‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 27 sur 136 · TRIOMPHE DE CESAR · texte numérisé non relu

TRIOMPHE DE CESAR

Le précieux Carteggio de Gaye contient tout au long le dernier testament du grand peintre; il est fait chez le notaire Zambelli et daté de Mantoue, le 24 janvier 1506. Par ce testament, Mantegna révoque en partie celui qu'il avait déposé, le 1"' mars 1504, aux mains du notaire Flamberta, et il assure une pension alimentaire à son fils naturel, Giovanni Andréa, jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, et 8 ducats par an pour le reste de sa vie, pension que le testateur met à la charge de Ludovico et Francesco, ses fils et héritiers.

' Cette lettre, transcrite par Gaye, dans le 1" volume du Carteggio, nous fait connaître l'année dans laquelle Mantegna bâtissait sa maison près l'église Saint-Sébastien.

Les dispositions qui ne sont pas annulées dans le codicille de 1506 sont celles relatives à la fondation qu'il avait faite d'une chapelle à Sant' Andréa de Mantoue. Non-seulement il avait orné de quelques peintures cette chapelle, qui est la première à gauche en entrant, mais il laissait des fonds pour qu'elle fût décorée par d'autres peintres et qu'on y célébrât la messe pour le repos de son âme, car il avait obtenu des chanoines le privilège d'y être enterré. On y voit encore le mausolée que son petit-fils Andréa (fils de Ludovico) fit élever à sa mémoire, en 1560, avec cette inscription :

OSSA ANDRE.T. MANTINE^ , FAMOSISSIMI PICTORIS, CUM DUOBUS FILIIS IN SEPULCRO PER ANDREAM MANTINEAM, NEPOTEM EX FILIO, CONSTHUCTO REPOSITA. MBLX.

C'est au nombre des plus grands maîtres ou, si l'on veut, des plus illustres précurseurs du grand art qu'il faut ranger Mantegna: à côté de Jean Bellin, de Pérugin, de Ghirlandajo, et non loin de Léonard. Incomparable dans l'art de soumettre aux lois rigoureuses de la perspective non-seulement l'architecture et les objets matériels, mais toutes les formes et tous les mouvements du corps humain ; prodigieusement habile à faire plafonner les figures dans les plus difficiles raccourcis, Mantegna, pour la science du dessin, peut tenir sa place entre le Yinci et Michel- Ange. Quelques traits mâles et ressentis, qui annoncent plutôt une étude et une volonté profondes que la liberté et le caprice, lui suffisent à particulariser une figure, à exprimer un caractère. Sa supériorité comme dessinateur éclate surtout dans ses estampes et dans ses dessins, où il n'est pas une hachure inutile, pas un trait qui ne porte. Tantôt arrêtés à la plume sur une préparation d'aquarelle, tantôt rehaussés de blanc sur un papier roussâtre, quelquefois écrits nettement au roseau sur parchemin, ses dessins sont d'un prix inestimable, parce qu'il y a mis tout son génie. Coloriste sans principe et sans guide, il ignore l'art de subordonner les couleurs locales au concert de l'ensemble, c'est-à-dire à l'effet du clair-obscur. Ses tons semblent avoir pour objet unique de faire valoir l'excellence de son dessin, de rendre plus visibles telle figure, telle draperie, telle armure, tel accessoire ; mais, du moins, chacune de ses couleurs est choisie, rare et finement rompue, quand elle n'est pas pure et fière. 11 affectionne dans les draperies le vert olive, le rouge orangé, le bleu transparent et pâle, le rose ardent. Bien que son exécution soit ordinairement sèche, il rencontre parfois le bel empâtement de Jean Bellin, et l'on peut trouver un exemple de cette manière savoureuse dans la partie inférieure de notre Madone de la Victoire, notamment dans les figures en bas-relief d'Adam et d'Eve qui rehaussent le trône de la Vierge. En somme, Andréa est un maître de la plus haute lignée, et, quelle que soit la place qu'on lui assigne dans le premier rang, il est impossible de le mettre au second. A l'époque heureuse où il vivait, en ce temps privilégié qui fut l'âge d'or de la peinture, et dont la dernière phase fut éclairée par les génies de Raphaël et de Michel-Ange, l'étude de la statuaire antique n'avait aucun danger pour le peintre; il n'était pas à craindre que l'idéal le conduisît à ce beau convenu, monotone et froid, qui s'apprend par cœur et que nous appelons le poncif, parce que les artistes du quinzième siècle, toujours abreuvés aux sources de la nature, ne risquaient pas de perdre les accents de la vie, dont le sentiment débordait en eux. Mantegna put donc s'inspirer des grâces idéales du marbre grec et, les pieds affermis sur la terre, aspirer du regard à cette région supérieure où planent les figures et les Vertus sublimes, et d'où la Minerve et la Diane de son allégorie chassent les Vices impurs, les Vices hideux. Dans cette recherche du beau, dans cet amour de l'élégance, dans ce choix de draperies collantes, aux plis débrouillés, délicats, significatifs, il se peut qu'on découvre le commencement d'un maniérisme futur; mais, chez Mantegna, cette recherche, toujours corrigée par jle naturel, toujours mêlée au naïf du vrai, n'a rien que d'attrayant, de pénétrant et de fort. Placé aux confins du naturalisme, ce grand maître a vu l'aurore du plus grand style, et s'il est si précieux, si admirable et tant admiré, c'est que, tout en conservant encore quelque chose de l'âpreté du fruit vert, il annonce et déjà il possède la douceur du fruit mûr.

CHARLES BLANC

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Andréa Mantcgna a fait au burin plusieurs gravures de sa composition ; elles sont toutes rares, précieuses et recherchées. Elles ont été décrites par Adam Bartsch dans le treizième volume du Peintre-Graveur : l'œuvre se compose de 23 pièces, dont voici un aperçu sommaire.

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