles avec de grands yeux , et façonné il lu puintmv mythologique de l’Empire, il comprenait Tort peu I»*» Murillo; quelques artistes le trouvaient mou; M. Denon ne paraissait pas autrement s’y intérêt *r. Zurboren avait été placé dans le péristyle, et ses terribles moine* arrêtaient les visiteurs sur le* degrés du Louvre. Il nV'tait donné qu'au romantisme, ainsi que le fit observer madame de Staël, de comprendra les beautés de b» chevalerie et du christianisme. El pourtant, parmi ces tableaux, exposés à Paris [tour la première fois, il s'en trouvait un qui fut toujours regardé comme le chef-d’flBUVrc de son auteur, Sainte F. limite! h de Hongrie \ et qu’il faudrait .proclamer la plus parfaite de se» œuvres, si des juges compétents ne préféraient encore lr Miracle ttu gtntilhonime rtmuiin* On nous saura gré de reproduire ici la belle description qu’en a donnée M. Viardot, je parle de la Sainte Élisabeth : « Cjù sujet . » réunissait merveilleusement les deux manière* extrêmes de Murillo : la misère sale, déguenillée et vermineuse * de ses petits mendiants, la grandeur simple, noble et sublime de ses saints.. De là nail aussi le charnu» d'un - perpétuel contraste et dune liante moralité. Ile palais converti en Hôpital; d’un côté, ce» dames de la cour,
•• belles, fraîches et parées; de Paul te, ces enfants souffreteux et rachitiques qui se grattent, qui déchirent de « l'ongle leurs poitrines sms vêtements et leurs léles sans clieveux , ce paralytique porté sur des béquilles, ce •* vieillard qui étale le» plaies de ns jambes; celle vieille accroupie, -dont le profil décharné se dessine si * « nettement sur un paît île velours noir; là toutes le» grâces brillantes du Inxe et tic la santé; ici tout le hideux
«• de la misère et de la maladie; puis, au milieu de ces extrêmes de l'humanité, la charité divine qui les rapproche « et les réunit. l’nc jeune et belle femme, portant sur le voile d» 1 nonne la couronne de reine, éponge « délicatement la tète impure q «un en huit couvert de lèpra lui présente au-dessous trime aiguière d'argent. Ses •• blanches mains semblent se refttser à l'œuvre que son cœur ordonne; sa bouche frissonne d’horreur en même » temps que ses yeux se remplissent de larmes; mais la pitié a vaincu le dégotil. et la religion triomphe... n
Velasquez était le peintre de la nature, Murillo fut le peintre de la religion. Il joignit au sentiment de la réalité tout ce qu’il entre de poésie dans l’âme d'un croyant Pieux jusqu'à la dévotion, il aimait à s’abandonner aux rêveries religieuses dans un coin de ces églises catholiques qui mémo en plein jour sont plongées dans le crépuscule. Lors d'un voyage qu’il avait fait a Cadix pour y peindre If* Fiançailles de sainte Catherine, destinées au grand autel des capucins, il s'était blessé ni tombant de son (vliafaudage, et n’ayant on*, par une espèce de pudeur, avouer la nature de son mal (une hernie), il était en proie aux douleurs les plus aiguës. Pendant que son élève Menesès Osorio terminait le tableau du grand autel, Murillo, ramené à Séville, passa le reste de sa vie à souffrir et à prier. Vers 1ns derniers temps il se faisait conduire chaque jour à l'église de Santa Cnn, et il avait coutume de se mettre en prières devant la fameuse Descente de crois de Pedro Campann. On sait que le sacristain, voulant un soir fermer les portes plus tôt qu'à l’ordinaire, vint demander à Murillo pourquoi il restait si longtemps immobile dans cette chapelle }. « J’ai tends, dit le peintre, que ces pieux serviteurs aient . fini de descendre le Seigneur de la croix*. » Sentant sa fin approcher, jl. écrivit sou testament, par lequel il •exprimait la volonté d'ètre enterré aux pied* du tableau de Cnmpana, ce qui fut religieusement exécuté. 11^ mourut le 3 avril 1682 dans les bras de Pierre Nunei de ViIlaviceneio,*chevnlier de l’ordre de Saint-Jean, qui avait été sqii ami intime et qui fui, avecToburet Menesès Osorio, un de ses meilleurs élèves. C'est de Murillo
* Ce tableau, remporté en Espagne après l'invasion, figure maintenant à F Académie de Madrid. (Viardol,Jfuidn d'E<pag*t.\
* Le reepondiê : « inU&ji etperando qnt rtlm tantôt roranrs acaUn de ho tarai Senor de foervz. * CeanBrrnuid» 1 *.
