‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 63 sur 136 · BERNARDINO CAMPI · texte numérisé non relu

BERNARDINO CAMPI

KÉ EN IJÎJ, VIVAIT ESCOBE EN 1590.

Bernardine Gampi, le parent sans doute des quatre Campi dont il a été parlé ci-dessus, était fils de Pietro Gampi, excellent orfèvre de Crémone, et travailla d'abord dans la boutique de son père jusqu'au jour où il vit une grande toile peinte pour des tapissiers par Giulio Gampi d'après un carton de Ilapbaèl. Dès cet instant, l'adolescent résolut d'être peintre, lui aussi, et, après quelque séjour dans l'atelier de Giulio, trouvant que ce maître le retenait trop longtemps dans des besognes inférieures, il demanda à s'en aller à Mantoue auprès d'Ippolito Costa, chez lequel il termina son éducation. C'était précisément l'époque où Jules Romain se trouvait à Mantoue et faisait exécuter son Histoire de Trajan par Rinaldo le Mantouan et Fermo Giovanni dans le palais de Mantoue; il n'est pas douteux que les exemples et les conseils de l'élève le plus illustre de Raphaël n'aient eu alors une grande iuQuence sur la formation du talent de Bernardino, qui apprit de lui la hardiesse et la grandeur, comme il apprenait d'Ippolito Costa la correction et le respect de la vérité. Bernardino n'avait pas vingt ans lorsqu'il revint dans sa patrie avec la réputation d'un artiste consommé.

Un seigneur de Crémone, de la famille des Trivulzi , mit le premier le jeune homme à l'épreuve en l'appelant dans son chû,teau de Formigara, où il lui fit peindre, dans une salle, toute la fable de Minerve, dans une autre une Bataille navale et VAssaul d'une ^jtece forte. Cet ouvrage appela sur lui l'attention de Mgr Vida, qui emmena le jeune homme à Alba pour lui faire peindre les portes de l'orgue dans la cathédrale. Dès ce jour la vie laborieuse de Bernardino Campi ne fut qu'un va et vient continuel d'une ville à l'autre ; appelé de tous côtés par les ecclésiastiques qui lui commandaient des tableaux de piété, par les grands seigneurs et les riches bourgeois qui lui demandaient leurs portraits et lui faisaient décorer leurs palais, nous le voyons courir sans cesse de Crémone à Milan, de Milan à Mantoue, de Mantoue à Parme, utilisant tous ces voyages pour compléter ses études par l'examen de toutes les peintures célèbres qu'il rencontrait. Bernardino était en effet une intelligence tout éclccti(|ue, et on l'a comparé justement plus d'une fois à Annibal Carrache, le plus grand de sa famille à Bologne, comme Bernardino est le plus grand de la famille Gampi à Crémone. A Mantoue même, sous la direction de Jules Romain, ce qu'il aimait, ce qu'il devinait, ce qu'il recherchait dans les œuvres de son maître, c'était l'esprit de Raphaël, dont il collectionnait déjà les dessins et les gravures. En même temps, il adorait Titien, et, comme il avait copié avec une merveilleuse fidélité les onze Césars, il se mit en tête d'ajouter le douzième à la collection, et il s'y prit si bien, imitant si parfaitement le style vénitien, que de bons connaisseurs y furent trompés et attribuèrent à Titien lui-même ce César complémentaire. Les peintures de Saint-Sigismond montrent quel profit il lira de ses séjours à Parme, à Modène, à Reggio, pour pénétrer les secrets du Gorrége et de son école. En somme, il sut de tous ces éléments divers se former une manière originale, si on peut appliquer jamais ce mot d'originalité à un éclectisme. « Ses imitations, dit Lanzi, ne sont jamais flagrantes; elles ressemblent aux imitations que fait Sannazar des poètes latins; chacun de ses vers en est coloré, et pourtant chaque vers est bien à lui. » Ce qu'il y a de remarquable dans ce talent de Bernardino, c'est qu'il prend surtout pour modèle Raphaël, dont il ne vit jamais les grandes peintures, puisque, dans tous ses voyages, il ne sortit pas de la Haute-Italie, et que, dans une époque de décadence déjà marquée, il préféra souvent revenir à la peinture des vieux maîtres par peur du maniérisme qui l'environnait. Aussi tient-il, sans conteste, le premier rang parmi les Campi, bien qu'il soit beaucoup plus timide qu'Antonio et moins grandiose que

Ginlio; mais, plus correct et plus soigneux, il apporte en outre, dans ses compositions, un sentiment sincère et juste de la beauté expressive qu'ils ont ignorée .tous les deux.

