‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 4)Chapitre 56 sur 83 · JUAN DE VALDÈS LEAL ^1C · texte numérisé non relu

JUAN DE VALDÈS LEAL ^1C

emparé de la grâce et du charme, à lui Valdès, son rival, trop fier pour imiter personne, il ne restait donc que le violent et l'horrible.

L'œuvre de Valdès est considérable et révèle quelques changements de manière qu'il est intéressant de noter. Ses premiers ouvrages, qu'on voit à Cordoue, sont plus naïfs et plus vigoureux; leur coloris, d'une exécution ferme, serrée et un peu minutieuse, rappelle les débuis de Ycla/quc/ : Valdès peignait alors

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beaucoup d'après le modèle; aussi ces œuvres sont-elles empreintes d'une vivacité et d'un naturel qui ne se retrouvent plus à un égal degré dans ses productions postérieures. Les peintures du maitre-autel de l'église des Carmes, quelques saintes en Buste, un Saint André, et plus particulièrement encore un portrait de 1). Knrique de Alfaro, frère du peintre, tels sont les monuments de cette première époque. Mais c'est à Séville que Valdès a laissé ses plus importants travaux, et il n'est guère, dans la capitale de l'Andalousie, d'église ou de chapelle qui ne renferme quelque tableau de ce maître. Lorsque, après sa conversion, D. Miguel de Manara Vicentello de Leca, le Don Juan des poètes, fonda

t ÉCOLE ESPAGNOLE.

l'hospice de la Charité, c'est à Murillo et à Valdès qu'il en confia la décoration. On sait que Murillo a laissé là ses chefs-d'œuvre, des merveilles de couleur et de clair-obscur. Valdès, qui ne voulait pas être effacé par son harmonieux rival, exécuta ces sombres et terribles peintures dont l'une représente : Deux Cadavres rongés par les vers de la. tombe, et l'autre : la Mort entourée de tous les emblèmes de la vanité humaine.

La cathédrale de Séville possède de Valdès un Christ flagellé par ses bourreaux, composition qui offre des raccourcis d'un dessin savant et un coloris de la plus grande puissance; on y remarque également un Saint Ildefonse recevant la chasuble, gravé par Matias de Àrteaga, élève de Valdès.

En 1671, lors de la célébration des fêtes de la canonisation de saint Ferdinand, Valdès Leal fut chargé, avec le sculpteur Bernard-Simon de Pineda, de diriger l'ensemble des travaux de décoration de la cathédrale. Il dut fournir tous les dessins de ce gigantesque appareil, qui lui valut, comme architecte-décorateur, une réputation au moins égale à celle qu'il avait déjà comme peintre.

Lui-même a pris soin de reproduire à l'eau-forte, pour un ouvrage qui fut édité à Séville cette même année, toutes les magnificences de cette décoration '. Valdès aimait à graver. On a de lui diverses autres pièces et notamment quatre petites eaux-fortes d'après la célèbre Custodia de la cathédrale, chef-d'œuvre de l'orfèvre Juan de Arfe.

En 1672, Valdès voulut revoir Cordoue, et c'est pendant ce secondséjour dans sa ville natale que D. Antonio Palomino y Velasco, le Vasari espagnol, reçut de lui des conseils et des leçons. Quelque temps après, Valdès visita Madrid, mais, dans ce voyage, il n'entreprit rien qui mérite d'être signalé.

A son retour à Séville, au cours de l'année 1673, il fut chargé de peindre pour l'oratoire de l'archevêque Don Ambrosio Spinola une importante série de tableaux de chevalet dont les sujets étaient empruntés à la vie de saint Ambroise.

En 1682, après la mort de Murillo, Valdès Leal demeura, sans conteste, le premier et le meilleur peintre de l'École d'Andalousie. Comme il se voyait surchargé de commandes pour les églises et les communautés religieuses, il dut, dès cette époque, associer à ses travaux son fils Lucas de Valdès.

Pendant l'année 1690, alors que l'artiste s'occupait de diverses compositions destinées à l'église de los Vénérables, il fut atteint de paralysie. Son fils acheva sans doute seul ces compositions, car, dès le 14 octobre 1691, Valdès mourait à l'âge de soixante et un ans.

Juan de Valdès Leal avait formé de nombreux élèves. Les plus brillants furent Matias de Arteaga, peintre el graveur, Antonio Palomino, Ignacio de Léon, Pedro de Uceda, Cristobal de Léon, Clémente de Tories et, enfin, Lucas de Valdès, graveur et peintre comme son père, et qui s'acquit, à Séville, une juste célébrité. Les deux filles de Valdès, Maria et Luisa, se distinguèrent dans la peinture des portraits et dans la miniature.

PAUL LEFOHT.

Fiestas de la Santa Iglesia metropolitana de Sevilla, 1671.

