PAUL MANTZ
MGiiiŒss anr mmmwm
Dans son excellent Dictionnaire historique, Géan-Bermudez a inséré, à la suite d'une biographie sommaire des Ribalta, le catalogue des tableaux conservés dans les églises et les monuments publics de l'Espagne. Nous nous bornerons à compléter ses indications en donnant la liste des ouvrages de Francisco qu'on peut voir dans les musées do Madrid et dans quelques galeries de l'Europe.
Musée de Madrid. — Le Christ mort soutenu par deux anges. Ce tableau a été lithographie par G. Sensi dans la collection publiée en 1826 parles soins de M. de Madrazo. On en trouvera la gravure à la page 3 de cette biographie.
Saint François d'Assises avec un ange qui joue du luth. Cette peinture est vraisemblablement celle que Ribalta avait exécutée pour les capucins de Valence et qui est décrite par Oéan-Bermudez.
Saint Jean et saint Mathieu, — Saint Marc et saint Luc. Le premier de ces tableaux a été lithographie par Alessandro Blanco ; le second est reproduit à la page 7 de la présente notice.
Une Ame en peine. — Une Ame bienheureuse. — Buste d'un chanteur.
Académie de San Fernando. — Saint Pierre et sainte Agueda.
Le musée du Fomento ne possède aucune œuvre des Ribalta.
Dresde. — Le Pape Grégoire le Grand entouré de cardinaux. Ce tableau est de Juan Ribalta.
Musée de Saint-Pétersbourg. — La Mise en Croix. — La Madeleine conduisant les apôtres au tombeau du Christ. — La Rencontre de sainte Anne et de Joachim. Le même musée possède deux tableaux de Ribalta le fils : le Martyre de
sainte Catherine, et Jephté s'apprétant à sacrifier sa fille.
Londres. Collection de sir W. Eden. — Portraits de l'artiste et de sa femme; le Jugement dernier.
Collection de M. G. Hoskins. — Saint Jean dans le désert. Ce tableau, de même que les deux précédents, a été exposé à Manchester en 1857.
Vente de M. Aguado (1843). — La Conception de la Vierge; même sujet : la Vierge, en buste et les mains jointes.
Vente du maréchal Soult (1852). — La Cène, tableau sur bois, 2,200 francs.
Vente du roi Louis - Philippe Londres, 1853 ), — La Madeleine. — Le Portement de croix.
Vente du comte Pourtalès (1865). — Le Christ mort, assis sur le bord du tombeau et soutenu par deux anges, 180 francs.
Musée de Valence. — Saint François embrassant le crucifix, — La conception. — Saint Jean-Baptiste. — Saint Bruno. — L'Assomption de la Vierge. — Notre-Dame-dc- Porta-Cœli. — Le Chrit entre les deux larron* — La Résurrection. — Une copie de la Transfiguration, d'après Raphaël. — Une copie de la Voie des douleurs, de Sébastien del Piombo.
Le musée de Valence possède aussi , de Juan Ribalta , divers portraits , le Martyre d'une Sainte et le grand Crucifiement . provenant du couvent de San Miguel de los Reyes. Ce tableau est signé : Joannes Ribalta pingebat el invenit 18 œtatis suœ anno 1615.
Au sujet de ces diverses peintures, on peut lire un savant article publié sur le muséum de Valence par M. Aranjo Sanchez (£1 Arte en Espana, tome IV).
PAIU&. — IMPRIMERIE POITEVIN, RLE DAM1KTTE, ï ET 4.
c&fe (Dé/iaanofc.
ue.
J&arérou/?} eé <7(U(£j re&âteujr.
JUAN PANTOJA DE LA CRUZ
Sanchez Coello est assurément un grand portraitiste, non-seulement dans son École espagnole, mais en comparaison même avec les plus fameux peintres des autres Écoles. Il égale à peu près son ami et son maître Antonis Mor. Eh bien! son élève Juan Pantoja de la Cruz se rapproche de lui au poinl qu'on hésite pour l'attribution de certains portraits soit à Pantoja, soit à Sanchez Coello.
Par exemple, dans la galerie Suermondl, à Aix-la-Chapelle, un superbe portrait de Philippe II , âgé de vingt-cinq à trente ans, est catalogué Pantoja par notre savant ami le docteur Waagen, de Berlin. Comme il a été peint d'après nature, sans aucun doute, et vers 1555, puisque Philippe II est né en 1527, il ne peut donc pas être de Pantoja, né en 1551. Il est, en effet, de Sanchez Coello, suivant nous.
Plusieurs des portraits du Musée de Madrid, notamment X Infante de Portugal (n° 152 du Catalogue) et la Do/Ut habel de Valois (n° 1!»26) , dont nous donnons la gravure , sont aussi beaux que des Sanchez Coello et même (pie des Antonis Mor.
Voilà, pour commencer, de puissantes recommandations en faveur de notre Pantoja.
