‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 4)Chapitre 53 sur 83 · ESTEBAN MURILLO · texte numérisé non relu

ESTEBAN MURILLO

qui' procèdent tous les peintres de Séville dont nous aurons à écrire l'histoire. C'est lui qui. fonda une académie publique de dessin dans sa ville natale et obtint à grand' peine le concoure des ttrofoatoor» Barrera , Yaldès, Marte. Il la présidait et y venait enseigner aux élèves l'étude du modèle vivant. Après l'avoir |>osé lui-même, il en expliquait l'attitude, les proportions, l'anatomie.

Les qualités vraiment extraordinaires de Murillo sont la fécondité, la souplesse et une incomparable facilité à tout peindre. Quand on se promenait dans les salles de notre musée espagnol, on était surpris de la merveilleuse flexibilité d'un tel coloriste. Tantôt il est grave et contenu, comme dans le portrait en pied du froid inquisiteur Don Andréas de Andrade ; tantôt il rencontre à son insu les effets de Rembrandt et sa pâte dorée, par exemple, dans la superbe esquisse du Saint Thomas de Villanueva, dont nous offrons la gravure à nos lecteurs. Quelquefois le pinceau d'Esteban est fondu jusqu'à la mollesse; le plus souvent il est chaud et vaporeux, l'eutètre est-il dangereux de copier Murillo : on risquerait de tomber dans la rondeur et le défaut d'accent ; on contracterait une banalité d'exécution dont l'original se sauve par le charme et l'éclat du coloris. Mais s'il ne faut point imiter Murillo, on peut l'admirer sans crainte et sans réserve sous mille aspects différents et surtout dans les sujets gracieux , comme cette Vierge à la ceinture où l'on voit des anges exécuter une musique céleste pour distraire l'enfant Jésus, qui , ravi de leurs accords, tourne vers eux ses grands yeux noirs remplis de pensées, (iénie suave, tout ce qu'a touché Murillo se tourne en douceur, s'éclaire d'une clarté sereine et pénétrante. La religion dans ses tableaux n'a plus rien d'effrayant; elle parait remplie de grâce; elle est indulgente et n'ouvre jamais à l'imagination des fidèles que les rayonnantes contrées du paradis. Hibera n'en avait vu que les mystères sombres, le côté menaçant et sinistre; Murillo n'en a montré que le côté tendre, aimable et radieux.

CHARLES ffLANC.

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Esteban Murillo a laissé un grand nombre de toiles qui, avant les guerres de l'Empire, se trouvaient presque toutes dans les églises et les couvents de l'Espagne, à Madrid, à Séville, à Cadix, à Grenade, à Cordoue, etc.

Nous allons dresser le catalogue abrégé de l'œuvre de ce piaître, en ne nous arrêtant que sur les compositions dignes de fixer l'attention des amateurs.

Commençons par la patrie de l'artiste :

Le Mi'seo de Pintura del Rey a Madrid, si riche en tableaux de toutes les écoles, quoique de création récente, renferme quarante-sept tableaux de Murillo. Nous citerons seulement les principaux :

La sainte Famille au petit chien. — L'Adoration des Bergers, ouvrage plein d'énergie dans l'exécution et de poésie dans la pensée. — Jésus au mouton. — Jésus et saint Jean. — Le Martyre de saint André. — Deux Annonciations ; — et enfin les Extases de saint Bernard, saint Augustin, saint François et saint Ildefonse, qui sont des prodiges de l'art.

Le Musée national de la même ville est moins riche que le Museo del Rey; mais il renferme quelques remarquâmes compositions du peintre de Séville : un saint Ferdinand, une Extase de saint François, etc.

L'Académie de Madrid est la mieux partagée, non pour le nombre, mais pour la qualité des tableaux de Murillo. On y voit : Une Résurrection resplendissante de lumière.

L'académie renferme un tableau de Murillo plus étonnant encore, c'est sain te Elisabethde Hongrie saignant les Lépreux.

Séville possède dans sa cathédrale — Moïse frappant le rocher, — la Multiplication des pains dans le désert — et /' Extase de saint Antoine de Padoue, la plus grande toile qu'ait peinte Murillo.

Moke dc Louvre. Dans la Galerie espagnole, propriété

particulière du feu ror, il y ava t trente-huit tableaux de Murillo; parmi lesquels il faut citer la Vierge à la ceinture. — Saint Augustin àHippone, — Saint Bonaventure écrivant ses mémoires après sa mort, — Saint Diego d'Alcala, — le Portrait du Peintre.

