C. COELLO. PINX
S.UMK FAMILLE. SAINTE ANNK. SAINT JEAN ET SAINT LOUIS. (Musée de Madrid.)
disciples fanatiques de Zwingle l'avaient profanée par un indigne sacrilège. Charles 11 imagina, en 168». doter cette hostie d'un reliquaire où elle gisait cachée, pour la mettre en évidence sur l'autel de la sacristie. C'est ainsi qu'il voulut remercier le Ciel de la délivrance de Vienne menacée par les années ottomanes. Mais le retable de cet autel n'était pas assez riche pour une telle destination; le roi chargée Itizi d'en élever un nouveau, tout en bronze et en marbre, et de peindre le tableau qui devait servir de vofle à l'ostensoir. Hizi lit exécuter le retable, mais il mourut, ne laissant du tableau qu'un dessin. Coello reçut du roi la mission de l'achever. N'approuvant pas le point de vue qu'avait adopté Hizi, Coello dut changer toute l'ordonnance de la composition. Sur une toile d'environ six mètres de hauteur et seulement Irois de largeur, il avait à représenter la procession royale qui porta l'hostie à sa nouvelle place, en
i ÉCOLE ESPAGNOLE.
choisissant l'instant où le prêtre donne la bénédiction aux assistants agenouillés. Il fallait une grande adresse pour ajuster un tel sujet aux proportions de la toile et pour éviter la monotonie des attitudes. Ces difficultés furent vaincues par Coello avec un extrême bonheur, et les portraits du roi, du prieur, du premier ministre, duc de Medina-Cœli, et d'une cinquantaine d'autres personnages se trouvèrent merveilleusement encadrés dans cette vaste scène, surmontée d'une dévote allégorie. Ce tableau, qu'on appelle elCuadro de la Forma, coûta à Coello plus de trois années d'un travail assidu. »
De l'Escorial, cependant, Coello avait été rappelé un moment à Madrid pour donner les esquisses de décorations à faire dans la galerie del Cierzo et dans le palais ancien, peinture et architecture. Il choisit pour sujet la fable de Psyché et Cupidon, et, avec l'agrément du roi, il s'adjoignit Palomino, qui exécuta les fresques de la galerie.
El Cuadro de la Forma eut un succès prodigieux. Toute la cour était affolée de Coello, et le pintor de camara fut accaparé de nouveau par les portraits officiels, portraits de la reine mère, Mariana d'Autriche, de la seconde femme du roi Carlos, Mariana de Neuburg, et d'autres grands personnages. Il avait, de plus, à diriger la restauration des tableaux de la galerie royale.
En 1691, Claudio hérite encore du titre de peintre de la cathédrale de Tolède, qui n'avait été conféré à personne depuis la mort de Rizi. Tous les honneurs et tous les bonheurs! La plus haute position dans l'art, <( sans qu'aucun artiste, dit Cean Bermudez, pût lui disputer cette suprématie. » L'année suivante, tout s'écroule, et Coello se sent frappé à mort. Voici l'Italien Fa presto!
Luca Giordano avait été mandé pour de grandes peintures dans l'église de l'Escorial, et il arriva à Madrid au mois de mai 1692. Il avait alors soixante ans! Ah ! le terrible vieillard! il va en faire, des peintures, pendant ses dix années de séjour en Espagne ! Deux cents tableaux pour les monuments publics, et peut-être une centaine d'autres, dispersés dans les collections particulières !
Coello, qui fut pourtant un des plus hardis praticiens et un des producteurs les plus féconds de toute l'École espagnole, Coello était vaincu. N'était-ce pas aussi une insulte à son talent, un affront que lui faisait le débile Carlos? Il peut y avoir de la fierté dans la jalousie. Il y avait sans doute aussi du patriotisme — et de cruels pressentiments — dans la jalousie de Coello. Eh bien! que le règne de l'étranger tue l'art national! Claudio abandonna son pinceau et se laissa mourir : 20 avril 1693. Il fut enterré dans l'église de San Andres.
Il est sûr que Coello fut un peintre richement doué, savant dessinateur, franc coloriste, et passionné pour son art. « S'il eût vécu dans le bon temps de Philippe II, dit Bermudez, il eût été un de nos meilleurs peintres espagnols. » «Malheureusement, ajoute M. Louis Viardot, à l'époque de Coello, la décadence était partout : le mauvais goût dans les lettres et les arts marchait de pair avec l'avilissement de la monarchie et de la nation. » Le milieu dans lequel s'exerce un homme de génie compte sans doute pour beaucoup dans la gloire que lui attribue la postérité.
Coello a laissé quantité de dessins, et même trois eaux-fortes, un Calvaire, avec la Vierge, saint Augustin et sainte Monique, et les portraits de Carlos II et de la reine mère, Mariana d'Autriche. Ses meilleurs élèves furent Sébastian Munoz et Theodoro Ardemans.
W. BURGEH.
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Cean Bermudez donne, en quatre pages, le Catalogue des œuvres de Coello dans les monuments publics, églises, palais, etc. Comme nous avons déjà noté dans le texte la plupart de ces tableaux de Coello , nous renvoyons simplement les curieux au livre de Bermudez.
Dans les galeries particulières consacrées à l'École espa-
gnole, les Coello ne sont pas rares. 11 y avait des Coello au Musée Espagnol du Louvre, dans les galeries Soult et Aguado, dans la galerie Salamanca, etc. Quelques tableaux de ce maître ont passé dans des ventes récentes, sans grand succès et à des prix minimes. Le Musée de l'Ermitage possède un portrait de Coello peint par lui-même.
PARIS. — IMPRIMERIE POITEVIN, RUE IIAMlETTE, 2 ET 4.
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J^arfacuâf, Jêauéaaed.