ANDREA VACCARO
Andréa Vaccaro sentit naître sa vocation en voyant peindre Corenzio. Son père, toutefois, ne voulut pas qu'il prît des leçons de ce peintre, trop connu pour l'audace et la violence de son caractère ; il le mit à l'école de Girolamo Imparato. Mais le véritable maître ou, pour mieux dire, le véritable modèle qu'Andréa suivit dans ses premiers travaux, ce fut le Caravage. Il fit, d'après lui, des copies et des pastiches si réussis qu'ils ont plus d'une fois trompé des connaisseurs. S'étant lié ensuite d'une étroite amitié avec le chevalier Massimo, il se laissa gagner par son enthousiasme pour le Guide et se mit, à son exemple, à imiter ce maître. Il y réussit particulièrement dans deux tableaux qu'il peignit pour l'église de laSanità et qui représentent,run le Mariage de sainte Catherine d'' Alexandrie, l'autre la Vision de sainte Catherine de Sienne. Dominici signale encore comme une œuvre merveilleuse {quadro maraviglioso), exécutée tout à fait dans la manière du Guide, une Sainte Famille, appartenant à l'église Santa-Maria dcgli Angioli.
Après la mort de Stanzioni, Vaccaro occupa le premier rang dans l'école napolitaine. En 1666, la congre-
galion des peintres, qui venait de se former dans la maison professe des jésuites le choisit pour directeur, et lui donna pour assesseurs Francesco di Maria, élève etimitateurduDominiquin,el Luca Giordano, (|ui n'avait alors que trente-quatre ans, mais qui était déjà célèbre. Ce dernier n'avait pas craint, cinq à six ans auparavant, d'entrer en lutte avec Andréa pour obtenir du vice-roi la commande d'un tableau destiné à l'église Santa-Maria del Piànto et qui devait représenter la Vierge, saint Janvier el les autres saints prolecteurs de Naplcs implorant auprès du Christ la fin de la peste de 1656. Le Cortonc, appelé à donner son avis sur les esquisses faites par les deux artistes, se prononça en faveur de celle d'Andréa, bien que Luca fiU son élève.
Lanzi a caractérisé Vaccaro par un mot dont il n'a peut-être pas calculé la portée cruelle; il l'a appelé • un génie né pour l'imitation » .
Naples. — Aux tableaux mentionnés ci-dessus, il faut ajouter : la Vierge couronnée par ta Trinité et quatre saints, dans l'église Santa-Maria délie Grazie; un Crucifiement peint pour la confrérie du Rosaire; Saint Luc peignant la Vî'eri/e, exécuté pour la chapelle de la congrégation des peintres, au Gesù-Nuovo.
Musée des Studj : la Madeleine; Saint François d'Assise ; le Massacre des Innocents ; la Sainte Famille.
FLOnENCB. — Au palais Rinuccini : le Crucifiement.
Musée de Madrid. — Isaac et Rebecca; Lolh enivré par ses filles; la. Madeleine dans le désert; quatre tableaux
relatifs à Saint Gaétan; Sainte Agathv; Cléopdtrese donnant la mort; la Glorification de saint Janvier ; Sainte Rosalie ; un Combat de femmes.
Galerie de Dresde. — Le Christ ressuscité apparaissant à sa mère.
Pinacothèque de Munich. — La Flagellation; l'Enfant Jésus et le petit saint Jean .
MusKE DU Louvre. — Vénus et Adonis.
Musée de Besançon. — Laban promettant à Jacob la main de Racket.
Musée d'Orléans. — Le Baptême du Ckrist.
