KÉ EN
VORT EN lUnS.
Ansaldo eut pour maître Orazio Cambiaso, mais, suivant la remarque de Ratti, les leçons de ce peintre médiocre lui furent moins profitables que l'étude de la nature. II était né à Voltri, et ce fut dans cette ville qu'il exécuta ses premiers ouvrages : le meilleur, qui appartient à l'église des Sainls-Nicolas-et-Erasme, représente Saint Charles Borromée faisant une procession dans les rues de Milan pour obtenir la cessation de la peste. Les pieds ùus et la corde au cou, le pieux archevêque porte un crucifix, près duquel voltigent deux chérubins; il est suivi de son clergé et précédé de deux diacres dont l'un tient un encensoir; au premier plan, une femme agenouillée prie avec ferveur, près d'une jeune mère que le fléau a frappée et au sein de laquelle un enfant est suspendu. Le beau raccourci de ce cadavre, la correction avec laquelle les nombreuses figures de la composition sont indiquées aux divers plans, la force et la justesse des expressions, fout de ce tableau une véritable œuvre de maître.
A Tortone et à Sarzanc, Ansaldo fit plusieurs tableaux. Il vint ensuite à Gènes, où il peignit, en 1629, pour l'oratoire de Saint-Antoine, une Cène qui se recommande, selon Soprani, par l'élégance du dessin, la beauté de la composition, la vivacité des couleurs, l'habile dégradation des plans, la richesse des hgnes architecturales et la vérité avec laquelle sont rendus certains détails, les vases d'argent par exemple. Gomme il travaillait à cet ouvrage, l'Ansaldo apprit que Giulio Benso, qui était beaucoup plus jeune que lui, avait reçu la commande d'une fresque pour l'oratoire même de Saint- Antoine; il en éprouva le plus vif déplaisir et eut avec son rival une violente altercation, dans laquelle il fut grièvement blessé.
Il serait trop long d'énumérer les tableaux à l'huile que l'Ansaldo fit à Gènes; il nous suffira de citer, parmi les plus estimés, les Scènes de la vie de saint Laurent, qu'il retraça sur les portes de l'orgue de la cathédrale, la Vue des nouvelles fortifications, et une très-belle figure de la Prudence, qu'il peignit au palais Durazzo (Palais-Royal). Comme peintre de fresque, il fut un des maîtres les plus féconds et des plus savants de l'Ecole génoise. Il décora les palais des Brignole, des Imperiali, de Gio.-Bat. Doria, dcGio.-Paolo Spinola; la chapelle de l'Immaculée-Gonception à Saint-Pierre de' Banchi, etc. Son œuvre la plus considérable, en ce genre, est la coupole de l'église de l'Annunziata del Guastato ; il y représenta V Assomption de la Vierge, avec une multitude d'anges et de saints groupés avec un art parfait au milieu d'architectures feintes. et de perspectives imposantes. « A la vue de cet ouvrage, dit Lanzi, ou ne peut contester à l'auteur un talent prononcé pour peindre les coupoles ; ce qui est le plus grand effort de la peinture, comme celui de la sculpture est de
22 ECOLE GÉ:N0ISE.
faire dés colosses. » Le projet que l'Ansaldo avait fait pour la coupole de l'Annunziata ayant été critiqué avec une extrême vivacité par les autres peintres génois, notre artiste en appela au jugement de l'académie de Florence : le Passignano et Jacopo da Empoli, désignés pour examiner l'ouvrage, en firent l'éloge dans un rapport que l'Ansaldo eut bien soin de publier pour la plus grande confusion de ses ennemis. Ceux-ci s'en vengèrent, en lui faisant donner un coup de poignard; il eut encore la chance de survivre, mais, une fois la coupole terminée, il jugea prudent de se retirer à Prato, près Voltri. Il revint à Gènes pourtant et se remit à peindre. Les signori Lomellini, à qui appartenait l'église de l'Annunziata, le chargèrent de la décoration du chœur; il fit les dessins, mais il mourut avant d'avoir commencé les peintures.
