SAINT ÉTIENNE AU SEPULCRE
Bermudez ne parle pas avec moins de chaleur du chef de l’école de Valence. En biographe loyal., nous avons dû citer ces opinions extrêmes, mais, ainsi que nous l’avons dit au début de cette étude, nous devons déclarer qu’elles ne concordent pas tout à fait avec l’idée que nous nous sommes faite de Joanès d’après les tableaux que nous avons vus de sa main. Non, on ne pourra jamais, « sans crime, » confondre un Raphaël
1 L.Viardot, Musées d’Espagne, 1843, p. 112.
2 C’est à ce propos que Ticozzi remarque, en homme sage, que l’amour de la patrie a seul pu égarer Palomino au point de lui
faire articuler ce blasphème : Dizionario dei pittori, 1818, p. 280.
avec un Juan Yicente; non, l’imitateur n’est pas l’égal de celui qu’il imite ; non, le disciple ne vaut pas le maître. Sans doute Joanès, et c’est là son éternel honneur, a été l’un des premiers à montrer à l’Espagne les chemins de la beauté et de la grâce; sans doute il a essayé de donner à son pinceau un peu d’élégance romaine, mais il est toujours demeuré fidèle au tempérament de son pays, et, alors même qu’il se montre imitateur jusqu’à la servilité, sa nationalité persiste et se dévoile. Ce qu’il faut louer dans Juan de Joanès, c’est son propre sentiment, c'est son instinct natif contre lequel aucune influence n’a pu prévaloir, c’est-à-dire une ferveur religieuse qui va jusqu’à l’ascétisme. Il croit, voilà sa force, et il pousse très-loin l’expression, parce qu’il aime. Ni Raphaël, ni Léonard de Yinci, ni Michel-Ange, ni tous les païens du monde antique ou de la Renaissance n’ont pu changer son austère nature : Juan de Joanès est resté Espagnol, il est resté catholique : c’est un contemporain de sainte Thérèse.