KÉ VEBS 15S0. — MORT ES
On peut s'étonner que Garacciolo se soit fait le complice de Belisario et de llibera dans les odieuses persécutions dont le Dominiquin fut la victime. G'était un homme de bonne compagnie, d'un naturel studieux et d'un esprit cultivé. Il appartenait à une des premières familles de Naples et avait reçu une brillante éducation; il était hé avec les principaux poètes de son temps et faisait lui-même des vers. Sa vocation pour la peinture s'était manifestée de bonne heure, mais il tarda assez longtemps avant d'adopter un style définitif. Après s'être formé à l'école de Francesco Imparato, il se montra un des partisans les plus zélés du Garavage, lorsque ce maître vint à Naples, vers 1606; il s'appliqua à imiter son naturalisme violent et sa manière fortement ressentie, et il y réussit complètement en peignant pour l'église San-Giorgio de' Genovesi un Baptême du Christ et un Miracle do saint Antoine de Padoue. Dominici n'a rien trouvé de mieux pour caractériser le style de ces peintures que de reprocher aux personnages d'avoir des tournures de facchini.
Garacciolo reconnut qu'il suivait une mauvaise route, en voyant le tableau de la Vierge avec l'Enfant Jesw5 et sami/eari. peint par Annibal Garrache pour les Jésuites, en 1609. Loin de s'associer aux critiques dont ce chef-d'œuvre fut l'objet de la part de Belisario et de sa cabale, il conçut une telle admiration pour l'auteur qu'il se décida à aller étudier ses peintures de la galerie Farnèse. Cette étude l'amena à faire choix, par la suite, de formes plus pures et d'expressions plus nobles; mais il conserva le goilt des fortes oppositions d'ombre et de lumière, qu'il avait puisé à l'école du Garavage. Le premier ouvrage qu'il exécuta après son
retour de Rome, se voit aiijourd'liui au musée des Etudes ; c'est une Sainte Cécile provenant de l'église Santa-Maria délia Solilarla; le dessin en est correct, mais le coloris manque de légèreté et d'iiarmonie. J'en dirai autant d'une Assomption, placée dans la même galerie : la Vierge est velue d'une robe rouge et d'un manteau bleu du ton le plus lourd; elle joint les mains et lève les yeux au ciel avec une expression de félicité dévote, qui n'est pas mal rendue; mais j'aime peu le type rond de son visage et sa chevelure au vent; il me semble aussi que les anges qui se pressent autour d'elle, en diverses attitudes, ont des formes trop rebondies. Dominici a fait le plus giand éloge d'un tableau sur le même sujet qui orne l'autel d'une des grandes cliapelles de l'église San-Martiuo; il dit que, pour l'exécuter, Caracciolo, renonçant à ses ténèbres accoutumées, employa des tons pleins de douceur et des demi-teintes suaves, comme s'il eût voulu imiter la manière du Guide. La chapelle où est placée cette toile a été entièrement décorée par Caracciolo : outre deux autres tableaux à l'huile, on y voit une douzaine de peintures à fresque relatives à la Vierge.
Naples. On voit dans une chapelle de Sant'Anna de' Lombard! deux des meilleures fresques de Caracciolo : la Mort delà Vierge etVAssomption. — ASanta-Maria laNuova, la chapelle de Saint-Michel archange a sa coLipole et ses murs ornés de jolies figures d'anges. — Parmi les tableaux à l'huile, beaucoup plus nombreux que les fresques, on cite : le Lavement des pieds, l'Adoration des Mages et trois
tableaux relatifs à. Saint Janvier, à San-Marlino; un Saint Charles, à Santo-Agnello; une Vierge avec l'Enfant Jéms et plusieurs saints, à la Trinità degli Spagnuoli ; un Portement de croix, aux Incurables; etc. Ces trois derniers ouvrages ont été particulièrement loués par Dominici comme rappelant la manière du Carrache.
Musiiii DU Louvnu. — Un dessin.
