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Les Carlone, qui ont fourni à l'école génoise plusieurs générations de sculpteurs, d'arcliitectes et de peintres, étaient originaires de la Lonil)ardie. En 1560, Giovanni Carlone, sculpteur d'ornements (cZ'araiescAi e fof)liami), né à Rovio, vint se llxcr à Gènes avec ses deux fils, Taddeo et Giuseppc. Taddeo, qui plus tard alla achever son éducation artistique à Rome, cultiva à la fois la peinture, la sculpture et l'architecture, et se distingua surtout dans ces deux derniers arts. Giuseppc, son cadet, l'aida dans ses travaux et exécuta lui-mômc quelques statues remarquables; il eut deux fils, Bernardo et Tommaso, qui se signalèrent également comme sculpteurs. De Taddeo naquirent aussi deux fils, Giovanni et Giovanni-Battista, qui comptent parmi les plus habiles peintres de fresques qu'ait produits l'école génoise.
Après avoir reçu les leçons de Taddeo, son père, et celles du peintre siennois Pietro Sorri, Giovanni Carlono fit le voyage de Rome et de Florence. Dans cette dernière ville il se forma à l'art difficile de la fresque sous la direction du Passignano, beau-père de Sorri. Revenu à Gènes, il épousa la fille du peintre Bernardo Castello et fut bientôt employé à des travaux considérables. Les riches églises du Gesù (Sant'Ambrogio) et de l'Annunziata del Guastato sont remplies de ses ouvrages. Au Gesïi, il peignit, sur la voûte du chœur, V Adoration des Mages et V Entrée à Jérusalem; sur la voûte du transsept, V Erection de la croix et le Couronnement de la Vierge; sur la voûte de la grande nef, la TransTiguralion et le Jugement dernier; dans la coupole, enfin, le Paradis. Cette dernière fresque, altérée par l'humidité, fut restaurée au dix-huitième siècle par Domenico Parodi; on n'y distingue plus guère aujourd'hui que la Vierge, vêtue d'une robe rose et d'un manteau bleu.
28 ECOLE GENOISE.
les bras ouverts, debout sur des nuages dorés, au milieu des anges, et semblant planer sur les ruines que le temps a amoncelées dans le bas de la composition. Les autres peintures sont bien conservées; elles frappent par la force de l'exécution, par la vigueur extraordinaire du coloris; leur intensité nous a paru d'ailleurs fort habilement calculée pour soutenir l'éclat des ornements d'or et des marbres de couleur qui se montrent à profusion dans l'église. Les deux grandes compositions peintes au-dessus du chœur, l'Adoration des Mages et V Entrée à Jérusalem, attirent p.articulièrement l'attention par leur belle ordonnance. Le Couronnement de la Vierge est peint dans une manière qui nous a rappelé les élégantes fresques du Dominiquin, de Saint-Louisdes-Français : Marie est agenouillée entre son Fils qui la couronne et le Père Éternel ; au-dessus plane la divine colombe ; ce groupe est soutenu par de jobs petits anges, et, tout au tour, des séraphins chantent et jouent de divers instruments. Autant Giovanni a mis de grâce dans cette composition, autant il a déployé de vigueur dans sa fresque du Jugement dernier : le Christ, plein de majesté, est assis sur les nuées, entre sa mère et saint Jean, et entouré d'anges dont quelques-uns sonnent de la trompette ; au-dessous, les élus placés à la droite du Christ contrastent par leur tranquilUté sereine avec les damnés qui s'agitent convulsivement, du côté opposé.
