MORT EN
FRANCISCO RIZI
Lorsqu’en 1585, Federigo Zuccheri vint en Espagne, appelé de Rome par le roi Philippe II, deux artistes, Bartolomeo Carducei et Antonio Ricci ou Rizi, celui-ci Bolonais, l’autre Florentin, l’accompagnaient; sous la direction de Zuccheri, ils devaient concourir aux travaux de décoration de FEscorial.
Soit que Rizi fût trop jeune, au temps de son séjour à l’Escorial, pour que son talent attirât l’attention; soit encore, car l’une et l’autre suppositions sont également vraisemblables, que Zuccheri ne l’employât qu’à titre d’élève ou üofficial , préparant les toiles et broyant les couleurs, il n’entra point, après que Federigo eut quitté l’Espagne, au service du roi.
En 1588, Rizi venait se fixer à Madrid et il s’y mariait avec dona Gabriela de Chiaves, dont il eut deux fils : Juan et Francisco. Tous deux ont marqué dans l’École madrilène. Antonio Rizi mourut trèsprobablement autour de l’année 1610, ne laissant aucune œuvre importante. Cean Bermudez ne cite de lui qu’un seul tableau : un Saint
Augustin qui se voyait dans la chapelle des religieuses de Santo Domingo le Real.
ÉCOLE ESPAGNOLE
Juan, l’aîné des fils de Rizi, apprit la peinture à l’école de fray Juan Bautista Mayno, chargé sous le règne de Philippe IY de tout ce qui concernait les beaux-arts. Au sortir de l’atelier de Mayno, Juan Rizi peignit pour le couvent des pères de la Merci quelques scènes de martyres et des sujets de la Passion ; ces premières productions ne se retrouvent plus à Madrid. .
En l’année 1626, Juan se fit religieux : il prit le froc au couvent des bénédictins de Montserrate en Catalogne. Après son noviciat, il alla étudier la philosophie et la théologie à l’université de Salamanque. Ses études terminées, Rizi retourna au couvent de Montserrate, où le soin de diverses charges monastiques l’éloigna momentanément de l’exercice de son art. Nommé enfin abbé du monastère de Médina del Campo, il commençait, en 1653, au couvent de San Millan de Cogolla de Yuso, une suite importante de compositions religieuses. Pour le maître-autel il fit un Saint Millan, à cheval, secourant les Navarrais , et pour le cloître divers sujets empruntés à la vie du même saint. Mais son plus remarquable ouvrage était une grande composition, placée dans l’escalier principal, et représentant les Enfants de l’ordre de saint Benoit. Cean Bermudez vante beaucoup cette peinture, d’une exécution aussi brillante qu’expressive, et où l’artiste avait su varier, avec line étonnante habileté, les physionomies des nombreux personnages rassemblés sur sa toile.
Rizi séjourna aussi quelque temps au couvent de San Juan Bautista, à Burgos. Il y laissa plusieurs bons ouvrages : une Sainte Famille , des épisodes de la Vie de la Vierge , le Baptême du Christ , la Décollation de saint. Jean-Baptiste et diverses figures de saints.
Fray Juan Rizi vint ensuite habiter le couvent de San Martin à Madrid. Son grand tableau des Pèleritis d’Emmaüs, une suite de sujets tirés de la Vie de saint Benoît et de nombreux portraits de religieux bénédictins datent de cette époque. Ces derniers ouvrages, qui correspondent à la période la plus éclatante du talent de l’artiste, le placèrent haut dans l’opinion des connaisseurs : une des plus grandes dames de la cour, la duchesse de Bejar, qui peignait elle-même avec quelque succès, le voulut avoir pour maître. Rizi écrivit alors et dédia à la duchesse un traité sur la peinture qui est demeuré inédit.
Le désir d’étudier l’antiquité et les chefs-d’œuvre des grands maîtres lit entreprendre à Rizi le voyage d’Italie. Il visita Rome et bientôt après il entrait dans la congrégation des pères du mont Cassin. Dans cette retraite, Rizi reprit ses travaux et produisit quelques compositions qui lui valurent les suffrages des artistes et du pape lui-même; le Saint-Père se fit présenter le moine, et, touché de ses vertus et de son mérite, il lui conféra un évêché en Italie. Mais Rizi ne put en prendre possession ; il mourut en 1675, au monastère du mont Cassin, à l’âge de quatre-vingts ans.
Cean Bermudez définit avec justesse le talent de fray Juan Rizi : « Ses ouvrages, écrit-il, paraissent plutôt ébauchés que terminés; en général, on les dirait peints au premier coup. Mais la liberté de leur exécution n’en exclut pas la correction : le dessin est ferme, la composition simple, l’arrangement naturel et l’effet presque toujours profond. »
L’un des meilleurs tableaux de Rizi, son chef-d’œuvre peut-être, fait aujourd’hui partie de la collection de l’Académie de San Fernando. Il représente Saint Benoît célébrant la messe ; c’est une peinture sobre et puissante et qui unit au caractère des plus vaillants artistes de l’École madrilène le coloris énergique de Zurbaran et de Ribera.
Le Saint François recevant les stigmates , qui est au Musée royal, peut encore être regardé comme une des bonnes productions du peintre. Deux autres tableaux, d’un moindre intérêt, et qui proviennent du couvent de San Millan de la Cogolla, figurent au Musée national : l’un est un Saint Benoit bénissant un pain gue lui présente un frère lai; l’autre, Saint Benoit tenant la crosse abbatiale , avec un ange portant la mitre.
Francisco Rizi, le plus jeune et le plus célèbre des fils d’ Antonio, était né à Madrid en 1608. Élève de Vicente Carducci, son éducation d’artiste fut rapide et brillante. Ses prodigieuses dispositions faisaient augurer un maître : à une singulière fécondité d’invention Rizi joignait une pratique délibérée, un coloris agréable, une touche hardie, le mouvement, la verve et une élégance de facture qui devait, de bonne heure, lui assurer le succès. Pourtant, toutes ces qualités ne produisirent qu’un précurseur de Luca Giordano, un peintre sans caractère, sans profondeur, dont les exemples et les doctrines allaient
LES RIZI (1 5 . .-1595-1608). Il
malheureusement exercer la plus fâcheuse influence sur l’École madrilène. Comme l’observe judicieusement Cean Bermudez, cette dangereuse facilité dont Rizi était doué et qui lui faisait aborder et résoudre, comme eu se jouant, toutes les difficultés, produit dans les arts les mêmes effets que la trop grande mémoire