C'est dansl'églisede Saint-Sigismondqu'onpeut prendre la plus complète idée du talent de Bcrnardino, qui se montre élevé, simple, chaste dans la scène de Sainte Cécile jouant de Vorgue, avec sainte Catherine à ses côtés, accompagnée par le concert des anges, et qui devient vif et gracieux dans les frises peuplées d'enfants joueurs. Il ne manque pas non plus de vigueur lorsqu'il se trouve aux prises avec des figures colossales, telles que celles des Prophètes, mais son chef-d'œuvre, en cet endroit, est la coupole. Lanzi, grand admirateur de ce travail, disait qu'il n'en connaissait guère en Italie qu'on lui pût comparer pour l'abondance, la variété, la distribution, la grandeur, pour la belle dégradation des figures, pour l'harmonie et le bon effet d'ensemble. Le sommet de cette coupole est rempli par une multitude fourmillante de séraphins qui s'agitent dans la lumière, « au milieu d'une si excessive splendeur, dit Zaist, l'historien des artistes crémonais, qu'on s'épuise à les distinguer et qu'on les entrevoit à peine. » Au-dessous, se rangent en cercles, dans les attitudes les plus diverses, d'innombrables figures du Vieux et du Nouveau Testament. Cette énorme besogne (la circonféi'cnce de la coupole est de 65 brasses), commencée le 9 mai 1570, fut achevée au mois de janvier de l'année suivante. Le conseil de la Fabrique, effrayé de cette rapidité, s'imagina que Bernardino n'avait pas fait consciencieusement son travail. On prit pour experts les deux meilleurs peintres de Crémone, le Sojaro et Giulio Campi, qui, par un certificat en date du 8 mars 1571, attestèrent sur l'honneur, après examen attentif, que leur confrère avait fait tout ce qu'il devait faire. « En ce qui concerne les parties de peinture et de stuc, nous jugeons que Messer Bcrnardino a fait et accompli tout ce qu'il a promis; en ce qui concerne l'emploi des ors, il a fait plus qu'il n'a promis. » Ce témoignage public, rendu par desconfrères à leur jeune rival qui commençait aies supplanter, établit toutà fait laréputation de Bernardino, qui fut plus que jamais accablé de commandes de toute espèce. On peut lire dans Alessandre Lamo, son biographe, et dans Zaist, l'interminable liste, souvent accompagnée de descriptions, des peintures qu'il fit pour les églises, et des portraits de personnages illustres qu'il exécuta. Beaucoup de ces portraits excitèrent la verve des poètes du temps, dont Lamo a recueilli avec soin les sonnets et les canzoni souvent très-curieux. Il va sans dire que ce talent de portraitiste, plus encore que son talent de fresquiste, mit promptement Bernardino sur le chemin de la richesse. Lui-môme a dressé le catalogue de ses œuvres faites à Crémone et à Milan, oi;i il passa la plus grande partie de sa vie; en 1584, il publia un livre sur l'art : Parer délia Pittura. On pense qu'il mourut en 1590, époque vers laquelle la peinture de Crémone changea de direction et d'esprit. Parmi ses nombreux élèves les meilleurs furent Coriolano Malagavazzo, Cristoforo Magnani da Pizzighettone, les deux Mainardi (Andréa et Marcantonio) et surtout Sofonisba Angussola et Giov. Baltista Trotti, dit le Malosso.

PAiiis. — Le Musée du Louvre possède un beau tableau de Bernardino Campi, la Mère de Pitié, n" 112. H. 1 m. 60. L. 1 m. 60. Figures de grandeur naturelle. La Vierge, agenouillée à droite, lève les yeux au ciel, en présence du corps du Christ détaché de la croix et assis sur son linceul. Gravé dans Filhol, t. IV, pi. 231, et Landon, t. II, pi. 28. — Provient du Musée Napoléon.

Crémone. — L'église Saint- Sigismo7id possède encore toutes les peintures que Bernardino Campi y a faites.