Sur les voûtes de la nef centrale et des transsepts de l'Annunziata, Giovanni Carlone exécuta, dans le môme style, divers sujets du Nouveau Testament (y Epiphanie, Y Entrée à Jérusalem, la Prière au Jardin, la Résurrection, V Ascension, la Descente du Saint-Esprit, V Assomption de la Vierge,etc.). Son frère Giovanni- Battista, plus jeune de quatre ou cinq ans et qui, comme lui, avait étudié à Florence à l'école du Passignano, et à Rome, compléta la décoration de l'église' en peignant sur les voûtes des nefs latérales, d'un côté des scènes de l'Ancien Testament (le Frappement du rocher, les Israélites traversant le Jourdain et Joseph donnant audience à ses frères), de l'autre côté des épisodes empruntés aux Actes des apôtres [Saint Paul prêchant, Saint Philippe baptisant. Saint Simon et saint Jude dans la capitale de la Perse). Lanzi a porté suil'œuvre colossale accomplie par les deux frères dans cette splendide église de l'Annunziata, un jugement qui mérite d'être reproduit : » Il serait difficile, a-t-il dit, de trouver ailleurs un ouvrage aussi vaste, exécuté avec autant d'ardeur et de soin en même temps ; des compositions aussi riches et aussi neuves, des têtes aussi variées et. aussi animées; des figures dont les contours aient plus de netteté, et qui soient aussi bien détachées de leurs fonds; des couleurs aussi vives, aussi brillantes, aussi fraîches, après une si longue suite d'années. On y distingue un rouge (peut-être trop fréquemment reproduit) qui est semblable à la pourpre ; un bleu qui est celui du saphir ; un vert, que les artistes admirent surtout et qui n'est comparable qu'à celui de l'émeraude. L'éclat dont brillent ces couleurs fait songer aux peintures sur verre, ou à celles que l'on exécute en émail, et je crois n'avoir trouvé chez aucun peintre de l'Italie une méthode de coloris aussi neuve, aussi agréable, aussi séduisante. Des yeux habitués aux teintes de Raphaël, du Corrège, d'Andréa del Sarto, ont trouvé, en leur comparant celles des deux frères, que ces dernières paraissaient voisines de la crudité; mais, en matière de goût, où il existe tant de moyens divers de plaire, qui pourrait prétendre à satisfaire tout le monde également?.... La i-essemblance de style fait que ceux qui manquent d'expérience, attribuent à un seul maître les peintures des trois nefs de l'Annunziata ; mais ceux qui s'y entendent mieux reconnaissent les sujets peints par Giovanni-Battista à un goût plus délicat dans les teintes et dans le clairobscur, ainsi qu'à un dessin plus large et plus grandiose. » Le peintre Luigi Scaramuccia, dans son livre publié à Pavie, en 1674, sous ce titre : Le finezze de'' pennelli itaUani, prétend que Gio.-Battisla Carlone exécutait ses peintures à fresque, c'est-à-dire sur un enduit humide, mais qu'il les retouchait ensuite à sec ijpitturo fatte in fresco, ma ritoccate in secco). Ratti confirme ce renseignement et explique que la première couche de peinture (intonaco di tinta) appliquée sur l'enduit avait pour but de protéger contre l'effet de la chaux les couleurs avec lesquelles l'artiste traçait définitivement ses figures, si bien que celles-ci avaient autant de reliel et d'éclat que si elles eussent été peintes à l'huile. Cette méthode était sans doute commune aux deux frères, car s'il est vrai, comme Lanzi l'a fait observer, que Gio.-Battisla eut plus de génie et plus
■ ' Les fresques du chœur ont été exéculées par tî. Benso. Voir ci-après la notice consacrée à ce peintre.
d'habilctô que Giovanni, on remarque néanmoins la plus entière conformité dans la manière de peindre des deux frères.
Giovanni Garlone fut enlevé dans toute la force de l'âge; il mourut en 1630, à Milan, où il avait été appelé pour peindre les voûtes de l'église Saut' Antonio (des ïliéatins). Cette décoration, dont il avait exécuté la moitié à peine, fut terminée par son frère : les sujets sont relatifs à l'histoire de la Sainte Croix. Giovanni- Battista survécut cinquante ans à son aîné, et produisit, dans ce long espace de temps, une multitude d'ouvrages tant à l'huile qu'à fresque. Son tableau le plus estimé est le Martyre de saint Clément, qui est placé dans une chapelle de l'Aununziata ; nous l'avons vu récemment et nous avons été frappé de l'énergie avec laquelle la scène est rendue. Les mains liées et la tète en bas, le saint est attaché à une roue qu'un bourreau, vêtu de bleu, tourne violemment, tandis qu'un autre homme, en caleçon rouge et ceinture blanche, frappe le martyr avec des verges. Le tyran qui a ordonné le suplicc est assis dans une loggia d'une riche arcliilecturc. Jésus apparaît, du haut du ciel, au saint confesseur, dont le visage renversé respire la sérénité et la foi. Cette composition est flanquée de deux autres toiles représentant des épisodes du martyre de saint Clément, et, sur la voûte de la chapelle, Gio.-Baltista a peint à fresque la Glorification du saint pontife. La suavité de cette dernière scène forme une opposition heureuse avec le réalisme des sujets retracés dans les tableaux.