ESTEBÀS MU RI LL 0 fl 61 8).
que procèdent tou* les petolrra de S«Wi|]e dont noa* aurons à écrire l'histoire. C’est lui qui fonda une académie publique de dessin dans sa Ville natale cl obtint à grand’ peine le concoure des professeur Jlurrcrn , Y a blés, Iriarte. U la présidait et y, venait enseigner aux élèves l'étude du modèle vivant. .\près l'avoir pofe; lui-mème, il en expliquait l'altitude, les proportnms, l'anatomie.
Les qualités vrnynent ex traordi mires de Murillo sont la fécondité,^» .Mjupb'sse et uim». ineouiçtnrnbjc fw*ililé . à tout poituliv. Quand on sn, promenait dans k» salles .de notre .musée espagnol, oif était surpris île la merveilleuse flexibjlilé d'un tel coloriste. Tantôt il est grave et contenir, comme dans le portrait en pied du froid mqliisiteur t /X>« dreamtç Andrarte; tantôt il rencontre à son insy les.* effets de Rembrandt et fopùle doréà, par exemple, dans 1a superbe tïsquis»* du Skint Thotnat de Villanueva, dont nous. trfron* la gravuru cl nos lectrurc. Quelquefois le pinoWu d'EsletitU) »*sl bnidu jusqu a la molkse; le pliis souvent il est chaud et va|toreux. j Vut- *étre est -Il dangereux de eoÿer Murillo: on risquerait île loinbef- dans la rondeur et le défaut d'accent; on contracte rilil une bqhftlil*- d’exécution dou| l'orjginal sauve par le charme et l'éclat du coloris. Mais s'il ne faut point imiter Murillo, on peut l’admirer sans crainte et sans réserve sous mille aspects tUfférçnls-et surtout dans le* sujets gracieux, eu ru me cette Vierge À la ceinture ou l'on voit des anges exécuter une musique céleste |»oiir distraire l'enfant Jésus, qui , ravi de leurs accords, tourne vers eux ses grands yeux noir* remplis de pensées, liénie syave, tout ce qu’a touché Murillo se tourne en douceur, s’éclaire d’une clarté sereine ot iienétrahle; La religion dans scs tableaux li a plus rien d'effrayant ; elle paraît remplie dé grâce; elle est indulgente et h’mivre jamais à l'imagination des fidèles que les ruyoïmoules contrées du |iarudis. Riliern n’en avait vu que les mystère» sombres, Iç côté iiN-nnçmil et sinistre; Murillo n’en a montré que, h* côté lendi'e. aimable et radieux.
eiuni.is m. anc.
ÏSEUSICIIS ST IBMCMîDHS.
Ertcban Murillo a laissé ud grand nombre de toile» qui, avant les guerres de l'Empire, se trouvaient presque toutes dans les églises et les couvents de l'Espagne, à Madrid, à S-ville, à Cadix, à Grenade, k Curdoue, rie. ,
Nous atluns dresser le catalogue abrégé de IVi-uvre de ce maître, en rte news arrêtant que sur leu compQHtions dignes de lixer l'attention «k* amateurs.