Milan. — Le dernier Guide signale : dans l'église de San Antonio Abate, dans le bas-côté gauche de la nef, une très-belle Vierge avec l'enfant Jésus entre sainte Catherine et saint Paul ; à San Paolo, le Christ donnant les clefs à saint Pierre. — Au Musée Brera se trouve un grand tableau provenant de l'église des Capucins à Crème, le Christ mort soutenu par la Vierge avec sainte Catherine, les prophètes Elieet Elisée; sur le devant est un moine carmélite (le P. Gabriele dei Pizzamigli). H. 2 m. 35. L. 1 m. 58.

GERVASIO GATTI DIT le SOIARO

FLORIS^AIT VEItS 1603.

• Gervasio Gatti, neveu de Bernardino Gatti, hérita du surnom de son oncle en même temps que d'une partie deson talent. C'est sous sa direction qu'il avait fait ses premières études, à Parme, conduit par lui-môme, dit Lanzi, aux sources où il avait bu autrefois, c'est-à-dire devant les œuvres du Corrége. Le jeune Gervasio

ne tarda pas à profiter de l'enseignement, et il en donna la preuve en exécutant en 1578, pour l'église de Santa Agata à Crémone, un Saint Sebastien dont chacun admira le dessin correct et ferme, la peinture grasse et solide. Le Martyre de sainte Cécile, qu'il fit plus tard pour l'église Saint-Pierre, obtint encore un plus grand succès; on compara l'artiste à Gorrége, et surtout à son oncle, dont il avait retrouvé l'exécution à la fois sûre et délicate. Toutefois, on doit reconnaître que Gervasio fut un artiste trésinégal, souvent incorrect et négligent, peignant de pratique avec une déplorable facilité. Lanzi lui reproche surtout la vulgarité de ses tôtes, dans ses tableaux d'histoire, et attribue ce défaut à son habitude de jeter pélc-mèle dans ses compositions tous les portraits qu'il faisait avec une habileté exceptionnelle. Gervasio connut certainement les œuvres des Garraches, avec lesquels il a plus d'un point de ressemblance.

L'histoire mentionne encore un troisième peintre du nom de Gatti, portant aussi le surnom de Sojaro ; c'est Uriel Gatti, dont on ne connaît guère qu'un tableau dans l'église du Saint-Sépulcre à Plaisance, un Crucifiement avec cette inscription : Uriel de Gattis dictus Sojarws. 1601. La couleur en est belle, et le style agréable, mais un peu maigre et petit.

SOFONISBA ANGUSSOLA

ai: ES sioBTE vers 10;0.

Ce fut dans son voyage de 1566 en Lombardie que Vasari vit les peintures de Sofonisba Angussola et de ses sœurs, et il n'hésita pas à lui assigner le premier rang dans l'Ecole crémonaise. Sofonisba appartenait à une des plus nobles familles du pays ; son père s'appelait Amilcare Angussola, et sa mère Bianca Punzona ; elle prit de bonne heure des leçons de Bcrnardino Campi, puis alla ensuite à Milan se perfectionner dans l'atelier du Sojaro. C'est surtout dans le portrait qu'elle excella, et elle acquit bientôt une réputation universelle dans ce genre, vers lequel elle poussa aussi ses quatre jeunes sœurs; mais deux d'entre elles, Anna et Maria, moururent très-jeunes; Europa et Anna Maria se marièrent et abandonnèrent les arts. Sofonisba survécut à toute sa famille, et les deux honorables mariages qu'elle contracta successivement, le premier avec un Moncada, de Palerme, l'autre avec un Lomellini, de Gônes, ne la détournèrent pas de la peinture et lui firent seulement changer ses résidences. Honorée du titre de peintre de la cour d'Espagne, elle se rendit en 1559 à Madrid, sous l'escorte de deux cavaliers et de deux dames de distinction, pour y faire le portrait de Philippe II et de sa famille. C'est là qu'elle épousa Don Fabrizio de Moncada; le roi Philippe II lui assigna pour dot une somme de 12,000 écus et une pension de mille ducats sur les douanes de Palerme, en y joignant des tapisseries, des bijoux et une robe toute garnie de perles. Après quelques années de séjour en Sicile, elle devint veuve, refusa les offres nouvelles qui lui étaient faites pour se fixer en Espagne, et résolut de retourner à Crémone. Le navire sur lequel la belle artiste s'embarqua était commandé par un beau gentilhomme de Gènes, Lomellini ; quelques jours après le débarquement, le mariage fut annoncé et le roi d'Espagne ajouta une pension de 400 écus pour cadeau de noces. C'est à Gènes que Sofonisba passa le reste de ses jours ; elle ne cessa de peindre que dans son extrême vieillesse, lorsqu'elle fut frappée de cécité. Alors encore elle enchantait, par sa conversation sérieuse et spirituelle, les étrangers de distinction qui la venaient visiter, et parmi eux Van Dick, qui disait avoir plus appris de cette vieille dame aveugle que de tous les bien voyants.

