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JUAN DE TOLEDO

Juan de Toledo, el capitan, a peint des escarmouches, des marines, des combats sur terre et sur mer, où brillent l'entrain et la fantaisie, et dont les qualités les plus saillantes résident dans l'éclat et la vivacité de l'exécution : il a abordé également, non sans succès, la grande peinture religieuse.

Né à Lorca, en 1611, Juan de Toledo apprit de son père Miguel les premiers éléments de son art,

puis il s'engagea comme soldat. Les hasards de la guerre le conduisirent en Italie, où sa bravoure le fit

promptement arriver au grade de capitaine.

En Italie, Juan se lia d'une étroite amitié avec Michel-Ange Cerquozzi, le Michel-Ange des batailles, et cette liaison l'amena à abandonner la carrière des armes pour reprendre la palette. Cerquozzi compléta l'éducation artistique de son élève, qui s'efforça de s'assimiler les brillants dehors de son professeur.

De retour en Espagne, Juan de Toledo s'établit à Grenade, où il peignit un grand nombre de tableaux de chevalet représentant des marches de soldats, des marines, des batailles, et quelques sujets religieux pour le couvent de San Francisco. De Grenade il alla à Murcie, où il eut occasion d'exécuter pour une confrérie Y Ascension de la Vierge, réputée un magnifique ouvrage. Il composa encore et fit l'esquisse d'une grande toile : la Bataille de Lépante, pour la chapelle du Rosaire, au couvent de Sanlo Domingo ; cette toile fut terminée par le peintre Mateo Gilarte, son ami.

Le talent de Toledo et la vogue dont jouissaient ses petits ouvrages, ses batailles principalement, grandissaient : l'artiste résolut de venir chercher à la cour la consécration de sa réputation. Juan arriva à Madrid et y obtint de légitimes succès : on lui confia de grands travaux. Au couvent des religieuses de don Juan de Alarcon, il eut à faire toute la décoration du maître-autel, où il peignit pour sujet principal la Conception dans une gloire d'anges; au collège de San Tomas, il décora de fresques la voûte de la chapelle et y figura Saint Thomas d'Aquin présentant ses œuvres au Christ crucifié; enfin, il exécutait pour l'église des Trinitaires de Alcala de Hénarès, le tableau du maître-autel, rappelant la Fondation de. Tordre de la Trinité.

Juan de Toledo mourut à Madrid en 1685 : on ne lui connaît pas d'élèves.

Le Musée royal de Madrid possède de ce maître trois tableaux de chevalet qui représentent un Combat sur mer entre Turcs et Espagnols, un Abordage et un Débarquement de Mores repoussé par des Espagnols. Ces compositions brillent surtout par leur entrain : la touche en est spirituelle, très-montée et très-petillante, le ton général lumineux et d'une grande fraîcheur.

Madrid. — Mitskf. royal. — Combat, naval entre Turcs et Espagnols. — Débarquement de Mores sur une plage espagnole. —

Combat naval.

JUAN DE ARELLANO

Juan de Arellano s'est acquis dans l'École espagnole, comme peintre de fleurs, une légitime célébrité ; ses l.ouquets, ses guirlandes, ses fruits, ses oiseaux, ont toujours été estimés dans sa patrie à l'égal des plus belles productions des maîtres étrangers qui ont cultivé ce genre.

Né à Santorcaz en 1614, Arellano, après quelques années passées auprès d'un barbouilleur établi à Alcalà, entra comme élève dans l'atelier de Juan de Solis; mais, soit que Solis ne s'occupât guère de son disciple, ou soit que le disciple n'eût en réalité aucune disposition pour la grande peinture, Arellano était arrivé à l'âge de trente-six ans sans savoir dessiner correctement une figure. Honteux de son ignorance et obligé d'ailleurs de pourvoir aux besoins de sa famille, l'artiste prit résolument le parti de changer de genre. Abandonnant ses études primitives, il s'appliqua dès lors à copier des fleurs d'après des originaux de Mario Nuzzi, le Mario di fiori.

Comme tous ses compatriotes, Arellano avait l'instinct du vrai, du réel et ce grand goût de naturalisme qui se retrouve à un degré plus ou moins éminent chez tous les peintres espagnols : dès qu'il se sentit en possession des connaissances les plus indispensables à la pratique de son art, il renonça aux copies, aux imitations serviles, et ne peignit plus que d'après nature. Arellano avait enfin trouvé sa voie.