De l'école d'Ansaldo sortirent : Orazio de' Ferrari, son neveu, qui travailla dans la principauté de Monaco et en Provence, et qui mourut de la peste en 1657; Giovacchino Assereto (1600-1649), qui avait étudié aussi sous Luciano Borzonc et qui exécuta un nombre considérable de peintures à l'huile et à fresque pour les églises et les palais de Gènes ; Giuseppe Badaracco et Bartolommeo Basso, qui eurent de l'habileté comme décorateurs.
VoLini. — L'Ansaldo avait peint pour un oratoire de cette ville un Saint Ambroise absolvant l'empereur Théodose, composition dont Soprani et Ratti ont vanté à l'envi la riche ordonnance et surtout la belle perspective architecturale. Dans cette dernière partie de l'art, le peintre gé-
nois semble s'être proposé Paul Véronèse pour modèle.
Gênes. — Galerie de l'Académie Ligustique : la Cène. Est-ce le tableau peint pour l'oratoire de Saint-Antoine?
Palais Spinola (via ail' Acqua sola) : les Exploits du marquis Federiyo Spinola, fresques.
DOMENICO FIASELLA dit LE SARZANE
tié EK 1589. — MORT EN 161)9.
Domenico Fiasella est un des maîtres les plus estimables de l'École génoise : s'il n'a ni la verve de Luca Gambiaso, ni la vigueur de Strozzi, ni la richesse d'imagination de Castiglione, ni le brio du Bachiche, il ne le cède du moins à aucun pour le bon goût de la composition et la fermeté du style. « On peut, dit Lanzi, le regarder comme un grand artiste, recommandable par beaucoup de qualités précieuses, telles que sa faci- Uté à composer de grands sujets, la correction de son dessin qui rappelle souvent l'École romaine, la vivacité de ses tètes, son coloris dans les peintures à l'huile, les heureuses imitations qu'il faisait tantôt d'un modèle, tantôt d'un autre. » Son talent n'a pas les allures primcsautièrcs et capricieuses du génie; il est de ceux qui doivent tout à la réflexion et à l'étude.
Après avoir appris de fort bonne heure le dessin, sous la direction de son père, habile orfèvre de Sarzane, Domenico Fiasella s'exerça à la peinture en copiant plusieurs fois un tableau d'Andréa del Sarto, que possédait l'église des dominicains de celte ville. Puis il vint à Gènes recevoir les leçons de Paggi et partit enfin pour Rome, où l'attiraient les chefs-d'œuvre de Raphaël. Il demeura dix ans dans cette dernière ville et y étudia avec ardeur les maîtres anciens et les maîtres alors en vogue ; il s'y signala lui-même par des peintures qui lui méritèrent les éloges du Guide et lui valurent l'honneur d'être choisi pour collaborateur par le Passignano et par le chevalier d'Arpino.
De retour à Gènes, Fiasella, — que ses confrères de Rome avaient surnommé le Sarzane, à cause du lieu de sa naissance, — vit les commandes lui arriver de toutes parts. Les Lomellini le chargèrent de décorer un de leurs palais et de peindre les voûtes de quatre chapelles dans leur somptueuse église de l'Annunziata. Les tableaux qu'il fit pour d'autres églises de Gênes sont excessivement nombreux. Soprani a décrit avec enthousiasme la Mort de saint Paul ermite, qui est à Saint -Sébastien. Lanzi lui-même la signale comme « un vrai chef-d'œuvre. » La peinture du Sarzane, dont nous gardons personnellement le souvenir le plus fidèle, est une grande toile del'éghse Sainte-Marie de Carignan (1); elle représente le Bienheureux Alexandre Sauli, évéque de Gênes, guérissant un malade. Revêtu de ses insignes pontificaux et accompagné de deux acolytes qui relèvent les paas de sa chape, le saint prélat bénit le [malade agenouillé devant lui ; à droite,
(1) Les anciens Guides attribuent ce tableau à Gambiaso, dont il ne rappelle en rien le style.
au premier plan, une vieille femme, au profil expressif, est à genoux, ayant près d'elle un enfant qui est tourné vers le spectateur. Dans le ciel apparaissent la Vierge et l'Enfant-Jésus, entourés d'anges dont un est armé d'une épée flambloyante. Ce groupe aérien est un peu morne, mais les figures du premier plan sont savamment dessinées et éclairées; la couleur, sans être bien vigoureuse, est suffisamment solide et agréable.
