‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 109 sur 136 · francs · texte numérisé non relu

francs

Le Roi boit. Composition de six ligures, gravée dans la galerie Dusseldorf. Vigueur, esprit, largeur de faire, telles sont les qualités de ce tableau ; il fait partie du cabinet de M. Norton, et il est estimé 7,500 francs.

LaCorrespoJiduncc. Une jeune fille, placée auprès d’une table, cachèle une lettre; un épagneul endormi est à ses pieds. Ce tableau, gravé par J. Watson, fait partie de la collection de lord vicomte Lowercourt.

L'Épagneul favori. Dans une salle magnifiquement meublée se trouve une dame parée d'une robe en satin blanc. Elle tient un œillet à la main. Un page, vêtu avec goût, est derrière elle, tenant une carafe et un plateau. Un petit épagneul, monté sur un tabouret, s'élance vers sa maîtresse ; — table, tapis, miroir, boite d’argent. Ce ravissant tableau fait partie de la collection Buchanan. Smith l’estime 10,000 francs.

Nous avons conservé à ces tableaux les chiffres d'est imation indiqués par Smith; mais si, en 1833, ces appréciations étaient exactes, elles sont loin de l'être aujourd'hui ; et l’on peut sans hésiter porter au double la valeur de ces tableaux.

Metsu est représenté par de beaux tableaux dans certaines autres galeries de l’Europe.

A Harlem, mademoiselle Hoffman possède une faiseuse de crêpes, et une femme tenant une tasse auprès d'une cage.

A Vienne, le baron Puthon possède une Marchande qui vend un morceau de saumon à une dame.

A Munich, chez le prince Eugène Beauharnais, il y a un tableau de Metsu, représentant une Femme malade.

A Bruxelles, chez M. le duc d’Arenberg, on admire un tableau de Metsu peint avec largeur et une grande douceur de coloris. Il représente une femme assise ayant un livre sur les genoux. Un page lui présente une lettre.

11 y avait, en 1826, chez M. Van Loone à Amsterdam, deux tableaux de Metsu admirablement peints : le Maître de musique, déjà décrit, et le Boulanger cornant le pain chaud.

A Gand, M. Scamp possédait la Fille d'Ilèrodias.

A Copenhague, la collection de M. le comte A. G. de Moltke, premier ministre, renferme un tableau de Metsu d’une admirable qualité. Il représente une revendeuse entourée de ses marchandises. Elle est endormie et volée par un petit garçon.

A Paris, nous connaissons chez M. Delessert un tableau de Metsu qui représente une Femme assise devant la cheminée , jouant avec un chien alléché par l'odeur d'une gaufre qu'une suivante pose sur une assiette.

La France possédait de beaux tableaux de Metsu, les plus beaux sans contredit, car c’est elle qui en fait d’art a approvisionné nos riches voisins; mais un grand nombre de beaux tableaux ont disparu de France.

M. le chevalier Érard possédait une Jeune femme à sa toilette qui, à la vente, fut adjugé pour 8,000 francs.

M. le duc de Herri avait deux Metsu : la Visite de l'amant et la Petite couseuse. Lors de la vente du cabinet du prince, en 1837, le premier fut vendu à M. Demidoff 10,100 francs; le second 5,005 francs.

Dans sa riche collection, formée en France, le cardinal Fesch possédait, lui aussi, deux tableaux de ce maître : le Chasseur endormi, qui fut vendu à Rome, en 1845, pour l'énorme somme de 74,790 francs. C’était un chef-d'œuvre dans toute l'acception du mot, et un Crucifiement , qui fut adjugé pour 5,670 au banquier Torlonia.

Metsu a signé un grand nombre de ses tableaux, tantôt sur une carte accrochée à la muraille, tantôt sur un papier à demi roulé, tantôt enfin sur des meubles, sur des plaques de cuivre. Voici sa signature décalquée sur un de ses tableaux nui orne le musée d’Amsterdam.

