‹ Histoire des peintres de toutes les écoles (volume 5)Chapitre 71 sur 136 · DOMENICO MONA · texte numérisé non relu

DOMENICO MONA

NÉ EN 1J50, MORT EiN llJ02.

Domenico Mona, ou Monio ou Moni ou Monna, car rien n'est plus incertain que son nom, eut une existence des plus singulières et des plus agitées. Tour à tour moine, médecin, jurisconsulte, il finit par s'arrêter au métier de la peinture et y apporta, avec une rare habileté de main, des qualités tout à fait originales d'imagination et d'érudition. Élève de Bastaruolo, il ne resta pas longtemps sous la tutelle de son maître et exposa vite des œuvres de sa main à son propre compte. Cette insuffisance d'études premières et techniques devait se trahir toujours dans les œuvres de Mona, quelque effort qu'il put faire plus tard pour rattraper le temps perdu et se corriger de ses défauts les plus apparents. Aussi ses ouvrages sont-ils fort inégaux. Les deux Nativités qu'il fit pour Sta Maria del Yado, montrent chez lui, dans des proportions très-agréables, le goût florentin mêlé au goût vénitien. Son chef-d'œuvre, au jugement de Lanzi, serait sa Déposition peinte pour la sacristie de la cathédrale. Ses tableaux les plus médiocres (et quelques-uns le sont jusqu'au mauvais) étonnent pourtant et plaisent presque toujours par une certaine hardiesse d'ensemble qui indique un esprit puissant et ouvert. Son coloris est factice, mais d'une vivacité fort plaisante. Il paraît qu'il laissa des œuvres si inférieures que son élève Jacopo Bambini en eut honte pour lui et les retoucha par piété pour la mémoire de son maître. La fin de la vie de Mona fut aussi troublée que son commencement; d'humeur fantasque et violente, dans un des accès de folie qui précédèrent l'accès final qui l'emporta, il tua un personnage de la cour du cardinal Aldobrandino et fut, à la suite^ de ce meurtre, exilé de l'état de Ferrare. Il se réfugia à Modène, puis à Parme ; c'est là qu'il mourut probablement à l'âge de cinquante-deux ans. Ses meilleurs élèves lurent Jacopo Bambini et Giulio Cromer, dit le Croma.

Ferrare. — La Cathédrale conserve encore trois peintures importantes de Domenico Mona : une Déposition, une Résurrection, une Ascension. — La galerie Costaeili

possédait, if y a quelques années encore, une Ascension de Jésus- Christ, une Déposition de Croix, une Cène, une Vierge en gloire avec Ste Barbe et S. François.

CARLO BONONI

KÉ EN IbC9, NOBT EN I633.

Carlo Bononi est, à Ferrare, le plus grand nom de la période académique qui suivit la décadence des

grandes écoles, et qui là, comme dans presque toute l'Italie, subit l'influence des Carraches. Né d'une famille aisée, il reçut une éducation soignée et entra de bonne heure dans l'atelier de Giuseppe Mazzuoli, dit le Bastaruolo, dont il a été parlé ci-dessus. En 1589, quand mourut son maître, le jeune homme, se sentant de force à travailler seul, rechercha quelques commandes de petits tableaux. La première qui lui fut faite était celle d'un ex-voto pour l'église de la Trinità, dans laquelle il devait représenter le donataire et sa femme aux pieds de la Vierge; Bononi, accoutumé à faire des études de clair-obscur d'après les plâtres ou les modèles vivants, et tout préoccupé de la recherche des effets lumineux, plaça les deux tètes de telle façon qu'elles étaient violemment éclairées d'un côté, tandis que l'autre partie était dans l'ombre. La dame, peu sensible aux beaux effets pittoresques, s'emporta violemment, déclara que le peintre s'était moqué d'elle en lui noircissant la moitié du visage, et refusa tout net de le payer. L'affaire fut portée à Bologne devant un tribunal de peintres, présidé par Guido Reni, qui déclara naturellement que Bononi n'avait fait qu'exercer son droit, et lui fit payer ce qui lui était dû; ce jugement eut pour conséquence d'attirer sur lui l'attention des amateurs en même temps que l'intérêt de ses confrères. Les commandes lui arrivèrent alors de toutes parts; Barufîaidi cite un grand nombre de tableaux qu'il fit, dès celte époque, soit pour des établissements religieux, soit pour des particuliers de Ferrare. Malgré ce succès, il ne tarda pas à s'aviser lui-même de tout ce qui lui manquait encore pour être un artiste accompli, et, quoiqu'il fût dès lors surchargé d'embarras domestiques, il s'arrangea de façon à aller compléter ses études à Rome. Après deux ans de séjour dans cette ville, où il fréquenta assidûment les académies de modèles vivants qui y étaient installées, il s'arrêta une année encore à Bologne, « jusqu'à ce qu'il se fût mis en possession, dit son biographe, du style et de la couleur des Carraches, ce qui était d'ailleurs conforme aux premiers principes qu'il avait reçus comme aux habitudes qu'il avait déjà prises, et dès lors il ne s'avisa plus de goûter d'autre manière. » En effet, les séjours assez longs que fit encore Bononi à Venise et à Parme paraissent n'avoir eu sur son talent qu'une médiocre influence, nullement comparable à celle qu'il subit de la part des Carraches à Bologne. Il est même arrivé fréquemment que ses ouvrages soient attribués à Lodovico Carracci.

