LUIS TRISTAN
Résurrection , X Ascension et diverses figures de saints. En 1619, il faisait le portrait de l’archevêque de Tolède, cardinal don Bernardo de Sandoval, pour la salle capitulaire de la cathédrale. Vers le même temps, il peignait aussi le grand poète Lope de Vega, portrait conservé au Musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg (n° 413 du Catalogue), et provenant de la collection Coesveldt. Certains portraits attribués au Greco et disséminés dans des collections particulières pourraient bien être de Tristan, à l’époque où il collaborait, pour ainsi dire, avec son maître.
SAINT JÉROME (Académie de Madrid).
Cean Bermudez signale encore, comme des œuvres excellentes de Tristan, deux grandes compositions : un Miracle de Moïse et une Dispute du petit Jésus avec les Docteurs, appartenant, vers la fin du dix-huitième siècle, à deux amateurs de Madrid; lui-même, Bermudez, possédait aussi un tableau de Tristan, daté 1626. la Trinité, avec figures de grandeur naturelle.
Tristan doit avoir beaucoup travaillé, à en juger par le catalogue de ses œuvres ornant les églises et les couvents de Tolède , de Madrid et d’autres villes , à l’époque où Bermudez publia son Dictionnaire biographique. Et cependant, il n’a pas vécu très-vieux : suivant son ami don Lazaro Diaz del Valle, la date de sa mort est 1640, et non 1649, date hasardée par Palomino.
ÉCOLE ESPAGNOLE
En 1640, il y avait déjà quinze ans que le Greco était mort. Velâzquez était alors dans toute sa puissance. Le jeune Murillo n’avait pas encore fait son voyage à Madrid.
Tristan est donc une sorte de précurseur dans la brillante École espagnole du dix-septième siècle. Il n’avait pas été, comme tant d’autres à la fin du dix-septième siècle, dénaturer en Italie son caractère national. Mais, par chance, grâce au Greco, il avait pu s’assimiler les pratiques habiles des Vénitiens, sans subir les dangereuses théories des Écoles romaine et bolonaise. Ses aînés, les peintres espagnols du seizième siècle, n’avaient été, en général, que des pseudo-italiens : — par exemple l’illustre Juan de Joanès, un sectateur de Raphaël; par exemple Francisco Ribalta, un imitateur des Carrache. Luis Tristan conserve pur le tempérament de son pays. S’il ne compte pas en première ligne dans l’histoire de son École, du moins il est national, même avec ses accents de couleur vénitienne, et surtout, il faut le répéter, son nom est ineffaçable de la tradition espagnole, dans le cercle où rayonne le grand Velâzquez.
w. BURGER.
ME1KM1B air IMIMTOM.
Il peut toujours être utile de reproduire la liste des œuvres que Cean Bermudez donne à la fin de ses biographies. Depuis le commencement de notre siècle, presque tous ces tableaux ont été dispersés, par suite des guerres, de la fermeture des couvents, et d’autres aventures; mais il en reste dans les églises encore consacrées au culte, et l’indication de ceux qui ont disparu peut aider à les retrouver. Je crois même qu’on en retrouve une partie dans les célèbres galeries de Soult et d’Aguado, et dans l’ancien Musée espagnol de Louis-Philippe. A la vérité, ces trois collections ont aussi été dispersées, mais on peut savoir à peu près où les tableaux ont passé après la vente publique.
Voici le Catalogue de Bermudez :
A Tolède. — Cathédrale : Un Saint Antoine , abbé; un excellent Crucifix , dans la sacristie, et le Portrait de l’archevêque de Sandoval, dans la salle Capitulaire. — Santa Clara : Quelques tableaux du grand-autel, parmi ceux du Greco. — S. Roman : Un tableau dans le portique de l’église. — Hospital del Refugio, joint à -S. Nicolas : Un tableau sur la porte de l’établissement. — S. Pedro martir : Le célèbre tableau représentant Saint Louis, roi de France, donnant l’aumône aux pauvres, placé dans un des angles du cloître. — Aux Capucins : On lui attribue le tableau des Douze Apôtres , figures de grandeur naturelle, dans la sacristie. S. Bartolome de Sonsoles : La Décollation de saint Jean-Baptiste, peinte avec une grande force de clair-obscur. — Couvent des Nonnes de la Reine : Les quatre toiles du grand-autel, représentant la Naissance , Y Épiphanie, la Résurrection et la Descente de l'Esprit-Saint. — La Trinité : Un Christ à la colonne, près de la porte de l’église. — Couvent de la Sisla : La Cène A laquelle se rapporte l’anecdote où figure le Greco), placée dans le réfectoire, et un tableau dans la cellule du prieur.
