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SAINT ÉTIENNE AU MILIEU DES DOCTEURS

aujourd’hui le catalogue de son œuvre, nous savons qu’il peignit pour le couvent de Saint-Sébastien, situe aux portes de Valence, un Saint François de Paule , de grandeur naturelle, et une image du Christ pour la chapelle de Saint-Pierre de la même ville. L’église Sainte-Agnès, l’église des Carmes et le couvent des Augustines de Saint-Julien possédaient aussi de lui plusieurs peintures importantes. Enfin, il tit pour la

ÉCOLE ESPAGNOLE

chapelle de Villanueva une Nativité et deux tableaux de forme ronde représentant le Martyre de sainte Agnès Juan de Joanès avait entrepris une œuvre plus considérable encore, la décoration du maître-autel de l’église du bourg de Bocaïrente, lorsqu’il y tomba malade. La mort, qui le surprit le 21 décembre 1579, ne lui permit pas d’achever ce grand travail, soin pieux dont son fds dut s’acquitter. Joanès avait demandé en mourant que son corps fût transporté à Valence, dans la paroisse de Santa Cruz. Les recherches de Céan Bermudez nous apprennent que cette cérémonie eut lieu en 1581.

L’Espagne perdait en Juan de Joanès l’un des plus fidèles représentants des idées italiennes, un des derniers survivants de cette école sévère qui avait essayé de se former en prenant pour modèles les chefs-d’œuvre de Florence et de Rome. Luis de Vargas s’était éteint dès 1568 ; Pedro Campana était retourné à Bruxelles, et Navarrete lui-même était mort au commencement de l’année qui vit disparaître Joanès. Mais si le goût italien devait s’éteindre avec lui, l’art religieux conservait dans Luis de Moralès l’un de ses plus fervents apôtres.

Les œuvres les plus fameuses de Juan Vicente sont restées en Espagne et le musée de Madrid notamment a hérité de ses meilleurs tableaux. Il faudrait avoir vu ces peintures pour se permettre déjuger, en pleine connaissance de cause, la valeur réelle de l’artiste. A en croire les avis des connaisseurs, ces œuvres, bien supérieures à celles qu’on a pu voir en France et en Angleterre, seraient dignes de la plus haute estime. M. Viardot, qui a étudié avec un soin particulier le talent et la vie de Joanès, parle non-seulement avec sympathie, mais même avec enthousiasme, de sa grande composition de la Cène, « œuvre capitale, écrit-il, qui peut soutenir le parallèle avec celle de Léonard. » N’est-ce pas trop dire? A juger de ce tableau parla reproduction qui nous en a été donnée par les soins de M. de Madrazo, conservateur du musée de Madrid, l’éloge serait un peu exagéré. Toutefois, la composition est conçue dans un parti pris d’imitation italienne qui semble indiquer que, lorsqu’il acheva cette grande page, Joanès commençait à se défaire des hésitations naïves de sa première manière : la tète du Christ et celles des apôtres qui l’entourent ont un caractère très-individuel et très-écrit; l’ensemble a de la simplicité et de la grandeur. Une sincérité profonde, une conviction puissante respirent dans cette œuvre virile.

M. Yiardol ne parle pas avec moins d’éloge d’une série de six tableaux , qui font également partie du musée de Madrid, et où Juan Yicente a raconté les divers épisodes du Martyre de saint Etienne. La meilleure page de ce petit poème nous paraît être celle où l’artiste a représenté le premier martyr devant les docteurs qui l’accusent de blasphémer, alors que, plongé dans une subite extase, il voit le ciel ouvert et considère la gloire de Dieu. Ici encore, la préoccupation de la Renaissance est évidente : les attitudes, les draperies appartiennent au goût italien le plus pur, et il est. curieux de retrouver dans l’architecture du monument que Joanès a donné pour théâtre à sa composition, les ornements élégants, les gracieuses arabesques que Jean d’Udine avait mis à la mode. J’ajouterai que, bien que le vêtement du saint soit surchargé de broderies dont le luxe naïf nuit peut-être à la physionomie du personnage, sa tête est pleine d’expression et paraît toute resplendissante dans son extase mystique.

«. De tous les imitateurs de Raphaël, dit enfin M. Yiardot, Joanès est celui qui s’est le plus approché du divin modèle. C’est au point qu’en face de ses bons ouvrages, il est permis d’hésiter quelquefois et de ne savoir à qui, du maître ou de l’élève, on doit les attribuer; c’est au point que, si l’on ignorait que l’un est imité et l’autre imitateur, on pourrait, sans crime, être souvent embarrassé de savoir auquel des deux décerner la palme. Joanès a toute la pureté de dessin, toute la beauté de formes, toute la puissance d’expression qui distinguent l’école romaine personnifiée dans son chef. Sa perspective est exacte et savante quoiqu’un peu courte, et si son coloris n’a pas l’aisance vénitienne ou la fougue espagnole, il est cependant chaud, doré, lumineux, plein de charme et d’une merveilleuse solidité. Ce que l’on remarque particulièrement dans la manière de Joanès, c’est l’élégance qu’il donnait à ses draperies, la délicatesse qu’il mettait à peindre tous les détails, même des cheveux et de la barbe, même des fonds et du sol,

' Pilkington cite aussi Y Ensevelissement du Christ , placé dans la sacristie de Saint-Pierre, et, dans la cathédrale, le Baptême du Christ , qu'il mentionne comme le chef-d’œuvre du maître. (General dictionary of pointers. 1840, p. 304.)

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