(ywnmençons par la patrie «le l'artiriê :
Le Mrtco ne Pim ira ucl Ktr a Madrid. si riche en tableaux de toutes les écoles, quoique de création récente, renferme quarante* je |»4 tableaux de Murillo. Nous citerons seulement les principaux ;
La sainte Familte au petit chien. — L' Adoratvm des Henje.rs , ouvrage plrin d’énergie dans i'exérutioif et de pnésie dans la pensée. — Jean* un mou' on. —Jésus ai saint Jean. — Le Martyre de sami André. — Deux AnnuMciafion*,- . — et enfin les F-rtaies.de saisit Renia rd, saint itupiuiift, saint Francis et saint lldefonse, qui sont des prodiges «le l'art.
I,». Misas: national de la même ville est moins riche que k Musco «l<i Itey ; mais il renferme quelques remarquai» 1 *'» eiio) positions du |H'intre de Scvillc : un sofa* Ferdinand, une Lrtau de <uint François, «te.
L*Acu»ciut: dk Madrid est' la mieux partagée, non pour k nombre, mais p<mr la qualité des tableaux de Murillo. On y voit : t n« Résurrection respkddbMnle de lumière.
L’académie renferme un tableau de Murillo plus étonnant «•ncore, cVsiMÔile Élisabeth de Hongrie soignant les Lépreux.
Séville possède dans sa cathédrale — Moite frappant le rocher, — la Jfu/ti/'/iMtion de* pains dan* le deteri ■ — ri l'Extase de saint Antoine de Padou*, la plus grande toile qu'ait peinte Murillo.
Mis»;!:' pu Lw*»l [tant la Galerie espagnole, propriété
|iartiriiliêre du bu ni, il y ara t tn-ntr-luiil luldeaiix «k Murillo; parmi lesquels il fout citer h Vierge à la reinture. — Saint 4o.yii.Uira à Hippane, — Saint Bpnarenlure écrivant ses mémoires après sa mort, — Saint IMgo <f Mcala, — le Portrait du Peintre.
En 16.18, tous ri.*» tnWeaux furent retirés du Louvre-, qui n«poWtii plus que sept ttbkiox de Murillo : la Vierge au chapelet,'— le Mystrre de la conception de la Vierge,— la sainte Famille . — saint dNÿtMtin en méditation,— le jeune Mendiant et deux tableaux peint» *ur marbre, Jésus sur la manlagnr des oliviers —cite Christ à la colonne, A res sept tabb-nux dont qurlqncHiM, ta sainte Famille, estime 60,000 franc» <-n 1816, et le Jeune McndUnt, estimé 30,00» francs à li menu- époqj*. sont fort eélHlire-s. k Gotm-nu-uu-nt vi» jit d'ajouter la Conception de la Vierge, le chcfd’n-nvre «k Murilta». Il à été payé l'énorme «vniine de 613,300 franc», & Ta vente «k b colkclkmthi maréchal Soûl t en mai IH.V.',
La Garnit MTVOldLS dk LOMMts posséda trois tableaux «k Murillo. - '
Vne sainte Famille, ouvrage des dernières amnW du peintre, Cité par Palouilno et Ccan Benmuht, r-tr., désigné «piclqwfoî* smts b dénomination de Prdrosn Murillo, nom de .son ancien proprietaire,' le iiMri|ui.» «le Pedruto. Ce Labb'iiu a été pavé 137,34)0 franc* . — Un jeune Paysan espagnol. gravé par J. Rogers. Ce tableau, qui orna 1a cn|kctkm du marquis de Uinklowni', fut offert, en Wfi, à In Galerie nationale, par M, Zarhary Esq. Saint Jean et le mouton, gravé. par V. Green.