Ad.

Il règne sur la vie de ce maître la même incertitude que sur son nom. Les uns l'appellent Art, les autres Arthur, ceux-ci disent Arnould et le savant M. de Burtin le baptise Arent Van der Neer. On ne sait exactement rii la date de sa naissance ni celle de sa mort, ni comment il parvint à cet art difficile et rare de rendre les ell'ets de nuit avec tant de poésie et de vérité. Les historiens de son temps n'en ont point parlé, et Descamps lui-même, qui écrivait à une époque où les tableaux de Van der Neer étaient déjà célèbres, ne lui a consacré cependant que trois ou quatre lignes dans la courte biographie d'Ëglon Van der Neer, parlant ainsi du père à propos du iils, comme si un tel paysagiste n'eût pas été digne d'avoir un cadre à lui tout seul.

N un der Neer lut le peintre des hivers et des incendies, mais il fut surlout le peintre mélancolique

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UVENT ou ARNOULD VAN DER NEER

ÉCOLE HOLLANDAISE

delà nuit. La vie de cet artiste solitaire et inconnu s’est passée tout entière à contempler les paysages endormis sous la lune, lorsqu’elle vient de se montrer derrière une colline boisée ou qu’elle apparaît à l'extrémité d’un étang bordé de chaumières. Depuis le crépuscule du soir jusqu'à cette heure indécise et charmante que La Fontaine a si bien peinte, lui aussi, d'un seul vers :

Lorsque, n'étant pas nuit, il n'est pas encore jour,

il se déroule au ciel une lente succession de tableaux paisibles qui paraissent monotones à celui qui les a observés une fois, comme le vulgaire, mais qui présentent à l'artiste amoureux une variété infinie d’effets et de nuances. On a vu des peintres improviser de pratique des Clairs de lune , soit au

moyen de quelques traits de crayon noir et blanc sur du papier azuré, soit par quelques coups de

pinceau appris par cœur et donnés adroitement sur un fond bleu, avec des accidents d’architecture et (le l'eau légèrement ridée. Ceux qui ont assisté à ces rapides créations du pinceau comprendront avec peine que Van (1er Neer ait su reconnaître, dans le cours de la nuit et dans ses aspects, presque autant de variété qu'en observa Joseph Vernet dans les effets de jour; qu'il ait enlin discerné les différentes heures de la nuit assez distinctement pour nous les faire au besoin reconnaître. C'est là cependant ce qui lait de Van der Neer un peintre de premier ordre en son genre.

L'élude des effets que produisent pendant la nuit les lumières et les ombres a introduit dans la peinture un des grands charmes de la poésie, qui est le mystère. Tel paysage qui eût manqué d'intérêt au grand jour s'enveloppe la nuit d’une teinte fantastique, prend de vastes proportions dans la manière dont les ombres se tiennent et se continuent, s’idéalise enfin sous ces pâles clartés qui, n'éclairant plus les actions vulgaires de l’homme, font paraître la terre plus tranquille et plus grande et les eaux plus solennelles. Que si, au milieu de ce silence des campagnes, on aperçoit tout à coup

briller une pelite lumière à la vitre d’une cabane ; si, parmi les arbres lointains de ce paysage endormi,

