‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 3)Chapitre 24 sur 93 · EL BOCOURT. D. E. HERRERA. PINX. EL ANGLE. SC · texte numérisé non relu

EL BOCOURT. D. E. HERRERA. PINX. EL ANGLE. SC

TRIOMPHE DE SAINT HERMENEGILBE (Musée royal de Madrid).

absent ses dangereuses facilités de pratique et sa déplorable fécondité. Herrera le Vieux inspirait Velâzquez; Herrera el Mozo devait aboutir à Luca Fa presto.

Herrera el Mozo était né à Séville en 1622. Ses premières études faisaient pressentir un vrai maître : c’esl qu’aussi les rudes enseignements paternels ne lui permettaient guère de s’écarter des grands et austères modèles. Mais son séjour en Italie lui fit perdre ses précieuses qualités natives. A Rome, Herrera el Mozo

ÉCOLE ESPAGNOLE

étudia l’architecture, la perspective et la peinture à fresque. Malheureusement, le style tourmenté et les compositions théâtrales des Italiens dégénérés eurent plus de prise sur lui que les chefs-d’œuvre des vieux maîtres; Herrera s’engoua du maniérisme.

Dès qu’il apprit la mort de son père, il revint à Séville. Son premier ouvrage fut destiné à la chapelle du Saint-Sacrement, dans le sagrario de la cathédrale : c’est une de ses meilleures compositions ; elle a été gravée par Matias Arteaga et représente les Docteurs de l'Église adorant le saint Sacrement et la Vierge. Presque en même temps il entreprit pour la chapelle de Saint-François une autre grande toile : Saint François s’élevant dans les deux soutenu par des anges; elle a été également gravée à l’eau-forte par Arteaga.

Lorsque, grâce à l’initiative et aux persévérants elforts de Murillo, les artistes de Séville établirent, en 1660, l’Académie publique de dessin, création que Yaldès Leal et Herrera el Mozo tentèrent vainement de faire échouer, Murillo fut élu président et Herrera vice-président. Mais l’orgueilleux artiste ne pouvait s’accommoder de ne venir qu’au second rang, alors même que Murillo occupait le premier : il donna sa démission et quitta immédiatement Séville pour venir résider à Madrid. Peu de temps après son arrivée, il fut chargé d'exécuter, pour le maître-autel du couvent des Carmes-Déchaussés, un tableau, aujourd’hui catalogué sous le n° 531, au Musée royal de Madrid, et représentant Saint Eermenegilde s’élevant aux deux après son martyre, le même qui est gravé dans cette notice.

Herrera déploya dans cet ouvrage toute sa science de coloriste et il obtint un immense succès. Sa vanité en fut très-exaltée et il lui échappa de dire publiquement « que son tableau eût mérité d’être mis en place au son des timbales et des clairons. » Telle était d’ailleurs sa modestie ordinaire lorsqu’il parlait de ses propres productions.

Aussitôt après le Saint Eermenegilde, Herrera peignit à fresque les voussures du chœur de San Felipe el Real, ouvrage qui grandit encore sa réputation et lui valut que Philippe IY lui fît confier la décoration de la coupole de Notre-Dame d’Atocha. L’artiste choisit pour sujet X Assomption de la Vierge. Vers la partie la plus élevée de la coupole, il figura Marie portée par une gloire d’anges, et, en bas, dans l’anneau de la voûte, les apôtres appuyés à une balustrade peinte en trompe-l’œil. Cette fresque se détériora rapidement. Dès l’année 1690, Sébastian Munoz et Isidore Arredondo durent la restaurer ; ils s’aidèrent pour ce travail des esquisses mêmes de Herrera el Mozo. Quelques années après cette première restauration, Luca Giordano reçut de Charles II l’ordre de la reprendre à nouveau : il ajouta autour de la Vierge des groupes d’anges et de chérubins, et modifia quelques autres parties. Finalement, cette malheureuse fresque, tant de fois restaurée et qui avait coûté la vie à Sébastian Munoz, tombé d’un échafaudage, a péri au commencement du dix-neuvième siècle.

Après avoir peint la coupole d’Atocha, Herrera reçut le titre de peintre du roi. La vogue dont il jouissait s’en accrut d’autant; les commandes lui arrivèrent de toute part, et le grand amiral de Castille mit le comble à cet engouement en lui demandant un tableau destiné à prendre place dans sa magnifique collection des meilleures œuvres de l’école.

Nommé fourrier du palais, Herrera fut encore appelé, après la mort de Gaspar de Pena, à lui succéder dans sa charge de grand maître des obras reales. Dès lors il délaissa la peinture pour ne plus s’occupei que du service de ses emplois et se consacrer à la surveillance des grandes constructions dont sa charge lui donnait la direction. En 1686, il allait à Saragosse dresser les plans du sanctuaire de Notre-Dame del Pilar, qui fut commencé sous ses yeux. Herrera, qui, durant son séjour à Rome, n’avait fait comme architecte que des études très-superficielles, donna, dans ces travaux, libre carrière à son extravagante fantaisie; aussi l'architecture, tombée dans une complète décadence depuis le règne de Philippe IY, atteignit-elle le comble du mauvais goût sous le nouveau grand maître.

Dans sa biographie de Herrera el Mozo, Cean Rermudez raconte quelques traits qui mettent en relief son caractère jaloux et son intraitable amour-propre. Envieux à l’excès, il se regardait lui-même comme une victime de l’envie. Tantôt, comme au bas de la coupole d’Atocha, il peignait un lézard rampant sur sa signature; tantôt, comme dans son tableau de Saint Vincent Ferrer, pour l’hôpital des Aragonais, il figurait

un chien tenant dans sa gueule une mâchoire d’âne, ou bien encore c’étaient des rats rongeant le papier où se trouvait son nom : autant d’épigrammatiques allusions à l’adresse de ses émules, qui ne songeaient pas à nier son mérite, et que, cependant, il attaquait et critiquait lui-même sans pudeur ni convenance.