Le tableau de Sainte-Marie do Carignan nous a paru reproduire, — en l'affaiblissant, il est vrai, — la manière du Dominiquin. Suivant Lanzi, « Fiasella a beaucoup d'analogie avec RaphaCl dans un Saint Bernard, que l'on voit de sa main à Saint-Vincent de Plaisance ; avec le Caravage, dans un Saint Thomas de Villeneuve, à Saint-Augustin de Gènes; avec le Guide, dans un Massacre des Innocents, à la catbédrale de Sarzane, et dans un Jésas enfant, à la galerie archiépiscopale de Milan ; ailleurs, il imita les Carracbes et leur école. » Gochin, de son côté, dit d'un tableau à'Esall cédant son droit d'aînesse, qu'il vit dans la sacristie de l'Annunzlata : « Il est bien dessiné, d'une couleur agréable et d'une bonne touche ; il tient du goût du Prête Genovese (Strozzi). » Enfin le Guide de Gènes, publié par Gravier en 1837, signale, comme étant M un beau tableau dans la manière de Van Dyck, » une Assomption du Sarzane, placée dans l'église de la Madeleine. Cette facilité à s'assimiler les styles les plus divers dénote plus de savoir et d'adresse que de force native : les artistes supérieurs n'imitent personne.
Gènes et Sarzane ne sont pas les seules localités de la Rivière qui possèdent des peintures de Fiasella ; il' en fit pour Savone, pour Albaro, pour Gornigliano, pour Novi. En 1635, il se rendit à Mantouc et y fit le portrait de la princesse Marie, qui jusqu'alors n'avait jamais consenti à se laisser peindre. Il fut d'ailleurs insensible aux brillantes propositions que le duc lui fit pour l'attacher à sa cour, et refusa également de rester au service du prince Carlo de Massa. Sa réputation s'étendit jusque en Espagne : un tableau à!Hero pleurant la mort de Léandre, qui lui avait été commandé par le comte de Sirvcla et que ce gentilhomme offrit à son souverain, fut placé dans la galerie du Bucu Retire.
Le Sarzane avait ouvert à Gènes une école qui fut très-florissante. Valerio Castello est celui de ses élèves qui fournit la plus brillante carrière : nous lui consacrons ci-après une notice spéciale. Gio.-Battista Casone, beau-frère de Fiasella, a fait preuve d'une certaine vigueur de pinceau dans une Madone entourée de saints que possède l'église Notre-Dame des Vignes. Francesco Capuro compléta son éducation à Rome, et surtout àNaples, où il prit Ribera pour modèle; il travailla longtemps ensuite à la cour de Modène. Grégorio de' Ferrari (1644-1726) se livra à une étude attentive des œuvres du Corrège et exécuta à Gènes, à Turin, à Port-Maurice, à Marseille, une foule de peintures plus remarquables par l'éclat du coloris que par la correction du dessin. Luca Saltarello succomba, à Rome, dans la fleur de l'âge, tué par un excès de travail : son meilleur ouvrage est un Saint Benoît ressuscitant le fils d'un paysan, dans l'église Saint-Etienne de Gènes; l'Académie Ligustique a de lui un Saint Pierre guérissant le paralytique. Gio.-Paolo Oderico et Francesco Merano furent enlevés prématurément aussi par la peste qui faillit dépeupler entièrement Gènes, en 1657. Le Sarzane fit une peinture des ravages causés par cette horrible contagion; il mourut douze ans plus tard, à l'âge de quatre-vingt-six ans.