Lanzi remarque, à ce propos, que l'erreur est plus facile à commettre pour les petits tableaux que pour les grandes compositions. Dans les petits tableaux de Bononi la force du dessia, l'expression très-accentuée des têtes, la vigueur des reliefs, la disposition générale de l'ensemble peuvent faire illusion et donner au travaill'apparence d'un travail bolonais. Dans les grandes machines, au contraire, il s'éloigne des Carraches pour se rappiocher des Vénitiens, et pour chercher, comme eux, l'effet de sa composition, non pas dans la disposition savante d'un petit nombre de personnages expressifs, mais bien dans l'emploi hardi de figures très-nombreuses mêlées à des architectures luxueuses et compliquées. Bononi excellait dans l'arrangement de ces grandes scènes décoratives, dont les plus célèbres étaient le Fcslin d'IIérode qu'il fit pour l'église de San Bencdetlo, les Noces de Cana qu'il peignit plusieurs fois, chez les Chartreux, à Sta Maria del Vado et autre part encore, et avant tout le Souper d'Assuérus placé dans le réfectoire des Chanoines réguliers de S. Giovanni à Ravenne. « Bononi, dit Lanzi décrivant cette toile avec enthousiasme, ne fit jamais d'autre ouvrage qui plût autant ni à lui-même, ni aux autres. » Le monument le plus riche en peintures de Bononi est Santa Maria del Vado ; les parois et les plafonds en sont couverls et montrent, sous tous ses aspects, la variété de son talent. On raconte que lorsque Le Gucrchin venait à Ferrare, il ne manquait guère de passer par cette église et d'y contempler ces peintures. Bien que la vanité locale ait mis Bononi ^ur le même rang que les Carraches, il est juste de reconnaître qu'il y a entre eux et lui presque toujours la différence qui sépare l'imitateur des initiateurs. Toute sa vie fut une longue rivalité avec son compatriote Ippolito Scarsella, qui inclinait beaucoup plus que lui vers Venise et résislait même à l'influence bolonaise; cette émulation était mise à profit par leurs compatriotes, qui se plaisaient à les fiiire travailler l'un en face de l'autre dans les mêmes monuments. Bononi, très-habile à brosser rapidement et largement de vastes machines, n'était pas moins apte à exécuter avec le plus grand soin les petits tableaux de cabinet; aussi ses ouvrages, dans ce genre, étaient-ils extrêmement recherchés.

'Carlo Bononi mourut le 3 septembre 1632. Il eut de nombreux élèves, mais qui ne s'élevèrent guère

au-dessus de la médiocrité. Les plus connus d'entre eux sont Lionello Bononi, son neveu, qui l'aida dans ses travaux durant toute sa vie, et Alfonso Rivarola, surnommé le Ghenda, qui fut reconnu, après la mort de Bononi, comme le plus capable de terminer les ouvrages que le maître avait laissés inachevés. Quel([ues autres, tels que Gio B;iltisto délia Torre et Gamillo Berlingliicri, moururent très-jeiines et n'ont laissé qu'un petit nombre d'œuvres incomplètes.

Ferrare. — Des peintures do Dononi se trouvent encore dans presque toutes les églises de cette ville. Le Guide signale entre autres : dans l' église du Gampo Santo un Saint Bruno; à San Domenico S. Thomas d'Aquin tt S. Dominique; à Sta Maria del Vado, la Visitation, le Couronnement de ta Vierge, le Paradis, le Miracle de l'Hostie, le Sposalizio terminé, après la mort du peintre, par Ghenda. — A San Paolo les peintures du chœur sont dues en partie

à Bononi, en partie à Scarsellino. — La Pinacothèque possède une de ses nombreuses Noces de Cana.

Milan. — Musée Bréra. N»434. La Vierge avec l'Enfant Jésus et S. Joseph sur un haut piédestal. Autour d'eux S. François, S. Gharles, Ste Claire, Ste Lucie. Ce tableau provient du couvent des Glarisses à Fabriano.

