‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 3)Chapitre 72 sur 93 · SUJETS DE GENRE. — PORTRAITS · texte numérisé non relu

SUJETS DE GENRE. — PORTRAITS

Musée royal de Madrid. — La Famille de Charles IV.

— Portraits équestres et en pied de Charles IV et de Maria Luisa. — Scènes du Deux-Mai.

Musée du Fomento. — Le Christ en croix.

Académie de San Fernando. — Une Maison de Fous. — Le Tribunal de l’Inquisition. — Les Flagellants. — L'Enterrement de la Sardine. — La Maja. — Portraits de Ferdinand VII (équestre), de Moratin , de Villanueva, de Ventura Rodriguez, du Prince de la Paix, de l’actrice la Tirana. de Goya.

Palais d’Ossuna. — Portraits divers. — Le général Urrutia.

Palais de Liria. — Portrait delà Duchesse d’Albe.

Marquis de Santa Cruz. — La Comtesse de Haro.

.Marquis d'Isasi. — Portraits en pied du Petit-fils de Goya et de sa femme.

D. F. de Madrazo. — Portraits de Goya et d’ Asensio Julia.

— Une Messe. — Diverses esquisses.

D. V. Carderera. — Esquisses.

Marquis de Miraflorès. — Portrait du Comte de Florida Blanca.

Comtes de Chinchon. — Portraits de 1 Infant D. Luis et de ses enfants, — du Cardinal de Bourbon, — du Général Ricardos, — de V Amiral Mazarredo.

Alameda des ducs d’Ossuna, environs de Madrid. — 27 tableaux de genre (Foi/, p. 6.)

Maison de Goya (Quinta). — Divers tableaux de genre. Romeria de San Isidro. — Judith et Holopherne. — Saturne dévorant ses enfants. — Le Diable. — L’Asmodée. — La Lcocadia. — Promenade du Saint-Office. — Les Politiques.

— Les Parques.

Séville. Galerie du duc de Montpensier. - Portraits de Charles IV, — de Maria Luisa, — Les Manolas au balcon. — Une Femme en mantille. — Portrait d Asensio Julia.

Valence. Musée provincial. — Portraits de Bayeu et du graveur Raphaël Estève. — Portrait de femme.

Paris. Musée du Louvre. — Portrait de M. Guillcmardet. ambassadeur de la République française en Espagne.

collections particulières.

JL Oudry. Portrait de .l/llc Goicoechea. — M. P. Lefort. Les Taureaux a VArroyo. — La Mort d’un Picador. — M. Ch. Yriarte. La Maison du Coq. — 31. de Yillars. L’Abolition de l'Ordre des Jésuites. — M. P. de Saint-Victor. Un Mariage grotesque.

JIusée de Bordeaux. — Elles filent fin.

Vente Baroiliiet. 1860. — Un Auto-da-fé ; 800 fr. — Poi trait de Goya ; 600 fr.

Vente I...., de JIadrid. 1861. — Cupidon et Psyché : 620 fr.

Vente Louis-Philippe, a Londres. 1853. — Portrait de la duchesse d’Albe; 6 S. — Portrait de Charles III ; 10 e.

— Portrait de Goya; 10 £. 5. — Lazarille de Tormes : 11 î. 10. — Vieilles Femmes : 4 f . 15.

Vente Salamanca. 1867. — Portrait d'Emmanuel Garcia : 950 fr. ; — de Lorenza Correa : 1,620 fr. ; — du Petit-fils de Goya ; 2.850 fr. ; — de la Femme du petit-fils de Goya : 1,950 fr. : — Femmes assises à un balcon ; 2.900 fr. — Portrait de Femme; 950 fr. — Combat de Taureaux ; 3,600 fr.

— Procession ; 2,500 fr.

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C est à Fuendetodos, dans la province d’Aragon, que naquit, le 30 mars 1746, Francisco José Goya. Son père, José Goya, et sa mère, Gracia Lucientes, étaient de modestes laboureurs et vivaient du produit d’un peu de terre entourant leur maisonnette.

Destiné par ses parents à les aider dans leurs travaux, Goya vécut près d’eux ses quinze ou seize premières années. Personne ne prenait grand souci de son éducation, jusqu’au jour où un moine du couvent de Santa Fé, près de Saragosse, amateur de peinture et un peu peintre lui-même, surprit l’enfant occupé à dessiner sur un mur. La bonne mine de Francisco lui plut. Il lui proposa de l’emmener à Saragosse, promettant de lui donner un maître qui lui enseignerait à peindre. Le père de Goya, consulté, laissa partir son fils, et, quelques jours après, Francisco était installé comme élève dans l’atelier deD. José Lujan Martinez.

Élève du Napolitain Mastreolo, Lujan, praticien habile et dont le talent a quelque analogie avec celui de Solimène, son condisciple, jouissait à Saragosse, sa ville natale, d’une assez grande célébrité. À son retour d’Italie, il avait contribué à soutenir, de ses deniers et de son enseignement, une école gratuite de dessin, où se formèrent Beraton , Vallespin , F orfèvre Antonio Martinez et Francisco Bayeu de Subias. C’est avec ce dernier, son aîné de douze ans, que Goya se lia plus particulièrement.