Dès lors l'artiste connut le succès; ses/loreros, ses ramilletes furent avidement recherchés. Il eut une vogue telle, qu'aujourd'hui encore les Musées de Madrid, les palais, l'Académie, les galeries particulières, et jusqu'aux églises et aux sacristies sont peuplés d'ouvrages d'Arellano, qui, parait-il, tenait boutique ouverte de ses peintures en face de l'église de San Felipe el Real.

Le talent d'Arellano mérite les éloges que ses biographes lui ont prodigués : ses vases de fleurs, ses guirlandes, composés avec beaucoup d'art, sont peints avec ampleur, et sa touche spirituelle, hardie, fait admirablement vibrer les tons éclatants d'un coloris chaud, savamment nuancé et toujours d'une grande fraîcheur. L'artiste rend encore très-bien les accessoires qu'il fait entrer dans ses charmantes compositions, des coupes, des vases de Chine, des oiseaux, lui fournissent d'heureux motifs qu'il reproduit avec la plus scrupuleuse vérité.

Arellano mourut à Madrid en 1676 : il avait formé un élève remarquable, Bartolomé Perez, son gendre. Indépendamment de tableaux de fleurs, Perez est l'auteur de très-belles compositions religieuses : il a souvent peint, au milieu des guirlandes d'Arellano, quelque sujet de dévotion.

Madrid. — Musée royal. — Cinq tableaux de fleurs. — Vases. — Bouquets, etc.

Madrid. — Musée national. — Deux tableaux. — Fleurs, fruits, oiseaux.

Académie dk San Fernando. — Plusieurs tableaux de fleurs.

Collection Madrazo (palais Salamanca). — Oiseaux et fleurs (signé). — Cinq autres tableaux.

Vente Standish (Londres, 1853). — Fleurs : £7 7. —

Fleurs: £8 10. —Vente L de Madrid (1861). —

Cuirlandes de fleurs entourant un médaillon (2 tableaux' : 820 fr.

JUSEPE LEONARDO

Avec Carreno de Miranda et Antonio de Pereda, ses condisciples dans l'atelier de Pedro de las Cuevas, Josef ou Jusepe Leonardo est un des peintres les plus sympathiques de l'École madrilène.

Profondément impressionné par les ouvrages de Velazquez, Leonardo s'efforça, dès ses débuts, de s'en assimiler, par une étude attentive, les magistrales qualités : il chercha à reproduire son dessin vivant, sa composition si naturellement aisée, son coloris fait d'inspirations si hardies, si franchement vrai. Comme son illustre modèle, Leonardo osa peindre ses sujets en pleine lumière, sans repoussoirs, sans artifices d'aucune espèce, avec le ciel et l'horizon sans fin pour fond. Mais, quoique sa couleur soit pleine d'éclat et que sa touche soit ferme et sûre, Leonardo manque de chaleur et d'harmonie ; il n'a pas non plus cette habileté à soutenir ou rompre ses tons que Velazquez possède à un degré inimitable. Comme coloriste, Leonardo est donc resté praticien timide et hésitant là où son maître d'élection révèle le mieux toute la puissance de son génie : du reste, sa vie d'artiste fut trop brusquement interrompue pour que son talent ait pu atteindre sa complète maturité : c'est à grand'peine si Leonardo, dans sa courte carrière, eut le temps de peindre quatre ou cinq ouvrages importants.

Palomino fait naître Josef ou Jusepe — car les biographes le désignent indifféremment sous l'une ou l'autre de ces deux formes d'un même prénom — à Madrid, vers l'année 1616, tandis que Jusepe Martinez, qui semble avoir mieux connu l'artiste, ledit originaire de Calatayud.

Dès l'apparition de ses premiers tableaux, Leonardo obtint le titre de peintre du roi : il était à la fleur de l'âge et donnait les plus brillantes espérances, lorsqu'il perdit la raison. Un breuvage qu'un haineux rival lui fit prendre aurait été la cause d'égarements momentanés qui, rapidement, dégénérèrent en accès furieux. Leonardo alla mourir à Saragosse en 1656 : il avait à peine quarante ans.

