‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 4)Chapitre 66 sur 83 · PEDRO CAMPANA · texte numérisé non relu

PEDRO CAMPANA

Quoiqu'il soit étranger à l'Espagne, puisqu'il naquit à Bruxelles, en 1503, el maese Pedro Campana, ou maître Pierre de Champagne, et encore, selon quelques biographes, Pieter Van de Velde, a exercé sur l'Ecole de Séville une influence trop profonde et surtout trop durable pour que sa vie ne trouve pas place dans ces notices.

Campana débuta par peindre selon le style gothique allemand et dans la manière d'Albert Durer; puis il passa en Italie , travailla en 1 530 à Bologne aux décorations d'un arc de triomphe élevé à l'occasion du couronnement de Charles-Quint, visita Rome, où, impressionné parles ouvrages de Michel-Ange et de Raphaël, il abandonna ses premiers errements pour adopter le style de l'Ecole florentine.

On suppose que Campana vint se fixer à Séville vers l'année 1547. Un de ses plus beaux ouvrages , la célèbre Descente de croix de l'église de Santa Cruz, au pied de, laquelle Murillo voulut être enterré, est, en effet, datée de 1548, et ce ne fut probablement pas son premier ouvrage.

Ses principales productions, après la Descente de croix, sont : la Purification de la Vierge et une Résurrection placées dans la cathédrale de Séville; quinze compositions empruntées à la vie de sainte Anne qui forment le maître-autel de la paroisse de Triana; les figures de grandeur naturelle de Saint Paul ermite el de saint Antoine abbé, dans l'église de San Isidoro; Saint Sébastien, Saint Jérôme et le Christ à la colonne, dans l'église de San Pedro; un autre Christ à la colonne, grand comme nature, «sec Saint Pierre, Sainte Monique et une autre, ligure qui paraît être un portrait, dans l'église de Sainte-Catherine; enfin, le Christ en croix, la Vierge et saint Jean, à San Juan de la Palma.

Dans ces divers ouvrages, peints pour la plupart sur bois, Campana mêle au grand style qu'il a emprunté à l'Italie des traces de sa primitive manière allemande : cette sorte d'accent natal imprime même à sa peinture un curieux caractère d'originalité. Mais si les compositions de Campana reflètent parfois dans leurs agencements les traditions de l'Ecole florentine , son coloris intense et rempli d'éclat révèle toujours son

origine flamande. Du reste, c'est surtout comme coloriste que Campana a exercé sur l'École de Sévilieune véritable et puissante influence ; tous les maîtres indigènes appartenant au seizième siècle se sont, en effet, efforcés de s'en approprier la vigueur et l'éclat.

Parvenu à un âge très-avancé, el maese Pedro retourna dans sa patrie et mourut à Bruxelles en 1580. Son portrait fut placé, par ordre des échevins, dans l'une des salles de l'Hôtel-de-Ville.

Un autre peintre, aussi d'origine flamande, Francisco Frutet, vint habiter Séville dans le même temps que Campana. Frutet s'était assimilé le style de l'École romaine; un très-beau triptyque, qu'on voit dans la chapelle de l'hôpital des Saints-Côme-et-Damien à Séville, peut être regardé comme son meilleur ouvrage. Le panneau centra] représente le Christ crucifié accompagné de la Vierge, de saint Jean et de la Madeleine; sur le volet intérieur de droite est peint le Portement de croix, dont quelques figures sont empruntées au célèbre tableau de Raphaël, le Spasimo di Sicilia, et d'autres à XIncendio del Borgo; l'autre volet représente la Descente de croix.

Le Musée de Séville possède de cet artiste une Descente de croix avec saint Bernard agenouillé, et Jésus crucifié entre les deux larrons. La manière de Frutet diffère notablement de celle de Campana : quoique Frutet ait conservé le coloris flamand, son dessin plus rond, ses draperies drapées plus savamment et dans le goût de l'École raphaélesque, ne permettent aucune confusion entre les deux maîtres. On ignore si Frutet quitta Séville ou s'il y mourut, comme le croit Palomino, qui désigne cet artiste sous le nom de Francisco Flores.