ANIELLO FALGONE
Le goi\t des tableaux de batailles se répandit en Italie au commencement du xvir siècle. 11 est probable qu'il y fut importé par des artistes llamands, ou du moins qu'il s'y développa sous l'influence de leurs œuvres. Les Breughel et les Franck s'étaient signalés des premiers en exécutant des compositions de ce genre . Plus . tard, Gornelis Wael, à Gênes, et Pieter Laar, à Rome, peignirent avec succès des soldais, des chevaux, des combats, et eurent de nombreux imitateurs. Le second de ces artistes forma Michel- Ange Gerquozzi , qui fut surnommé « le Michel-Ange des hatailles. » Aniello Falcone était à peu près du môme ûge que celui-ci, mais il le précéda dans la peinture des sujets militaires. A en croire Dominici, ce fut son maître Ilibera qui lui conseilla de s'adonner à cette spécialité. Ce qui est certain, c'est que le style de Falcone n'a rien de commun avec le style flamand ou hollandais; il est plus ample, plus véhément, plus dramatique. Lanzi fait de ce maître un éloge complet : « Aniello Falcone, dit-il, eut un talent singulier pour figurer des batailles. Il en peignit en petites et en grandes dimensions, en tirant ses sujets tantôt des livres saints, tantôt de l'histoire profane, tantôt de quelque poëme. Varié dans les costumes, dans les physionomies, selon les diflérenccs qui devaient caractériser les combattants, animé dans ses expressions diverses, naturel et choisi dans ses figures et dans les mouvements des chevaux, il fut plein d'intelligence enfin dans tout ce qui concerne la discipline militaire. Il fut fort habile dans le dessin, consulta en tout la nature, coloria avec soin et avec un bon empâtement. » Il y a sans doute quelque peu à rabattre de ces louanges, mais on ne peut méconnaître que Falcone a déployé dans ses tableaux beaucoup de science et de chaleur à la fois. Il avait, dès l'enfance, manifesté du goilt pour les scènes de guerre en s'essayant à copier les dessins d'une édition illustrée de la Jérusalem délivrée. A l'école de Ilibera, il apprit à aimer el à serrer de près la nature et fit, soit d'après le nu, soit d'après la figure drapée, des études sérieuses. Il s'appliqua aussi à copier le Guide, et s'il ne lui déroba pas la suavité de ses teintes et la grâce de ses types, il réussit du moins, en l'imitant, à tempérer ce qu'avait d'un peu brutal et d'un peu dur la manière que lui avait enseignée l'Espagnolel. On assure qu'il combina très-heureusement les types de ces deux maîtres dans les peintures dont il décora une chapelle de l'église San Paolo de' Tcatini, et où il représenta la Grappe de la Terre-Promise, Abigail apaisant David, Booz et Rulh, Deborah et Baruc.
Les scènes de ce genre sont rares dans l'œuvre de Falcone; quand il lui arriva de consulter l'Ancien Testament, ce fut généralement pour y puiser des sujets guerriers, par exemple Josué arrêtant le soleil, et Gédéon victorieux des Amalècites, qu'il peignit pour le prince de San-Vito. Même lorsqu'il travailla pour des communautés religieuses, il ne trouva rien de mieux que de peindre des Batailles; c'est ainsi qu'il en exécuta une à l'huile dans le cloître desThéatins et une à fresque dans le cloître de Santo-Agostino alla Zecca.
Le chevalier d'Arpino avait été un des premiers à applaudir aux tableaux militaires d'Aniello ; il ne s'était pas borné, d'ailleurs, à les louer, il en avait acheté quelques-uns. Son exemple fut suivi par les grands seigneurs et les riches particuliers. Un négociant flamand établi à Naples, Gaspard Roomer, dont l'immense fortune resta longtemps proverbiale, conçut pour Aniello l'admiration la plus vive, lui commanda une foule de tableaux dont il expédia une grande partie en Flandre, et le rémunéra généreusement.