Gênes. — Outre les tableaux dont nous avons parlé dans la notice, on cite parmi les ouvrages exécutés par le Sarzane pour Gênes : deux sujets de la vie de Saint François Xavier, dans l'église Saint-Ambroise (des Jésuites); — les Miracles opérés par la Sainte-Face, tableaux que l'auteur peignit à soixante-seize ans pour Saint-Barthélémy des Arméniens," — le Mariage de la Vierge, le Repos pendant la fuite en Egypte, les Noces de Cana et le Baptême du Christ, dans la sacristie de l'Annunzlata del Guastato; — Saint André adorant la croix, Saint Paul préchant, Isaac allant à la rencontre de sa fiancée, Jacob bénissant ses fils, fresques, à l'Annunzlata; — les Ames du purgatoire, peinture en camaïeu, dans l'église de Saint-Gôme et Saint-Damien ; — l'Assomption et la Mort de saint André Avellino, bonnes
toiles, à Saint-Cyr; — Jésus parmi les docteurs, la Madone de Lorette, Saint Hyacinthe devant la Vierge el Saint Vincent Fertier, à Saint-Dominique; — la Nativité de Jésus, à. Saint- Etienne ; — la Mort de la Vierge, à Saint-François di Caslelletto; — Sainte Barbe, à Saint-Marc; — V Annonciation, à Saint-Sébastien ; — Saint Sylvestre, dans l'église de ce nom.
Le Sarzane fit trois tableaux pour l'église de Santa Maria del Monte-sul-Bisagno, près do Gènes : une Sainte Antte, un Saint François donnant l'habit religieux à sainte Claire et une Assomption. Soprani regardait cette dernière peinture comme une des meilleures de l'artiste.
A Paverano-sopra-il-Bisagno, dans l'église de S. Giovanni-Decollato, Batti signale des fresques relatives à la vie de saint Jean-Baptiste.
ECOLE GENOISE.
L'escalier du paiaisDurazzo (Palais Royal) a été décoré par Flaselta d'une grande fresque représentant Dieu le Père tenant sur ses genoux son Fils mort, la Vierge et les saints prolecteurs de Gênes.
Parmi les tableaux placés dans les galeries particulières, nous citerons: une Bacchanale, au palais Baibi; — Tarquin et Lucrcce,\aFamille d'Abraham, au. palais Brignole- Sale ; — Moise enfant à la cour de Pharaon, et Dalila coupant lescheveuxde Sawson, au palais Cambiaso; — Achille à Scyros, Herminie et Tancrède, au palais Doria-Tursi; — une Sainte Famille, à la villa Giustiniani ; — la Madone et des saints, au palais Grillo-Cataneo; — Dorinda blessée par Silvio (sujet tiré du Pastor Fido, de Guarini), — Angélique et Médor, au palais Spinola (nie Neuve). — Le palais de l'Université possède deux bonnes toiles : la Circoncision et la Conception.— Dans la galerie de l'Académie Liguslique, on voit: \aiVierge, saint Georges et saint Bernard, Saint Placide faisant un miracle, la Mort de Méléagre et un portrait. Le Sarzane a été loué, comme portraitiste, par Soprani : il fit son propre portrait, sur la demande du P. Angelico Aprosio, qui le plaça dans sa bibliothèque (dite Aprosiana), à Vintimille.
Aldaho. — Église paroissiale : Saint François recevant l'indulgence de ta Porlioncule.
Novi. — Église collégiale : la Nativité de la Vierge et l'Annonciation.
LoANO. — La Nativité de saint Jean-Baptiste.
Sarzane. — A la cathédrale : le Massacre des Innocents et Saint André adorant la Croix, demi-lunes de la chapelle du Saint-Sacrement. — Église Saint-André : Saint André agenouillé aux pieds du Sauveur.
Savone. — Église Saint-Jacques (des Franciscains) : Saint Antoine de Padoite. — Palais Imperiali : Renaud et Armide, fresque.
Mantoue. — Suivant Soprani, le Sarzane exécuta pour la chapelle ducale une Nativité du Sauveur, et, pour l'église des Gamaldules, le Songe de saint Joseph, l'Immaculée Conception, l'Ange gardien et un Saint Charles. Il n'est fait aucune mention de ces tableaux dans la Descrizione délie pitlure... di Mantova, de Giovanni Gadioli (1763).
Une Adoration des Bergers, qui figurait autrefois dans la galerie Giustiniani, à Rome, et que quelques connaisseurs ont cru être de la main du Garavage, est attribuée au Sarzane par le catalogue de cette célèbre collection publié en 1812.