En 1 8+8, tous ces tableaux furent retirés du Louvre, qui ne posséda plus que sept tableaux de Murillo : la Vierge au chapelet, — le Mystère de la conception de la Vierge, — la sainte. Famille, — saint Augustin en méditation, — le jeune Mendiant et deux tableaux peints sur marbre, Jésus sur la montagne des oliviers — et le Christ à la colonne. A ces sept tableaux dont quelques-uns, la sainte Famille, estimé 60,000 francs en 1816, et le Jeune Mendiant, estimé 30,000 francs à l'a même époque, sont fort célèbres, le Gouvernement vient d'ajouter la Conception de la Vierge, le cheFd'œuvre de Murillo. Il a été payé l'énorme somme de 615,300 francs, à la vente de la collection du maréchal Smilt en mai 1852:

La Galerie nationale de Londres possède trois tableaux de Murillo.

Une sainte Famille, ouvrage des dernières années du peintre, cité par Palomino et Cean Bernuidez, etc., désigné quelquefois sous la dénomination de Pedroso Murillo, nom de son ancien propriétaire, le marquis de Pedroso. Ce tableau a été payé 187,500 francs. — Un jeune Paysan espagnol, gravé par J. Rogers. Ce tableau, qui orna la collection du marquis*' Lansdownc, fut offert, en 1826, à la Galerie nationale, par M. Zaehary Esq. Saint Jean et le mouton, gravé par V. Green.

A Ha.mpton-Coirt on voit, dans la Galerie de la reine, un jeune Enfant mangeant des fruits peint par Murillo, dans la grande salle à manger; — te Portrait de Don Carlos fils de Philippe IV;— enfin dans la chambre privée de la reine, un jeune Espagnol.

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Dulwich-College. Cette collection si remarquable et si variée contient douze tableaux de Murillo d'un très-bon choix : citons la jeune Fille aux fleurs, — l'Enfant Jésus avec un mouton, — le bon Berger. — Jacob et Racket.

Le Belvédère a Vienne possède un seul tableau de Murillo, Saint Jean Baptiste caressant un agneau.

La Pinacothèque de Munich est plus riche, elle en compte sept : deux Mendiants, — deux Enfants jouant aux dés, — une jeune Fille comptant de l'argent à un jeune Garçon auquel elle vient d'acheter des fruits , — saint François guérissant un Paralytique . Voilà les meilleurs.

A la Galerie royale de Dresde, deux tableaux de Murillo: la Vierge et l'Enfant Jésus. — Jeune Fille vendant des fruits. Le Musée de l'Ermitage a Saint-Pétersisourg est — après l'Espagne — le plus riche en tableaux de Murillo, il n'en compte pas moins de vingt-cinq à trente. Ne citons que les plus beaux : Sainte Claire mourante, que le peintre exécuta à Madrid à 28 ans et qui devint le premier fondement de sa haute renommée; une petite Adoration des Bergers, esquisse fine et délicate, une Nativité lumineuse comme la nuit du Corrège, une Assomption, une vaste composition représentant ' l' Assassinat, d'un Prêtre devant son prie-Dieu, — le Martyre de saint Pierre de Vérone, — le Songe de Jacob, — le Repos en Egypte, — Saint Pierre aux liens — et Jésus et Saint Jean enfants, ces deux derniers provenant de la vente du maréchal Soult,

Musée royal de Berlin ; un Saint Antoine de Padoue provenant du cabinet que s'était fait en Espagne le général Mathieu Fabvier.

Les collections particulières, si nous exceptons celles qui se trouvent en Angleterre, sont peu pourvues en tableaux de Murillo. Cependant nous connaissons,1 à Paris,' chez M. de Pourtàlès Gorgier, quelques beaux échantillons de ce maître.

Le Triomphe de l'Eucharistie rapporté d'Espagne par le général Mathieu Fabvier. La Vierge et l'Enfant Jésus, provenant de la même source. Saint Joseph portant l'Enfant Jésus dans ses bras et tenant une tige de lis. — Saint Joseph tenant' l'Enfant Jésus d'une main et un rameau de l'autre.

Chez M. Delessert, une sainte Famille, l'esquisse de celle qdi orne la National Gallery do Londres. . A Stafford-House on admire V 'Enfant prodigue, — Abraham et les trois anges, acquis l'un et l'autre au maréchal Soult. On y voit encore une Sainte Famille — et saint François embrassant l'Enfant Jésus.

Dans la collection de Lord Ashburton : Saint Thomas faisant l'aumône. Ce tableau ornait autrefois la cathédrale de Séville; il fut vendu au Lord par le maréchal Sébastiani.

La Vierge dans une gloire, tableau d'une grande délicatesse. 'Dans la célèbre Galerie de Grosvenor, on voit un grand Paysage qui avait orné le palais Saint-Jago, à Madrid.

Chez Sir Thomas Baring à.Strallon, quatre tableaux de Murillo : une Conception, — une Sainte Famille, — un Jeune Faune tirant des sons de sa flûte, — une Jeune fille relevant son voile.