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L'ancienne galerie espagnole du Musée du Louvre possédait dix tableaux de Valdès Leal; aujourd'hui, il n'y est plus représenté.

Cean Bermudez donne une nomenclature très-détaillée des œuvres de Valdès conservées dans les églises, chapelles et couvents de l'Espagne. Voici quelques indications qui compléteront ce catalogue :

Musée de Madrid. — La Présentation de la Vierge au temple. — L'Empereur Constantin adorant la Croix.

Musée de Séville. — Conception entourée d'anges. — Tentation de saint Jérôme. — Apparition de la Vierge à un moine hiéronymite. — Un Saint disant la messe. — Un Saint évcijue hiéronymite. — Jésus crucifié avec saint Jean, la Vierge et sainte Madeleine. — Un Moine. — Les Fiançailles de sainte Catherine. — Saint Jérôme châtié par les anges.

— Assomption. — Saint Antoine abbé. — Saint Antoine de Padoue. — Saint André apôtre. — Sainte Catherine. — Saint Sébastien percé de flèches.

Collection di; duc deMontpensikr, palais de San Telmo. à Séville. — Invention de la Croix, esquisse du tableau de l'hôpital de la Charité.

Vente Aguado. 1843. — Itèsurrection de la Vierge: 345 fr. — Apparition de la Vierge: 400 fr. — Christ en Croix; 265 fr.

Vente Sollt. 1852. — Mariage de la Vierge: 600 -LV.

Vente Lohs-Pmlippe. Londres, 1853. — Discussion de saint Jérôme avec les Rabbins: 40 t. — Discussion de saint Jérôme avec les Docteurs: 28 f. — l:n Dominicain; 8 £ 10.

— Martyre de saint André: 8 £ 10. — Martyre de saint Barthélémy; 8*.

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CLAUDIO COELLO

NÉ A MADRID, Muni EN 169S.

Claudio Coello est le dernier peintre de la grande École espagnole du dix-septième siècle, absolument comme les Carrache sont les derniers maîtres de la grande Renaissance italienne ; très-habile artiste, d'ailleurs, comme tous ceux qui arrivent à la fin d'une période glorieuse, et qui ont profité des imaginations et des pratiques de leurs prédécesseurs. Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu de peintres plus savants que les Carrache dans toutes les parties de leur art : composition, dessin, clair-obscur; une correction irréprochable; l'abondance, l'adresse; savoir faire, tout faire, et bien faire. Ils s'étaient assimilé les Écoles romaine , florentine . vénitienne, parmesane. Éclectiques prodigieux , qui prétendaient résumer Raphaël , Michel-Ange, Corrége, Titien et tous leurs devanciers. Le goût public s'y trompa longtemps. Je connais en Angleterre un petit Annibal Carrache, les Trois Maries, payé plus de 100,000 francs à la vente de l'ancienne galerie d'Orléans. Cet aveugle fanatisme pour les Bolonais » duré presque jusqu'à nos jours. A présent, fini. A/lright!

De même, en Espagne, pour Claudio Coello : « Malgré ses défauts, dit Cean Bermudez, \cs professeurs et les connaisseurs (intelioentes) l'estimaient comme un de nos meilleurs naturalistes, disant que, à l'exemple d' Annibal Carrache résumant en Italie les bonnes maximes de ses antécesseurs, Coello, en Espagne, avait réuni le dessin d'Alonso Cano au coloris de Murillo et à V effet de Velazquez, et qu'il fut le peintre ultime de l'Espagne à l'époque où cet ai l

se précipitait vers sa ruine.» Et Bermudez ajoute : « Coello sentait bien cette décadence de l'art espagnol, lorsque don Cristobal Ontaiion lui disant, à l'arrivée de Luca Giordano : — Ce Jordan (les Espagnols l'appellent ainsi) vient vous apprendre à gagner beaucoup d'argent. — Oui, répondit Coello, et aussi à nous affranchir de beaucoup de scrupules et à nous faire pardonner bien des vices ! »

Hélas! ce fut la venue de cet Italien Fa presto qui fit mourir de chagrin le pauvre Coello. Ces interventions de l'étranger — dans l'art d'un pays — ne sont jamais heureuses. A partir de l'invasion triomphante de Giordano en Espagne, le génie national fut enterré et l'on n'en vit plus jamais aucune résurrection, si ce n'est par les feux follets de Goya, enflammant l'atmosphère artiste au-dessus de la tombe de Velazquez.

