‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 4)Chapitre 67 sur 83 · BLAS DEL PRADO · texte numérisé non relu

BLAS DEL PRADO

Né à Tolède, dans la première moitié du seizième siècle, Rlas del Prado est très-probablement élève de Francisco de Comontès, peintre du chapitre de Tolède, depuis 15É7 jusqu'en 1565, date de sa mort. Comontès est l'auteur des portraits du cardinal Tavera et de l'archevêque Siliceo, qui font partie de la série des poitrails des prélats, dans la salle capitulaire d'hiver.

En 1590, Blas del Prado obtenait lui-même la charge de peintre en second du chapitre de Tolède, à l'époque où Luis de Velasco était premier peintre en titre. Vers l'année 1593, Blas del Prado fut envoyé par Philippe II au sultan de Fez, qui avait fait demander au roi un habile artiste pour peindre quelques ouvrages. Rlas reçut au Maroc le meilleur accueil; il y peignit divers portraits et notamment celui de la fille du sultan. Après un séjour assez prolongé à Fez, le peintre, riche des présents du monarque africain, revint à Madrid. Il avait, disent ses biographes, adopté le costume et les usages moresques, singularité qu'ils ne manquent pas de relever.

Dans la notice qu'il consacre à cet artiste , Palomino lui attribue le tableau de la Vierge et l'Enfant avec saint Antoine, saint Blas et un chevalier armé, ainsi que deux autres figures de saints qui décorent le cloître de Tolède. De son côté, Pons lui donne le tableau de V Incarnation, placé dans le même cloître, au-dessus de la porte de l'église. Mais, après les recherches entreprises par Cean Bermudez dans les archives de la cathédrale, il faut restituer ces ouvrages à Luis de Velasco. Luis les exécuta en 1584, sur l'ordre du cardinal Quiroga. C'est encore à Blas del Prado que Palomino attribue les sargas de la chapelle del Obispo, à Madrid, peintes en 1548 par Juan de Villoldo.

Les ouvrages vraiment authentiques de del Prado se réduisent, d'après Cean, aux tableaux qu'il peignit en 1591, avec Luis de Carvajal, pour le maître-autel du couvent des Minimes, à Tolède; au Saint Mas, velu d'habits pontificaux et entouré d'autres saints, dans la chapelle de Saint-Blas, à la cathédrale, et à une Sainte Famihe, qui se voyait au couvent de Guadalupe. Il peignit encore une Descente de croix pour la paroisse de San Pedro, de Madrid; la Vierge arec l'enfant Jésus et saint Jean, chez les religieuses de San Pascual, et une Sainte Catherine, à mi-corps, pour la chapelle des Carmes déchaussés.

Le Musée royal de Madrid possède de l'artiste un ouvrage capital; le sujet est de ceux (pie les Espagnols appellent mystique : assise sur un trône éle\é , près duquel se tient saint Joseph , la Vierge, portant son (ils sur ses genoux, accueille les prières d'Alfonso de Villegas, auteur du /-Vas' Sanctorttm, qu'accompagnent saint Jean l'Kvangéliste et saint Ildefonse.

Comme composition, ce tableau est d'une simplicité pleine de grandeur et singulièrement harmonieuse: le coloris, qui rappelle l'Ecole florentine, n'a rien de cette sécheresse qu'on trouve chez presque tous les contemporains de Blas; il y a même dans cet ouvrage telles heureuses parties qui feraient penser que Prado a étudié d'après Fra Bartolommeo.

Un autre excellent ouvrage de Blas del Prado figurait dans l'ancienne Galerie espagnole, au Musée du Louvre ; il représentait la Vierge et l'enfant Jésus apparaissant à saint François. Ce tableau , d'une grande beauté de composition et d'un dessin superbe , péchait par un coloris froid et recherché ; mais l'ensemble eh était plein de naïveté et de charme tranquille.

Selon Pacheco , Blas aurait excellé dans la peinture des tableaux de fruits.

On ignore dans quelle ville et à quelle date mourut cet artiste. D'après Jusepe Martinez, qui parle de Blas dans ses Discursos practicables del nobilissimo arte de la Pintura, le peintre serait retourné une seconde fois au Maroc et il y serait mort.

Mxske de Madrid. — Sujet mystique. i Le tableau de la Vierge et l'Enfant apparaissant à saint

Galerie de l'IIermitage, à Saint-Pétersbourg. — Jésus François, de l'ancienne Galerie du Louvre, a atteint, à Lon-

bënissant. — Madone en prière. \ dres, en 1853, le prix de î 136.