Durant quatre ou cinq années, Lujan garda son élève, s’attachant à modérer sa fougue déjà exubérante, et n’y réussissant qu’à demi. Ardent au travail, très-épris de son art, pour lequel il montre des dispositions extraordinaires, mais en même temps trop passionné pour le plaisir, Goya, à dix-neuf ans, se révèle déjà l’homme de toute sa vie. Véritable nature aragonaise, tète chaude, batailleur et bruyant , il fut bientôt mêlé aux

ÉCOLE ESPAGNOLE

luttes si fréquentes alors, dans tout P Aragon, entre jeunes gens de paroisses différentes. Réunis en confréries, ayant toujours à vider, les soirs de fête, quelque question de rivalité, saisissant d’ailleurs toute occasion de rencontre, plus d’une fois déjà, pour le plus grand honneur de San Luis ou de Notre-Dame del Pilar, la fronde et le couteau avaient ensanglanté les rues et les faubourgs de Saragosse.

A la suite d'une de ces collisions, où trois jeunes gens étaient restés sur le carreau, Goya, l’un des plus compromis de la bande, fut averti que l’Inquisition allait le faire emprisonner. Bien vite, il dut partir pour Madrid, où il rejoignit son ami Bayeu, pensionné depuis deux années par l’Académie de San Fernando et distingué par Mengs, qui l’avait pris pour collaborateur dans ses grands travaux décoratifs au palais.

Ce premier séjour de Goya dans la capitale ne fut, du reste, que de courte durée. Il y partageait son temps entre ses études et ses plaisirs, visitait les richesses artistiques que renfermaient les demeures royales, les églises et les couvents, peignait peu, mais réfléchissait et cherchait sa voie. Puis, le soir venu, toujours en quête d’aventures, il courait les rues, la guitare à la main, l’épée sous la cape, tantôt menant grand bruit avec ses compagnons d’atelier, tantôt escaladant les balcons de quelque nouvelle amoureuse, et préludant déjà à cette réputation de don Juan audacieux et bretteur qui devait lui valoir plus tard, jusque parmi les gens du peuple, une incroyable notoriété.

Mais, une nuit, on le ramassa avec un grand coup de poignard dans le dos. Il fallut le cacher quelque temps, puis, à peine guéri de sa blessure, le faire sortir de Madrid. Goya, qui méditait un voyage en Italie, s’en fut à Rome.

L’Italie l’attirait, et cependant son talent ne lui a rien ou presque rien emprunté. Une fois en présence des chefs-d’œuvre des maîtres, Goya n’essaye même pas de les copier. Il passe des journées entières devant le même tableau ; il en analyse les beautés intimes, compare entre eux les styles et le coloris des différentes Écoles, en scrute les procédés et s’efforce de les pénétrer. Ce mode singulier d’études abstraites, et pour ainsi dire d’intuition, explique peut-être comment l’individualité si franche de Goya, loin de s’affaiblir au contact du passé, est demeurée, au contraire, plus ferme et plus vivace.

Pendant son séjour à Rome, Goya se rencontra avec David. Jeunes tous deux, et d’une tournure d’esprit qui dut les rapprocher, partageant sans doute à un égal degré les idées et les principes que l’école philosophique du dix-huitième siècle avait semés dans le monde, ces deux hommes, à qui la destinée réservait une tâche dans les révolutions de leur patrie, se lièrent d’une sérieuse amitié.

Combien dura cette liaison, et se poursuivit-elle après la séparation des deux artistes? La correspondance et les papiers intimes de Goya, ou du moins ce qui en subsiste, restent muets sur cette intéressante intimité. Ce que nous savons, c’est que Goya en conserva toujours un souvenir profond. Jusque dans son extrême vieillesse, il parlait encore avec émotion du « grand David. »

A Rome, comme à Madrid, Goya ne tarda guère à se signaler par ses périlleuses escapades. « Un jour, il « imprime son nom au couteau sur la lanterne de la coupole de Michel-Ange, à l’angle d’une pierre que « n’avait pu atteindre aucun des artistes allemands, anglais ou français qui l’avaient précédé dans cette folle « ascension ; un autre jour, il fit le tour du tombeau de Cecilia Metella, en s’appuyant à peine sur l’étroite « saillie de la corniche '. »

Enfin, une entreprise plus romanesque l’obligeait à recourir à l’intervention de l’ambassadeur d’Espagne auprès du Saint-Siège. Surpris, une nuit, escaladant les murs d’un couvent où des parents sévères avaient fait enfermer une jeune fille dont il était épris et qu’il avait résolu d’enlever, on le livra à la justice. L’ambassadeur le réclama, mais Goya, rendu à la liberté, dut s’éloigner immédiatement de Rome.

Ses vieux parents désiraient son retour. Il revint donc passer auprès d’eux la fm de l’année 1774, puis il repartit pour Madrid. Quelques mois après, il se mariait avec Josefa Bayeu, la sœur de son ami Francisco.

Depuis la fin du dix-septième siècle, l’École espagnole était tombée dans une profonde décadence. Luca

1 Francisco Goya, sa vie, ses dessins et ses eaux-fortes, par M. V. Carderera, avec des notes de M. Pli. Burty, publié par la Gazette des Beaux-Arts, T. Vit et XV.

Giordano, réalisant la prédiction du pauvre Claudio Coello, dédaigneusement oublié pour son habile rival, avait engendré toute une légion de peintres fa presto. Aux Napolitains avaient succédé les Français : Hovasse, Ranc, Louis-Michel Yanloo; puis à ceux-ci, les Tiepolo; mais de tous ces maîtres étrangers aucun n’était de taille à relever l’Ecole. Enfin Charles III avait appelé Mengs, regardé alors comme le Messie

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