Cornelis Bloemaert a gravé d'après D. Fiasella, pour le frontispice d'un livre intitulé : Il Genio Ligure risvegliato, une composition allégorique assez compliquée ; le Génie de la République de Gênes y est représenté sous la figure d'un jeune homme à demi couché au milieu de divers instruments propres à la navigation, entre un palmier et un laurier; il est réveillé par une Renommée aux ailes déployées, qui sonne de la trompette et lui montre le port de l'antique cité ligurienne rempli de galères.
Une allégorie en l'honneur d'un personnage de la famille Giustiniani et un sujet de thèse, représentant la façade d'un palais, avec plusieurs statues, ont été gravés d'après le Sarzane par Gio.-Paolo Blanchi.
Luigi Scaramuccia, dans son livre Le Finezze de' pennelli italiani (1674), cite « Domenico Sarzana » comme un des peintres dont il a le plus admiré les ouvrages à Gênes. Le nom de cet artiste est écrit quelquefois Fiaxella (dialecte génois) et encore Fiosella ou Fosella. Un graveur sarzanais, du nom de Giovanni Fosella, a exposé à Paris, au salon de 1865, une Vierge au baldaquin; serait-ce un descendant de Domenico?
SINIBALDO SCORZA
Tit ES 1J89. — MOUT EN 1G3I.
Sinibaldo Scorza est le premier peintre de l'école génoise qui se soit adonné spécialement à la peinture du paysage, et il n'a été surpassé en ce genre par aucun des artistes de cette école qui l'ont cultivé après lui. Il naquit à Voltaggio, à quelques lieues de Gènes, le 16 juillet 1589. Après avoir reçu une instruction solide, il apprit les éléments de l'art sous la direction d'un peintre obscur de sa ville natale, et vint ensuite se placer à l'école de Paggi. Ce maître lui ayant donné à étudier des estampes d'Albert Diirer, il les copia à la plume avec une délicatesse et une exactitude extraordinaires. Il se mit ensuite à dessiner et à peindre d'après nature des animaux, des (leurs, des fruits, des paysages. Les amateurs recherchèrent bientôt ses tableaux, que recommandaient le fini précieux de l'exécution, une johe couleur et une composition agréable. Lanzi assure qu'on aurait do la peine à trouver en Italie un artiste qui ait amalgamé aussi heureusement le goût flamand avec le goût national. Il ajoute : « J'ai vu, chez M. Carlo Cambiaso, un Passage de bestiaux qui semblent avoir été peints par Berghcm, et les figures d'hommes qui les accompagnent semblent sorties d'un pinceau plus habile encore : les uns et les autres sont l'ouvrage de Sinibaldo. Le môme peintre a laissé dans d'autres galeries des sujets empruntés à l'histoire sacrée et aux fables poétiques de l'antiquité, dans lesquels il s'élève à une grande distance au-dessus des Flamands. » Nous avons eu nous-mème l'occasion de voir au palais Brignole-Sale plusieurs paysages historiques de Scorza; ils nous ont paru dignes de soutenir la comparaison avec les meilleures productions du Bassan et de Castiglione. Ceux qui représentent le Sacrifice de Noé après le Déluge et la Séparation d'Abraham et de Loth nous ont particulièrement frappé par la vigueur du coloris et la richesse des détails : il y a dans le premier de ces tableaux des cadavres de noyés et de nom-
Itreiix animaux touchés avec beaucoup do Icrmeté; le ciel chargé de pluie, où l'arc-en-cicl se dessine, est d'un ton très-juste. L'autre tableau vaut mieux encore; le paysage est peint à pleine pâle avec une énergie qui n'exclut pas la finesse dans les détails; on y remarque un jeune garçon, velu de rouge, solidement campé sur un Ane. Une autre toile de Scorza , au palais Brignole-Sale, atteste l'iiahileté de cet artiste à peindre les oiseaux : elle représente des Pitjeons, dont nous avons admiré la vérité de formes et l'excellenlc couleur.