PEDRO ORRENTE

Pedro Oriente, un des rares artistes espagnols qui, indépendamment de la peinture sacrée, aient traité avec quelque préférence le paysage et les animaux , naquit à Monte Alegre , royaume de Murcie , vers l'année 1570. Amené très-jeune à Tolède, à l'époque même où Dominico Theotocopuli créait son école, Orrente dut partager avec Luis Tristan et Juan Bautista Mayno les leçons du fantasque maître.

Un document extrait des archives de la cathédrale nous apprend qu'en 1611, Mayno ayant reçu du chapitre la commande d'un tableau de Saint Ildefonse recevant la chasuble des mains de la Vierge, qu'il se trouva dans l'impossibilité d'exécuter, ce fut Orrente qu'on en chargea. Comme ce premier ouvrage de l'artiste présente d'étroites analogies de style et de coloris avec les productions de Tristan et de Mayno, on peut conclure de cette similitude de manière entre ces trois artistes que le Greco a été, ainsi qu'on le suppose, leur commun initiateur. Le faire résolu d'Orrente, sa touche vigoureuse et grassement posée, son coloris chaud et profond prouvent encore que le Greco sut maintenir ses élèves dans les plus correctes traditions de l'École vénitienne, alors qu'il se laissait égarer lui-même à la poursuite des fantaisies les plus bizarres et les plus désordonnées.

En quittant Tolède, Orrente alla entreprendre à Murcie une série importante de compositions religieuses : Cean Bermudez cite comme appartenant à cette suite huit tableaux de la plus remarquable exécution, dont les sujets étaient tirés de la Genèse; ces tableaux faisaient partie du majorât des vicomtes de Iluertas.

Vers 1616, Orrente se rendit à Valence ; il peignit pour la cathédrale le Saint Sébastien, grand comme nature, qui décore encore l'autel placé sous l'invocation de ce saint. C'est une œuvre magistrale et puissante et à coup sûr une des meilleures de l'artiste.

A Valence, Orrente forma d'excellents élèves : Pablo Pontons èt;Estcban March sont demeurés célèbres. Dès cette époque, les amateurs et les riches communautés commencèrent à se disputer ses tableaux de genre, de paysage et d'animaux, rappelant la manière des Bassan, mais où l'artiste ne laisse pas que d'imprimer un cachet d'originalité personnelle et de vérité locale. Orrente produisit un nombre considérable de ces cabahas où, comme chez les Bassan, les sujets qu'il emprunte de la Genèse l'aident à mettre en scène, avec beaucoup de verve et d'esprit, toutes les variétés d'animaux; l'estime dans laquelle on tenait

ces toiles, très-vigoureusement traitées, était telle que, près d'un siècle après Oriente, un peinlre Yalcucicii, Apolinario Larraga, trouvait encore profit à les copier servilement.

Oriente alla ensuite habiter Cuença; il y forma un nouveau disciple, Cristobal darda Salmeron, qui s'appliqua à imiter ses peintures de genre. A Cuença, Oriente fit un tableau de la Nativité du Christ pour la chapelle de l'hôpital.

Malgré ses nombreuses et fréquentes pérégrinations, le succès de l'artiste allait grandissant; la cour y ajouta encore en appelant Oriente, qui vint alors peindre pour le palais de Buen Retira diverses compositions appartenant aujourd'hui au Musée royal.

Poursuivi par son humeur nomade, l'artiste passa de Madrid à Séville, où il laissa bon nombre de paysages et de ses sujets habituels, genre et animaux, puis il revint en Castille et de là à Tolède, où il mourut en 1644. On l'enterra dans l'église de Sa» Dartolomé, non loin de son maître, le Greco.

Madrid. — Misée Royal. — L'Adoration des Bergers. — Le Calcaire. — Un Berger ramenant son troupeau à l'étable. — Des Bergers, une vache et des poules. — Jésus apparaissant à la Madeleine. — Paysage. — I.a Famille d'Abraham.

Madrid. — Académie de San Fernando. — Un Troupeau de moutons. — Les Hébreux i/ui/tiint l'Egypte.

Madrid. — Ancienne collection Madrazo (palais Salamanca). — Construction de l'Arche. — Les Animaux entrant dans l'arche. — Paysage. — Le Déluge. — La Chaste Suzanne.

Valence. — Musée provincial. — Saint Jérôme. — Un Ange apparaissant à saint François. — Martyre de saint Jean. — Décollation de saint Jean-Baptiste. — Saint Dominique ressuscitant un mort.

Séville. — Palais San Tei.mo. — Portrait de l'artiste

— Divers sujets, genre et animaux.