Ses deux principaux ouvrages lui furent commandés pour le palais du Buen Betiro : ils appartiennent aujourd'hui au Musée royal; l'un figure des Troupes en marche, conduites par le duc de Feria, l'autre la Reddition de Breda, sujet traité par Velazquez dans le chef-d'œuvre connu sous le nom de Tableau des fjme.es. Quoique dans ces deux vastes toiles, Leonardo soit demeuré inférieur à Velazquez de toute la

distance qui sépare un talent à peine formé et hésitant encore dans l'emploi de ses moyens, du génie du plus grand des coloristes, il faut cependant reconnaître que l'artiste y fait preuve de qualités remarquables : son dessin est correct, ses têtes sont vivantes et expressives, et sa composition présente de l'animation; mais sa couleur, éclatante et claire, est aigre et dissonante : évidemment la pratique, l'habileté de la main et la science du rapport des tons manquaient encore à Leonardo.

En dehors de ces deux tableaux, Leonardo n'a guère peint que quelques rares compositions religieuses. Le Musée du Fomento a de lui une Naissance de la Vierge, peinture d'un coloris blond et plein de fraîcheur, une Décollation de saint Jean-Baptiste et le Serpent d'airain; ce dernier tableau est douteux.

L'ancienne galerie espagnole du Louvre possédait un Saint Jean précurseur, avec la signature : Josephus Leonardus depingebat.

10,000 réaux, 1864). — Décollation de saint Jean. — Le Serpent d'airain (attribué).

Vente Louis-Philippe (Londres, 1853). — Saint Jean précurseur : 24 £ .

Madrid. — Musée royal.

Jleddition de lireda.

Musée national. — Naissance de la

Marche de troupes. — Vierge (acheté

IGNACIO IRIARTE

Ignacio Iriarte, de qui Murillo disait « qu'il faisait trop bien le paysage pour ne pas le peindre d'inspiration divine », était originaire de la province de Guipuzcoa. Né en 1620, à Azcoitia, il vint à Séville, sachant déjà quelques principes de son art, et entra dans l'atelier du farouche Herrera el Viejo. Herrera lit d'Iriarte un coloriste.

Se jugeant lui-même inhabile à composer de grandes pages d'histoire religieuse et à dessiner la figure, Iriarte se renferma dans un genre où il ne compta bientôt d'autre rival que Murillo : il peignit le paysage, mais le paysage comme le comprenaient les peintres espagnols du dix-septième siècle, c'est-à-dire sans naïveté et en dehors de la vérité réelle.

Dans les toiles d'Iriarte le sentiment sincère de la nature est donc absent ou du moins trop complètement subordonné à l'effet. Si ses ciels, ses arbres, ses terrains, pris en détail, peuvent paraître plus ou moins scrupuleusement rendus, de l'agencement de ces diverses parties il ne résulte jamais un ensemble simplement vrai : artificiellement conçue la création de l'artiste n'est plus qu'une composition conventionnelle, théâtrale et purement décorative. Le talent d'Iriarte est bien moins, en effet, d'un paysagiste que d'un habile décorateur.

Ce genre admis, il faut reconnaître qu'Iriarte a su y apporter une véritable fécondité d'invention, de la facilité, de la verve même, et surtout une grande supériorité d'exécution. Son coloris harmonieux, transparent et chaud, rappelle de très-près celui de Murillo, qu'Iriarte semble avoir pris plus particulièrement pour modèle. Tous ses biographes ont encore vanté, non sans exagération, la délicatesse de ses feuillages, la profondeur de ses sites et la vaporeuse légèreté de ses ciels.

Murillo a souvent animé de quelque scène empruntée à l'histoire sacrée les paysages d'Iriate, qui ne se hasardait pas volontiers à y peindre lui-même des personnages.

Iriarte contribua efficacement à créer l'Académie de dessin que les peintres établirent à Séville en 1660; nommé premier secrétaire à la fondation de cette Académie, il conserva ces fonctions jusqu'en 1669. Il mourut à Séville en 1685.

Madrid. — Musée royal. — Paysage avec des chasseurs. — Paysage montueux. — Paysage avec une tour.

Madrid. — Collection madrazo (Palais Salamanca). — Paysage : le Matin.

Séville . — Collection Léaniz. — Divers Paysages. — Collection Cepero. — Six Paysages.

Angleterre. — Collection Hoskins. — Un Paysage.

Saint-Pétersbourg. — Hermitage. — Paysage avec une ruine.

Vente de l'ancienne Galerie espagnole du Musée du Louvre (Londres, 1853). — Paysage, échelle de Jacob : f 6 10. — Fleurs et Fruits : * 10 10. — Vente Standish (1853). — Fruits : i 1 5.

APPKNDICE.

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