W. BÜRGER
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Le portrait que nous donnons en haut de cette notice est tiré du tableau : Assomption de la Vierge (n° 57 du Catal. du Musée de Madrid) , toile haute de 2 mètres 76 c. et large de 2 mètres.
Outre cette Assomption de la Vierge, le Musée de Madrid possède deux autres tableaux de Cerezo : un Saint Jérôme, demi-figure, grandeur naturelle (n° 43 du Catal.) , gravé en tête du texte, et une Sainte Catalina, excellente peinture qui a 2 mètres et demi de haut sur près de, 2 mètres de large.
Dans ses Musées d’Espagne, M. Louis Viardot admire beaucoup le Saint Jérôme, « remarquable par l’expression de piété fervente et par la couleur aux teintes dorées. Cerezo, dit-il, a laissé, dans un temps de décadence, des ouvrages de la grande époque, » et il signale aussi la « belle Assomption du Musée de Madrid. »
En Espagne, nous devons noter encore les Cerezo mentionnés dans le Catalogue de la galerie de don José de Madrazo, laquelle est aujourd’hui au château de Vista-Alegre, appartenant au marquis de Salamanca : 339, Extase de la Madeleine ; 340, Ensevelissement du Christ (provenant de l’Académie royale de San Fernando); 341 , la Madeleine en contemplation; 342, Buste d’une Sainte; 343, Étude pour un Groupe d’anges ; 344, Saint Jérôme dans le désert; plus, une copie de Cerezo d’après Van Dyck : la Madone et le Nino.
Je suppose que les églises de Badajoz, de Burgos, de Valladolid, de Malaga possèdent encore les tableaux catalogués par Cean Bermudez, à la suite de sa notice biographique.
Au Musée espagnol de Louis-Philippe, il y avait cinq ta-
bleaux de Cerezo : 56, Visite de saint Joachim à sainte Anne;
57, la Vierge et Joseph en contemplation devant Jésus;
58, la Vierge et l’Enfant; 59, Saint Martin ; 60, Saint Thomas de Villanueva faisant l’aumône (est-ce le tableau qui était autrefois à Santa Isabel de Madrid, ou la répétition qui était aux Carmes-Déchaussés?) .
Dans le Catalogue Aguado, vente à Paris, 1843, encore cinq tableaux de Cerezo : deux Dépositions de Croix , une Résurrection de la Vierge, trente-cinq figures (4 mètres de haut sur 3 mètres de large), un Saint Jérôme dans sa grotte et un Ecce Homo.
Chez le maréchal Soult (Cat. de la vente, Paris, 1852) : Les Disciples d’Emmaüs (est-ce une répétition du célèbre tableau des Récollets de Madrid?).
Vente comte de Gessler. Paris, 1866 : Une Madeleine pénitente , n° 14 du Catalogue.
Musée de Berlin. — La Madeleine , attribuée à Murillo, n° 408 du Catalogue.
Musée de La Haye. — Une Madeleine analogue, n° 206 du Catalogue.
Galerie du comte Czernin, à Vienne : La Madeleine , dont nous donnons ci-dessous la signature avec la date.
Galerie Suermondt, à Aix-la-Chapelle : Le Christ en Croix. n° 100 du Catalogue.
Musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. — Portrait du cardinal Porto Carrera , vêtu de rouge et coiffé d’une barrette, n° 434 du Catalogue.
Voici un fac-similé de signatures de Cerezo :
PARIS
poursuites que grâce à l’intervention du prince de la Paix: à son instigation, Goya offrit ses planches au roi Charles IV, qui, d’accord avec son ministre, les acquit sur-le-champ pour la chalcographie : devenues ainsi propriété royale, l’Inquisition n’v pouvait plus mordre.
Goya fut nommé premier peintre du roi le 31 octobre 1799. 11 avait alors cinquante-trois ans, et. loin que l’Age eût altéré cette vigoureuse organisation, une transformation va se produire encore dans son talent. Etudier la lumière et le clair-obscur, comme Rembrandt les a compris, en rendre à sa manière toutes les manifestations, tel est le problème que Goya poursuivra désormais.