on croit voir passer une forme qui ressemble à celle d'un cavalier fuyant, que d'émotions naissent aussitôt, que d'idées se pressent en nous! Voilà un tableau qui éveille déjà notre curiosité et va nous retenir longtemps attentifs. — Pourquoi celle lumière allumée à pareille heure'.’ Les paysans qui ont labouré leur champ tout le jour n'ont guère d'insomnie. — Où va cet homme que son cheval emporte à travers les chemins boisés’.’ Peut-être qu'il prépare là quelque drame. ’— Et dès ce moment, notre esprit se met en marche sur les traces de ce cavalier inconnu. L'imagination, qu’un tel spectacle eut laissée paisible sous la banalité des rayons du midi, s'agite et s’échauffe aussitôt qu’apparait le voile du mystère dont se couvrent les représentations de la nuit. Que sais-je'? tout semble grandir sous la lune, tout se poétise, et si la terre est immobile, il y a toujours assez d'intérêt dans le mouvement des nuages, répété au lond du neuve ou au sein des mers. Et quels spectacles étranges, majestueux, sublimes! Tantôt la lune s'avance environnée d'un cortège do légères nuées qu'elle lait briller eu les bordant d'une frange lumineuse; tantôt, laissant au loin sa cour, comme une reine attristée, elle se promène seule à travers les plaines de l'air ; quelquefois, dégageant des vapeurs de l'horizon son disque rouge et sulfureux, elle demeure quelque temps suspendue au-dessus d’une masse rembrunie, jusqu'à ce qu'elle éclaircisse peu à peu son Iront d'argent et le découpe sur le firmament dont l’azur nocturne se glace légèrement de vert.

Ai ent Van der Neer n'a point vécu dans ces contrées qui se prêtent d'elles-mêmes à la poésie des grands effets. Que s'il eût exercé la peinture sur les bords du Rhin, au milieu des accidents que présente une nature fortement contrastée, avec des forteresses en ruines au sommet des monts, il aurait pu trouver là des paysages naturellement accessibles à la majesté de la nuit. Mais en Hollande, aux environs d’Amsterdam, Van der Neer n’eut sous les yeux que des plaines unies, de grands lacs cernés de chaumières à Heurs d’eau, des arbres vulgaires et un ciel bas. Cependant à ce plat pays Van der Neer sut donner un intérêt poétique dans ses Clairs de lune, et sans autres ressources que des bouquets d’arbres, des toits de chaume et des marais, il eut l’art de faire des lableaux pleins de charme et de sentiment. Les Hollandais reconnaissent facilement les villages qu’il a peints. Ils sont

ARENT ou ARNOULD VAN DER NEER (1613).

situés presque tous entre la ville d'Amsterdam et celle d'Utrecht. A mesure que l'on s'éloigne des lioids de la mer et quon s’approche d’Utrecht, on voit, il est vrai, s’accroître par degrés la fertilité du pays : les canaux sont bordés de jardins qui leur font un encaissement de verdure; la végétation se montre plus abondante et plus vive, les arbres poussent des tiges plus vigoureuses, les prairies sont dun plus beau vert et le treillis des avenues disparait sous l’épaisseur des feuillages. Mais, quoique la nature s’embellisse en cet endroit aux yeux du voyageur, elle n’ofi’re encore à l’observation du peintre que des perspectives sans mouvement et sans grandeur, et il a fallu tout le génie d’Arent Van der Neer pour rendre à jamais célèbres des tableaux où la beauté du modèle est si peu de chose,

LES PATINEÜ

comparée a la profondeur de l'art. Un des plus lameux est celui qu’on appelait le I an der iXecr de Zumputz. C est le nom allemand d’une lamille hollandaise nommée Van de Patte, naturalisée depuis longtemps à Cologne, à laquelle ce tableau appartenait. Il passa dans la galerie de M. Burtin, qui nous en a laissé la description suivante, bonne à lire en ce qu’elle donne une idée juste de la plupart des œuvres de Van der Neer : « 11 représente, dit cet amateur, le village de Bambrugge, traversé par le Vecht, dont les eaux limpides et transparentes sont bordées, de part et d’autre, de maisons entremêlées d'arbres jusqu’à Nieuwersluys, duquel on aperçoit la terre vers l’horizon dans un éloignement très considérable. Parmi les nombreuses barques qui ornent la rivière, se font surtout remarquer deux bateaux à voile dont 1 un est tiré par un cheval blanc que monte son conducteur; l’autre, rempli de inonde, est arrêté par un pont de bois jeté sur une eau qui communique du village au Vecht, et sur lequel des hommes regardent les bateaux. Deux barques sur le devant se font remarquer aussi, l’une