Claudio Coello est né à Madrid, on ne sait en quelle année. Mettons, par approximation, vers 1630, car il fut élève de Francisco Rizi, né en 1608; il fut élève — et ami — de Juan Carrefio, né en 1614; il fut collaborateur de Ximenes Donoso, né vers 1628; il fut le maître de Sébastian Mufloz, né en 1654. Reste aux archivistes de Madrid à trouver dans les papiers un document relatif à cette date de naissance. . Faustino Coello, père de Claudio, était né en Portugal. Pour que son fils pût l'aider dans sa profession de ciseleur, il lui fit apprendre le dessin. Francisco Rizi, fils d'un Bolonais et élève du Florentin Yicente Carducho, lui parut le meilleur maître possible, et le jeune Claudio entra dans l'atelier de Rizi. On vit tout de suite qu'il avait de grandes dispositions pour la peinture, et bientôt il surpassa tous ses condisciples. Sans quitter l'atelier de Rizi, il fait déjà des peintures monumentales pour le monastère de San Placido, pour l'église de San Andres, pour l'église de Santa Cruz, avec tant de succès, que son maître voulut s'en déclarer l'auteur, afin que le jeune artiste en tirât une plus forte rétribution.

Pour se perfectionner dans le coloris, Coello travailla ensuite chez Carreno, qui, en sa qualité de peintre du roi, lui ouvrit les palais et lui donna facilité de copier les tableaux de Titien et de Rubens, des Vénitiens et des Flamands. C'est sans doute chez Carreno qu'il connut Ximenes Donoso, revenant de Rome ', où il avait passé sept ans et d'où il rapportait un goût pernicieux. Comme il avait surtout étudié en Italie l'architecture et la perspective, et qu'il n'avait guère pratiqué que la fresque, Donoso cherchait aussi à se familiariser avec le maniement de la peinture à l'huile auprès de l'habile coloriste Carreno.

Coello et Donoso ne tardèrent pas à s'associer pour d'immenses fresques dans les églises et les monuments publics : au presbytère de l'église de Santa Cruz, à la cathédrale de Tolède, à la chartreuse del Paular. a l'église San Isidro el Real, depuis Collège impérial des Jésuites, aux églises de la Trinidad et de San Basilio. à l'Alcazar de Madrid, à la Panaderia (boulangerie) de la place Mayor. Ensemble ils firent aussi les dessins et les peintures pour les arcs de triomphe lors de l'entrée à Madrid de Marie-Louise d'Orléans, première femme de Charles IL Le célèbre arc de triomphe du Prado et les sujets décoratifs de la rue du Retire, les Rois d'Espagne offrant des fleurs, des fruits et des bijoux à la nouvelle reine, ont été gravés. Claudio avait encore fourni des esquisses pour d'autres ornementations, par exemple les Travaux d'Hercule, qui furent peints par Francisco de Solis2.

Après avoir exécuté à Saragosse, en 1683, les fresques de la coupole de l'église du Collège des Augustins. Claudio, rentré à Madrid, fut nommé peintre du roi, le 29 mars 1684, succédant à Dionisio Mantuano8, qui venait de mourir. Tous les héritages tombaient sur lui : en 1686, il succédait comme pintor de camara, à Francisco Herrera le jeune ; il succédait à Carreno, dont les titres, les fonctions et les émoluments lui .

Ximenes Donozo n'avait quitté l'Espagne pour l'Italie qu'après la mort de son premier maître, Francisco Férnandez. de Madrid, c'est-à-dire après 1646. Son retour à Madrid et sa liaison avec Claudio Coello doivent donc dater de 1635 à 1660.

1 Né à Madrid, en 1629, élève de son père, Juan de Solis, qui s'était formé à Ségovie, chez Alonso de Herrera, ami de Navarrete el Mudo. Mort en 1684 à Madrid, où il avait ouvert une académie très-fréquentée. Il a écrit des biographies d'arlisles espagnols, et il a gravé divers portraits pour cet ouvrage, qui n'a jamais été publié. « Peu de professeurs, dit Cean Bermudez avec un enthousiasme exagéré, ont contribué autant que Solis au progrès et à l'éclat de la peinture. »

3 Peintre et architecte, né à Bologne en 1624. Appelé à Madrid en 1656, pour les décorations diithéâtre de Buen Retiro. il y mourut en 1684. Il a travaillé parfois avec Francisco Rizi, avec Carreno, avec Vicente de Benavides. élève de Rizi.

CLAUDIO COELLO. 8

tarent attribues, sans compter des pensions et des faveurs exceptionnelles ; il succédait aussi à son maître Francisco Hizi, dont il dut terminer un important travail à l'Escorta).

Ce fut pour Coello « l'occasion de produire une peinture qui doit désormais CiOlmOHI et honorer son nom. Pour en comprendre le sujet, continue M. Louis Viardot, d'après une longue notice de Gâta Berntndes, il faut savoir que, depuis 1592, on conservait à l'Escortai une hostie {forma) provenant de je ne sais quelle église de Hollande (la cathédrale de Qgurcttmia (?), dit Ceen Bennadex), oè, disait-on, les

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