MASSÏMO STANZIONI
KÉ ES 1585. — MORT ES lUjO.
Stanzioni avait dix-huit ans lorsque l'idée lui vint d'apprendre à peindre. Ce ne sont pas les professeurs qui lui ont fait défaut. Son premier maître fut Fabrizio Santafede, de qui il apprit l'art du portrait. Puis il étudia le nu dans l'atelier de Caracciolo et la fresque sous la direction de Corenzio ; il reçut quelques leçons d'Artemisia Gentileschi, qui l'engagea à se livrer à la composition, et cnlin il se rendit à Rome, où il acheva son éducation artisti(iuc à l'école d'Annibal Carrache, suivant quelques auteurs, — du Guide, selon d'autres. On prétend que Lani'ranc lui donna aussi d'utiles conseils, lorsqu'il vint travailler à Naples; mais il nous sera permis d'en douter, car, à l'époque où ce voyage eut lieu, Stanzioni n'était plus d'âge à se résigner au rôle d'écoUer. H est même à remarquer qu'il fut appelé, en même temps que Lanfranc, à travailler à l'Annunziata ; il y exécuta deux de ses plus importantes compositions, la Dispute avec les docteurs et les Noces de Cana.
Ce qui est certain, c'est que Stanzioni se montre dans ses peintures un disciple très-fidèle de l'école bolonaise. Ce serait aller bien loin que d'annoncer, comme l'a fait Lanzi, qu'il rivalisa pour le dessin avec Annibal Carrache et pour le coloris avec le Guide; mais, s'il n'est pas permis de le placer sur la même ligne que ces maîtres, on ne peut nier qu'il n'ait réussi à s'assimiler leur style, et, en voyant quelques-uns de ses ouvrages, notamment le Sacre de saint Asprenus, à San-Pietro ad Aram, on comprend qu'on l'ail surnommé « le Guido Reni de Naples » . Ce tableau mérite les éloges que lui a donnés Dominici « pour l'ampleur de la composition, le dessin, le coloris, le clair-obscur, la variété des physionomies, la richesse des costumes » ; nous lui préférons toutefois le Saint Bruno donnant à ses moines la règle de son ordre, qui appartient à l'église San-Martino : l'auteur s'est tiré de la difficulté que présentaient les costumes blancs des chartreux avec une habileté et une science égales àceUes qu'Andréa Sacchi a déployées dans son fameux Saint Romuald du Vatican. Sur les murs et la voûte de la chapelle que décore ce chef-d'œuvre, Stanzioni a peint à fresque les Miracles et la Glorification de saint Bruno. L'église et le couvent de San-Martino possèdent, d'ailleurs, beaucoup d'autres ouvrages de sa main, parmi lesquels on remarque une Déposition de croix. On raconte que Ribera, jaloux de la beauté de cette peinture aurait donné aux cliartreux le conseil de la feire laver pour la rendre plus claire et aurait fait employer à ce nettoyage une eau corrosive qui détruisit les parties les plus délicates de l'œuvre; on ajoute que Stanzioni, prié ensuite de retoucher le tableau, s'y refusa absolument, r Après la mort du Dominiquin, Massimo partagea avec lé terrible Espagnole! l'honneur d'achever les
peintures à l'huile de la cliapelle de Saint-Janviôr : il peignit la Guérison d'une possédée, dans un style plein de noblesse et de suavité qu'on dirait emprunté au Dominiquin lui-môme.
La répulalion de Slanzioni ne resta pas enfermée dans Naples. Elle se répandit dans toute l'Italie, en Espagne, en France, et nous pourrions dire dans toute l'Europe. Il fut chargé de peindre un Saint Antoine de Padoue pour l'église San-Lorenzo in Lucina, à Rome, et le pape Urbain VIII, pour qui il exécuta un Mariage et un Martyre de sainte Catherine, lui en témoigna sa satisfaction en le décorant de l'ordre du Christ. De là le nom de « chevalier Maxime » sous lequel il est fréquemment désigné.