La Trahison de Judas, de la cathédrale de Tolède, œuvre magistrale où le clair-obscur est porté à sa dernière puissance, et la Communion de saint Joseph Calasanz, des Escuelas pias, à Madrid, sont, avec
ÉCOLE ESPAGNOLE
quelques-unes des peintures très-librement traitées dont il décora les murs de sa quinta , les éclatants témoignages de cette dernière évolution d’un génie fait surtout de volonté. « A Tolède, dit M. Théophile « Gautier, dans une des salles capitulaires, nous avons vu un tableau de Goya représentant Jésus livré « par Judas, effet de nuit que n’eût pas désavoué Rembrandt, à qui je l’eusse attribué d’abord, si un « chanoine ne m’eût fait voir la signature du peintre émérite de Charles IV. »
Cette même recherche des larges effets rembranesques se retrouve, poussée au plus haut degré de parti pris, dans ses plus belles eaux-fortes; les Prisonniers , le Colosse, les Paysages fantastiques et quelques-unes des planches de la Tauromachie et des Malheurs de la. Guerre attestent évidemment une longue étude des chefs-d’œuvre gravés du grand maître hollandais.
Nous touchons à l’époque tourmentée qui s’étend de 1800 à 1814. On sait quelles intrigues de palais amenèrent l’abdication de Charles IV, par quel enchaînement de circonstances Napoléon envahit l’Espagne, plaça son frère sur le trône des Bourbons, et à la suite de quelles luttes sanglantes Joseph en fut renversé.
Retiré dans sa quinta , et tout entier adonné à ses travaux artistiques, Goya ne prit aucune part active aux événements qui bouleversaient sa patrie. Était-il, comme on l’a prétendu, un afrancesado , un partisan de l’invasion française? De ce qu’il s’était efforcé de propager en Espagne les idées de justice et d’affranchissement qui avaient donné à la France le code politique de 89, en peut-on logiquement conclure que ses sympathies étaient acquises à une guerre si injustement entreprise?
Les Malheurs de la Guerre, ces lamentables commentaires où se déroulent les exécutions militaires, les vengeances féroces, les incendies, les pillages, la disette, enfin toutes les horreurs de cette funeste invasion, témoignent hautement contre cette prétendue défaillance de patriotisme de Goya. Mais au-dessus de ce patriotisme d’ailleurs si légitime, et qui ne saurait être méconnu, un sentiment plus généreux, plus élevé, et bien profondément humain se dégage encore de ces pages sinistres. Ce que hait surtout Goya, c’est la guerre, c’est l’iniquité, c’est l’arbitraire, et c’est, par-dessus tout, la tyrannie et les ambitions qui les ordonnent. Rien de plus éloquent que cette vengeresse protestation n’a été formulé contre l’esprit de conquête et les luttes barbares de peuple à peuple.
Vers 1814, à l’époque du retour de Ferdinand VII, Goya ajouta aux Malheurs de la Guerre dix-sept nouvelles planches, les plus hardies entre toutes, et les plus étranges. Elles sont comme le testament politique et philosophique de l’artiste, un dernier et suprême combat qu’il livre pour tout ce qu’il a aimé, contre tout ce qu’il a haï. Quelles colères contre l’intrigue, l’obscurantisme et le mensonge qui étouffent le progrès et compriment la pensée humaine! Quels déchaînements contre les fourbes qui s’acharnent à détruire la liberté et la justice!
Tour à tour, ces étonnantes créations éclatent en désespoirs navrants ou en délirants enthousiasmes : ici, l’hypocrisie a vaincu et elle a réussi, dans ses souterraines manœuvres, à confisquer le cher bien des peuples! — • Contra el bien general! ■ — Plus loin, la Vérité agonise — - « Murib la verdadn — déchirée par une tourbe furieuse; mais elle ressuscitera ! — ■ Si resusitarà! Et tout à coup Goya nous la montre se relevant triomphante du milieu de ses persécuteurs atterrés. Enfin, pour conclusion à cette œuvre, où s’agite tout un monde d’idées, de théories et d’aspirations libérales et généreuses, Goya improvise cette prophétique H consolante vision : la Liberté, majestueuse, sereine, indiquant d’un geste irrésistible à l’humanité, au vieil homme, courbé, harassé, flétri par ses abrutissantes misères, Sa radieuse aurore qui se lève, symbole d’une ère à venir où régneront la fécondité, l’amour, le bonheur et la paix. Et, pour légende à ce rêve, Goya écrivit : Ceci est la vérité!