X HAXrUMiopni on voit, dan» la Galerie de la reine, un jeune Enfant mangeant des fruits peint par Mitrilb», dans la grande salle à nianpT;— /c Portrait de finn Carlos fils d* Philippe JV ; — enfin dans lu chambre privée de b reine, un jeune Espagnol.
tfi
ÉCOLE ESPAGNOLE
Duj.wk»Colleix. Cette coilortion « remarquable et si va* né*- contient duiiïe tableau* do Murillu d’iin Un-bon cboii : citons la jeune Fiüt aux fleur*, — l' Enfant Jé sms oi'ff an mouton, — le bon bergrr. — Jncolt tt Rathel.
• l.i liau;i>i:u * Vi».«i possède un viil tsbleau «U- Munllo, Saint Jean bapéist* caressant un agneau.
Lt Pl>scoT«giE DE Ml MOI est plu» riche, elle eu aitnpk »epl ; deux Mendiant *,- — deux Un fa ntt jouant ans dés, — une jeune FiD* rompront de l'argent à un jeune Garçon aitiptel elle rient darhrter de* fruit* , — saint h rançon*
’ guérissant un Paratyli/j ue. Voilà le» meilleurs.'
• A l» Galmue h>vuahk Dresde, deux tableau* .le Murillu: la Vierge el i Enfant J mu*, — Jeun* Fille vendant de* fruit s Le II>see de l’Krwtm.e k SiOT»PltEUimiic est — apres l'Hspagne — le (itii» ncln- rh tableaux de Munlt-i, il n*en «»mpte pas moins de vingt-cinq à tivntc. Ne citons que les plus l* ali* : Sainte Claire mourante, que h* peintre exécuta à Madrid à 2« an» et qui devint le premier fondement de sa haute Tvjsomnuv ; iule petite Adoration de* berger*, >»qiiiv«- Une et dciiraté, une Satirité lumineii».- comme la nuit du Gorrége, mnc Msomplitm, une v a»tr ronqviMtinn npréseiitant rj*ia**\Mt d'un Prêtre devant son prie-Dieu,— Ir Martyre de idiot Pterre tir Vérone,— le Songe de Jarob,—le Hrj.eh en Egypte, — Saint Pterre aux lient — et Jésus rt Saint Je on enfant*, ce* dent dernier» juvivetiant de U vente du maréchal Suait.
Mi a i: aot*i K Binir* ; un Saint Antoine de Padaue provenant du cabinet que s'était hit en, E*|uqn*r le général Mltllieo Kal>»e r.
Les collections partirulkti-s, si nous t-urpbint celles qui «• trouvent en Angleterre, sont peu jkiungr? eu tableaux de Murdlo. Cejh iul.tut nous r<-muim«it*. à Paris, cher M. de pourtant üoiyirr. quelque» beau* échantillons de <v maître.
Le Triomphe de l' Euehariitie rapporté d'Espagne par le qênml Mathieu Fab'ier, ta Vierge tt P Enfant Jrttu. provenant Je U mente H'mrre. Saint Joseph portant V Eli fané Jetu* dan* $0$ brds et tenant une tige dé lit,— Saint Joseph tenant l'Enfant Jésus d'une main et un rameau de loutre
• Cher M. l>rlc$sert. nne idinte Famille. rcMpiiva-dr celle qui orne la National liallerg «le Londres
ASUlford-ltollficoii admitv./'ffn/îint prodigue . — tbrohan, ei le* troi * ange*, arqnis l’un et l'autre «u maréchal Suult. On J voit encore une Sainte Famille— et *aimt Franc ou embrassant C Enfant Jésus
■Oans la Collection île Lntvl Aslihurtoii : Saint Thomas faisant t'aumOns. Gr'bililrau ofnai^ autrefois la cathédrale de HétiHe; il fut vendu au Lord par le maréchal Sébastian).
La Vierge <hni une glaire., tableau d'une grande délkatnnc.
iJuns la célehn- Galerie lie GroMenor, on -voit nn grand Paysage qui avait orne h- palan 8ttinV-*ign. a Madrid.
Cher Sir Thon»** Baring à Strallon, quatre tableau* «te- Murilio : une Conaeplion.— une Sainte Famille, — un Jeune Faune tirant de* *am de m fliitt ,— une Jeune /Me relevant son toile.