Florence. — Musée des Uffizii. N" 104. L'Ange délivrant S, Pierre de prison.

FRANGESCO NASELLI

KORT VERS IUjU.

Bien que Francesco Naselli ait rjçu sa première instruction dan^ l'atelier de Bastaruolo, on peut le ranger dans l'école des Garraches, dont il suivit les principes et imita la manière. Il fréquenta de bonne heure à Ferrare une académie pour l'étude du modèle nu qu'il avait contribué à fonder lui-même, car il appartenait à une famille noble et riche; mais il lit aussi plus d'un voyage à Bologne pour y suivre les travaux de l'école des Garraches. Du temps de Lanzi, on voyait encore dans les églises et les collections de Ferrare un certain nombre de copies que Naselli avait faites d'après les chefs-d'œuvre des maîtres bolonais. C'est ainsi qu'il avait reproduit pour l'église S. Giorgio degli Olivetani deux Miracles de saint Benoit peints, à S. Michèle in Bosco, l'un par Lodovico Carracci, l'autre par Guido Reni; et pour la Chartreuse la Communion de saint Jérôme d'après Agostino. A la suite de ces patientes études, Naselli aborda avec succès les grandes compositions originales dans lesquelles il déploya une active fertilité d'invention; l'exécution en est large, vive, mouvementée ; la peinture est fortement empâtée, disposée par grandes masses, tirant sur le ton bronzé dans les carnations. La Santa Francesca Romana au couvent des Olivetani, son Assomption à San Francesco, et les nombreuses Cènes qu'il fit dans divers réfectoires rehgieux établirent sa réputation, qui dura longtemps, car Lanzi rapporte qu'en 1772 ses peintures provenant de la Scala furent vendues très-cher, au même prix que celles des Garraches, de Bononi et de Scarsellino. Francesco Naselli eut pour élève son fils Alessandro Naselli, qui fut un artiste des plus médiocres.

COSTANZO CATTAMO

ni EN 1G02, MORT JEN 16Gj. ,

Gostanzo Gattanio fut, lui aussi, un fidèle imitateur des Bolonais, mais c'est à Guido Reni plus qu'aux autres qu'il s'attacha définitivement. Son talent eût été plus grand et son œuvre plus nombreuse si, comme beaucoup d'artistes de son temps, il n'avait aml)itionné la gloire du spadassin en même temps que celle du peintre. « J'ai vu, dit Lanzi, son portrait peint et gravé, et il a toujours l'air menaçant . » C'était à Michel- Ange de Garavage qu'on devait cette mode, prise par les artistes du temps, de ferrailler à tout propos et de menacer le monde par leurs airs féroces. Gattanio paraît avoir été un véritable bravo; aussi vécut-il presque toujours exilé, poursuivi de condamnations par contumace, aux gages de grands seigneurs qui lui achetaient ses peintures, mais qu'il se chargeait d'accompagner et de défendre dans leurs expéditions dangereuses. On ne s'étonnera pas que ses tableaux reflètent quelque peu ses mœurs; aussi, en général, y voit-on beaucoup de mines farouches d'aventuriers et de sbires. La sauvagerie des sujets y fait contraste avec la tendre élégance d'une exécution noble et efféminée comme celle de son maître. Gattanio s'inspirait volontiers des gravures

d'Albert Durer et de Lucas de Leydc, où il trouvait des types étranges de casques et d'armures qui souriaient à son imagination batailleuse. Ce soudard avait aussi ses heures de piété, car ses meilleurs tableaux furent des tableaux religieux, un Saint Antoine dans l'église de Corlo et une Cène dans le réfectoire de S. Silvcstro à Fcrrare.

Cattanio forma de nombreux élèves, Francesco Fantozzi dit II Parma, Carlo Dorsati, Camillo Setti, Giuscppe Avanzi, tous d'ailleurs assez médiocres. Un seul d'entre eux acquit une réputation méritée, c'est Giovanni Bonatli, qui, après avoir voyagé dans toute l'Italie, s'était installé à Rome, où il mourut subitement à peine âgé de trente-cinq ans.

Après Cattanio, l'école ferraraise disparaît tout à fait ou se confond de plus en plus avec les écoles voisines. Maurelio Scannavini et Giacomo Parolini, les deux seuls noms qu'on puisse citer dans cette dernière période, ne sont que des élèves consciencieux et timides de Carlo Cignani, dont le rôle a été apprécié dans l'école bolonaise.

Georges LAFENESTRE.

LISTE DES GRAVURES

INTERCALÉES DANS LE TEXTE

NOMS DES PEINTRES

LE CORREGE.

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