‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 2)Chapitre 39 sur 58 · ANTONIO DEL RINCON · texte numérisé non relu

ANTONIO DEL RINCON

st veau 1411. - MORT VI** ISO*.

Absorbée pendant tout le moyen Age dans ses luttes incessantes contre b» Maures. l'Espagne n'eut ni le goût ni le loisir de cultiver les arts et d'acquérir les raffinement» de la civilisation. C'est seulement au quatorzième tiède, à la faveur des liens politiques et commerciaux qui unissaient l'Italie à la principauté de Catalogne cl au\ royaumes de Valence et d’Aragon, que la peinture commença à prendre racine sur le sol de la Péninsule et à compter parmi ses praticiens des artistes indigènes.

Valence dut sans doute à son délicieux climat le privilège d’avoir, la première, formé des peintres : à l’aurore du quatorzième siècle, elle peut déjà citer son tnestre Mar/al, à qui la municipalité accorde libéralement un local pour l'exercice de son art, et encore Ciiillermo Amaldn. originaire de Mnvorque, mais fixé à Valence, qu'une charte de Juan l* r d'Aragon autorise, en 1392, i» porter des armes; puis, à la suite de ces deux maîtres cl dès les premières années du quinzième siècle, apparaît une véritable légion do peintres : Tristan Rataller, Juan Zarebolleda, Guillermn Stoda, Pedro Nicolnu, Roger Fspcramlcu, Juan Palaxi, Jayme Slopinya, Antonio Ferez, Romingo Adzuave, et, enfin, Juan Reixals. artiste de grand renom, qui travaillait autour de l'année 115(5.

A leur tour, l’Aragon et la Catalogne ne tardent guère à rivaliser avec l’heureux royaume de Valence. Tandis que, de 1300 à I3ÎM), Raymon Torrent, Guillou Tort et Pedro de Zuera couvrent de leurs peintures Ica murailles des églises de Saragosse et des cloîtres des riches monastères aragonais, Juan Gusflles et Luis Rorrasa peignent en Catalogne, pour les églises de Reus et de Barcelone, avant la fin du quatorzième siècle.

Mais le siècle suivant «wl bien plus riche encore en noms d’artistes : la Catalogue possède Alfonso, le moine Senis, Pontanel, Alemany et surtout Luis Dalninu , l'auteur de l'admirnhle tableau des Conseillers Hrtvnit la Vierge, qu’il termine en Ut 5 pour l'église San Miguel de lUirrelone. En même temps, l'Arngnn a (tenant de la Ortiga, peintre de la Députation tld Reino , vers 1 4 r*7 ; Juan Calvo, Juan Serrai, employé par l'Inquisition à peindre les stmôeni/ot de ses justieiés, cl encore Pedro de Aponte, successeur de Rouant de la Ortiga, auteur d'un retable commandé par le roi Jean II, et devenu, vers 1179, le peintre de Ferdinand Y le Catholique. Ferdinand emmena cet artiste en Castille et le combla de faveurs.

La Castille n'eut de peintres indigènes qu'au quinzième siècle, f.'cst, en effet, un Florentin, Gcrardo Stamina, élève d' Antonio Voneziano, qui apparaît d’abord à la cour de Jean I"; plus lard, deux étrangers

encore brillent « la cour do Jean 11 : Dell» de Florence» que le roi arme chevalier, et le maestro Rogel de F landes , qui n'est très-probablement autre que Roger van lier Weyden. Enfin, vers 1418, Tolède a son peintre, Juan Alton : il exécute le retable de l'ancienne chapelle du Sagrnrio. Puis, parait lo maestro Jorge Ingles, auteur des remarquables peintures du niailro-aulel de l'hôpital de Ruytrngo, où figurent le donataire don liiigo Lnpex de Mendoza, premier marquis de Sanlillau. agenouille et priant, son page derrière lui, avec la marquise accompagnée do sa donce/ln.