Florence. — Le Musée des Uffizi possède un portrait de Sofonisba Angussola, peinte par elle-même, signé : SOFO- NISBA ANGVISCIOLA CREM" AET. SVE ANN. XX.

Vienne. — Dans la Galerie Impériale se trouve un autre portrait d'elle-même, avec cette inscription sur un livre

qu'elle tient dans la main : SOPHONISBA ANGVISSOLA VIRGO SE IPSAM FEGIT 155'i.

Berlin. — Les derniers annotateurs de Vasari croient que le tableau décrit par Vasari, les trois sœurs A)iguissola jouant aux échecs, est aujourd'hui dans la collection du comte Rackzinski.

GIOVANNI-BATTISTA TROTTI dit le MALOSSO

^É EN 1 jjj, MOBT APRÈS IGO'J.

L'origine du surnom de Malosso, sous lequel ce remarquable peintre est connu dans l'histoire de l'art, est

assez singulière. Il était jeune encore lorsqu'il se trouva, à Parme, en compétition avec Augustin Garrachc, et, comme il obtint à la cour plus de succès que son rival, celui-ci se laissa aller à dire qu'il avait trouvé là un mauvais os, un mal osso, à ronger. Le sobriquet resta à Trotti, qui s'en fit gloire, l'inscrivant sur ses toiles, et le transmettant, par volonté expresse, à son neveu. A vrai dire, le dépit de Carrache avait quelque raison, car Trotti ne l'égala jamais, ni pour la correction du dessin, ni pour la vigueur du coloris. Le talent de Trotti était une certaine facilité brillante et souriante qu'il développa rapidement par l'étude du Gorrége et surtout du Sojaro; car, bien qu'il fût l'élève favori de Bernardino Gampi, dont il épousa la nièce et dont il hérita, il ne tarda pas à rompre avec l'enseignement de ce maître trop sévère pour lui. Il exagéra encore la manière claire et facile du Sojaro; ses peintures à fresque, dit Baldinucci, arrivent à prendre les teintes pâles et languissantes de la peinture sur porcelaine. Ses tètes sont charmantes dans leur afféterie, mais il les répète continuellement, souvent dans le même tableau. Gette négUgencc se peut d'ailleurs attribuer à l'incroyable l'apidité avec laquelle il dépêchait ses travaux, car il avait l'imagination prompte et riche, comme on en voit la preuve dans plus d'une église de Grémone et de Plaisance, où il sut renouveler, par des inventions bien personnelles, les sujets les plus rebattus. Quand il voulait faire du pastiche, il y réussissait merveilleusement; Lanzi cite dans la cathédrale de Grémone un Jésus crucifié, d'un style tout vénitien; à Saint-Pierre, dans la même ville, une sainte Marie Egyptienne d'un aspect tout romain, et à San Abbondio, une Pietà, qui est une imitation des Carraclies. Les œuvres murales les plus célèbres qui lui valurent son titre de chevalier, étaient celles du palais del Giardino à Parme, et de la coupole de l'église- San Abbondio ; ces dernières furent faites, il est vrai, d'après les dessins de Giulio Gampi, mais Trotti apporta dans l'exécution dernière un entrain et une verve qui transformèrent la composition primitive. On a reproché justement à Trotti une certaine dureté dans le dessin. La plupart de ses élèves, fort nombreux, ne tardèrent pas, malgré la bonne éducation qu'il leur avait donnée, à perdre cette clarté dans la composition qui maintint Trotti dans un bon rang parmi les peintres secondaires. Les plus connus sont Ermcgcnildo et Manfrcdo Lodi, Giulio Galvidit le Goronaro, Slefano Lambri et Cristoforo Augusta. Son neveu Euclide Trotti fut aussi un de ses plus fidèles imitateurs ; il paraissait même en voie de surpasser son maître, en donnant à ses œuvres un caractère plus sérieux, lorsqu'il fut poursuivi, tout jeune encore, pour crime de haute trahison. Mis en prison, il s'empoisonna, dit-on, pour éviter la honte du dernier supplice. Panfilo Nuvoloni, le père des deux Nuvoloni qui devaient prendre un bon rang dans l'École milanaise, fut aussi un excellent élève du vieux Malosso, mais il abandonna promptement la manière de son maître, en même temps qu'il abandonnait Grémone, son pays natal, pour aller s'installer à Milan.