Le judicieux Lanzi déclare que, dans les innombrables ouvrages exécutés par Gio.-Battista Carlonc, on ne remarque auciuic trace de cette négligence qui peut être reprochée à la plupart des frescjuistes, et que, soit dans ses peintures à l'huile, soit dans ses fresques, « il sut allier l'éclat du coloris à l'élégance du dessin, la promptitude de l'exécution à la rectitude de l'ordonnance ». Et il ajoute : « Quelques personnes auront peutêtre de la peine à ajouter foi à ce que je rapporte de Gio.-Batlista, car il paraît incroyable que l'on connaisse aussi peu un peintre qui réunit en lui des qualités si difllciles à concilier. »
Ce vaillant artiste conserva jusqu'à latin de sa longue carrière toute sa vigueur d'esprit et toute sa fermeté de main, comme on peut en juger d'après les fresques qu'il exécuta vers les derniers temps de sa vie, dans l'église de Saint-Sébastien. Il mourut en 1680, à l'âge de quatre-vingt-six ans environ. Sa femme Nicco- Ictta Scorza lui avait donné vingt-quatre lîls, dont deux, Andréa et Niccolo, cultivèrent la peinture.
Andréa ou Giovanni-Andrea naquit en 1639, comme Ratti l'a constaté sur le registre de la paroisse de Sainte-Sabine, et non en 1626, comme l'a prétendu Pascoli. Après avoir reçu de son père les premières leçons, il alla travailler à Rome, à l'école de Carie Maratte, et séjourna ensuite à Naples, à Messine, à Venise. De retour dans sa ville natale, vers 1678, il orna une chapelle de l'Annunziata del Guastato d'une fresque représentant VAssoviption et de quatre tableaux à l'huile, la Présentation de la Vierge au temple, la Visitation et deux Prophètes. Il peignit ensuite pour S. Nicolas de Tolentin deux tableaux relatifs au patron de cette église ; ils ont été vantés par Ratti pour leur belle ordonnance, pour la variété des attitudes, pour la vivacité et la justesse des expressions, et pour une certaine grâce que peuvent seuls apprécier ceux qui ont la pleine connaissance des difficultés de l'art (di cui sol pua docidere, chi la dificilissima arto nostra appicno conosce).
Après avoir exécuté quelques autres travaux à Gènes, Andréa, dont la réputation commençait à grandir, fut appelé à Pérousc par les Jésuites, qui le chargèrent de la décoration de leur église. Il peignit sur les voûtes du transsept diverses scènes tirées du livre de Josué. L'auteur d'un excellent Gtiido de Pérouse', Baldassare Orsini, dit que, pour se dispenser de représenter les personnages de ces compositions, suivant les règles difficiles de la perspective de bas en haut [cli sotto in su), « Gianandrea Carloni » imagina de les figurer sur des tapisseries feintes, soutenues par de petits génies. Il ajoute que, bien que traitées d'une manière expéditivc, ces peintures font beaucoup d'effet, et offrent quelques parties dessinées et coloriées d'une façon magistrale. Le même écrivain signale comme dénotant un pinceau habile, mais comme ayant été exécutées avec une excessive hâte, les fresques dont Andréa a décoré l'église de Sauf Ercolano et dans lesquelles il a représenté les Actes et la Glorification de saint Paul. Les peintures de la tribune de l'église des Philippins, relatives à Esther et à Sisarra, sont traitées avec la même négligence; en revanche, les livangélistes des pendentifs de la coupole
' Guida al forestière per l'augusta città di Perugia (1784), p. 190.
sont étudiés avec soin et dessinés avec une certaine vigueur. D'autres ouvrages ont été exécutés par Andréa dans diverses églises et au palais public de Pérouse. A Foligno, où il se rendit ensuite, il peignit à la cathédrale quelques sujets de l'Iiistoire de Saint Félicien. Puis il alla à Rome, oii il décora une chapelle du Gesù appartenant au cardinal génois Ncgroni, de fresques relatives à Saint François-Xavier, que Lanzi cite parmi ses meilleures productions et qui lui valurent d'être nommé membre de l'académie de Saint-Luc.
A Gènes, oii il revint enfm se fixer, Andréa fut accablé de commandes. Parmi les innombrables ouvrages qui appartiennent à cette dcrniôrc partie de sa carrière, il nous suffira de citer ici les fresques de la somptueuse chapelle de la famille Senarega, à la cathédrale, représentant les Actes de saint Sébastien; celles de deux chapelles de l'église Saint-Cyr, la Résurrection des Morts et la Vision de l'Agneau; la Trinité peinte sur la voûte de Téglise des SS. Jacques et Philippe ; les Arts libéraux elles Parques filant la vie de Vhomne, plafonds, au palais Brignole-Sale, etc.
