‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 3)Chapitre 25 sur 93 · FRANCISCO PACHECO · texte numérisé non relu

FRANCISCO PACHECO

Peintre, poète, littérateur érudit, mais plus professeur que peintre et plus érudit qu’artiste, Francisco Pacheco doit sa célébrité moins à ses peintures qu’à ses écrits. Son livre de Y Arte de la Pintura est le monument de sa vie. Homme de traditions, esprit froid et méthodique, Pacheco, dans ce traité, le meilleur qui ait été publié en Espagne, s’est montré écrivain didactique excellent, et c’est par là que 1 'Arte de la Pintura mérita de rester longtemps classique parmi les artistes. Mais tout autre est la partie philosophique de son livre : empreinte du mysticisme le plus étroit, elle n’est guère qu’aride et rebutante. Enragé d’orthodoxie, Pacheco ne veut rien laisser à l’inspiration du peintre. Il a des formules pour toutes les compositions sacrées, pour tous les sujets religieux, formules invariables, presque inquisitoriales, exclusives de toute liberté, de toute spontanéité. Chez Pacheco, le texte est tout, l’esprit n’est rien. L’attitude, l’expression, l’àge apparent, le costume qui conviennent au\ personnages sacrés, il prétend les prescrire comme des questions de dogme, et, avec le sérieux d’un docteur scrutant des cas de conscience, il disserte jjjjj jusque sur la couleur des vêtements des habitants du ciel. Pacheco est le théologien, le casuiste de la peinture.

Ses biographes ne sont d’accord ni sur la date, ni sur le lieu de sa naissance. Les uns, s’appuyant sur un passage de Y Arte de la Pintura où l’auteur dit qu'il avait soixante-dix ans lorsqu’il écrivait son livre, en déduisent, puisque le privilège d’impression est daté de 1641, qu’il dut naitre autour de l’année 1571. D’autres supposent que cette date doit être fixée deux ou trois ans plus tard, dans l’hypothèse que pendant les huit années qui s’écoulèrent entre la permission d’imprimer et la publication du livre, Pacheco dut revoir et rectifier le passage relatif à son âge.

ÉCOLE ESPAGNOLE

On le croit né à Séville, mais la preuve authentique, l’acte de baptême, n’a pu jusqu’ici être retrouvée. Comme sa famille était originaire de Jerez de la Frontera, on pourrait très-bien admettre que Pacheco aura été amené, dans sa très-grande jeunesse, de Jerez à Séville, où son oncle, le savant chanoine Francisco, demeurait déjà depuis de nombreuses années.

Le maître de Pacheco fut Luis Fernandez, ce peintre de sargas qui forma Herrera le Vieux et les deux frères Castillo. Un tableau représentant le Christ •portant sa croix , daté de 1589, et qui naguère figurait encore dans la collection du chanoine Cepero, à Séville, paraît être le plus ancien ouvrage de Francisco. C’est évidemment un début et qui déjà contient en germe tous les défauts et toutes les qualités de l’artiste. Faiblement dessinée, sagement mais timidement peinte, cette composition, d’un coloris un peu sec, est tout à fait conçue dans les traditions de l’École romaine, que suivait et enseignait Luis Fernandez. Plus tard, Pacheco dessinera plus savamment, mais il se montrera toujours coloriste aussi pâle; et quant à ses compositions, où la recherche de la pondération est souvent poussée jusqu’à la puérilité, elles ne brilleront en aucun temps ni par la richesse, ni par l’originalité. Du reste, et de son vivant même, l’indigence de son coloris et la tournure tristement émaciée de ses figures lui valurent d’assez vives critiques. Témoin cette spirituelle épigramme rapportée par ses biographes et qu’on trouva écrite au bas d’un Christ nu qu’il avait exposé :

Quien os pusô asi Senor,

Tan desabrido y tan seco?

Vos me direis que el amor.

Mas yo digo que Pacheco.

« Qui vous a rendu, Seigneur, si blême et si sec? Vous me direz que c’est l’amour, moi je dis que c’est « Pacheco. » .........

L'A rte de la Pintura permet de suivre chronologiquement l’exécution des principaux ouvrages de Pacheco. Vers 1594, on le chargea de peindre cinq étendards royaux pour la flotte de la Nouvelle-Espagne. L’artiste nous décrit minutieusement dans son livre le procédé employé pour ce genre de peinture, les sujets exécutés et jusqu’à l’agencement de ces riches pavillons où se mêlaient le damas, la soie et l’or.

En 1598, Pacheco peignit à fresque une partie du catafalque élevé, dans la cathédrale de Séville, en l’honneur de Philippe II. L’année d’après, il signait et datait deux tableaux représentant Saint Antoine et Saint François qui allaient prendre place dans un. couvent de Lora del Rio.

En 1603, il peignit, à la détrempe et sur toile, diverses compositions empruntées à l’histoire de Dédale el

d’Icare qui formèrent la décoration du cabinet de son protecteur et ami D. Fernand Henriquez de Ribera,

duc d’Alcalâ. Ce travail fit beaucoup d’honneur à Pacheco, qui sut faire preuve d’habileté dans le dessin de

ses figures, présentant presque toutes des raccourcis pleins de hardiesse. Cespedès, qui se trouvait alors à

Séville, vit ces peintures et loua chaudement l’artiste.

Désireux d’étudier les œuvres des grands maîtres, que Charles-Quint et Philippe II avaient réunies à l’envi dans leurs royales demeures, Pacheco quitta Séville en l’année 1611, et visita successivement Madrid, l’Escorial et Tolède. C’est dans ce voyage qu’il connut le Greco, dont la fougueuse et bizarre manière, si éloignée de ses propres errements, motiva entre les deux peintres les curieuses discussions esthétiques que Pacheco a soigneusement rapportées dans son Art de la Peinture.

Ce voyage exerça sur le talent de Pacheco une influence considérable. De retour dans sa patrie, et préoccupé des qualités de style et de coloris qui l’avaient le plus frappé, il s’appliqua avec une louable énergie à (humer quelque ampleur à sa propre manière. Mais si ses efforts n’aboutirent pas à un succès complet, il y eut progrès : le froid et sévère Pacheco donna dès lors plus de vivacité à ses personnages ; il air ma davantage ses compositions, en disposa les masses avec plus de liberté, et sa touche, sans atteindre à la puissance de Herrera et de Roëlas, sut communiquer à ses figures plus' de relief et de vie.

C’est dans ces conditions nouvelles qu'il termina, en 1614, pour le couvent de Santa Isabel, le grand tableau du Jugement dernier , son œuvre principale, gravée dans cette notice.

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