Mi séë de Dresde. — Jacob enlevant la pierre du puits.

Galerie de l'Hermitage. — Le Christ assis.

Aix-la-Chapelle. — Collection Suermondt. — .Saint Jean-Baptiste.

Angleterre. — Collection Bankes. — Moïse. — David.

Collection Hoskins. — Saint Jean dans un paysage.

Vente Locis-Philippe. — Londres, 1853. — Un Frannscain en prière : £ 3. — Portrait d'Orrente : £ 19. — Les Xoces de Cana : î 34. — Jésus au jardin des Oliviers :l 1310.

— Le Calvaire : t 3 10. — Un Évangéliste : t 7,5 — Saint Jean : î 5. — Jacob enlevant la pierre du puits .Dresde) £ 30.

Vente Agiado. — Une Tête d'homme d'une très-belle expression : 34 fr.

EUGENIO CAXÈS OU CAJESI

Fils et élève du peintre Patricio Caxès ou Cajesi, d'Arezzo, qui vint en Espagne, appelé par Philippe II, décora de fresques l'Alcazar de Madrid et le Pardo, traça les dessins du maître-autel de San Felipe el Real, et fit imprimer en langue castillane une excellente traduction du livre de Vignole sur les cinq ordres d'architecture, Eugenio Caxès était né à Madrid en l'année 1577. Comme Vicente Carducho, comme les deux frères Rizzi, Eugenio appartient à cette génération d'artistes italiens, née ou élevée en Espagne et dont le talent, italien par l'exécution, cesse bientôt d'être en complète harmonie avec l'idéalisme de ses maîtres pour s'empreindre du caractère de la patrie adoptive ; très-habiles praticiens, grands dessinateurs et rompus de bonne heure à toutes les difficultés de la composition, ils enseignent à leurs rivaux indigènes l'aisance dans le maniement de la brosse et leur communiquent quelque chose de leur admirable facilité italienne à bien ordonner les plus vastes machines; l'Espagne, en retour, leur donne sa piété Dàlvé, Ôa gravité austère, et les préserve de l'afféterie et du maniérisme, en les cônquéranl à son robuste amour du réel et du vrai.

Eugenio Caxès travailla d'abord avec son père aux décorations du palais du Pardo : il peignit à fresque, dans la salle des audiences royales, le Jugement de Salomon, oeuvre magistrale et qui valut au jeune artiste d'être promptement nommé peintre du roi. En effet, le 13 août 1012, Philippe 111 l'honorait de ce titre, auquel était attaché un salaire annuel de cinquante mille maravédis.

Caves eut alors à exécuter divers ouvrages pour des églises et des couvents de Madrid : au COUVenl de la Merced, il peignit le tableau du niaitre-autel; aux Franciscains, un JubUé et un Suint François; pour

l'église paroissiale de Santa Cruz, X Annonciation et la Descente du Saint-Esprit sur les apôtres. En 1615, il aidait Vieente Carduelio dans l'exécution des fresques de la chapelle de la Vierge à la cathédrale de Tolède; eu 1018, ces deux artistes, liés d'une étroite amitié, terminaient encore en commun une magnifique commande que leur avait faite le couvent de Guadalupe : Caxès avait peint, pour sa part, une suite de compositions tirées de la Vie de la Vierge et une Cène.

Philippe IV, voulant immortaliser le souvenir de redit par lequel Philippe III, son père, avait achevé d'expulser d'Espagne les derniers Mores, ordonna à Vieente Carducho, à Eugenio Caxès, à Angelo Nardi et à Velazquez de peindre une triomphante allégorie destinée à retracer cet acte. Mayno et Crescenzi furent élus juges de ce concours, dont Velazquez sortit vainqueur.

Vers 1630, Caxès était chargé de peindre dans une des salles de l'Alcazar de Madrid X Histoire d1 Agamemnon , vaste et superbe décoration qui fut évaluée, en 1631, par Pedro Nufiez, à la somme considérable de onze mille réaux.

Jusqu'en 1642, date de sa mort, Eugenio Caxès ne cessa de concourir à l'embellissement des palais et des édifices religieux de la capitale. Il fit pour San Antonio de los Portugueses son grand tableau de Sainte Isabelle de Portugal; pour San Bernardo : Saint Joachim, sainte Anne et la Vierge enfant, un de ses meilleurs ouvrages, et pour le palais de Buen Retiro, une grande composition représentant la Tentative de débarquement des Anglais à Cadix, en 1625, peinture remarquable par la coneetion du dessin, la vigueur du coloris, l'expression, le mouvement et l'excellent effet général. Cette belle toile figure aujourd'hui sous le n° 151 au Musée royal de Madrid.