Mais dès que commence la seconde moitié du quinzième siècle, la Castille devient plus féconde en grands artistes : presque simultanément ou voit surgir Garcia del Barco et Juan Rodriguez; ils travaillent à Avila; Pedro Berruguete, père du célèbre Alonso et peintre du roi Philippe el Hermoso; Santos Crtu. collaborateur de Berruguete pour les peintures du mattre-autel de la cathédrale d'Avila; Juan de Segovin, Pedro Gumiel et Sancho de Zamora, dont l'œuvre principale est le retable de la chapelle de don Alvaro de Lunn. à Tolède; Diego Lopez, Alvar Perezde Vilhddo, Alonso Sanchez, Luis de Médina et Juan de Borgofia, décorateurs du parangmphe, ou théâtre scolastique de l'Université d'Alcala; enfin, apparait Antonio del Rincon. peintre dis rois catholiques Ferdinand et Isabelle, et le premier des artistes castillans qui ail franchement abandonné la manière gothique pour donner de la rondeur et de la souplesse à ses lignes, pour mprimer à ses figures plus d'animation et de caractère.

Né à Guadalajnra vers 144fi, Rincon passa, mut-on, sa jeunesse en Italie; suivant ses biographes, il y aurait appris son art auprès d'Andrea del Castagne ou de Dominico Ghirlandajo; sa manière n’est pas. en effet, sans quelques rapports avec celle de ces deux maîtres.

A son retour dans sa patrie, Rincun vit son mérite hautement apprécié ; non-seulement le» rois catholiques lu nommèrent leur peintre, mais ils le firent encore chevalier de l'ordre militaire et religieux de Santiago. L'artiste dut reproduire fréquemment les traits de Ferdinand cl d'Isabelle; on le regarde notamment comme railleur des portraits du roi et de la reine qui figuraient au-dessus du mn il re-nn tel de l'église de San Juan de los Reyes, à Tolède, ainsi que du portrait de Antonio de Nehrija. Antonio peignit beaucoup a Tolède; un document qui fait partie des archives de la cathédrale établit qu'en 1483 il était chargé d’exécuter de grands travaux dans l'ancien sanctuaire, avec l'aide de l’cdro Berruguete ; ce» peintures ont disparu depuis longtemps.

Mais l'œuvre capitale de Rincon nous a heureusement été conservée : c’est le retable de l'église de Robledo de Cliavela, composé de dix -sept panneaux représentant divers passages de In 17e de la Vierge, avec Y Assomption pour sujet central . Os peintures justifient la réputation dont l'Espagne a entouré le nom do son vieux maître ; elles sont d'un dessin naïf encore mais déjà plus correct, plus vrai, moins raide ; les types dos figures y sont ticaux, presque expressifs, cl lus draperies présentent un bon arrangement; Rincon fait déjà pressentir la Renaissance. Oii croit, mais sans preuves, qu’il dut mourir vers l'année 1300, à Séville, où se trouvaient alors les rois catholiques ; le devoir de sa charge l'obligeait, en effet, à suivre la cour dans ses voyages.

A l'exception du retable de Robhnlo, il serait difficile de citer quelque autre ouvrage absolument authenliqiiu de Rincon. Cependant M. Cnrderera lui attribue, dans son famografia espaiïo/a, lo tableau portant le n° 935, au Musée national de Madrid, où sont représentés : Ferdinand et Isabelle, les infants don Juan et doua Isabelle, l'inquisiteur Torqucinada, entourés île saint Pierre martyr, de saint Augustin avec saint Dominique de Guzman, et adorant la Vierge el l'enfant Jésus. Ce remarquable et intéressant ouvrage, qui provient du couvent de Saint-Thomas d'Avila, aurait été peint, par l'ordre de Torqucinada, autour de l'année 1485.

A i* vente Salamnrua ( 1867 ) . un tableau représentant le Christ heni**bmt ta Vierge, sillrilKjé u Antonio drl Rincon. a été vendu 4<i0 francs. La Vierge et l'enftint Jésus, nient Minne au Catalogue «fri l'auriiMine gstlerio equi-

pnnln du Muée du Louvre , a atteint • 80 , à Londres . en <833.

Un tahloau de Rincon, h Vierge aUnitant Ven font Jèttt*. apjKirtient au Musée de ntcmiilaj^*, ;i Suint-Pétcrsliourg.

APPENDICE

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