‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 3)Chapitre 52 sur 93 · JUAN BAUTISTA DEL MAZO · texte numérisé non relu

JUAN BAUTISTA DEL MAZO

Miranda, fille de Francisco Pacheco

La personnalité de Mazo disparaît presque derrière la haute ligure de Yelazquez. Comme homme et comme peintre, sa vie est liée à celle de Yelazquez. Bonne fortune à laquelle Mazo dut son talent et une position éminente. Mais cependant pourquoi son nom est-il à peine connu hors de l’Espagne? Peut-être que l’originalité personnelle est le meilleur titre aux souvenirs de l’histoire.

Juan Bautista del Mazo était né à Madrid et il entra tout jeune dans l’atelier de Velâzquez, dont il se mit à copier les œuvres avec passion. Je suppose qu’il peignit aussi beaucoup d’après le maître de Velâzquez : la nature. Titien, Tintoret, Paul Véronèse, furent encore ses maîtres affectionnés; on dit qu’il en faisait des copies trompeuses. Toujours paraît-il qu’il acquit promptement une pratique si habile, que Yelazquez l’utilisa bientôt dans la préparation de ses propres œuvres et qu’il lui donna en mariage une de ses filles.

Une monographie de Francisco Pacheco, publiée tout récemment à Séville fournit de nouveaux renseignements très -précieux sur Yelazquez et sa famille. Le mariage de Yelazquez avec doua Juana de et de doua Maria del Paramo, fut célébré à Séville, le 23 avril 1 6 1 8 - .

' Francisco Pacheco, sus obras ariisticas y litterarias, par D. J. M. Asensio y Toledo. Séville, Geofrin, 1867.

2 Ce mariage de Yelazquez en 1618 jette quelque doute sur l’authenticité de la date 1599 acceptée jusqu’ici comme date de sa naissance. Il importerait de retrouver cet acte de naissance dans les archives de Séville.

ÉCOLE ESPAGNOLE

Velâzquez n’avait alors que dix-neuf ans. De ce mariage naquirent deux filles : l’une, prénommée Juana, comme sa mère, le 13 mai 1619; l’autre, Ignacia, quelques jours avant le 29 janvier 1621.

De ces deux filles Velâzquez a laissé les portraits, catalogués au Musée de Madrid (nos 71 et 7 8 ) simplement comme jeunes filles ( ninas ) inconnues, mais qui « paraissent être sœurs. » Elles se ressemblent beaucoup et elles tiennent des fleurs à la main. La petite Sainte Claire , portant une palme, de la vente Salamanca, représentait encore une de ces filles. Laquelle des deux devint la femme de Mazo? Juana ou Ignacia? Que ce soit la première ou la seconde, les dates de leur naissance, 1619 et 1621, peuvent aider à fixer approximativement la date de naissance de Mazo, restée inconnue jusqu’ici. L’année 1630, inscrite dans le catalogue du Musée de Madrid, ne saurait être acceptée. Mazo ne devait pas avoir dix ans de moins que sa femme. Mettons qu’il était à peu près du même âge et qu’il est né de 1615 à 1620, au plus tard.

Dès 1647, en effet, J. B. del Mazo était déjà un excellent peintre, comme le prouve la Vue de Saragosse (Musée de Madrid, n° 79), dont nous donnons la gravure. Ce grand tableau, mesurant 11 pieds 10 pouces sur 6 pieds 6 pouces, avait été commandé par Philippe IV, ainsi qu’une Vue de Pampelune, et Velâzquez l’illustra des nombreuses figurines groupées en avant. Nous avons relevé nous-même sur le tableau la date 1647, dont le catalogue ne fait pas mention. Assurément J. B. del Mazo n’était pas un écolier de dix-sept ans lorsque Philippe IV le chargea de peintures si importantes , lorsque Velâzquez l’houora de sa collaboration.

Cette Vue de Saragosse est prise des bords de l’Èbre, qui traverse tout le paysage. De l’autre côté du fleuve s’étagent les tours et les édifices de la ville. Les personnages peints par Velâzquez occupent tout le premier plan ; ils rappellent un peu les groupes si pittoresques de la superbe Chasse conservée à la National Gallery de Londres. L’ensemble du paysage est splendide, partout lumineux, vraiment digne d’être animé par les figures de Velâzquez. « Sous le rapport de la richesse et du brillant de l’effet, dit M. William Stirling, ce tableau égale les meilleures vues peintes par Canaletto. »

A cette époque, 1647, J. B. del Mazo était-il déjà le gendre de Velâzquez? C’est probable, car les filles de Velâzquez avaient alors, l’une vingt-huit ans, et l’autre vingt-six.

Quatre ans plus tard, 1651, à son retour d’Italie et en récompense des services rendus pendant son voyage, Velâzquez ayant été nommé par Philippe IV aposentador mayor, J. B. del Mazo lui fut adjoint pour l’assister dans ces fonctions. La charge d’aposentador comportait une certaine juridiction dans le palais, la surveillance des fêtes publiques et même l’intendance des logements, lorsque le roi faisait quelque pérégrination hors de ses palais. C’est en cette qualité que Velâzquez , comme on sait, accompagna Philippe IV à la fameuse conférence de l’île desFaisans, sur laBidassoa, en 1659. Mazo y suivit son maître, son beau-père, son chef d’emploi. Malheureuse idée qu’avait eue Philippe IV de transformer en une sorte de chambellan et de fourrier le plus grand artiste de l’Espagne ! Les fatigues de cette corvée et sans doute l’ennui de négliger la peinture contribuèrent à la maladie qui, l’année suivante, le 7 août 1660, enleva Velâzquez. Huit jours après, le 14 août, mourait aussi la femme de Velâzquez, dona Juana Pacheco. Elle avait désigné pour ses exécuteurs testamentaires don Gaspar de Fuensalida et « son gendre Juan Bautista de Imazo del Mazo, demeurant avec elle dans la Trésorerie du palais \ »

C’est la seule fois qu’on trouve dans les documents espagnols le nom écrit sous cette forme : « de Imazo del Mazo ». Quelques biographes ajoutent après Mazo le prénom Martinez, qui était peut-être le prénom paternel.

L’extrait mortuaire de dona Juana constate que J. B. del Mazo habitait, avec la famille Velâzquez, le palais royal. Depuis une vingtaine d’années, sans doute, Mazo avait toujours peint auprès de Velâzquez, et Philippe IV

1 C’est, aussi à M. Asensio qu’on doit la découverte et la publication des extraits mortuaires de Velâzquez et de Juana Pacheco, morts tous deux dans la paroisse de San Juan Bautista à Madrid, enterrés tous deux dans la crypte de cette église. — Velâzquez a laissé aussi des portraits de sa femme Juana : l’un, en buste, de profil sur fond gris (n° 320, Musée de Madrid); grand caractère, superbe peinture; l’autre, à mi corps, tourné de trois quarts à gauche : c'est le chef-d’œuvre payé environ 100,000 francs à la vente Salamanca, sans que le catalogue eût indiqué qui était cette femme si attrayante.

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