SAINT BENOIT CÉLÉBRANT LA MESSE
dans l’étude des sciences et des lettres : elle est un obstacle à la réflexion, à la formation du jugement; ceux qui s’y confient n’apprennent ni à penser ni à créer; jeunes, on les vante comme des prodiges; plus âgés, ce ne sont le plus souvent que des médiocrités. C’est ce qui arriva de Rizi.
Francisco Rizi s’est exercé dans tous les genres : grandes compositions religieuses, fresques, décorations scéniques, tableaux historiques, portraits, et le nombre de ses productions est immense. Dans cette
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multitude d’œuvres, rien n’est mauvais, mais rien n’est absolument bon. Son talent a plus d’une analogie avec celui de Lope de Vega, qui faisait une comédie par jour, comme Rizi un tableau : tous deux ont eu la même fortune, ils ont été loués et admirés jusqu’à l’enthousiasme par leurs contemporains, mais la postérité s’est montrée pour tous deux justement sévère; elle n’a point admis que la fécondité tînt lieu du génie consciencieux et mûri, sans lequel il n’y a pas de grand artiste.
Nommé, en 1653, peintre du chapitre de Tolède, après avoir achevé pour la sacristie son tableau de la Fondation de la Cathédrale , Rizi entreprit avec Carreno les fresques de la chapelle del Ochavo et du sanctuaire de Notre-Dame, terminées vers 1670. Dans le même temps, Rizi fit pour la salle capitulaire le portrait du cardinal Moscoso, et en 1671, une composition qui représente l’archevêque D. Rodrigue montrant au saint roi Ferdinandles plans de son église. Enfin, aidé de Carreno, du Mantuano et d’Escalante, il exécuta toutes les décorations du colossal monument qu’on dresse dans la cathédrale de Tolède pendant la semaine sainte.
En 1656, Philippe IY nomma Rizi pintor decamara,; Charles II y ajouta la charge de fourrier du palais après que l’artiste eut peint pour le salon des Glaces, au Palais vieux, divers passages de l’histoire de Pandore. A la même époque nous retrouvons encore Carreno et Rizi travaillant en commun aux fresques de l’église San Antonio de los Portugueses.
C’est principalement dans ses décorations pour le théâtre de Ruen Retiro que Rizi fit preuve de son incroyable fécondité : il y prodiguait, dit Cean, les édifices les plus capricieux, les ornements les plus fantasques, introduisant, dans ses extravagances architectoniques, comme une mode de corruption et de mauvais goût qui, du théâtre de la cour, se répandit rapidement dans le pays entier. Par ses hauts emplois, par son enseignement, Rizi se trouvait en effet à la tête de l’École madrilène, et ses exemples ne pouvaient manquer d’exercer une influence d’autant plus nuisible que l’artiste, au dire de ses biographes, préférait hautement la facilité à la correction, et ne voyait dans l’art qu’un moyen pour vivre et pour s’enrichir.
Francisco Rizi mourut en 1685. Il était alors à l’Escorial, où il se préparait à peindre le tableau de la Forma , repris et terminé par son plus illustre élève, Claudio Coëllo.
Rizi laissa de nombreux disciples. Indépendamment de Coëllo, il a formé Isidoro Arredondo, Gonzalez de la Yega, Escalante et Josef Antolinez.
Le catalogue du Musée royal de Madrid attribue à Francisco Rizi deux toiles : l’une, très-curieuse sous le rapport historique, provient du Ruen Retiro et représente un Auto-da-fé sur la plaza May or, au temps de Charles II; l’autre est le portrait d’un général inconnu, portrait superbe, d’un coloris profond, harmonieux, d’une touche large et moelleuse et d’une tournure tout à fait distinguée.
PAUL LEFORT
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Musée royal de Madrid. — Saint François recevant les stigmates , de fray Juan Rizi. — Un Auto-da-fé sur la plaza Mayor, au temps de Charles II , et un Portrait , par Francisco Rizi.
