‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 4)Chapitre 54 sur 83 · JUAN DE SEVILLA ROMERO Y ESCALANTE · texte numérisé non relu

JUAN DE SEVILLA ROMERO Y ESCALANTE

RI t% 18S7. - MORT ES 1695.

A son retour des Pays-Bas, Pedro de Moya, le premier, introduisait parmi ses anciens condisciples de Séville l'étude, encore toute nouvelle pour l'École d'Andalousie, du style et du coloris de Van Dyck et de Rubens. On sait quelle influence profonde et décisive l'enseignement des larges pratiques empruntées aux grands Flamands exerça sur les destinées de l'École. On sait que pour Murillo, surtout, la vue des peintures de Moya fut une véritable révélation. Une fois accomplie cette sorte de mission régénératrice, Pedro de Moya, lassé de n vie de voyages et d'aventures, vint se reposer à Grenade., sa ville natale, et y ouvrir un atelier.

Un peu plus tard, Alonso Cano, qui tour à tour avait habite Séville, Madrid, Tolède et Valence, revint, lui aussi, se fixer dans sa patrie, et Grenade, qui n'avait jusqu'alors compté que des peintres d'une assez médiocre valeur, se trouva être, vers le milieu du dix-septième siècle, l'un des centres artistiques les plus florissants de l'Espagne. De nombreux et habiles élèves firent bientôt cortège aux deux maîtres grenadins. Tandis que Moya enseignait à ses

disciples les traditions de Van Dyck, Cano inclinait plutôt les siens vers le style et les procédés des maîtres italiens, mais en y mêlant ses qualités propres : une exquise naïveté, une harmonie tranquille, unies à une noblesse, à une majesté d'expression presque antiques. Si Moya possédait un coloris plus intense, une touche plus libre et plus fondue, Alonso Cano pratiquait un dessin d'une irréprochable justesse et d'une sévérité qui n'excluait pas la grâce. L'étude de ces individualités si tranchées , et les comparaisons que faisaient naître les œuvres simultanément produites, se traduisirent chez les élèves des deux maîtres par une transaction entre leurs styles. De cette double imitation, ils se composèrent une sorte d'originalité, une manière si l'on veut, plutôt qu'un style, mais qui, cependant, suffit à caractériser leurs ouvrages dans l'ensemble des productions de la grande École andalouse.

C'est ainsi que prit naissance la petite École de Grenade. Moins vastes de pensée dans leurs compositions, coloristes moins brillants peut-être que leurs rivaux de Séville, les peintres de Grenade surent rester plus sobres, plus austères.

Aussi, un siècle après sa création, l'École grenadine conservait-elle à peu près intactes les traditions du correct Alonso Cano, quand déjà Séville était en pleine décadence.

Parmi les disciples qui, s'inspirant des leçons de Moya et de Cano, formèrent le premier noyau de l'École, Juan de Sevilla, Atanasio Bocanegra, Nino de Guevara, Sébastian Gomez et Geronimo de Cieza, devinrent à leur tour des peintres réputés. Juan de Sevilla est le plus célèbre de ces maîtres.

Juan de Sevilla Romero y Escalante naquit à Grenade en 1627. De bonne heure, il montra les plus heureuses dispositions pour la peinture. Andrès Alonso Arguello, artiste peu connu et sans doute d'un mérite très-effacé, lui apprit les premiers éléments de son art; Moya le reçut ensuite dans son atelier. Sous la direction de ce nouveau maître, dont les tendances devaient convenir à la nature distinguée de Juan de Sevilla, l'élève faisait les plus rapides progrès lorsque Moya mourut.

Abandonné trop tôt à lui-même, Juan fût certainement demeuré un peintre très-incomplet s'il n'eût eu l'heureuse idée, pour se maintenir dans les excellents principes que lui avait légués Moya, de copier plusieurs esquisses et des tableaux de Rubens, rencontrés à Grenade, et qu'il put étudier tout à l'aise. Rubens fut donc comme un nouveau maître pour Juan, qui, copiant et recopiant, s'efforça, avec une rare persévérance, de pénétrer les procédés du coloris flamand et de s'en assimiler les magnificences. Le succès couronna peu à peu ses efforts, et la vogue qu'obtinrent bientôt ses ouvrages aux belles teintes harmonieuses et chaudes, prit, au dire de Cean Bermudez, des proportions incroyables. A l'envi, les riches personnages, les administrateurs de la cité et les communautés religieuses lui demandèrent des tableaux, et quand, à l'occasion des fêtes du Corpus, que Grenade célébrait avec une pompe inouïe, les plus fameux artistes étaient appelés à concourir pour les projets de décoration des autels, Juan de Sevilla sortait toujours vainqueur de ces concours, où il eut souvent pour rival son orgueilleux compatriote Bocanegra. Celte vogue si rapide et qui pouvait être fatale à l'avenir du peintre, en l'amenant à beaucoup produire, ne parvint ni à l'ébiouir ni à modifier la sévérité de ses tendances. En aucun temps il ne faiblit, et son talent ne fit, au contraire, que grandir et s'affirmer.