Dans cette multitude de peintures, il y a sans doute plusieurs morceaux d'une invention heureuse et d'une facture brillante ; mais beaucoup aussi sont faiblement conçus, et, pour me servir d'un terme d'atelier, paraissent avoir été exécutés de chic. Andréa Carlone possédait une connaissance approfondie des règles de son art, et était doué d'une facilité tout à fait surprenante; malheureusement, ni la science acquise ni la verve ne sauraient suppléer dans les arts d'imitation à l'observation directe et constante de la nature. Pour avoir trop souvent perdu de viie cet incomparable modèle, Andréa Carlone est tombé dans la convention; si ingénieux, si spirituel qu'il se soit montré parfois, il est resté bien au-dessous de son père et de son oncle; ceux-ci se rattachent encore aux grandes écoles du seizième siècle; il appartient à la décadence.
Son frère cadet, Niccolo, qu'il associa fréquemment à ses travaux, ne s'éleva pas au-dessus de la médiocrité. On mentionne parmi ses productions, un Saint François en gloire, peint à fresque sur la voûte d'une chapelle de l'église Saint-Philippe de Néri, et les huit Docteurs de l'Eglise, tableaux à l'huile qui décorent le grand salon du séminaire de Gènes. Il devint aveugle et mourut en 1714, à l'âge de soixante-dix ans.
OEUVniî DE GIOVANNI.
Soprani dit que Giovanni exécuta quelques peintures à l'huile à l'Ânnunziata di l'ortoria, mais il n'en fait pas connaître les sujets, et ni Hatti ni les différents Guides que nous avons consultés ne suppléent à son silence. L'œuvre de ce maître se composant presque exclusivement de fresques; on s'explique qu'il soit si mal apprécié hors de son pays. Outre ses grandes décorations de ^.^nnunziatadel Guastato et du Gesù, on cite: les peintures de la chapelle de Notre-Dame du Rosaire, dans l'église do S. Domenico; diverses compositions dans des palaisappartenant aux familles Spinola et Pallavicini, à Gènes; des scènes bibliques et mythologiques, dans unpalazzitio situé à Albaro et ayant appartenu à la famille de l'historien Soprani et, depuis, à la famille Defranchi.
ŒUVBK DE GIO.-DATTISTA.
GÊNES. — Outre les fresques des petits nefs et de lavoûte de la chapelle de Saint-Clément, Gio.-Tiattisla peignit àl'Annunziata del Guastato, la coupole delà chapelle de Notre- Dame de Lorette, Cette église a de lui encore les tableaux suivants : Saint Pierre d' Alcatitara adorant la croix, Saint Bernardinressuscita?it un mort, Saint Bernardin et saint Bonaventure, le Bienheureux Andréa da Spello faisant jaillir l'eau </'unroc/ier. L'église de Saint-Cyr est remplie de fresques qui comptent parmi les meilleures de Gio.-Battista : la Glorification de Saint-Cyr (voûte du chœur); un Miracle de saint Cyr (tribune) ; la Vocation et le Crucifiemeul de saint Pierre et la Chute de Simon le Magicien (voûte de la nef principale); Constantin en adoration devant le labarum et Héraclius portant la sainte Croix (voûtes des grandes chapelles du trans-
sept) ; le Paradis (coupole). Ces peintures, que Scaramuccia qualifie à bon droit de vaghe e belle, ont été fort lestement dépréciées par Cochin {Voyage d'Italie, 1758) : « Les plafonds de Carloni le fils, dit-il, sont passables, mais d'une couleur trop jaune. »
Église du Gesù : les Evangéàsles, pendentifs do la coupole. — Église de Saint-Sébastien : la Montée au Calvaire. le Sacrifice d'Abraham et le Frappement du rocher, fresques de la voûte du chœur ; un sujet de la vie de Saint Augustin, voûte du maître-autel. Gio.-Battista était octogénaire lorsqu'il exécuta ces peintures. — Chapelle de l'ancien palais des Doges : fresques représentant Christophe Colomb découvrant les Indes, divers sujets de l'histoire religieuse de Gênes, la Vierge recevant les clefs de la ville (voûte). — Palais-Royal: Aslrée se présentant à Jupiter, voûte de la petite galerie. — Hôpital des pauvres : la Vierge et les Saints protecteurs de Gênes, fresque de la façade. — Palais Negroni : Mars et Bellone, Jupiter et Vénus, Jupiter et Junon, fresques d'une . galerie. — Palais Doria : Moïse sauvé des eaux (voûte de la grande salle), « mirabilmente espresso», dit Ratti; sujets relatifs à Salomon et à Constantin le Grand, peints à fresque dans d'autres salons. — Palais Spinola (rue Neuve) : l'Enlèvement des Sabines et d'autres Scènes de l'histoire romvine, fresques ; le Crucifiement et Saint Jacques mettant les Maures en déroute, tableaux.
Albaro. — Église de Sainte-Claire : la Mort de sainte Claire, fresque de la voûte du raaitre-autel.