Le Musée duFomento possède de Caxès une Adoration des Mages, appartenant au couvent de la Trinité, et un sujet de Saint lldefonse recevant la chasuble des mains de la Vierge, vigoureuse peinture, traitée en ébauche et qui porte la signature : Eugenius Caxesi.

Eugenio Caxès, dont le style a beaucoup de ressemblance avec celui de Vieente Carducho, mourut à Madrid à l'âge de soixante-cinq ans; il avait formé de très-bons élèves, et parmi les plus marquants : Luis Fernandez, Juan de Arnau et le licencié Pedro de Valpuesta.

Madrid. — Musée royal. — Débarquement des Anglais à Cadix, en 1625.

Madrid. — Musée national, — Adoration des Mages. — Saint lldefonse.

Madrid. — ACADEMIE de San Fernando. — Mort de saint François.

Madrid. — Collection Madrazo (Salamanca). — Assomp-

tion de la Vierge. — Mariage de saint Joachim et de sainte Anne.

Madrid. — Le catalogue de l'ancienne galerie espagnole, au Musée du Louvre, mentionne un Saint lldefonse. évoque de Tolède : il a atteint à Londres (1853), lors de la vente de cette galerie, le prix de £ 7 10. — Vente Aguado (1843), Adoration des Mages : 260 l'r.

ESTEBAN MARGII

Né à Valence, dans les dernières années du seizième siècle, Esteban Mardi, que son origine classe dans l'École valeneie.iiu, se rattache cependant par ses études à l'École de Tolède et aux Vénitiens, puisqu'il est élève d'Orrente, disciple lui-même du Greco. Le talent de Mardi est au surplus un composé d'éléments très-divers : s'il rappelle Orrente et les Vénitiens, il se rapproche encore plus étroitement de Ribera, que Mardi s'est visiblement proposé d'imiter. Coloriste énergique et naturaliste vigoureux, il recherche, à la suite de ce maître, les puissantes oppositions de lumière et d'ombre et en reproduit avec préférence les types pittoresques : ses têtes de vieillards, chauves, barbues, aux traits sauvages; ses mendiants enguenillés, ses ascètes au corps décrépit; mais, moins bien doué et surtout moins habile que son illustre modèle, il exagère l'effet, dépasse toute mesure et tombe dans l'affectation de l'horrible et du laid. Au demeurant, Mardi est très-inégal : quoique ses compositions religieuses ne manquent ni d'originalité ni

d'éclat, ses ébauches, ses tablerai de chevalet, comme le Campement et le Passage de la mer Itouge. du Musée de Madrid, plaisent davantage parla légèreté et le laisser aller de l'exécution.

A en croire Paloinino, Mardi aurait été quelque peu lunatique et cerveau brûlé : voulait-il peindre une bataille, son genre l'avori? il battait le tambour, sonnait la charge, et, se saisissant d'une épée, s'escrimait d'estoc et de taille contre les murs de son atelier : c'est ainsi qu'il s'échauffait l'imagination. Avec cela, Mardi n'est cependant point parvenu à donner à ses batailles tout l'entrain désirable : sa fougue reste à la surface. Cet artiste présente en effet ce singulier contraste d'une touche vive, hardie, emportée même, alors son dessin est lourd et sans animation.

Mitrch eut pour élèves sou (ils Miguel, qui alla se perfectionner en Italie et mourut à Valence en 1 G 7 0 , puis Senen Vila et Juan Conchillos Falco, tous trois peintres estimables.

Parmi les plus importantes compositions religieuses de l'artiste, Cean Bermudez cite une Cène dans l'église de San Juan del Mercado, à Valence, et deux épisodes de la vie de saint François de Paule, au couvent des Minimes. 11 peignit pour le palais du Ruen Retiro quelques pages d'histoire sacrée, des paysages, des batailles et un grand tableau, les Noces de Cerna.

Madrid. — Musée royal. — Vieille Femme tenant un tambour de basijue. — Campement. — Vieillard buvant. — Vieille Femme tenant une bouteille. — Saint Jérôme (en buste). — Passage de la mer Rouge. — Portrait de J.-li. Mazo.

Académie de San Fernando. — Saint Isidro laboureur. — Saint l'aul apôtre. — Les Douze Apôtres.

Valence. — Misée provincial. — Diverses batailles. —

Reddition d'une place forte. — Triomphe de David. — Tète de saint Jérôme.

Valence. — Vente de l'ancienne Galerie espagnole du Louvre (Londres 1853). — Passage de la mer Rouge. S 6 10.

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