Chef M. Milesà Leiidit Court, le Martyre de saint André — et la Vierge rt i Enfant Jrtht. Ce tableau est de la meilleure époque du maître.
CIm le comte di* Wnrnh'k, a WarwickoulUe , Vn jeune garçon ruai et montrant du doigt un autre garçon.
Cbw II* duc de Bédfurt, A Wtiburn-Abbcy, De* ange s volanl liant Ut air*, grand tableau pansant de couleur.
Donnons ninlmut un aperçu des prit réservé auv tableau* div Murdlo dans fcsvcnk'S publique».
Veste de JliuwiL, fittL Le* Jfoct* de faiw, 6,000 fram>,
Umi (nihHT, 1768. Jésus endormi y contemplé par la
tqi.luiuaC
tferf* et tain t Joseph, l7,S:tü franc*. Vn jeune Mendiant, relui du Louvre, 1,544 francs .-n 178i; il fut acheté par le rw, 3,600 franc* u la vente de M. S&ink*-Fuii.
Veste dk de C«oh>eu.. IT71. Jeune FtU* tenant de U main dnvik* un (lanirT plein de frurts, et «h- la ganchr, un ImkiI de son voile; le prndanl, un jeune Garçfm |»rlant n sondiien; veiuliK ensemble 4,WM» francs.
Veste Umcvuci. df Gvr.sv, 1770, Vite jè un* Bohémienne. assise, vue jusqu'au* genou*, Ayant de* fleurs dan» le fond «le son nuteut, lï,o00 frahea. •
Veste l'usa DE Conrt, liîj, Le bon Pastfur acte ses Jtrrbù, 1,401 Iranes. Saint Joseph tu*i*. tenant l'Enfant Jri nt entre tri beat, 1,502 fr. Le » Noces de Cuiui. H.iJIRI fr. (Divans pl us bit. 6.000 francs. 1 Une Nérodiad*, 620 fr.
• Veste IIsmnis mi boHSEï, IT77. La Vierge attit* tenant l'Enfant Jrsus sur ses genoux, II», 909 francs. .
Veste id P*«us, 1795. Saint Jean «»» eartt>anl son mouton, 3,520 francs.
Veste l.vrumut, 1HI7. Lamaiton de Saint Joseph, l.lKiOfr
Veste Dovsiiasisits . 1927. L'Adoration des Bergen, 2|,.’MM> franc».
VtsTT nuvsuia fiasan. 1932. La Vierge dans une glr/irr, 10,000 franc* ; la Salivà* de Jétut, 3,600 francs.
Veste. Aci «tw. 4843. Ginquantr-cinq Libb .nu de Murillu. La Mort de tamit Claire, vingt-huit <igun~s. un «bs rlrfsd'sBuvrs'du malin-, 19,000 fr. Aujourd'hui il vaudrait tmisfois rettr«onnne. Réception de satnt Gilles par un Pope, 3,100 fr.; la Madone. 2.790 fraïus; T dnnonctaf^ia, 2.700 franc* ; ta iierge dan* une gloire, vingt-neuf ligim s. 17,1*0Q franc* ; Sainte Juste, liguiv à ini>c«iqis. 8,02.1 fraitM; Enfant* retenant du marché, 5.U50 francs -, Jeune Fille aux Poisson i. gravé par Hlaiirlsini, tl,!8M) franc*; Portrait de Moine. 4, 030 francs. L'étau ni là In plus beau* deccNe rulkction.
V i.sti: r wmis u Flan, 194a. Sainte Famille, 4.268 franc*.
Veste Gtiu.u ue II. ni de HoUande, 1950 .Saint Jean de h croix, 5,717 fr. 50 c: sainte Fami’le, 10,141 fr. JS c.; t'.li.uunfJi'iN de la Vierge, 92.044 francs. Go deux dernier* Lihleaui furent acheté* |MHir la famille n>vale de* Pavs-it&s.