MiL.VN. — Le Maséf Brera montre, sous le n" 110, un tableau de Malosso qui se trouvait autrefois dans l'église

des IIR. PP. Capucins à Monza. C'est un Christ mort soutenu par un saint évéque, au milieu d'autres figures.

GIAMBATISTA TINTI

NE VERS 15C0, MORT AVAT T lOÎO.

Vers la fin du xvi' siècle, les derniers imitateurs du Gorrége et de Parmesan à Parme étaient tout à fait dégénérés. Les grands travaux de peinture à exécuter dans les palais et dans les églises étaient dès lors confiés àdes Bolonais, Orazio Sammacchini, Gesare Aretusi, Gamillo Procaccini, Annibal, Augustin et Louis Carrache, dont l'influence ne tarda pas à se répandre dans toute la province. Parmi les nombreux élèves que ces peintres bolonais firent à Parme, un seul s'efforça de conserver dans une [certaine mesure les traditions locales et de renouveler le style parmesan sans abandonner tout à fait le caractère qui lui avait été imprimé par ses deux grands maîtres. Tinti reçut sans doute ses premières leçons à Bologne, dans l'atelier de Sammacchini; mais sa plus grande admiration étaitdès lors pour Pellegrini de Modène, qu'il imita dans ses peintures de Santa- Maria dclla Scala, et quand il revint s'établir à Parme, il n'eut plus d'yeux que pour les deux gloires locales, le Gorrége et le Parmesan. Aussi peut-on, avec raison, le regarder comme le dernier des peintres de

l'ancienne école. Ses ouvrages sont nombreux, aussi bien dans les collections privées que dans les monuments publics. Après lui, l'école de Parme disparait tout à fait.

Parme. — L'église de San Alcssamlro possède un tableau de Tinti, représentant San Miniato (1594); celle de San Amhrogio, un Jésus embrassant la croix. La voûte de la petite chapelle des Cappucitie Nuove est couverte de fresques du même peintre, représentant la Vierge en gloire, au milieu d'une multitude d'anges, de séraphins, de patriarches, de prophètes ; les pendentifs représentant deux Juges et deux Prophètes sont aussi de sa main. Cet immense ouvrage fut terminé en dix-huit mois et payé 300 écus (1589).

[.a Cathédrale possède aussi un bon tableau de lui, une Assomption.

Paris. — Afasée du Louvre. — Le Mystère de la Passion. — L'enfant Jésus, nu et endormi, est couché sur les genoux de la Vierge. Pendant son sommeil les anges lai présentent les instruments de la Passion : les clous, la couronne d'épines, le calice. Derrière la Vierge, à droite, saint Joseph et un saint évêque. Sur le devant du tableau du même côté, saint Baptiste jouant avec un mouton. M. Î^SS. L. l'"56. Figures de grandeur naturelle.

CAMÏLLO GAVASSETTI

NÉ EN , MOKT ES l(!38.

Camillo Gavassetti fut à Modène, après Bartolomeo Scliidonc, le peintre qui lit le plus d'honneur à l'enseignement des Garraches, dont l'induence se substitua, sur la fin du xvi° siècle, à celle des traditions raphaélesques ou corrégiennes. Malheureusement il mourut jeune, et ses œuvres sont rares, bien qu'il ail été prodigieusement laborieux. La plupart des peintures murales qu'il fit à Modène furent détruites dans le courant du xvm° siècle ; du temps de Lanzi, c'était à Plaisance qu'il fallait aller pour connaître son talent harmonieux, abondant, agréable. Il avait orné le chœur de l'église San Antonio, dans cette ville, des peintures tirées de l'Apocalypse, d'une exécution si extraordinaire que le Gnerchin ne tarissait pas d'éloges lorsqu'il en parlait, pendant son séjour à Plaisance. A Santa Maria di Gampagna il était entré hardiment en lutte avec le Tiarini, dont la peinture était certainement plus soignée et plus correcte que la sienne ; mais Gavassetti compensait par l'abondance gracieuse et l'entrain chaleureux de ses compositions les défauts d'exagération dans les mouvements et de négligence dans le dessin qu'on pouvait lui reprocher justement et qui étaient dus à l'incroyable rapidité avec laquelle il exécutait ses travaux.

