DOMENICO GIOVANNI-BATTISTA
nUiS— ITiO. 1071—1730.
C'est un honneur pour l'école génoise d'avoir compté un grand nombre de familles qui se vouèrent à l'art pendant plusieurs générations. Quand un pareil culte se transmet ainsi des pères aux enfants, cela prouve tout au moins qu'il est pratiqué par eux avec amour. Après les Semini, les Gambiaso, les Gastiglione, les Corte, les Gastello, les Borzone, les Ferrari, les Garlone, les Piola, voici venir les Parodi.'Le chef de cette famille d'artistes, Giacomo-Filippo Parodi, s'adonna avec succès à la sculpture, dont il avait étudié les principes à l'école du célèbre Bernini; il travailla à Venise, à Padoue, à Gênes, à Savone, et mourut en 1702, à l'âge de soixanis-douze ans. Domenico Parodi, l'ami intime de Filippo, dit Ratti, et vraisemblablement son parent, était aussi un sculpteur de mérite, témoin son Christ baptisé par saint Jean, de l'église Notre- Dame des Vignes ; il épousa une fille du peintre Domenico Piola et en eut un fils, auquel il enseigna son art, mais qui ne sortit pas de l'obscurité.
De Filippo naquirent deux fils, Domenico et Giovanni-Batlista, qui acquirent de la réputation. Domenico, que nous appellerons le jeune, pour le distinguer du gendre de Piola, cultiva à la fois, comme les maîtres des grands siècles, la peinture, la sculpture et l'architecture, mais ce fut surtout comme peintre qu'il se distingua. Après avoir fait d'excellentes études littéraires, il accompagna son père à Venise, y prit des leçons
de Sebastiano Bombclli et lit de si rapides progrès qu'étant fort jeune encore il fut chargé dans cette ville de peindre une Sainte Cécile pour l'église Saint-Gassien. Il se rendit ensuite à Rome, où il se perfectionna sous la direction de Garlc Maratte, et où il fut jugé digne d'exécuter deux tableaux, V Arche cV alliance portée en triomphe et les Vendeurs chassés du temple, pour Santa-Maria in Valicella. Revenu à Gènes, il fut accablé de commandes pour les églises et pour les palais. Une de ses œuvres les plus importantes est la décoration de la grande salle du palais Negrone : « Quelques professeurs, ditLanzi, sont d'avis qu'il n'y a rien d'aussi bien peint dans Gènes tout entière, et il est certain que Mengs s'arrêta, pendant plusieurs heures, pour admirer ces peintures. La correction du dessin, la vigueur et l'agrément des teintes, un art de colorier sur les murs que beaucoup ont cherché à imiter et que nul n'a jamais pu saisir, rendent ce travail tout à fait digne d'être observé. D'ailleurs, la poésie de l'invention, jointe à la belle distribution des groupes et des figures, ne contribue pas peu à en augmenter le mérite. Tous les sujets de cet ouvrage se rapportent à l'illustration de la famille Negrone, dont les armoiries ont pour supports la Prudence, la Continence et d'autres Vertus figurées avec leurs emblèmes. On y voit aussi des fables, telles qu'Hercule vainqueur du lion de Némée et Achille instruit par Chiron, ce qui fait allusion à la gloire dont cette famille brilla dans les armes et dans les lettres. Enfin, il s'y trouve aussi des portraits, et chaque partie est si bien liée aux autres et offre une si grande variété, une si grande richesse de costumes, de draperies et d'ornements de toute espèce, que, si d'autres familles peuvent se vanter d'avoir été mieux chantées par un poète, il serait difficile d'en rencontrer qui eussent été mieux célébrées par un peintre. » Il est certain que Domenico Parodi a déployé dans cette Glorification de la famille Negrone, comme dans la plupart de ses autres ouvrages, un luxe d'érudition et des raffinements d'imagination tout à fait extraordinaires; mais quand les peintres ont tant d'esprit, ils ne vivent pas. Parodi, si admiré des lettrés du xviii" siècle, nous paraît fort maussade avec son fatras symbolique; sa peinture n'a d'ailleurs pour nous attirer ni l'éclatante harmonie de celle des Carlone, ni les grâces de celle des Piola, ni les pétillements de celle de Valerio GastcUo.
Son frère cadet Giovanni-Batlista, élève comme lui de BombelU et de l'école de Rome, fut chargé dans cette dernière ville de peindre la voûte de l'église S. Pietro in Vincoli, dont le cardinal génois Marcello Durazzo était alors titulaire : il y représenta la Guérison d'un possédé par le contact des chaînes de saint Pierre. A Gênes, il décora la voûte de l'église S. Domenico. Il accomplit une grande partie de sa carrière en Lombardie et mourut à Milan, où il exécuta, ainsi qu'à Bergame, un assez grand nombre d'ouvrages.
Pellegro Parodi, fils de Domenico, s'établit à Lisbonne, où il devint portraitiste de la cour.
œUVRE DE DOMENICO.
Gênes. — Église Saint-Philippe de Néri : Saint François de Sales (tableau à l'huile), la Foi (fresque), VAmour divin et la Mansuétude (statues). — Église Saint-Benoît : Saint Félix de Valois et saint Jean de Matha. — Église Saint-Sauveur : une Madone. — Palais- Royal : la Destruction des empires d'Assyrie, de Perse, de Grèce et de Rome, et diverses scènes mythologiques et allégoriques, peintures de la grande galerie. — Palais Brignole-Sale : la Jeunesse entre le Vice et la Vertu, le Sommeil et le Jugement de Paris (plafonds). — Palais Gavolti : Narcisse (tableau). — Palais de l'Université : divers tableaux.
Rome. — Nous avons reproduit, d'après Filippo Titi {Descrizione délie pitture... es;)os<e in Roma, 1773), les litres des deux tableaux exécutés par Domenico pour S. Maria
in Valicella. Suivant Ratti, le sujet de la composition biblique serait David pleurant la mort d'Osias. Musée des Offices. — Le portrait de l'artiste.
oeuvre du gio.-dattista.
Gènes. — Église de la Madeleine : Saint Nicolas aux pieds du Christ et de la Vierge,
Bergame. — Église Saint-Alexandre: Saint Charles donnant la communion aux pestiférés. — Église Saint-Bernardin ; Sainte Tlt^èseen extase. — Palais Romilli iV Histoire d' Enée, fresques. — Ces diverses peintures et d'autres encore que Gio.-Battista exécuta à Bergame, ont été attribuées par erreur à Domenico par A. Pasta {le Pitture notahili di Dergamo, 1775).
Marius GHA.UMELIN.
Paris. — Imprimerie Julls Le Li.fc.im tr t.'", rue Cassette, 29.
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