Vf-ste »s«f.auLS«t Li, lHS2. Quinte Ublemi* de Murtll",paVes ensemble, frais romphs, |.163,-2t5 fr. La Conception de la Vierge, adjugée à la France pour le Louvre, au pri* <fe Kj:,,:t<l»1 franc* ; ta Naitminc* de. la I iergt, WjSlOfr.; Fuitr en Egypte, 5 4,075 fr.; Jrsiliel saint Jean enfants, 60,150 fr. . .saint Antoine de Padour et V Enfant Jésus, IO,iltlft.;»Blf Pierre «ua- Liens, 159.550 fr.; Repentir de saint Pierre, 5.775 fr.; Miraelr de saint Diego, H9.77J fr.; Scène d'ép *déplie. 21,000 fr.; /Mme de taint Philippe s'élevant au Ciel, 15.750 fr.
■Vms LoeK-PniurrE, 1853. Lu Vierge a la ceinture, 39,750 fr.; ta Conception du nniviuil ilc'Cftlskoue. 20.051» fr ; méli*' sujet, 6,750 francs; là Madeleine de fa cathédrale de Séville. 21,000 fr.; »«*nt tuyvnfm a Htppone , 17.000 fr.;
, |Hjrtrait <b /Am Andrade , 25,500 fr.; le portrait «le l'artiste dan* un uvale, lO.SOUfr.; l'esqui*#*- de Saint rAawu 17,7XOfr^ Murillu* In-vran nient *»gué w* lableauv. l'n* sainte Famille .périr cependant s» stgnatur*'. que iumis n-pn«|uisun* pim Ik»'.
JUAN DE SEV1LLA ROMERO Y ESCALANTE
HÉ C« MIT — ■<liv KM KM
A son retour des Pays* Bq*, Pedro de Moya, te premier, introduisait parmi ses anciens condisciples de Séville l’étude, encore toute nouvelle pour l'École d'Andalousie, du style et du coloris de Van Dyck et de Rubens. Un sait quelle influence profonde et décisive renseignement des larges pratiques empruntées aux grands Flamands exerça sur les destinées de l'École. On sait que pour Murillo, surtout, la vue des peinture'» de Moya fut une véritable révélation, line fois accomplie celte sorte de mission régénératrice. Pedro de Moya, lassé de sa vie de voyages et d'aventures, vint se reposer à Grenade, su ville natale, et y ouvrir un ulelicr.
In peu plus tant. AlonsoCano, qui tour a tour uvait liahit** Séville, Madrid, Tolède et Valence, revint, lui aussi, se fixer dans sa patrie, et Grenade, qui n'avait jusqu'alors compte que des peintres d’une assez médiocre valeur, se trouva être, vers le milieu du dix-septième siècle, l'un des centres artistiques les plus florissants de l'Espagne. Ile nombreux et habiles élèves firent bientôt cortège aux deux maîtres grenadins. Tandis que Moya enseignait à ses
P. CO LE ESPAGNOLE
disciples les tradition* de Vwi Dyck , Cano inclinait plutôt le» sinus vers le style cl les procédés des maîtres italiens, mais en y mêlant ses qualités propres : une exquise naïveté, une harmonie tranquille, unies ,i une noblesse, à une majesté d'expression presque antiques. Si Moya possédait un coloris plus intense, une touche plus libre et plus fondue, Alomo Cano pratiquait un dessin d’une irréprochable justesse et d’une sévérité qui n'excluait pas la grâce. L’élude de ce* individualités si tranchées, et les comparaisons que faisaient naître les ouvres simultanément produites, se traduisirent chez les élèves des deux maîtres par uim transaction entre leurs styles. De celle double imitation, ils se composèrent mm sorte d’originalité, une manière si l'on veut, plutôt qu’un style, mais qui, cependant, suffit à caractériser leurs ouvrages dans l'ensemble des productions de la grande Ecole nndalouse.