Il n'y avait pas moins de onze tableaux de Sinihaldo Scorza dans la galerie du duc d'Orléans, au Palaislloyal. Trois ont été gravés dans le deuxième volume du recueil de cette Galerie publié au xviii* siècle : ils représentent des paysages étudiés avec soin sur nature et ayant un caractère de simplicité et de sincérité remarquable; les petites figures de paysans, de chasseurs, de voyageurs, les chevaux, les chiens et les bestiaux qui les animent, sont indiqués d'une façon correcte et spirituelle. On croirait véritablement avoir sous les yeux des compositions de l'école néerlandaise; on y retrouve la naïveté de Paul Bril, jointe à l'esprit du Bamboche et à l'élégance de Berghem. Telle est du moins l'impression que nous ont faite les estampes; à en croire l'auteur des notices de la Galerie du Palais- Royal, les peintures mêmes laisseraient à désirer sous le rapport du coloris : « La manière de Sinihaldo Scorza est large et facile , mais peu terminée; les effets de ses tableaux sont assez piquants; les figures sont touchées avec beaucoup d'esprit et de goût; mais l'on désirerait que le colons fût moins fade généralement... « Cette fadeur, cette monotonie doivent être attribuées ici à l'altération des teintes primitives : les tableaux de Gènes nous ont montré que le pinceau de Scorza est loin de manquer de vigueur. Pour ce qui est des négligences d'exécution reprochées aux tableaux de la galerie d'Orléans, elles nous surprennent d'autant plus que, suivant le témoignage de Lanzi, Scorza déployait dans ses peintures à l'huile un soin égal à celui qu'il apportait dans la miniature, où il excellait.
Sinihaldo eut, de son vivant, de nombreux admirateurs. Un des plus ardents fut le poète Marino, qui avait trouvé le moyen de se faire une magnifique galerie, sans débourser un denier : il payait les artistes en coml)liments poétiques, rémunération fort appréciée d'ailleurs par ceux auxquels elle s'adressait '. Marino ne se contenta pas de louer Sinihaldo envers; il le recommanda à des gentilshommes de Turin, qui décidèrent Charles-Emmanuel de Savoie à l'attacher à son service et à lui accorder une pension de 50 ducats par mois. Parmi les ouvrages que Scorza exécuta à Turin, où il vint demeurer en 1619, on cite six feuilles de miniatures dont les sujets étaient empruntés à la Genèse : toute la cour en fut émerveillée. Un Cupidon qu'il peignit pour le prince Thomas de Savoie, qui habitait Chambéry, lui valut de la part de ce personnage une lettre charmante que Soprani nous a conservée. Le duc lui-même lui témoigna la plus grande bienveillance et consentit à être le parrain d'un de ses enfants. Il paraît, du reste, que le trésorier de la maison ducale acquittait très-irrégulièrement la pension allouée à Scorza. A cette époque, les ducs de Savoie, comme plus tard les rois de Prusse, avaient la fortune plus restreinte que leur ambition : il pouvait être honorable, mais il n'était pas toujours lucratif de travailler pour eux.
En 1625, la guerre ayant éclaté entre la République génoise et le duc de Savoie, Scorza retourna à Gênes. Ses confrères, à qui son talent portait ombrage, l'accusèrent d'être l'espion du duc. Le sénat génois ferma d'abord l'oreille à ces propos malveillants, mais il ne tarda pas h les accueillir, en apprenant que Charles-Emmanuel, au moment de faire le sac de Vollaggio, avait ordonné à ses troupes de n'épargner que les biens et la faniifie de son ancien peintre.
Exilé à Massa pour doux ans, Scorza trouva dans le prince qui gouvernait cette ville un protecteur intelligent : il fit pour lui plusieurs ouvrages et obtint, par son intervention, la permission d'aller terminer le temps de son exil à Rome, où les commandes ne lui manquèrent pas. De retour à Gênes, il mourut peu de temps après, à l'âge de quarante-deux ans.
• Bernardo Castello s'était engagé à reconnaître par Tenvoi d'un de ses ouvrages chaque lettre que lui écrirait le poète.
ECOLE GENOISE.
