‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 4)Chapitre 61 sur 83 · I.A TKAIIISOM DE JUDAS · texte numérisé non relu

I.A TKAIIISOM DE JUDAS

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Goya fut nommé premier peintre du roi le .'il octobre 17!)!). 11 avait alors cinquante-trois an-, et, loin que l'âge eût altéré cette vigoureuse organisation, une transformation \n se produire encore dam -on talent. Étudier la lumière et lé clair-obscur, comme Hembrandt les a compris, en rendre à sa manière toutes les manifestations, tel est le problème que Goya poursuivra désormais.

Lu Trahison dé Judas, de la cathédrale de Tolède, œuvre magistrale où le clair-obscur est porte à sa dernière puissance, et la Communion de saint Joseph Cahnanx, des Escuefas pias, à Madrid, sont, avec

Il» ÉCOLE ESPAGNOLE.

quelques-unes des peintures très-librement traitées dont il décora les murs de sa quinta, les éclatants témoignages de cette dernière évolution d'un génie fait surtout de volonté. « A Tolède, dit M. Théophile « Gautier, dans une des salles capitulaires, nous avons vu un tableau de Goya représentant Jésus livré « par Judas, effet de nuit que n'eût pas désavoué Rembrandt, à qui je l'eusse attribué d'abord, si un « chanoine ne m'eût fait voir la signature du peintre émérite de Charles IV. »

Cette même recherche des larges effets rembranesques se retrouve, poussée au plus haut degré de parti pris, dans ses plus belles eaux-fortes; les Prisonniers, le Colosse, les Paysages fantastiques el quelques-unes des planches de la Tauromachie et des Malheurs de la Guerre attestent évidemment une longue étude des chefs-d'œuvre gravés du grand maître hollandais.

Nous touchons à l'époque tourmentée qui s'étend de 1800 à 1814; On sait quelles intrigues de palais amenèrent l'abdication de Charles IV, par quel enchaînement de circonstances Napoléon envahit l'Espagne, plaça son frère sur le trône des Bourbons, et à la suite de quelles luttes sanglantes Joseph en fut renversé.

Retiré dans sa quinta, et tout entier adonné à ses travaux artistiques, Goya ne prit aucune part active aux événements qui bouleversaient sa patrie. Était-il, comme on l'a prétendu, un afrancesado, un partisan de l'invasion française? De ce qu'il s'était efforcé de propager en Espagne les idées de justice et d'affranchissement qui avaient donné à la France le code politique de 89, en peut-on logiquement conclure que ses sympathies étaient acquises à une guerre si injustement entreprise?

Les Malheurs de la Guerre, ces lamentables commentaires où se déroulent les exécutions militaires, les \engeances féroces, les incendies, les pillages, la disette, enfin toutes les horreurs de cette funeste invasion, témoignent hautement contre cette prétendue défaillance de patriotisme de Goya. Mais au-dessus de ce patriotisme d'ailleurs si légitime, et qui ne saurait être méconnu, un sentiment plus généreux, plus élevé, et bien profondément humain se dégage encore de ces pages sinistres. Ce que hait surtout Goya, c'est la guerre, c'est l'iniquité, c'est l'arbitraire, etc'est, par-dessus tout, la tyrannie et les ambitions qui les ordonnent. Rien de plus éloquent que cette vengeresse protestation n'a été formulé contre l'esprit de complète et les luttes barbares de peuple à peuple.

Vers 1814, à l'époque du retour de Ferdinand VII, Goya ajouta aux Malheurs de la Guerre dix-sept nouvelles planches, les plus hardies entre toutes, et les plus étranges. Elles sont Comme le testament politique et philosophique de l'artiste, un dernier et suprême combat qu'il livre pour tout ce qu'il a aimé, contre tout ce qu'il a haï. Quelles colères contre l'intrigue, l'obscurantisme et le mensonge qui étouffent le progrès et compriment la pensée humaine! Quels déchaînements contre les fourbes qui s'acharnent a détruire la liberté et la justice!

Tour à tour, ces étonnantes créations éclatent en désespoirs navrants ou en délirants enthousiasmes : ici, l'hypocrisie a vaincu et elle a réussi, dans ses souterraines manœuvres, à confisquer le cher bien des peuples! — Contra el bien gênerai! — Plus loin, la Vérité agonise — « Muriù la oerdadv — déchirée par une tourbe furieuse; mais elle ressuscitera ! — Si rcsusitarà! — Et tout à coup Goya nous la montre se relevant triomphante du milieu de ses persécuteurs atterrés. Enfin, pour conclusion à cette œuvre, où s'agite tout un monde d'idées, de théories et d'aspirations libérales et généreuses, Goya improvise cette prophétique et consolante vision: la Liberté, majestueuse, sereine, indiquant d'un geste irrésistible à l'humanité, em vieil homme, courbé, harassé, flétri par ses abrutissantes misères, la radieuse aurore qui se lève, symbole d'une ère à venir où régneront la fécondité, l'amour, le bonheur et la paix. Et, pour légende à ce rêve, Goya écrivit : Ceci est la vérité!