Il était né à Madrid en 1551 , et, tout jeune , il entra dans l'atelier de l'artiste que le terrible Philippe II
appelait « son très-aimé fils, Alonso Sanchez Cocllo, excollentissime peintre de Sa Majesté Très-Chrétienne. » C'était au plus beau moment de la faveur de Sanchez, logé dans une maison communiquant avec le palais royal et fréquentée par les plus hauts personnages de la cour. Pantoja y fut promptement remarqué, même par le roi Philippe, visiteur assidu de son portraitiste affectionné. Il est probable qu'il aidait son maître dans l'exécution des travaux décoratifs que commandait le roi. Les portraits qu'il n'a pu peindre d'après nature, par exemple ceux de l'empereur Charles-Quint, doivent être des répétitions soit d'après Sanchez, soit d'après Antonis Mor. Sans doute il s'employait également à faire des copies d'après les portraits des membres de la famille royale, quand on voulait multiplier ces images pour en orner les résidences royales ou les monuments publics.
C'est ainsi que Pantoja de la Cruz s'assimila le style et les pratiques de son illustre maître.
Du vivant même de Sanchez, il avait déjà le titre de Pintor y ayuda de camara, et lorsque Sanchez mourut, en 1590, il lui succéda tout à fait dans l'estime du roi.
Les biographes de tout temps et de tout pays aiment à inventer des légendes analogues à celle des raisins peints par Zeuxis et que les oiseaux vinrent becqueter. Francisco Vêlez de Arciniega raconte qu'un aigle échappé s'étant abattu au milieu de la cour, Philippe commanda à Pantoja d'en faire aussitôt « le portrait. » La peinture, vivement enlevée, avec une surprenante justesse de coloris et un fond plein d'air, avec un prestigieux accent de nature, l'aigle « qui avait posé » se précipita tout à coup contre la toile pour attaquer cette apparition fantastique. Le tableau fut mis en pièces et il fallut le recommencer.
Tromper l'aigle , qui passe pour avoir l'oeil assez fin, c'est déjà un prodige d'artifice. Mais, peut-être, n'est-ce pas si fort que de tromper l'homme lui-même, ainsi qu'on le raconte du portrait de l'amiral Pulido Pareja, peint par Velazquez, et que le roi Philippe IV apostropha comme une personne naturelle.
Le plus curieux des contes de ce genre est encore celui de la servante de Rembrandt, peinte sur un volet ajusté à une fenêtre extérieure, et à qui les gens du quartier disaient bonjour en passant.
Il ne parait pas que les peintres actuels prêtent à l'invention de pareilles, légendes.
Pantoja n'est pourtant pas un naturaliste dans le sens où l'on entendrait ce mot aujourd'hui. Il n'a pas devant la nature la spontanéité de l'impression. Il est plus préoccupé d'une correction minutieuse que de l'effet général. Il travaille avec patience et conscience, et il arrive au caractère par l'effort d'une volonté tenace.
A son époque, on ne songeait point aux hardiesses de la brosse, à la facilité hâtive de l'exécution. 11 fallait du temps pour parfaire un portrait comme ceux de Sanchez Coello et de Pantoja, qui sont pousses à une extrême finesse de modelé sans qu'on y sente la touche, qui expriment tous les détails avec leurvaleur particulière, et qui cependant accusent la personnalité par la profondeur des physionomies et la décision des tournures. En cela ils ont beaucoup d'analogie avec les portraits de Holhein et des Clou et. Vienne maître Velazquez, et la nature sera saisie et interprétée d'une manière absolument divergente. Velazquez, Rubens, Van Dyck, Frans Hais, Rembrandt, ont su faire, en une seule séance, des portraits d'une réalité frappante et qui entraînent une admiration irrésistible. Tous les moyens sont bons pour produire des chefs-d'œuvre.
C'est au Musée royal de Madrid qu'on peut juger Pantoja de la Cruz; il y compte neuf portraits et deux compositions religieuses : une Infante de Portugal, de l'époque de Philippe II, à mi-corps; Philippe II, dans un âge avancé ; Dona Isabelde Valois; Marguerite d'Autriche, femme de Philippe III; Doha Jaana, princesse de Portugal et infante de Castille, figure entière; une Senora inconnue, et un Cavalier inconnu, en buste: deux portraits de Charles-Quint, en armure, figure entière, de grandeur naturelle, sans doute d'après un original de Sanchez Coello ou d' Antonis Mor. Les deux tableaux religieux, hauts déplus de trois mètres, représentent la Naissance de la Vierge et la Naissance du Christ, peints en 160.3.
Le Museo Nacional, dit del Fomento, possède aussi un tableau religieux, signé en toutes lettres et daté de la même année 1603, la Vierge accueillant deux saints.
Mais les grandes compositions conviennent moins à Pantoja que le portrait. Dans un sujet compliqué de
JUAN PANTOJA DE LA CRUZ (1551). 3
figures nombreuses, il faut un génie inventif, une certaine liberté pittoresque pour combiner les groupes et varier les attitudes, et aussi la science de la perspective et du clair-obscur pour mettre les figures à leur
E.Bl)C0URT. d
PANTOCA. PINX.