Juan de Sevilla peignit successivement pour la cathédrale de Grenade quatre compositions. Deux sont importantes : le Martyre de sainte Cécile et Saint Basile remettant à saint Benoît la règle de son ordre ; les deux autres sont une Conception et l'Ange gardien. Savamment ordonnées, d'un dessin très-pur et trèsélégant, ces compositions frappent surtout parla richesse de leur coloris, qui rappelle certainement Van Dyck. Le Miracle des pains et des poissons, les Pèlerins d'Emmaûs, Saint Jean de Dieu au milieu des pauvres, l'Annonciation, une Sainte Famille, sujets que Juan exécuta pour la chapelle de l'hôpital du Refuge, peuvent encore être comptés au nombre de ses meilleures productions.

Aux angles de la voûte de l'escalier principal, dans l'église dédiée à saint François, il peignit les quatre tableaux suivants : Saint François présentant la règle de son ordre à Jésus-Christ, Saint Antoine de Padoue manifestant l'eucharistie aux hérétiques, un Saint de l'ordre des Franciscains, et Dieu le Père recevant dans sa gloire la Vierge entourée d'un chœur d'anges.

JUAN DE SEVILLA ROMERO Y ESCALANTE (1627). :l

L*église des Augustines recul une de ses œuvres capitales. Dans relie grande Iode, cintrée du liaul. l'artiste figBra des anges soutenant le saint Sacrement, devant leqael la Vierge est en adoration. Ilans la partie inférieurs Bout prosternés saint Augustin et saint Thomas de Villeneuve.

Quelques autres couvents de Grenade, transformés ou supprimés depuis longtemps, possédèrent des

ouvrages de .luan de Sevilla; on sait qu'il lit pour les chapelles des Carmélites el des Augustin» une suite

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assez nombreuse de sujets sacrés, entre autres le Saint Augustin avec la Vierge et l'Enfant Jési/s, qui se trouve aujourd'hui au musée de Grenade, et que le collège des Jésuites avait de lui une Cène; mais, dès l'époque où Cean Bermudez écrivait, tous ces divers morceaux étaient déjà dispersés.

En dehors de Grenade, les biographes de Juan de Sevilla ne signalent qu'un bien petit nombre d'autres travaux. Cean Bermudez et Ponz citent cependant encore l'une de ses principales toiles : elle est placée à l'entrée de la sacristie de l'église magistrale de Alcala de Henarès, et représente le Martyre des saints enfants Juste et Pastor, patrons de la ville. Cette peinture, signée en toutes lettres : Sevilla pinxit, est, au témoignage de Ponz, d'une grande beauté d'expression et d'une couleur aussi franche qu'énergique.

A quelques tableaux près, c'est là tout l'œuvre de ce peintre, ou du moins tout ce qui s'en est conservé en Espagne. Juan de Sevilla, par son exécution consciencieuse, s'était interdit la fécondité, et d'ailleurs ce n'est

([lie dans un âge relativement avancé qu'il commença à être réputé un maître : en 1666, à trente-neuf ans, il était encore élève de Moya,

Juan de Sevilla mourut à Grenade le 23 août 1695. Il avait soixante-huit ans. Sa perte l'ut un deuil pour sa ville natale, qui voyait s'éteindre en lui un de ses plus chers artistes.

Particularité bizarre, Juan de Sevilla n'eut point d'élèxes cl se refusa toujours à en former. Il avait épousé Teresa de Rueda, qui était d'une grande beauté, et ce serait à son ombrageuse jalousie qu'il faudrait, d'après ses biographes, attribuer la cause de cette singulière et regrettable abstention.

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Nous avons désigné, dans le courant de cette notice, les principaux ouvrages de Juan de Sevilla encore conservés aujourd'hui dans les églises, chapelles et couvents de Grenade. Pour celles de ses toiles qui ont été dispersées ou détruites, on pourra consulter les biographies de l'alomino et de Cean Bermudez.

Les plus riches musées de l'Espagne ne renferment point d'oeuvre de Juan de Sevilla. et, à l'exception du musée de

Grenade qui possède le Smni Augustin gravé dans celle notice, et de la galerie Aguado, sur le catalogue de laquelle figuraient deux compositions peu importantes : La Vierge de* liais et une Tête de Vierge, nous ne pourrions citer aucun autre ouvrage de ce maître dans les collections publiques ou particulières.

Vente Aguado. I8W. — La Vierge îles Unis . 200 fr. — Tète île Vierge : 220 fr.

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PARIS. — IMPRIMERIE POITEVIN. RUE haMII III.. - ET 4.

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