ANTONIO DE PEREDA
A côté de Vicente Cardueho, d’Eugenio Caxès, des frères Rizzi et de tous les élèves, fds, neveux ou frères des peintres italiens appelés en Espagne sous les règnes de Philippe II et de Philippe III, apparaît un autre groupe, indigène celui-là et qui sort de l’atelier d’un vieux maître, de Pedro de las Cuevas. Sans cette magnitique pléiade de disciples, Cuevas serait aujourd’hui fort oublié : de ses ouvrages, rien n’est resté qui permette de juger son talent personnel; mais, d’après les tendances franchement naturalistes qui se manifestent chez chacun de ses élèves, on peut présumer que le vieux Cuevas avait su conserver une certaine dose d’originalité native à une époque où l’école était presque exclusivement livrée à l’imitation des Italiens.
Avec Carreno, José Leonardo, Licalde, Antonio Arias, Montero de Roxas, Simon Leal et Eugenio de las Cuevas, ses condisciples, Antonio de Pereda appartient à ce groupe que Velâzquez est appelé à dominer de toute la hauteur de son génie.
Pereda était né à Valladolid en 1599. Bien jeune encore, et après avoir perdu son père, un oncle, son tuteur, voyant son inclination pour la peinture, l’envoyait à Madrid. En 1606, Antonio figurait parmi les élèves de Pedro de las Cueuis. Ses progrès, son application, lui méritèrent la protection d’un conseiller de Castille; ce personnage prit à sa charge l’entretien du jeune artiste et veilla à ce qu il se consacrât entièrement à son art. Crescenzi, alors peintre et architecte de Philippe III, et très-influent à la cour, étonné des merveilleuses dispositions d’ Antonio, demanda à son protecteur de le lui confier. Crescenzi mit tout de suite l’élève à même de copier dans les palais et les résidences royales les chefs-d œuvre des maîtres, et c’est ainsi que Pereda acheva de compléter son éducation d’artiste.
Dès l’âge de dix-huit ans, Antonio exposait publiquement une Conception , entourée d’une gloire d’anges , que tout le monde crut être l’œuvre de l’un des meilleurs peintres de Madrid. Ce premier
ÉCOLE ESPAGNOLE
ouvrage, dont Crescenzi voulut faire hommage à son frère le cardinal, et qui, à Rome comme à Madrid, fut jugé très-beau, classa Pereda au premier rang; aussi, lorsque le comte-duc d'Olivarès décida de décorer le palais du Buen Retiro, Pereda se vit-il tout de suite désigné pour concourir à ces travaux. Il peignit pour le Buen Retiro un grand tableau d'histoire, le Marquis de Santa-Cruz secourant Gênes assiégée , dont les figures, de grandeur naturelle, reproduisent les traits de divers personnages contemporains. Cette belle composition fut payée cinq cents ducats à l’artiste.
L'amiral de Castille mit alors le sceau à la réputation de Pereda en lui commandant un tableau pour la galerie où il réunissait les plus belles œuvres de l’école. Pereda peignit pour le noble amateur celte composition philosophique connue sous le titre de : el Desengaho de la vida , morceau célèbre, le même sans doute, qui se trouve à l’Académie de San Fernando et qui est regardé à juste titre comme son chef-d’œuvre.
Au retour de quelque nuit de débauche, un jeune seigneur, vêtu d'un élégant pourpoint tissé d’or, s’est endormi; sa tête, aux traits fins et distingués, repose appuyée sur sa main. Sur une table, placée en face de lui, et au milieu d’un amoncellement de pièces d’or et d’argent, de bijoux précieux, de colliers et d’armes magnifiques qu’éclaire la tremblante lueur d'une bougie, est posée une tête de mort. Une vision fatidique, rendue tangible par l’artiste, traverse le songe du débauché : sur le fond obscur, un ange apparaît déroulant dans ses mains cette funèbre légende : Æternè pungit , cita volât et occidit, céleste et menaçant avertissement de la brièveté de la vie, appelant à un prompt repentir celui qui va peut-être brusquement passer du sommeil de la vie au sommeil éternel.
Enveloppée d’un mystérieux clair-obscur, cette scène étrange où le rêve se mêle si hardiment à la réalité, vibre et s’anime dans sa coloration harmonieuse et chaudement transparente; il court véritablement sur cette toile comme un souffle de vie : l’homme respire, l'ange de l’heure fatale agite ses ailes, on a la sensation atterrante du fait brutal; l’apparition de la statue du commandeur se dressant tout à coup devant don Juan Tenorio n’est pas plus saisissante et plus terrible.
De tous les tableaux que Pereda fit pour les églises et les couvents de Madrid, très-peu subsistent aujourd'hui. On retrouve cependant encore, à San Thomas : un Saint Dominique in Soriano, dans la chapelle de la fondation du marquis de Lapilla; Saint Joseph , Saint Juste et un Enfant Jésus, au collège des Dames de Loreto; la Sainte Trinité , à l’église du Carmen; Y Adoration des Rois , la Nativité , et le Sauveur du monde , dans l’église des Capuchinas.
Le Musée royal de Madrid possède de Pereda un Saint Jérôme pénitent , d’une touche sèche et comme martelée, mais qui rend avec un réalisme prodigieux les crevasses, les rugosités et tous les accidents de la chair décrépite et jaunie de l’anachorète. Pereda, dans ce tableau, rappelle Ribera.
Deux toiles d'une moindre importance figurent au Musée national : l'une représente Êlie dans le ciel; l'autre, le Christ portant sa croix : elles portent la signature de l’artiste et la seconde est datée de 1641.
Pereda mourut à Madrid en 1669. Il avait peint tous les genres : l’histoire, le portrait, la nature morte. Ses tableaux, dans ce dernier genre, sont des plus remarquables. L’élève le plus célèbre de Pereda a été Alonso del Arco.
Madrid. — Musee royal. — Saint Jérôme pénitent. ■ — Charles V et Philippe II assis sur un trône.
Misée national. — Saint Élie dans le ciel. — Le Christ portant sa croix. — Saint Elisée (attribué). — Un Saint de l'ordre des Carmélites (attribué).
Académie de San Fernando. — Le Désenchantement de la vie. — Saint Guillaume. — Duc d’Aquitaine. — Saint Jérôme pénitent (esquisse). — Saint Jérôme. — Saint Pierre.
Collection Madrazo (palais Salamanca). — Le Père éternel entouré d’un chœur d'anges. — Le Christ porté au tombeau (copie de Ribera).
Valenciennes. — Musée. — Les Bohémiens.
Munich. — Musée. — Un Portrait. — Sujets de genre.
Saint-Pétersbourg. — Hermitage. — Nature morte.
Aix-la-Ciiapelle. — Collection Suermondt. — Saint Antoine de Padoue.
Vente Aguado (1843). — Une Déposition de croix: 1870 fr. — Même sujet : 289 fr. — Vente Soult (1852). — \.' Enfant Jésus : 325 fr. — Vente Louis-Philippe. — Londres (1853). — Saint Jean évangéliste : £ 12 10. — Saint lldefonse : £ 21. — Vente Standish. — Saint Jérôme : f 2 15.
APPENDICE