A Ucles. — Couvent de Santiago : Quelques grands tableaux dans l'intérieur de l’église.
A Cuerva. — Église paroissiale : Des tableaux dans une chapelle.
A Yepes. — Église paroissiale : Au grand-autel, le Christ à la colonne, la Mise en croix, la Résurrection et l’Ascension, et autres tableaux avec figures de saints, à mi-corps.
A Madrid. — Aux Carmes-Chaussés : Dans la chapelle attenant à celle de la Conception, un Saint Damas et un Saint Jérôme. — Aux Carmes-Déchaussés : Deux Apôtres et un Saint Jérôme.
Nous avons dit que le Musée de Madrid n’avait qu’un tableau de Tristan : le Portrait de Vieillard, en buste, n° 1863.
A l’Académie royale de Madrid. — Le beau Saint Jérôme gravé ci-contre.
A Vista Alegre, château de M. Salamanca Le Crucifix qui ressemble à celui de Velâzquez ; il provient de la collection Altamira. M. Lefort en possède un dessin par Tristan.
Au Musée de I’ErmitÎge, à Saint-Pétersbourg. — Le portrait de Lope de Vega, provenant de la collection Coesveldt. M. Waagen, dans son livre sur le Musée de l’Ermitage, en critique le dessin et il doute que ce portrait soit de Tristan, « d’un maître si renommé. »
Ancienne galerie Urzaiz, à Madrid : Le Moine dans sa grotte.
Ancienne collection Aguado, vente à Paris, 1843 : Le Christ à la colonne , cinq figures (serait-ce le tableau de la Trinité de Tolède ou celui de la Paroisse de Yepes?); la Vierge et l’enfant Jésus, sur des nuages.
Ancien Musée espagnol de Louis-Philippe : Adoration des Bergers et Adoration des Mages, pendants, de même dimension, 2,27 sur 1.10; et quatre pendants, de 1,66 sur 10,02 : l 'Adoration des Mages, la Descente du Saint-Esprit. le Christ en croix et la Résurrection. Seraient-ce les tableaux du couvent des Nonnes de la Reine? Ces six tableaux ont été achetés par des Anglais, à la vente publique à Londres.
PARIS. — IMPRIMERIE POITEVIN, REE DAMIETTE, 2 ET i.
II est remarquable que tuus les peintres de la manière forte eurent une vie tourmentée, romanesque, remplie d'orages, de drames et de malheurs. Le Caravage, Salvalor Rusa, Correnzio, Fracanzani furent tour à tour artistes, conspirateurs, brigands, ils vécurent entre la gloire et le gibet. L’existence de Ribera, surtout, fut un long contraste de splendeur et de misère, d’ombre noire et de lumière éclatante, comme sa peinture. Ce magnifique personnage, qui ne se montrait dans Naples qu’en carrosse, et dont le palais servait de rendez-vous à la plus haute noblesse castillane, on l’avait su jadis arriver d’Espagne pauvre et nu, dit Bermudez, pobre y desnudo ’. Lui, l’opulent seigneur dont la femme était toujours suivie d’un écuyer qui l’aidait à monter en chaise ou portait la queue de sa longue robe, il avait eu longtemps pour toute nourriture les restes de pain que ses condisciples lui abandonnaient, et c’était au sein même de ce profond dénûment qu’il avait étudié la peinture et dessiné les statues antiques.
ECOLE i Naples.