Massimo Stanzioni avait épousé une femme de noble lignage, dont il demeura jusqu'à la fin éperdiiment amoureux; pour lui procurer du luxe et des plaisirs, il travailla avec une ardeur excessive et s'abandonna trop souvent à un faire expédilif et lâché. L'abbé Lanzi a pris texte de cette circonstance pour faire l'éloge... du célibat.
Naples. — On voit des ouvrages de Stanzioni dans la plupart des églises de Naples. A ceux que nous avons mentionnés dans la notice, il faut ajouter les suivants : A San-Martino : les fresques de la chapelle de Saint-Jean- Baptiste et celles delà sacristie; les Préparatifs de la Cène, grand tableau placé dans le chœur ; Saint Nicolas de Buri délivrant un jeune garçon de l'esclavage; la Vierge entre saint Hugues et saint Anselme; la Prédication de saint Jean (dans la salle du chapitre). — Au Gesù Nuovo : les fresques de la voûte du sanctuaire, représentant des sujets tirés de la Vie de la Vierge. — A San-Paolo Maggiore, les fresques de la voûte de la nef, relatives à saint Paul et à saint Pierre et que l'on considère comme étant au nombre des meilleures productions de Stanzioni. — A Santa-Maria la Nuova : les Miracles de saint Jacques délia Marca (fresques). — A San-Lorenzo : les Miracles et la Glorification de saint Antoine de Padoue (fresques). — A San-Giovaniello : la Vierge couronnée par la Trinité, « opéra veramente irreprensible, eccellentemente disegnata, e dipinta con gran maniera e robustezza di colore. » (Dominici).
Musée des Stuuj. — Le Baptême de Jésus-C/irist (signé); l'Adoration des bergers; deux Madones; Saint Bruno; Lucrèce se donnant la mort.
Rome. — Eglise San-Lorenzo in Lucina : Saint Antoine et l'Enfant Jésus.
Musée du Louvre. — Saint Sébastien étendu à terre; sainte Irène examine ses blessures et lui retire une flèche do l'épaule. — Un dessin.
Musée de Besançon. — Lnth et ses filles.
Musée de MioniD. — Trois bons tableaux relatifs à
saint Jean-Daptiste : l'Ange annonçant à Zacharie la naissance d'un fils, la Prédication dans le désert et la. Décollation; un Sacrifice à Bacchus et un Saint Jérôme écrivant (demi-tig.).
Musée de DnESDE. — L'Astronomie.
G.vLEniE LicHTENSTEiN, à Vienne. — La Vierge et l'Enfant.
Aix en Provence. — Un grand tableau provenant d'une collection particulière de cette ville et représentant la Cène à Emmaùs, a été exposée à Marseille, en 1861, sous le nom de Stanzioni; nous lui avons consacré les lignes suivantes dans notre livre sur les Trésors d'art de la Provence : « Les convives sont assis autour d'une table recouverte d'une nappe blanche et sur laquelle sont placés un plat de légumes, un pot de faïence à fleurs et un couteau effilé. Le Christ, vêtu d'une robe rouge à manches bleues et tenant un pain qu'il s'apprête à rompre, lève les yeux au ciel : son visage noble et beau respire une douce mélancolie. C'est le moment où deux disciples le reconnaissent : l'un le contemple d'un air effaré, la main sur sa poitrine, comme pour protester de son dévouement c'est un homme d'un âge mûr, à la barbe grisonnante; l'autre, la figure imberbe, les traits durs et communs, tient un b4tonà la main. L'hôtelier, bonhomme à la mine épanouie et indiscrète, se dessine dans la pénombre et un lévrier tend sa tête dans un coin du cadre. La table est mise en plein air; le ciel est assombri par le crépuscule. Une couleur puissante et vraiment vénitienne, mais qui rappelle plus le Titien que le Véronèse, ajoute aux mérites de cette composition si remarqualile par la fermeté du dessin et l'expression vigoureuse des types. »
Vente Chavagnac (1854) : Portrait d'Enfant, 280 fr.