C’est ainsi que prit naissance la petite Ecole de Grenade. Moins vastes de pensée dans leurs composition*, coloristes moins brillants peut-être que leurs rivaux de Séville, les peintres de Grenade >urent rester plus sobres, plus austères.
Aussi, un siècle après sa création, f École grenadine conservait-elle à peu près intactes les traditions du correct Alonso (^ino, quand déjà Séville était en pleine décadence.
Parmi les disciple-, qui, s'inspirant des leçon* de Moya et de Cano, formèrent le premier noyau de l'École. Juan de Sevilla, Atanasio Bocanegra, Nino de Guevarn, Sébastian Go niez et Geronimo de Cicza, devinrent a leur tour des peintre* réputés, Juan de Sevilla est le plus célèbre do ce* maîtres.
Juan de Sevilla Romcro y Kscnlantc naquit k Grenade en 1027. De bonne heure, il montra le* plus heureuses dispositions pour la peinture. André* Alonso Arguello, artiste peu connu et sans doute d'un mérite très-effacé, lui apprit les premiers éléments de son art ; Moya le reçut ensuite dans son atelier. Sous la direction de ce nouveau maître, dont les tendances devaient convenir à la nature distinguée de Juan de Sevilla. l'élève faisait les plu* rapides progrès lorsque Moya mourut.
Abandonné trop tôt ii lui-même, Juan fût certainement demeure un peintre très-incomplot s'il n'eût eu l'heureuse idée, pour se maintenir dans les excellents principes que lui avait légués Moya, de copier plusieurs esquisse* H des tableaux de lluhciis, rem ontrés à Grenade, et qu'il put étudier tout à l'aise . Rubens fut donc comme un nouveau inaitre pour Juiui, qui, copiant et recopiant, s'efforça, avec une rare persévérance, de pénétrer les procédés du coloris fhiuiaïul et de s'en assimiler le* magnificence*. Le succès couronna peu a peu se* efforts, et la vogue qu obtinrent bientôt ses ouvrages aux belles teintes harmonieuses et ehaudes. prit, au dire de Cean Rennudez, des proportion* incroyables. A Fcnvi, les riche* personnages, le* administrateurs de la cité et les communautés religieuse* lui demandèrent des tableaux, et quand, a l'occasion de* fêtes du Corpus, que Grenade célébrait avec une pompe inouïe, les plus fameux artistes étaient appelé* à concourir pour les projets de décoration des autels, Juan de Sevilla sortait toujours vainqueur de ces concoure, où il eut souvent pour rival son orgueilleux compatriote Iloennegra. Cette vogue si rapide et qui pouvait être fatale à l'avenir du peintre, en l' amena ut à beaucoup produire, ne parvint ni à l'éblouir ni à modifier la sévérité de ses tendances. En aucun temps il ne faiblit, et son talent ne fit. au contraire, que grandir et s affirmer.
Juan de Sevilla peignit successivement pour la cathédrale de Grenade quatre composition*. Deux sont importantes : le Martyre de sainte Cécile et Saint Basile remettant à saint Benoit la règle de son on/re ; les deux autres sont une Conception et C Ange gardien. Savamment ordonnée», d'un dessin très-pur et trèsélégant, ce* composition* frappent surtout pur lu richesse de leur coloris, qui rappelle certainement Van Dych.
la* Miracle des pains et des poissons, le# Pèlerins d’ Emma ils. Saint Jean de Dieu au milieu des pauvres, r Annonciation, une Sainte Famille , sujet» que Juan exécuta pour la chapelle de l'hôpital du Refuge, peuvent encore être comptés au nombre de ses meilleures productions.
Aux angles de la voûte de l’escalier principal, dan» l'église dédiée à saint François, il peignit les quatre tableaux suivant* : Saint François présentant la règle de son ordre d Jésus- Christ , Saint Antoine de Padoue manifestant teucharistie aux hérétiques , un Saint de l'ordre dit Franciscains, et Dieu le Pèrr recevant dans sa gloire la Vierge entourée d’un chœur d'anges.