Scorza a gravé quelques eaux-fortes qui sont devenues extrômemenl rares. Soprani en a décrit une représentant un Ber(/er qui joue de la musette.
Gênes. — Palais Brignole-Sale : Circé et Ulysse; le Sacrifice de Noé; la Séparation d'Abraham et de Loth; des Pigeons. — Académie Ligurienne : un Paysage.
VoLTAGQio. — Soprani mentionne une Immaculée-Conception, « beliissimo quadro », peinte pour l'église des Conventuels.
TuniN. — Parolletti {Turin et ses curiosités, 1819) signale
un Paysage de Scorza, dans la collection du comte d'Harache.
Florence. — Musée des Offices ; le Portrait de l'artiste.
Ancienne galerie d'Ohlèans. — Le Pont et le Repos des chasseurs, gravés par J. B. Racine ; le Marché, dessiné par Fuessli, gravé à l'eau-forte par D. P. Berteaux et terminé par Racine.
LUCIANO BORZONE
NÉ E.1 1 jDO. — MORT AVANT Um7.
Luciano Borzone naquit à Gènes, Un de ses oncles maternels, nommé Fiiippo Bertololto, lui donna les premières leçons. Ce Bertololto, portraitiste de quelque mérite, si l'on en croit Soprani, n'a laissé aucune trace personnelle dans l'histoire de l'art. Gesare Gorte, dans l'atelier duquel Luciano fut ensuite admis, sur la recommandation du prince Alberigo de Massa, était également peintre de portraits. Ge fut à ce môme genre que Luciano Borzone s'appliqua d'une manière spéciale et qu'il dut ses plus brillants succès. Il lui fut donné de peindre plusieurs des personnages les plus importants et les plus célèbres de la Ligurie et de la Lombardie, entre autres les cardinaux Orazio Spinola, Domenico Rivarola, Girolamo Grimaldi, Benedetto Odescalchi (depuis Innocent XI); le capucin Fra Tommaso da Trebbiano, mort en odeur de sainteté, en 1634 ; le prince de Massa; le duc Ottavio Piccolomini; Niccolo Grimaldi (à cheval); Federigo Enriqucz, gouverneur de Milan; le peintre Gio.-B. Paggi; les poètes Ghiabrera, Mascardi, Manzini, Stigliani, etc. A l'exactitude la plus scrupuleuse, Borzone joignit, surtout dans ses premiers ouvrages, une très-grande délicatesse d'exécution. Il possédait une sûreté de main et une finesse de pinceau exti'aordinaires, au point de peindre des portraits assez réduits pouf être montés en anneaux.
. Il s'adonna aussi à la composition des sujets religieux et produisit, en ce genre, une foule de tableaux. « Leur plus grand mérite, dit Lanzi, est d'oflrir des tètes qui annoncent un bon peintre de portails, ou un bon peintre naturaliste, c'est-à-dire un de ceux qui s'attachent plus à la vérité qu'au choix des physionomies. Les plis y sont simples et naturels. » Un voyage que Borzone fit à Milan, en compagnie du patricien Gio. -Carlo Doria, amateur éclairé des arts et protecteur intelligent des artistes, lui fut très-profitable. Il se lia dans cette ville avec le Cerano et Procaccini, peintres distingués, dont les conseils et les exemples l'aidèrent à agrandir sa manière, à donner plus de style à ses figures, plus d'énergie à ses conceptions, plus de grandeur et d'harmonie à ses compositions. Un Saint Jérôme qu'il peignit, depuis, pour le cardinal Lcnio, inspira une canzone au poète Ghiabrera et excita, à Rome, l'admiration du Guide, qui voulut connaître l'auteur et entra en correspondance avec lui. Parmi les tableaux d'église que Luciano exécuta à Gènes, on loue surtout ceux dont il décora une chapelle du S. Spirito et où il représenta les Actes de saint Jean-Baptiste. Le dernier ouvrage auquel il mit la main fut une Nativité, qui lui avait été commandée par la famille Lomellini pour l'Annunziata ; tandis qu'il y travaillait, il tomba de son échafaud et se tua. Ses fils, Giovanni-Battista et Carlo, terminèrent cette peinture en se conformant si exactement à son style, que les plus habiles connaisseurs ne pouvaient distinguer dans cette œuvre ce qui leur appartient de ce qui revient à leur père. Ces deux jeunes gens ne fournirent pas une longue carrière : Gio.-Battista fut enlevé par la peste en 1657; Carlo mourut l'année suivante. Un troisième fils, nommé Francesco-Maria, acquit de la réputation comme peintre de marines et de paysages : nous lui consacrons ci-après une notice spéciale.