Georges LAFENESTRE.

ÉCOLE DE FERllARE

GALASSO GALASSI

FLOBISSAIT DE l'iOO A 1420.

Vasari raconte, dans la vie de Nicolas d'Arezzo, que le portrait de ce sculpteur, mort en 1417, fut lait par un de SCS amis intimes,"- Galasso de Ferrare, qui travaillait, vers 1404, en compagnie de plusieurs autres peintres, aux fresques d'une église de Bologne, appelée la Casa di Mezzo, près de la porte San-Mamolo. Nous pouvons mettre à cette date la période laborieuse d'un artiste qui jouit d'une grande renommée, mais dont le temps a anéanti presque toutes les œuvres. C'est par erreur qu'on a voulu voir dans Galasso un élève de Pietro délia Francesca qui ne put sans doute être appelé à Ferrare par le duc Borso que vers 1452, c'est-à-dire à une époque où (ialasso était depuis longtemps passé maître. Galasso reçut ses premières leçons dans le pays, c'est-à-dire à Venise ou à Bologne , sinon à Ferrare. A Bologne même, Lanzi remarque que ses premières peintures, dans l'église de la Mczzaratta, ont un caractère bien différent de toutes les peintures de la même époque qui les environnent. Ce sont des Scènes de la Passion; le caractère des tètes y est plus étudié (ju'on ne faisait d'ordinaire à cette époque ; les chevelures et les barbes y sont plus détaillés que dans les tableaux primitifs, les mains sont petites, tenant presque toujours les doigts écartés. On y remarque, en somme, quelque chose de très-particulier et de très-nouveau qui distingue Galasso de ses contemporains Vénitiens, Florentins ou Bolonais. 11 séjourna fort longtemps à Bologne, où il lit, entre autres choses, en 1450, une Assomption pour l'église Santa Maria del Monte, dans laquelle il avait placé les portraits du cardinal Bessarion, légat du pape, et de Nicolas Perotto, son secrétaire, et pour la sacristie de Santa Maria délie Rondini, une Madone entre S. François, S. Jérôme, S. Bernard, S. Georges, peinture savoureuse et forte, où l'on admirait de belles architectures, des attitudes justes, des draperies bien entendues. Ces grands ouvrages ont disparu, mais les galeries particulières de Ferrare conservent un certain nombre de ses petits tableaux. Galasso mourut à Ferrare, vers l'âge de soixante-dix ans, et fut enterré dans l'église de Saint-Grégorio.

Galasso eut souvent pour collaborateur dans ses grands travaux un de ses compatriotes, Antonio Alberti, qui, après avoir reçu à Florence les leçons de Taddeo Gaddi, revint se fixer dans son pays, où il acquit une grande réputation, et fut chargé de peindre, sur les murs du palais del Paradiso, toute l'histoire du fameux concile de 1438.

GOSIMO TURA

NÉ VERSl'lOli; MORT EN l'(8I.-

Cosimo Tura, ou Gosmè, comme l'appelle Vasari, était élève de Galasso Galassi ; il ne tarda pas à dépasser son maître, dont il perfectionna, adoucit, agrandit la manière. Sa couleur a plus d'éclat, sa pâte plus de solidité; il dessine avec une étonnante précision; il apporte, dans l'arrangement de ses draperies comme dans l'ornementation de ses architectures, un soin extrême poussé jusqu'à la minutie. Ses figures de petite dimension, qu'il réussit supérieurement, sont tellement finies et léchées qu'elles ont l'air parfois de figurines d'émail ; elles rappellent souvent les figures d'Andréa Mantegna par la vérité des attitudes et la force de l'expression ; mais Cosimo Tura, passionné pour les études anatomiques, exagère, plus que son illustre contemporain, les effets de musculature et n'atteint pas toujours à la fière noblesse de son style.