Le règne de Ferdinand VII s’inaugura par une réaction d’une extrême violence; Quiconque était soupçonné d’avoir pris part ou seulement d’avoir applaudi à l’œuvre régénératrice des Cortès de Cadix se voyait exilé, déporté ou jeté en prison. La gloire de l’artiste protégea le vieux libéral. Ferdinand* tout en signifiant à Goya qu’il avait mérité « l’exil, et plus que l’exil, le garrot, » oublia le passé; Mais, soit, que cette protection, qui fait honneur à Ferdinand, fût insuffisante à détourner de Goya les tracasseries et les rancunes
FRANCISCO JOSE GOYA Y LUCIENTES (1 746). Il
des fanatiques, soit que le vide que les persécutions politiques avaient fait dans le cercle de ses amitiés lui rendît le séjour de Madrid insupportable, Goya demanda un congé et vint en France. Apres une courte apparition à Paris, il alla se fixer à Bordeaux, au milieu d’une véritable colonie de proscrits. Goya ne pouxail rester inactif. 11 peignit donc encore. Des sujets de genre, de curieuses miniatures sur ivoire et les portraits
I.K JEUNE HOMME EN GUIS — PORTRAIT DU PETIT-FILS DE GOYA. (Coll, de M. le marquis (Usas.
de Moratin, de D. Juan Maguire, de M. Pio de Molina et de M. J. Galos, datent de cette époque. Dans le même temps, Goya voulut reprendre les essais de lithographie qu'il avait déjà tentés a Madrid, quelques années auparavant. Les quatre grandes pièces représentant des Courses de Taureaux , et qui sont des chefs-d’œuvre de couleur et de mouvement, ont été exécutées en 1825. Goya allait avoir quatre-vingts ans!
En 1827, Goya dut refaire le voyage de Madrid pour solliciter une prolongation de son congé. Ferdinand l’accorda, en y mettant pour condition, qu’avant de quitter de nouveau 1 Espagne, Goya se laisserait peindre par D. Vicente Lopez, alors pintor de camara . C’est ce portrait qui figure aujourd hui au Musée de Madrid.
ÉCOLE ESPAGNOLE
La même année, Goya revint à Bordeaux. Il y reprit ses chères habitudes. Quoique ses mains tremblassent et qu’il ne vît qu'à l’aide de la loupe, il dessinait et ébauchait sans cesse. Mais ses forces s’en allaient. Lui-même sentit approcher sa fin. Il fit mander son fils Xavier, demeuré à Madrid, et quelques jours après, le 15 avril 1828, il s’éteignit dans les bras de ses amis. Il était âgé de quatre-vingt deux ans et quinze jours.
« Dans la tombe de Goya, dit M. Th. Gautier, est enterré l’ancien art espagnol, le monde à jamais « disparu des toreros , des majos , des manolas , des contrebandiers, des voleurs, des alguazils et des « sorcières, toute la couleur locale de la Péninsule. Il est venu à temps pour recueillir et fixer tout cela. « Il a cru ne faire que des caprices, il a fait le portrait et l’histoire de la vieille Espagne, tout en croyant « servir les idées et les croyances nouvelles. »
Goya n’a eu qu’un élève : Asensio Julia; il aida le maître dans ses fresques de San Antonio de la Florida. Sorti de la direction de Goya et livré à lui-mème, Julia n’a plus de valeur. Il a peint des portraits, des toiles de genre et des batailles. p. lefort.
Le nombre des productions de Goya est trop considérable pour que nous puissions en donner une nomenclature complète. Nous nous bornerons donc à citer ses principales compositions ou les plus dignes d’être connues des amateurs, en renvoyant, pour le surplus de l’œuvre, au catalogue détaillé et plein d’intéressantes recherches dont M. Ch. Yriarte a fait suivre son étude sur Goya.