‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 3)Chapitre 54 sur 93 · VUE DE SARA GOSSE · texte numérisé non relu

VUE DE SARA GOSSE

style et la pratique de Mazo rappellent Velâzquez. Même fierté de tournure, même richesse de coloration. Seulement, Mazo est plus lourd que son maître; il n’a pas comme lui cette fluidité aérienne qui enveloppe les formes et les détache en relief au milieu de la lumière ambiante. Je crois pourtant que certains portraits attribués à Velâzquez, même dans des galeries fameuses, ont été peints par Mazo tout seul. Au Musée de Madrid, où sont réunis plus de soixante Velâzquez, un grand et beau portrait de Maria Teresa d’Autriche, encore catalogué sous le nom de Velâzquez (n° 1941), ne vient-il pas d’être restitué à Mazo, par une étiquette consciencieuse, en attendant un nouveau catalogue digne de cette magnifique collection!

Après la mort de Philippe IV, en 1665, Mazo resta toujours le peintre favori de la reine régente, dont il fit plusieurs portraits. Il peignit aussi, à diverses reprises, le petit roi Carlos II : un de ces portraits figurait au Musée espagnol du roi Louis-Philippe; à la vente publique de ce musée à Londres, il a passé dans une galerie anglaise.

Comme portraitiste, J. B. de! Mazo n’est, à la vérité, qu’un reflet de Velâzquez. Mais c’est encore un rare

ÉCOLE ESPAGNOLE

mérite que de s'assimiler ainsi le génie d’un grand initiateur. Dans le paysage, Mazo est plus indépendant de son maître. Pour Velâzquez, bien qu'il se soit amusé quelquefois à peindre des vues d’après nature, — des chefs-d’œuvre toujours ! — le paysage n’est qu’un accessoire de ses compositions et de ses portraits, un entourage radieux et fantastique , une emprise capricieuse sur le ciel, qui donne la couleur et l’effet d’ensemble. Mazo est plus positif, plus réaliste; il voit le détail et il en tient compte. Il a plus de solidité, s’il a moins de poésie. Son architecture est ferme dans le sol et ses terrains ne s’évanouiraient pas sous un souffle, tandis que chez Velâzquez la nature extérieure est une sorte de mirage qui ne semble exister que dans l’œil de l'artiste.

Outre la Vue de Saragosse , Mazo compte neuf autres paysages au Musée de Madrid : un Soleil couchant , un Port de mer, une Vue du Monastère de San Lorenzo de FEscorial, une Vue du Campillo, maison de campagne des moines de San Lorenzo, un Site montagneux avec un ermite sur la hauteur ; ces cinq tableaux, d’une forme très-élargie ont sept pieds de large sur deux pieds de haut ; et cinq grands paysages mythologiques: la Mort d’Aclonis, É née et Didon, Polyphème , Latone, Enée quittant Carthage. La Vue de Pampelune , qui, autrefois, servait de pendant à la Vue de Saragosse dans les appartements du palais de Madrid, est sans doute perdue, puisqu’on ne lui a pas donné place au Musée royal. C’est dommage : peut-être était-elle, comme la Vue cle Saragosse , enrichie de personnages par Velâzquez.

De son mariage avec la fille de Velâzquez et de Juana Pacheco, Mazo avait eu deux fils, Gaspar et Balthazar, qui obtinrent des charges à la cour. Devenu veuf, il épousa en seconde noces dona Ana de la Vega. Une nouvelle alliance, après avoir été conjoint à la fille de Velâzquez, c’est une sorte d’infidélité au souvenir du grand maître presque aussi choquante que le second mariage de la veuve de Rubens, la belle et voluptueuse Helena Fourment. Il est vrai que cette grosse Helena n’avait que vingt-six ans lorsqu’elle perdit son glorieux époux.

Peintre du roi Charles II après avoir été peintre de Philippe IV, Mazo avait toujours continué d’habiter la Trésorerie du palais à Madrid. C’est là qu'il mourut, le 10 février 1687. Il fut enterré dans l’église San Gines.

Son portrait, que nous donnons en haut de cette notice, a été gravé d’après le portrait original peint par Esteban March et conservé au Musée de Madrid.

- w. RURGER.

Cean Bermudez, ordinairement assez complet dans ses biographies des peintres espagnols , ne consacre qu’une page à J. B. del Mazo et il ne donne point, comme d’habitude, le catalogue de ses œuvres.

Palomino aussi est très-bref sur Mazo.

Dans son livre sur Velâzquez , M. William Stirling par le avec sympathie du gendre de son peintre affectionné.

Voir encore quelques notes éparses dans les Musées d'Espagne, par M. Louis Yiardot.

Treize tableaux au Musée de Madrid, y compris le portrait de la reine Maria Teresa, restitué à Mazo , le portrait du roi Carlos II de l’ancien Musée espagnol, un portrait de Philippe IV dans la galerie de M. Barthold Suermondt , à

Aix-la-Chapelle , c’est, a peu près . tout ce qu'on peut citer de l’œuvre de Mazo.

Dans la galerie Aguado, vendue en 1843, un Marchand de fruits et un Gentilhomme était attribué à Mazo.

A la vente du comte de Gessler, Paris, 1866, une Vue de ville (Saragosse , Pampelune?), avec figures attribuées à Velâzquez, était, je pense, un Mazo authentique.

Je crois aussi que Mazo est l’auteur des deux Vues du Prado , 'cataloguées Velâzquez à la vente Salamanca.

Il se pourrait encore qu’un certain nombre de portraits peints par Mazo fussent égarés en Angleterre, — sous le nom de Velâzquez. .

Voici sa signât,, re , J . g . M AZ Q

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