Au nombre des élèves de Luciano Borzone, on cite, comme s'étant distingués dans la peinture de portraits, Gio.-Battista Mainero, Gio.-Battista Monti etSilvestroChiesa; ils périrent tous trois victimes de la terrible peste de 1657. Giovaccchino Assereto (1600-1649), qui étudia successivement sous la direction de Luciano et sous
celle de l'Ansaldo et qui passa quelque temps à Rome, exécuta une foule de peintures à l'iiuile et à frcs(iue. Il n'eut de comparable à sa fécondité que son humeur excentrique.
Luciano a reproduit i\ l'eau-fortc quelques sujets de sa composition, entre autres le Supplice de TiU/us et la Délivrance do saint Pierre, qu'il avait peints pour des gentilhommcs lombards. Certains auteurs prétendent qu'il étudia la gravure sous Cornclis Cort, et qu'il travailla à Rome : mais le silence que Soprani et Ratti gardent à cet égard nous autorise à considérer ce renseignement comme inexact.
Gi!;nes — Église Saint-Joseph : Saint François recevant les stigmates, le premier tableau de quelque importance que Dorzono ait exécuté avant son voyage à Milan. — Kglise de Saint-Dominique : la Circoncision, citée par Lanzi comme un des meilleurs ouvrages de l'auteur. — Kglise Saint-Sébastien : Sainte Claire de Monlefalcone. — Kglise Santa-Maria di Castello : Saint Vincent Fcrrier enfant . — Église Saint-Bernard {au maitre-autel) : Saint Bernard devant la Vierge. — Palais Grillo-Gataneo: le C/im( ou yar</w.
Savone. — Église Sainte-Thérèse : la Crèche.
Luigi Scaramuccia {Le Finezze de'pennelli italiani, etc., 1674) cite « Lucian Borsoni » parmi les peintres dont il a admiré les ouvrages à Gênes. lialdinucci, qui nomme ce maître Bolzone, a commis plusieurs erreurs dans la notice qu'il lui a consacrée : il lui donne notamment Valérie Corte pour maître. D'Argenville, l'abbé de Fontenai et d'autres écrivent son nom Bouzoni et le font mourir en 1645. « Cet artiste avait un génie vif et abondant, dit l'abbé de Fontenai; son dessinest précisetson pinceau moelleux; ses compositions sont d'une grande manière; il scavoit donner de l'âme à ses ligures. »
L'œuvre gravé de L. Borzone est extrêmement rare; on cite les pièces suivantes : diverses images de la Vierge; la Délivrance de saint Pierre; le Supplice de Tityus ou Prométhée déchiré par le vautour; le portrait d'un personnage de la famille Giusliniani ; des Enfants qui jouent. Le cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale ne possède aucune de ces pièces ; mais on y voit une eau-forte anonyme, qui représente ['Enfant Jésus recevant les respects du jeune saint Jean, et qui est accompagnée de notes manuscrites de Mariette, ainsi conçues : «... Me paraît d'un Flamand ou plutôt de quelque Génois. Il y a eu dans cette école quelques maîtres qui ont gravé et dont je n'ai encore rien vu. . . Luciano Borzoni a gravé, mais je n'oserais aflirmer que ce fût un de ses ouvrages. .. Au reste, la pièce est joliment traitée et est de main de maître. »
Le portrait de « Fra Thomaso da Trebiano, capuccino morto in Genoua li 30 agosto 1634 d'eta di 95 anni in oppinione di grandissima santita, etc. » a été gravé, d'après Borzone, par Michel Lasne. Lucas Kilian a gravé, d'après le même maître, le portrait de Fr. Pisani.
LES CARLONE