Aujourd'hui, les peintures authentiques d'Aniello Falcone sont rares, surtout hors d'Italie; nul doute cependant que dans les galeries publiques ou privées, il ne s'en trouve plusieurs inscrites sous d'autres noms d'auteurs, notamment sous celui de Salvator Rosa, son élève, et sous celui du Bourguignon. Le tableau que le Louvre a de lui et qui représente un Combat de Turcs et do chevaliers , pourrait être signé par Salvator, tant à cause de la verve de l'exécution que du caractère expressif des figures ; il a le grand désavantage toutefois d'avoir beaucoup poussé au noir. Cette toile est datée de 1631, et fut exécutée par conséquent plus de quinze ans avant le séjour que Falcone fit en France.
Les exactions des vice-rois et les violences de la garnison espagnole avaient excité au plus haut point le mécontentement de la population napolitaine. Une révolte éclata et Masaniello fut proclamé capitaine générale de la ville (1647). Falcone, dont un parent et un élève avaient été tués récemment par des soldats espagnols, saisit cette occasion pour tirer vengeance de ce double meurtre. Il organisa avec ses parents, ses amis, ses élèves et plusieurs autres peintres, une bande armée qui prit le nom de « Compagnie de la Mort » et qui le justifia en massacrant sans pitié tous les Espagnols qu'elle put atteindre. La rébellion terminée, les terribles compagnons se dispersèrent. Aniello s'enfuit avec Salvator Rosa et gagna Rome. Après un court séjour dans cette ville oîi il se lia avec le Bourguignon, il suivit en France un personnage qui le présenta à la cour. Il demeura à Paris pendant plusieurs années et y exécuta de nombreux tableaux de batailles. A la fin, grâce à l'intervention de Colbert dont il avait mérité les bonnes grâces, il obtint du vice-roi don Garcia de Avcllaneda y Haro la permission de rentrer dans sa patrie. Son retour eut lieu peu de temps avant la terrible peste de 1656. Il mourut en 1665.
Après Salvator Rosa, le meilleur disciple d'Aniello fut Domenico Gargiulo (16i2-1679j, plus connu sous le surnom de Micco Spadaro (il avait commencé par travailler avec son père qui fabriquait des épées, Spade) : il peignit avec talent des compositions peuplées d'une foule de petites figures et représentant des fêtes, des loires et autres scènes à la Callot, des sujets de l'histoire ancienne, sacrée ou profane, et de l'histoire de son temps. Le musée de Naples a de lui d'intéressants tableaux relatifs à la Révolte de Masaniello et à la Peste de 1656. Carlo Coppola et Andréa di Lione peignirent des Batailles dans le style d'Aniello, leur maître. Paolo Porpora commença par l'imiter aussi, mais sans grand succès; il s'appliqua ensuite à peindre des poissons, des coquillages, du gibier et il y réussit fort bien.
Naples. — Des tableaux d'Aniello se voient dans plusieurs galeries particulières. Au musée de Studj, on remarque une Bataille et des Soldats espagnols.
LivouRNE. — Cabinet Venturini : une Bataille.
Musée de Madrid. — Une Escarmouche et un Choc de cavalerie et d'infanterie. M. Lavice (3fusées d'Espagne, p. 72) dit de ce dernier ouvrage : « C'est du Salvator Rosa tout pur. Quelle horrible mêlée! Un soldat va frapper dans le dos un ennemi qu'il tient sous le pied. Belle cuisse de cheval blanc. » Dans l'Escarmouche, deux cavaliers, montés
chacun sur un cheval blanc, attirent surtout l'attention.
Musée du Louvre. — Combat de Turcs cl de chevaliers. Dans l'inventaire de Bailly (1709-1710) ce tableau est désigné comme étant l'œuvre d'un certain Falconier. Plus tard il a été attribué à Altdorfer. — Le Louvre possède deux dessins authentiques d'Aniello.
Vte Fesch : Deux Combats de cavalerie, M écus.
On attribue à Falcone quelques eaux fortes : Apollon et Marsyas; une Jeune mère endormie ; 4 pièces représentant les Apôtres ; etc.
Marius CHAUMELIN.
TABLE ALPHABÉTIOUE GÉNEBALE
DES