Les peintures importantes (jifil iit à Ferrure, dans une chapelle de San Doinenico, ont disparu lorsque celte église fut modernisée au xviu* siècle ; mais on peut voir encore un beau spécimen de sa manière, lorsqu'il traitait les sujets de grande dimension, dans les volels de l'orgue de la Cathédrale, représentant V Annonciation d'un côté, et de l'autre la Victoire de S. Georges, au milieu d'ornements décoratifs de la plus grande richesse. Ce dernier ouvrage fut achevé le il juin 14G9 et payé 111 livres, comme il appert du livre de dépenses de la fabrique. Il ne reste aucune trace ni de la Madone assise sur son trône, qu'il peignit au-dessus de la grande porte de l'église dcgli Angeli, ni des SS. Loiois et, François (ju'on admirait aux deux côtés de l'autel, dans l'oratoire de Saint-Louis. Heureusement quelques parties des fresques qui décoraient le grand salon du palais de Schifanoja ont pu, en 1840, être débarrassées du badigeon que leur avait imposé le vandalisme pédantesquc du xviii* siècle : elles permettent d'étudier Gosimo Tura et ses contemporains dans un de leurs ouvrages les plus caractéristiques.

Le palais de Sciiifanoja (Esquive-ennui, chasse-souci) avait été bâti, à un seul étage, par le niarijuis d'Esté Alberto, en 1390. Ses successeurs, Nicolas et Lionello, y habitèrent quelquefois, mais le plus souvent le mirent à la disposition des grands personnages qui se rendaient à leur cour pour y traiter d'importantes aflaires. C'est ainsi qu'on y voit séjourner Demetrius, frère de l'empereur de Constantinople, Jean Paléologuc, en 1478. Borso I", lorsque son marquisat fut converti en duché, donna son développement entier à cette belle construction et s'occupa aussitôt d'y faire représenter ses faits et gestes dans la forme mythologique qui était alors à la mode. Il fit d'abord appel au célèbre peintre de Borgo San Sepolcro, Pietro délia Francesca, qui vint en effet à Ferrare, dessina plusieurs cartons, mais fut pris d'un tremblement nerveux dans les mains qui l'obligea à laisser son travail et à repartir pour son pays. Gosimo Tura fut ensuite appelé, et prit la direction des travaux qui continuèrent, après la mort de Borso, par les ordres de son frère et successeur, le duc Hercule I". Les peintures les plus importantes sont celles qui ornent le, grand salon; elles se divisent en douze compartiments, subdivisés eux-mêmes par une large bande d'ornements où sont peints les signes du zodiaque en deux parties superposées, le tympan supérieur représentant un des douze mois de l'année, le tympan inférieur les actions de la vie de Borso d'Esté correspondant aux diverses saisons. L'imagination à la fois audacieuse et naïve du xy° siècle s'est rarement donné plus libre carrière ; elle a rarement mêlé, d'une façon plus ingénieuse, l'observation naturaliste à la fantaisie mythologique. Le mois é' Avril, par exemple, est personnifié par Vénus, déesse de la Volupté, f[ui apparaît, dans le tympan supérieur, sur un char traîné par des cygnes, auquel est enchaîné le dieu de la guerre. A sa droite, épars dans la campagne, s'ébattent des couples amoureux; à sa gauche, ime troupe de jeunes gens, sonnant gaiement de divers instruments de musique, accompagne deux fiancés qui s'embrassent. Dans le ciel, les trois Grâces sourient à cette joie ; dans l'herbe courent des bandes de lapins, symboles de la fécondité. Sur la bande intermédiaire, on voit courir un taureau, portant sur son dos une femme demi-nue qui tient à la main une clef, la clef des champs, la clef de la belle saison. Plus loin une jeune femme, la Félicité maternelle, regarde à ses pieds jouer un bel enfant, tandis que la Débauche, sous la forme d'un avorton monstrueux dont la bouche tordue porte des défenses de sanglier, brandit d'un air menaçant le dard brutal qu'il tient à la main. Dans le tympan inférieur, le duc Borso, marchant sous des arcades magnifiques avec sa brillante escorte, donne une pièce de monnaie à un personnage mal bâti qui paraît être un bouffon ; plus loin le même duc, entouré de courtisans, de damoiselles, de valets, revient de la chasse, regardant en l'air un gerfaut étranglant un butor dans ses serres. Les sept compartiments qu'on a retrouvés encore visibles sous le badigeon, sont conçus dans des données analogues; les gestes héroïques du duc Borso y varient d'ailleurs fort peu ; s'il ne revient pas de la chasse, c'est qu'il y va, et à l'aller ou au retour il ne dédaigne pas soit de donner quelque aumône à un infirme, soit de recevoir lui-même le placetd'un solliciteur. Les cinq derniers compartiments sont perdus sans remède. Il est probable d'ailleurs que toutes les fresques retrouvées ne sont pas de la main de Cosmè; quelques-unes, celles du côté du levant, ont un caractère assez différent. Le comte Camillo Ladcrchi, qui a fourni aux derniers éditeurs de Vasari les notes biographiques sur Cosmè, n'est pas éloigné d'attribuer ces peintures à Lorenzo Costa ; Rosini, au contraire, penche évidemment pour Piero délia Francesca, mais il paraît bien difficile d'admettre cette