Musée national. — Par Francisco Rizi : diverses Conceptions; Jésus au Calvaire ; l’Annonciation; la Présentation au Temple; l’Adoration des Rois; Naissance de Jésus-Christ; Prédication de saint Jean- Baptiste.
Par fray Juan Rizi : Saint Benoît bénissant le pain; Saint Benoit abbé.
Académie de San Fernando. — Saint Benoît célébrant la messe , par fray Juan Rizi. On pourra consulter, pour ceux des
ouvrages des Rizi qui ont appartenu ou appartiennent encore aux églises, chapelles et couvents de Madrid, de Tolède et de diverses autres localités d’Espagne, les catalogues de Palomino, de Ponz et de Cean Bermudez.
Deux tableaux de Francisco Rizi ayant fait partie de l’ancien Musée espagnol et vendus à Londres en 1853, ont atteint les prix suivants : Tête de saint Pierre, 17 î ; l'Enfant prodi-r gue, 15 € 10.
Vente Aguado (1845). Saint François cl’ Assise, 255 fr. — L'Adoration des Bergers , 999 fr. — Vente L. . . de Madrid : Vierge de la Purification, 2,000 fr. Ces trois tableaux étaient attribués, par les catalogues de vente, à Francisco Rizi.
PARIS
Fuentede Cantos (en Estramadure) vit naître en l’année 1598, de parents laboureurs, un des grands peintres de l’école espagnole , François Zurbaran. Il fut présenté à l’église le 7 de novembre, ainsi que le constate son acte de baptême relevé par Cean Bermudez. Les premiers principes lui lurent enseignés par un disciple du divin Morales. Il passa ensuite dans l’atelier du licencié Juan de las Roëlas, qui était en réputation à Séville et y professait en concurrence avec les Herrera et les Pacheco. Ce licencié Juan de las Roëlas avait travaillé en Italie sous un élève du Titien et en avait rapporté les traditions de l’école vénitienne, si amoureuse des belles étoffes. Zurbaran eut bien vite appris ce que le docteur enseignait ; mais par un instinct singulier où semblait déjà se révéler sa vocation personnelle de peintre, il montra tout enfant un talent particulier pour les draperies et spécialement pour les draperies blanches : « con especialidad en los blancos, » dit Bermudez 1 Il paraît qu’il y avait alors à Séville quelques toiles du Caravage. Zurbaran les vit et fut entraîné aussitôt par ce nouveau maître qui ne manque jamais de séduire les natures robustes par ses oppositions tranchées de lumière et d’ombre, et par le relief d’une exécution vigoureuse et franche jusqu’à la rudesse. Cette fierté de pinceau, Zurbaran l’admira jusqu’à l’imitation et sut bientôt l’appliquer à l’objet favori de ses premières études, je veux dire à ces grosses
Oan Bermudez. Diccionario de los mas ilustres professores.
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ceintures de corde, à ces capuchons de bure, à tous ces grossiers tissus des robes de moines qu’il avait sans cesse devant les yeux et qu’il rendit mieux que personne, avec leurs aspérités, leurs déchirures et les inégalités de la trame dans les parties où la laine est encore emmêlée et mal peignée pour la plus grande mortification de la chair. Il s’était du reste imposé la loi de ne jamais copier les draperies que d’après le mannequin et les chairs que d’après le naturel1. Zurbaran commençait ainsi à s’attacher aux apparences des choses avant d’en pénétrer l’intérieur; il peignait les vêtements en attendant de peindre sous les vêlements les formes du corps, et sous les formes du corps les tourments les plus secrets de l’esprit, les plus intimes émotions de l’âme : « Sous ce linceul blanc, délice de ses études, dit M. Léon Gozlan, se cachait cette population hâve, triste, macérée, souffrante, décharnée de moines, de capucins, de carmes, de mercenaires chaussés et déchaussés. Le jour qu’il le souleva, il découvrit au monde — mieux que si les murs de tous les couvents d’Espagne fussent tombés — les noires passions, la brutale piété, la stupidité innocente de tant de créatures étouffées par le cilice et les vœux exagérés. Zurbaran poétisa la douleur et la résignation. Il est le Job de la peinture. Aucun de ses compatriotes n’a réduit son génie à une plus dure unité, et il est douteux qu’il n’y eût pas le parti pris de la pénitence dans l’immobilité lugubre donnée à ses conceptions. »