ISABELLE DE VALOIS Mu-,-,, de MadriJ).
-OELANGLE. SC
place el obtenir de beaux effets de lumière. Au seizième siècle, les artistes espagnols étaient encore timides. il les brillantes qualités de leur École nationale ne se développèrent que sous Philippe IV.
Comme portraitiste, Pantoja de laCruz peut encore être apprécié au Musée de Munich, dans les excellents portraits de l'archiduc Albert d'Autriche et de sa femme l'infante Isabelle, fille de Philippe II, de grandeur
naturelle et vus jusqu'aux genoux, tous deux signés : ioanes de la -f faciebat madridi; le premier avec l.i date 1600, le second avec la date 1599.
Après la mort de Philippe II, en 1598, Pantoja avait conservé la même faveur auprès du nouveau roi Philippe 111. C'est lui qui fit les dessins pour les tomheaux de Charles-Quint et de Philippe II, dans le presbytère de l'église de l'Escorial. C'est lui qui fit de Philippe III un grand portrait équestre, envoyé à Florence comme modèle pour la statue en bronze du célèbre sculpteur Jean de Bologne, laquelle fut placée dans le jardin de la Casa del Campo. On voit par les dates que nous avons citées de ses grands tableaux qu'ils furent peints sous le règne de Philippe III et probablement d'après sa commande.
Des principaux personnages de la nouvelle cour, ainsi que de ceux de la fin du règne de Philippe II, Pantoja avait laissé une quantité de portraits, placés dans les résidences royales, à l'Escorial, à B,uen-R.etiro, à la Torre de la Parada, au palais del Pardo et au palais de Madrid. Cean Bermudez en cite encore quelques autres, notamment celui d'un conseiller du roi, BuisPerezde Bibera, signé et daté 1596 ; ceux du Pardo et 'du palais de Madrid ont péri, avec beaucoup de portraits du Moro et de Sanchez, dans les incendies qui ravagèrent ces deux châteaux. Mais les portraits réunis au Musée de Madrid suffiraient, tout seuls, à garantir la juste réputation de Pantoja dans son École et dans son temps.
Il mourut à Madrid en 1610, onze années avant son second patron Philippe III. Le petit Velazquez, qui devait représenter la phase la plus glorieuse de l'École espagnole, commençait déjà, sans doute, à barbouiller des dessins.
w. bûrger.
mhhmïto m iiMiiœiidms
Louis Viardot, dans ses Musées d'Espagne, a très-bien apprécié Pantoja :
« Élève de Sanchez Coello, Pantoja de la Cruz a laissé aussi une galerie d'assez curieux portraits, même dans ses tableaux d'histoire. Ainsi, la Naissance de la Vierge et la Naissance du Christ (Musée de Madrid n"! 175 et 181) réunissent Philippe III, sa femme Marguerite d'Autriche, leurs pioches parents et divers grands seigneurs de leur cour. Conservant dans sa manière la timidité de pinceau propre aux artistes espagnols de son temps, — encore trop voisins do l'imitation italienne pour avoir conquis toute cette liberté, loute cette fougue indépendante qu'ensuite ils portèrent peut-être trop loin, — Pantoja delà Cruz imita et égala son maître Sanchez Coello pour l'exactitude du dessin, la simplicité des poses, la vérité des expressions. Il dépassa tous ses devanciers dans la délicatesse du fini, terminant avec soin jusqu'aux moindres détails, mais sans lourdeur dans le coloris, et sans nuire, ce qui est rare, au bon effet de l'ensemble. »
Outre les portraits du Musée de Madrid et ceux du Musée de Munich, que nous avons cités dans le texte, il Cuit citer encore le portrait d'un Gentilhomme de la cour de Philippe III, n" 201 du Catalogue de l'ancien Musée espagnol au Louvre, (le second portrait qu'on lui attribuait au môme Musée, une Dame de la cour de Philippe IV, ne pouvait pas être de Pantoja, mort en 1610), et un portrait de Juan Antonio de San Pedro, à l'âge de quatre-vingts ans, peint en 1590, dans la collection du château de Vista Alegre, près Madrid, à M. de Salamanca; la galerie de Vista Alegre possède aussi une copie du portrait de la reine Isabel de Valois.
On doit encore consulter le catalogue que donne Cean Bermudez à la suite de sa biographie; plusieurs tableaux qu'il \ mentionne ont passé des palais et des couvents dans le Musée royal de Madrid.
Voici le fac-similé de la signature de Pantoja sur son tableau religieux du Musée del Fomenlo :
Jûctnnej <anto/a. \ c/c (a. *j-i rtLQLtùcLi-
lfo3
TAHIS — IHPIUKERIC l'OITKUN, lll'K HA>IIKTTK, '1 ET 4.
cole (DdftaanaCe.
tfu^e/é re/ô&tewa;.
((ai