opinion, car le palais de Scliifanoja fut rebâti en 1469 et, à cette époque très-probablement, Piero avait déjà perdu la vue.

Au commencement du xvin' siècle, Baruffaldi, le consciencieux biographe des artistes ferrarais, disait ne connaître qu'une peinture sur toile de Cosimo Tura, qui, comme ses contemporains, préférait la fresque ou !c bois. C'était une magnifique Madone entre S. Augustin, S. Jérôme, S te Catherine, S te Apollonie, appartenant à l'église de San Giovanni Battista et qui fut vendue depuis au musée de Berlin. En revanche , on voyait encore, dans les églises de Ferrare, un certain nombre de ses tableaux de maître-autel, généralement divisés en compartiments qui lui permettaient de montrer, dans la composition habile de plusieurs petites scènes à nombreux personnages, la finesse de son pinceau, la rigueur de son dessin, la variété de son imagination. Cette division de la composition a contribué à la disparition de ces ouvrages intéressants qui, découpés en petits fragments, se sont presque tous disséminés dans les galeries publiques et particulières, sans qu'on en puisse toujours retrouver les traces.

On a longtemps regardé Cosimo ïura comme l'auteur des belles miniatures qu'on montre dans les livres de chœur à la cathédrale de Ferrare, et dans lesquelles on retrouve en effet ses habitudes de précision et de richesse dans l'exactitude analomique des figures, dans la maigreur terreuse des visages, dans le plissement minutieux des draperies; de récentes recherches faites dans les archives du Chapitre ont permis de retrouver les noms de tous les miniaturistes qui travaillèrent à ces livres ; quelques-uns sont des élèves de Cosimo Tura, mais le nom du maître n'y paraît pas. Ce sont aussi des documents nouveaux qui ont permis d'établir que Tura, dont la mort était précédemment placée en 1469, vivait encore en 1481, le 8 février. II lut enterré dans l'église de Saint-Georges.

Fbhbare. — On peut voir encore dans la Cathédrale de cette ville les deux grands volets d'orgue dont il a été parlé ci-dessus, \ Annonciation et 5. Georges; à la Pinacothèque (Ateneo Civico), un S. Jérôme et un Martyre de S. Maurelim, provenant de l'ancienne église de Sainttleorges hors des murs, signalé par Baruffaldi ; au Palais Schifanoja (auj. asile des sourds-muels), les sept fresques retrouvées en 1840 sous le badigeon, les Fastes du duc Borso, l'œuvre murale la plus importante du maître, et un grand nombre de petits tableaux dans des galeries particulières.

' LoNDHES. — La National Gallery possède trois tableaux intéressants de Cosimo Tura : 1° n° 590, le Christ mis au tombeau par S. Jean-Baptiste et Joseph d'Arimathie. Provenant de la collection du professeur llosini de Pisc Acheté en 1857 ; — 2* n" 772, la Madone avec l'enfant Jcsug sur un trône, entouré par six anges musiciens. Autrefois dans la collection Frizzoni de Bergame, puis dans celle de sir Charles Easllake. Acheté en 1867. — 3° n" 773, S. Jérôme dans te désert. Autrefois dans la collection Gostabili, de Ferrare, puis dans celle de sir Eastlake. Achelo enl8G7.

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