JUAN DE SEVILLA RO ME RO Y ESC AL ANTE (1627). :t
I. église des Augustines recul une île se» œuvres capitales. Diiiih celle gronde loi le, cintrée du linail, l' artiste figura des angps soutenant le saint Sacremenl, devant lequel la Vierge est en adoration. Hans la partie inférieure sont prosternés saint Augustin et saint Thomas de Villeneuve.
Quelques autres couvents de Crenade, transformés ou supprimé** depuis longtemps, possédèrent îles ouvrages de Juan de Sevillo; on sait qu'il fit pour les chapelles des Carmélites et des Augustins une suite
assez nombreuse de sujets sacrés, entre autres le Saint Augustin avec ta Vierge et l’Enfant Jésus, qui se trouve aujourd'hui au musée de Crenade, et que le collège des Jésuites avait de lui une l'ène; mais, dès l'époque où Cean Ilennudcz écrivait, tous ces divers morceaux étaient déjà dispersés.
En dehors de Crenade, les biographes de Juan de Sevilla ne signalent qu'un bien petit nombre d'autres travaux. Oan Bermudez et Punz citent cependant encore l'une de ses principales toiles : elle est placée a l'entrée de la sacrÿdie de l'église magistrale de Alcala de llenarès, cl représente le Martyre des saints enfants Juste et Pas t or, patrons de la ville. Celle peinture, signée en toutes lettres : ScvUtti pinrit, est, au témoignage de Poux, d'une grande beauté d'expressiun et d'une couleur aussi franche qu'énergique.
A quelques tableaux près, c’est là tout l’œuvre de ce peintre, ou du moins tout ce qui s’en est conservé en Espagne. Juan de Sevilla, par son exécution consciencieuse, s'était interdit la fécondité, et d'ailleurs ce n'est
J ÉCOLE ESPAGNOLE
que dam» un âge relativement avancé qu'il conmwnça à être réputé un malin* : an 1666. è lrenl«-ii«Mi1 ans. il était encore élève du Mu) a.
Juan <Io Sévi lia iniiurut à Grenade la 211 août 16î»5. Il avait soixante-huit ans. Sa péri»* fut un deuil |M»nr sa villa natale, qui voyait «éteindre «mi lui un do ses plus chers artistes.
Particularité bizarre, Juan de Sevilla n’eut point d’élèves et se refusa toujours à en former. Il nvaii épousé Tercsa de Itut-da, qui était d'une grande hcaiilé, et ce serait à son ombrageuse jalousie qu'il faudrait, d'après ses biographes, attribuer la cause de celte singulière et regrettable abstention.
P A IL LKFORT.
MEHsims ht 'jHDiUïnnns.
Nous avons désigné, «la dm le courant d«* telle nia ire. h» pnncq»aux ouvrages «le Juan de Sevilla encore conserve* .iiijnurii'hu! dans le» élises, chapelle» et cimvenl» «le Grrrv»ilo. Pour celle* de ses Unies qui ont «de dispersées ou dft notes, oti pourra consulter les biographie* «k* Palomino el de Huait Hemiudez.
l-c* plus riches musées de l’Espagne ne r«Mifcrim*nt point «Tieuvre de Juan «te Sevilla, cl, à lYseeption du niusét* «le I
Grenade qui fioMéde le Smnt .lu grave dan» celle milite, el de la galerie Aguado, sur le catalogue de laquelle llgunueiil deu* conqHwiliifli» jieu ni>|«o Imite» : Lit Vierge dr* Uni* n| uni* Tète de Vierge, anus ne pourrions citer aucun autre ouvrage de ce maître dans les enll«*clion» publique» ou purlirulirm.
Vente Agu*d«i. 1113. — Le Vierge de* Hm* JIKl lr. — I Trie ife l'ieryr JiO fi
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