Le règne de Ferdinand VII s'inaugura par une réaction d'une extrême violence. Quiconque était soupçonné d'avoir pris part ou seulement d'avoir applaudi à l'œuvre régénératrice desCortès de Cadix se vo\ ail exilé, déporté ou jeté en prison. La gloire de l'artiste protégea le vieux libéral. Ferdinand, tout en signifiant à Goya qu'il avait mérité « l'exil, et plus que l'exil, le garrot, » oublia le passé. Mais, soit que cette protection, qui fait honneur à Ferdinand, fût insuffisante à détourner de Goya les tracasseries et les rancunes

FRANCISCO JOSE GOYA Y LUC1ENTES (1746). Il

îles fanatiques, soit que le vide que les persécutions politiques avaient fait dans le cercle de ses amitié» lui rendit le séjour de Madrid insupportable, Goya demanda un congé et \int M Krance. Après une courte apparition à Paris, il alla se livra Bordeaux, au milieu d'uni' véritable colonie de proscrits. Goya ne pouvait mater inactif. Il peignit donc encore. Des sujets de genre, de curieuses miniatures sur ivoire et les portrait»

LE JEl'NE HOMME EX GRIS

PORTRAIT DU PETIT-FILS DE UOÏA. (Coll. de M. le marqui» il'luii.)

de Moratin, de I). Juan Magtrirej de M. l'iode Molina et de M. J. Galos, datent de celle époque. Iians le même temps, Goya voulut reprendre les essais de lithographie qu'il avait déjà tentés à Madrid, quelque» années auparavant. Les quatre grandes pièces représentant des Courses de Tauremi.r. et qui >ont de» chefs-d'ieuvre de couleur et de mouvement; ont été exécutées en 1825. Goya allait avoir quatre-vingts an»! En 1827, Goya dut refaire le voyage de Madrid pour solliciter une prolongation de son congé. Ferdinand l'accorda, en y mettant pour condition, qu' avant de quitter de nouveau l'Espagne, Goya 8e laisserait peindre par I). Vicenle Lopez. alors pintor de commit, C'est ce portrait qui ligure aujourd'hui au Mutée de Madrid.

La même année, Goya revint à Bordeaux. Il y reprit ses chères habitudes. Quoique ses mains tremblassent et qu'il ne vît qu'à l'aide de la loupe, il dessinait et ébauchait sans cesse. Mais ses forces s'en allaient. Lui-même sentit approcher sa fin. Il fit mander son fils Xavier, demeuré à Madrid, et quelques jours après, le 15 avril 1828, il s'éteignit dans les bras de ses amis. Il était âgé de quatre-vingt deux ans et quinze jours.

« Dans la tombe de Goya, dit M. Th. Gautier, est enterré l'ancien art espagnol, le monde à jamais « disparu des toreros, des majos, des manolas , des contrebandiers, des voleurs, des alguazils et des « sorcières, toute la couleur locale de la Péninsule. Il est venu à temps pour recueillir et fixer tout cela, s II a cru ne faire que des caprices, il a fait le portrait et l'histoire de la vieille Espagne, tout en croyant « servir les idées et les croyances nouvelles. »

Goya n'a eu qu'un élève : Asensio .Iulia; il aida le maître dans ses fresques de San Antonio de la Florida. Sorti de la direction de Goya et livré à lui-même, .Iulia n'a plus de valeur. Il a peint des portraits, des toiles de genre et des batailles. i>. lefout.

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Le nombre des productions de Goya est trop considérable pour que nous puissions en donner une nomenclature complète. Nous nous bornerons donc à citer ses principales compositions ou les plus dignes d'être connues des amateurs, en renvoyant, pour le surplus de l'œuvre, au catalogue détaillé et plein d'intéressantes recherches dont M. Ch. Yriarte a fait suivre son étude sur Goya.

sujets religieux. — fresques.

Coupole de Notre-Dame del Pilar, a Saragosse. — 1m Vierge triomphante.

Coupole de Saint - Antoine de la Florida. — Saint Antoine de Padoue ressuscitant un mort.

sujets religieux. — toiles.

Madrid. Église de Saint-Antoine abbé. — La Communion de saint Joseph de Calasanz.

San Francisco el Grande. — Saint François préchant.

Cathédrale de Tolède. — La Trahison de Judas.

Cathédrale de Séville. — Sainte Juste et sainte Bufme.

Cathédrale de Valence. — Saint François de Borja fait ses adieux à sa famille. — Le Saint adjurant un moribond.

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