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avec des pêcheurs, l'autre avec un paysan qui passe des bœufs. Plusieurs troncs d'arbres à terre, des joncs sur le bord de l’eau, des réservoirs d osier sous le pont, une estacadê et des aibies qui cou rient en partie l'église et les maisons des premiers plans, ajoutent encore a l'embellissement de cette riche composition, où, nonobstant les ombres de la nuit, rien n'est noir, ni Iroid, ni sec, comme dans beaucoup d'autres ouvrages de ce maître; mais au contraire tout, jusqu'au ciel même, est chaud, clair, transparent, moelleux, harmonieux et du plus agréable velouté. L’eau répète les objets comme un miroir, et la lumière que répand la lune sur tout ce qui se trouve à droite de la rivière produit une opposition très piquante contre la demi-teinte du côté gauche. »

Cette description, à cela près de quelques détails, peut s'appliquer à beaucoup de paysages de Van der Neer. Ces paysages se ressemblent, en effet, par les éléments qui les composent. Ce sont ordinairement des nappes d'eaux dormantes légèrement ridées par le vent Je la nuit, des barques servant de repoussoir sur le devant et des villages planlés d’arbres opposant leur masse tranquille et estompée aux clartés, de l'astre qui lait à lui seul tout le drame du tableau. Mais, s'il y a quelque monotonie dans la manière dont Van der Neer compose ses Clairs île lune, je veux dire dans la façon d agencer les lignes, de distribuer les masses de lumière et d ombre et d’échelonner les plans, en revanche que de variété dans les teintes et combien de nuances finement observées distinguent ces paysages si semblables au premier coup d’œil! D'autres peintres ont reproduit les mêmes effets tout en variant leurs modèles. Van der Neer, sans presque changer le modèle, a su varier à linlini ses effets ou. pour mieux dire, ses impressions. Tel village flotlant sur 1 eau, avec ses barques amarrées, ses filets de pêcheurs étendus au premier plan et ses hardes misérables qui sèchent au vent sur des buissons, a servi plusieurs fois de thème aux compositions du paysagiste; mais ce village a été contemplé par le peintre aux différentes saisons de l'année, aux diverses heures de la nuit. Quelquefois toute la magie de l'effet se rencontre à l'occident : quand la terre enveloppée des grandes ombres ne peut encore participer aux clartés qui naissent à l'horizon, c’est à peine si de faibles rayons, s échappant de la portion supérieure du disque lumineux, se frayent un passage entre les liges des mines et les cabanes rustiques, glissent sur la surface du canal et s'y brisent en perles scintillantes a chaque lame que soulève le souille de l'air. D'autres fois, parvenue au sommet de sa course, la lune plane sur les prairies, les bois et les hameaux de Van der Neer, et, répandant partout ses lueurs bleuâtres, forme une grande couche de lumière sur une grande couche d’ombre. Souvent le même paysage passe par les gradations du crépuscule et nous apparaît indistinct et fantastique à cetie lieuie où, eu 1 absence des astres, un voile mystérieux s’étend sur la campagne, et ferait ressembler le commencement ilu jour à son déclin, si un peintre comme Van der Neer ne savait choisir la nuance qui sépare les teintes fraîches et argentées du matin des tons dorés et vigoureux du soir, nuance qu il est plus lactle de distinguer dans ses tableaux que dans les estampes d'ailleurs si admirables de Jacques-Philippe Lebas 1 .

La nature est semblable aux êtres vivants. Les vrais peintres sc la représentent volontiers comme une femme quia ses passions, ses joies radieuses, ses tristesses, ses moments de calme et ses jouis d'inquiétude. Tour à tour riante et agitée, tempétueuse ou sereine, elle plait ainsi avec ses mobiles

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