Chez M. Miles à Lcight-Court , le Martyre de saint André — et la Vierge et l'Enfant Jésus. Ce tableau est de la meilleure époque du maître.

Chez le comte de Warwick, à Warwickcastle , Un jeune garçon riant et montrant du doigt un autre garçon.

Chez le duc de Bedfort, à Woburn-Abbcy, Des anges volant dans les airs, grand tableau puissant de couleur.

Donnons maintenant un aperçu des prix réservés aux tableaux de Murillo dans les ventes publiques.

Vente de Julienne, 1767. Le* Noces de Cana, 6,000 francs.

Vente Gaignat, 1768. Jésus endormi, contemplé par la

Vierge et saint Joseph, 17,535 francs. Un jeune Mendiant, celui du, Louvre, 1,544 francs en 1782; il futacheté par le roi, 3,600 francs à la vente de M. Sainte-Foix.

Vente duc de Choiseul, 1772. Jeune Fille tenant de la main droite un panier plein de fruits, et de la gauche, un bout de son voile; le pendant, un jeune Garçon parlant à son chien ; vendus ensemble 4,800 francs.

Vente Blondel de Gagny, 1776. Une jeune Bohémienne assise, vue jusqu'aux genoux, ayant des fleurs dans le fond de son manteau, 12,000 francs.

Vente Prince de Conti, 1777. Le bon Pasteur avec ses Brebis, 1,401 francs. Saint Joseph assis, tenant l'Enfant Jésus entre ses bras, 1,592 fr. Les Noces de Cana, 9-,o60fr. (Dix ans plus tôt, 6,000 francs.) Une Hérodiade, 620 fr.

Vente Randon de Boisset, 1777. La Vierge assise tenant l'Enfant Jésus sur ses genoux, 10,999 francs.

Vente de Praslin, 1793. Saint Jean assis caressant son mouton, 3,320 francs.

Vente Lapériére, 1817. Lamaison deSainl Joseph, 1,000 IV.

Vente Bonnemaison , 1827. L'Adoration des Bergers, 21,500 francs.

Vente chevalier Érard, 1832. La Vierge dans une gloire, 10,000 francs; la Nativité de Jésus, 3,600 francs.

Vente Aguado, 1843. Cinquante-cinq tableaux de Murillo. La Mort de sainte Claire, vingt-huit figures, un des chefsd'œuvre du maître, 19,000 fr. Aujourd'hui il vaudrait trois fois cette sommé. Réception de saint Gillcspar un Pape, 3,100 fr.; ta Madone, 2,790 francs; l'Annonciation, 2,700 francs; la Vierge dans une gloire, vingt-neuf figures, 17,900 francs; .Sainle Juste, figure à mi-corps, 8,025 francs; Enfants revenant du marché, 5,050 francs ;ftune Fille auw Poissons, gravé par Blanchard, 0,900 francs; Portrait de Moine, 1,090 francs. C'étaient là les plus beaux de cette collection.

Venu: cardinal Fesch, 1845. Sainte Famille, 4,268 francs.

Vente Guillaume II, roi de Hollande, 1850 Saint Jeun de 11 croix, 5,717 fr. 50 c; sainte Famille, 10,141 fr. 55 c; l'Assomption de la Vierge, 82,044 francs. Ces deux derniers tableaux furent achetés pour la famille royale dès Pays-Bas.

Vente maréchal Soult, 1852. Quinze tableaux de Murillo, payés ensemble, frais compris, 1,163,245 fr. La Conception de la Vierge, adjugée à la France pour le Louvre, au prix de 615,300 francs; la Naissance delà Vierge, 95,500 fr.; Fuite en Egypte, 54,075 fr.; Jésus et saint Jean enfants, 66,150 fr.; saint Antoine de Padoue et l'Enfant Jésus, 10,710 fr.; saint Pierre aux Liens, 158,550 fr.; Repentir de suint Pierre, 5,775 fr.; Miracle de saint Diego, 89,775 fr.; Scène d'épidémie, 21,000 fr.; l'Ame île saint Philippe s'élerant au Ciel, 15,750 fr.

Vente Louis- Philippe, 1853. La Vierge à la ceinture, 38,750 fr.; la Conception du couvent de Cordoue, 20,000 fr.; même sujet, 6,750 francs; la Madeleine de la cathédrale de Séville, 21,000 fr.; saint Augustin à Ihppone, 17,000 fr.; portrait de Don Andrade , 25,500 fr.; le portrait de l'artiste dans un ovale, 1 0,500 fr.; l'esquisse de Saint Thomas 17,750 fr. Murillo a très-rarement signé ses tableaux. Une sainte Famille porte cependant sa signature, que nous reproduisons plus ba<.

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