SAINT FRANÇOIS S’ELEVANT AUX CIEUX (Cathédrale de Séville).

Cette rageuse tournure d’esprit, Herrera l’avait en toute occasion. Chargé par un grand personnage, que Palomino dit être le comte-duc d’Olivarès, de lui choisir dans une vente les tableaux qui lui paraîtraient les meilleurs, Herrera fit ce qu’on désirait de lui. Mais il arriva justement que le personnage, ne tenant aucun compte du choix de l’artiste, acheta d’autres tableaux fort inférieurs. Herrera, au lieu d’en rire, prit tout de suite de l’humeur. Il saisit une toile, y figura un jardin rempli de fleurs et de fruits, et au milieu,

ÉCOLE ESPAGNOLE

un superbe singe cueillant un chardon, pour lui la fleur préférable. Herrera s’en allait fièrement présenter cette boutade emblématique à l’ignorant acheteur, lorsqu’un ami, le rencontrant, lui enleva le tableau et coupa court à l’aventure.

Francisco de Herrera el Mozo mourut à Madrid en 1685 ; il fut enterré dans l’église de San Pedro. Comme son père, il a gravé à l’eau-forte, et il y a de lui une pièce datée de 1671, très-spirituellement traitée, dans le livre où la Torre Farfan décrit les fêtes célébrées à Séville lors de la canonisation de saint Ferdinand.

Herrera n’a pas formé d’élève qui ait marqué dans l’histoire de l’art.

PAUL LEFORT

miMiMiœ m hiimothms

Palomino et Cean Bermudez ont décrit, à la suite des notices consacrées aux deux Herrera, les ouvrages qu’ils peignirent pour les couvents et les églises. Il ne nous reste donc pour compléter leurs indications qu’à donner la liste des tableaux de ces maîtres faisant partie aujourd’hui des musées d’Europe ou des galeries particulières :

Musée Royal de Madrid. -- Triomphe de saint Hermenegilde , de Herrera ei Mozo.

Musée national du Fomento. — Sainte Thérèse de Jésus; Sainte Anne et la Vierge; Sainte Juste, le cœur percé d’une I lèche ; Sainte Juste couronnée d’épines; Saint Nicolas de Tolentino; Saint Antoine de Padoue : ces six toiles sont de Herrera el Mozo.

Académie de San Fernando.-— Le Miracle des pains et des poissons; Saint Pierre pleurant; de Herrera le Vieux.

Musée provincial de Séville. — - Douze tableaux de Herrera le Vieux, pour la plupart figures de saints, grandeur nature et en buste. Les plus remarquables sont un Saint Antoine , un Saint Grégoire (cintré du haut), Saint Diégo, et deux compositions : Saint Hermenegilde, saint Isidore et saint Léandre avec des anges , et le Sauveur avec saint Basile et les apôtres.

Dans ce même musée, deux tableaux de Herrera el Mozo : Sainte Anne et la Vierge, et Saint Ferdinand.

Musée du Louvre. — Saint Basile dictant sa doctrine. de Herrera le Vieux. — Ce tableau a été acheté 12,000 francs, à la vente Soult.

Musée de Rouen. — Vision de saint Jérôme. — Herrera le Vieux.

Musée d’Avignon. Un Mendiant ; la Pénitence de saint Pierre. — Herrera le Vieux.

Musée de Munich. — Mercure apparaissant à deux vieillards. — Herrera el Mozo.

Saint-Pétersbourg. Ermitage. — La sainte Vierge, sainte Catherine et sainte Marie-Madeleine avec un Dominicain. — Herrera el Mozo.

Aix-la-Chapelle. Galerie Suermondt. — Tête de vieillard.

— Herrera le Vieux.

L’ancienne galerie espagnole du Musée du Louvre renfermait treize tableaux de Herrera le Vieux et deux de Herrera el Mozo. De tous ces tableaux, vendus à Londres en 1853, aucun, que nous sachions du moins, n’est rentré en France. Quelquesuns cependant étaient d’excellents spécimens delà manière de ces deux maîtres. Voici quelles étaient les principales compotions qui ont fait partie de cette regrettable galerie espagnole, et les prix qu’elles ont atteints lors de la vente à Londres :

Par Herrera le Vieux. — Le Miracle des cailles au désert, 20 £. — Job sur le fumier, 6 £ 10. — La Nativité, 6 £ 10.

— Jésus portant sa croix, 10 10. — Apparition de

sainte Catherine à une famille en prison, il £. — - Saint Pierre en costume pontifical, 1 1 £. — Un Moine augustin, martyr, 10 £ 10. — Deux Mendiants, 14 £. — Deux Paysages, 6 € 20. — Musée Standish, Incrédulité de saint Thomas, 22 £.

Par Herrera el Mozo. — L’Archange Raphaël, 3 £ 15. — L’Ange gardien, 4 £ 10.

Musée Standish, Apparition de la Vierge à des saints, 4 £ 15.

Vente Soult (18 52). Herrera le Vieux, Saint Basile, 12,000 fr. — • Herrera el Mozo, Miracle des pains, 1,000 fr. — iSocesde Cana, 2,450 fr.

Sca/e <§>é//

'é/iaano/e

zjpnafe reû^eucr, Jÿ&réraeéd

Page 1