Séville était alors la cité par excellence pour un peintre qui avait de telles prédilections et de semblables aptitudes. Nulle part on n’eût trouvé plus de dévotion, ni un plus grand nombre de communautés religieuses, ni une plus grande variété de moines. On n’y comptait pas moins de soixante couvents d’hommes ou de tilles. Celaient les Trinitaires de la rédemption des captifs qui s’en allaient la tête rasée, sauf une corolle de cheveux hémisphérique, portant une robe de laine blanche fixée par une ceinture noire, relevée sur les bords du scapulaire; c’étaient les Carmélites réformées par la sainte de Séville, sainte Thérèse, que l’on voyait vêtues d’une robe de drap brun, retenue sur le corps par une ceinture large, le capuchon lâche, sinué, joint au froc pectoral arrondi par devant, pointu sur le dos.. Ici passaient les Capucins, tête rase, la couronne velue interrompue au-dessus du front, les pieds à demi-chaussés et le col nu ; ils étaient ceints d’une corde rude à trois nœuds; ils portaient une robe de drap brun, composée de lambeaux à demi-usés et grossièrement recousus, et un capuchon mobile allongé et pyramidal. Là se montraient les Franciscains, qui offraient aux passants du tabac, des amulettes, des Agnus et des chapelets en échange de comestibles ou de la charité qu’on leur faisait, et qui toujours étaient munis d’oraisons contre la pluie, le chaud, le froid, le tonnerre et le mal de dents. Plus loin apparaissaient les terribles frères Dominicains, voués à l’office d’inquisiteurs et reconnaissables à leur mine farouche au moins autant qu’à leur costume. Ces moines portaient des mutandes sous une robe de laine blanche, couverte elle-même d’un long manteau noir, augmenté d’un capuchon et de deux frocs, l’un pectoral et l’autre dorsal et doublés de blanc. A Séville enfin , théâtre privilégié de toutes les pratiques imaginables de la dévotion, se rencontraient à chaque pas les éléments futurs des tableaux que préméditait Zurbaran : je parle des instruments de la pénitence, disciplines en cuir, en parchemin tortillé, en plomb, avec ou sans nœuds, cilices, haires, têtes de mort, sacs en crin, bâillons, cadenas, ceintures de cuivre, peaux de
chèvres retournées, cendres, haillons Il n’y manquait rien. Armé d’un pinceau mâle et vaillant, qui
attaquait les détails dans leur réalité la plus saisissante, l’imitateur du Caravage se trouvait ainsi tout préparé à remplir le rôle que lui destinaient en peinture son tempérament et ses inclinations naturelles. Mais, encore une fois, il ne s’arrêta pas à la tunique, aux ceintures de corde et au scapulaire. Il vit s’agiter au-dessous les passions mal contenues, les passions du cloître; il entendit les sourds gémissements qui s’échappaient de tant dames troublées, comme saint Jérôme, par les apparitions mondaines ou effrayées par les visions d’en haut. Il essaya de représenter par des signes sensibles les tortures intérieures du cénobite, les âmes visitées par les fantômes de la superstition et du remords et quelquefois les ravissements de l’extase. En véritable Espagnol, il voulut peindre l’invisible par le visible.
Le jour où fut inauguré au Louvre ce musée espagnol que nous avons vu disparaître au détriment de l’art,
1 ... Porquc fue este artifice tan estudioso que todos los panos los hacia por maniqui y las carnes por el natural. Palomino, El museo piclorico y escala optica...
cela (il dans Paris un grand émoi. Et ce qui remua le plus fortement le public parisien, si impressionnable et pourtant si blasé, ce ne fut pas la suavité de Muriflo ni l’expression séraphique de ses bienheureux et de ses anges; ce ne fut pas non plus cet étonnant pinceau de Velasquez faisant parler la nature et palpiter la vie,