Les Musées de Séville et de Madrid ne possèdent aucun ouvrage de maître Campana : quelques rares spécimens figurent toutefois dans les collections particulières de Séville ; en voici la nomenclature :

Séville. — Collection Àrasabla , Portement de croix, l'Ascension.

Collection Lopez Cepero, Saint Côme, Saint Damien, Saint Lcandrc, Saint Hermenegilde.

Le Catalogue de la galerie Aguado mentionnait deux tableaux importants de Campana : une Descente de croix, avec sept figures, et la Vierge soutenant le Christ mort. Le premier a atteint le prix de 1 ,905 francs lors de la vente de cette galerie.

PEDRO DE VILLEGAS MARMOLEJO

Pedro de Villegas Marmolejo, qui fut lié d'une étroite amitié avec le savant Arias Montano, naquit à Séville, en 1520. Comme son illustre compatriote Luis de Vargas, il dut apprendre son art en Italie, car ses compositions sont remplies de réminiscences raphaélesques et reflètent les plus pures traditions de l'École romaine.

Pacheco, qui n'aimait ni Arias Montano, ni les artistes qu'il a loués, écrit dans son Arte de la Pintura que « Montano n'entendait rien à la peinture, et qu'en prodiguant des éloges à Villegas, il cherchait à rehausser « le mérite d'un peintre de qui, pas plus mort que vivant, on n'avait jamais entendu parler. » Pacheco fait preuve en ceci d'une partialité ou d'une ignorance également choquantes ; chaque jour il pouvait voir dans la cathédrale même de Séville d'excellentes peintures de Villegas, et principalement celles qui décorent le retable de la chapelle de la Visitation; si elles n'étaient signées Petrus Villegas pictor faciebat, ces peintures pourraient être aisément confondues avec les plus belles productions de Pedro Campana.

Le panneau principal de ce retable représente la Visitation; les figures, de grandeur naturelle, sont d'un excellent dessin, les types d'une grande noblesse, les attitudes simples et empreintes d'une majesté tranquille. De chaque côté de ce panneau, l'artiste a peint Saint Sébastien et Saint Roch, traités aussi de grandeur naturelle. Dans la partie supérieure de l'autel, un gracieux Enfant-Dieu apparaît au milieu d'un cortège de séraphins ; la predella renferme des portraits, sans doute ceux des donataires ; ils semblent doués de la vie sous leur coloris harmonieux et doux.

Villegas est encore l'auteur du Saint Lazare, vêtu d'habits pontificaux, qui décore l'autel de l'hôpital des

Lazaristes, hors des murs de Se ville, d'une Annonciation placée dans l'égUse paroissiale de San Lorenze cl datée «le 1593, et d'une Vierge avec l'Enfant, qui orne un des autels de la Bel eentralfl dans cette même église. Ceal au-dessous de ce tableau que fut enterré Villegas. Une épHaphe queMontano a dédiée à la mémoire de son ami signale la tombe de l'artiste.

Villegas mourut à Séville. en 1597. à l'âge de snixanle-div-sept ans.

Il n'existe peint de peintures de VlUegas dans les Musées d'Espagne. On s'oxpliquo cette lacune par l'étroite analogie qui rapproche les productions de col artiste de celles de plusieurs de ses contemporains, plus connus ou plus vantés, et a\ec lesquelles on les aura sans doule confondues. L'ancienne Galerie espagnole, au Musée du Louvre, renfermait cependant trois tableaux de Villegas Marmolejo; ils ont atteint les prix suivants lors de la vente do cette galerie, à

Londres, en i8:>:s : la Nativité, i s; Saint Français recevant les stigmates, i 12; Saint Sébastien, t 16,10.

Un tableau attribué à Villegas el faisant partie de la collection Slandish, a atteint le prix de *32; il représentait la Vierge, l'enfant Jettu avec saint Joaehim et le petit saint

Jean. Un autre tableau, désigné connue de I école <le ce même maître, le Mariage mystique ie sainte Catherine, a été

acquis à celle vente pour la somme de ï 10.10.

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