LA PLAGE UE SCHKVELING
sur 1 eau paresseuse d’un étang, tantôt lorsqu’elle pénètre dans le fouillis des buissons, dans 1 épaisseur des feuillages, ou quelle va s’amortir sur les foins entassés contre les murs d’une maison
colliers et des bracelets de perles, des pierres , des diamants et des plumes , elle est si prodigieuse, qu’elle suffirait chez un autre peintre pour ruiner un portrait. Mais chez M. Ingres, le principal l’emporte même sur ces accessoires si riches, si tranchement attaqués, si merveilleusement rendus : le style de la figure domine encore la coquetterie des détails et l’importance de l’ajustement.
Des hauteurs du slyle, nous pouvons passer au dernier degré du réalisme, de l'idéal humain à la poésie de la nature, Dans aucun pays, dans aucun musée on ne trouverait un Isaac Ostade plus étonnant que celui qui a été placé dans le salon de Mmc de Rothschild à côté d’une Sainte Famille de Luini — l’Enfant Jésus, sur les genoux de la Vierge, caresse un mouton que saint Jean lui présente. — J’en demande, pardon au sublime élève du divin Léonard, mais il faut décrire cette humble paysannerie d Isaac Ostade, peintre excellent et trop peu connu que son frère Adrien n’a point surpassé. Nous sommes à deux pas d une auberge de campagne couverte de chaume, ombragée d’arbres et encadrée par une treille de houblon. Un chariot chargé de sacs et de paniers s’est arrêté sur la porte. Les chevaux sont dételés, et déjà l’un deux, tout harnaché, mange 1 avoine qu’un petit garçon lui verse dans un van — c’est un cheval blanc recouvert d’une peau de mouton. Devant la porte s est assis à un banc un voyageur qui porte son havresac sur le dos, tandis qu’un colporteur a posé derrière lui une hotte d’osier couverte en peau de bouc. Quatorze figures se meuvent dans le tableau, occupées des actions les plus simples. Une jeune villageoise trait ses brebis; un enfant houspille son chien, qui boit à une petite flaque d’eau; une femme, vivement éclairée jusqu’aux genoux par un rayon de soleil qui s’est glissé entre
ÉCOLE HOLLANDAISE
rustique. Heureux peintre qui un beau jour, fatigué de voir fumer les buveurs dans les cabarets d Adrien Ostade, en sortit pour aller respirer l’air des champs, et qui, tout en battant les buissons, trouva le bonheur d’être ému et l’art de nous plaire!
CHARLES BLANC
•leux nuages, s’entretient avec deux paysans assis par terre sur le bord de la route. L'indéfinissable attrait de ce paysage, de cette masure rustique, des bouquets d’arbres qui s’élèvent au centre du tableau, l'intérêt qui s’attache aux ustensiles de ce cabaret rustique, à ce tonneau à demi renversé, à ce tombereau, aux moindres objets de ce mobilier pittoresque, tout, cela vous inspire un irrésistible amour des champs, un incurable dégoût de la ville et de ses ennuis officiels, et de ses soucis de chaque jour et de chaque heure. Dire le talent qu’a dépensé le peintre dans cet humble tableau de la vie champêtre, tout le sentiment qu’il y a mis, c’est vraiment impossible. Son âme naïve, son âme y est passée tout entière.
En regard de l’Isaac Ostade resplendit la grande Halte de chasse de Wouwermans. un des diamants de la galerie du cardinal Fesch. Que M. de Rothschild l’ait payé à la vente 12,350 scudi, c’est-à -dire 6G,G90 francs, sans les frais, c’est un détail qui n'étonnera point les amateurs, ceux du moins qui auront vu la peinture, une des plus importantes du maître, ou qui, connaissant parfaitement bien sa touche, croiront pouvoir en juger d’après la gravure. M. George l’a minutieusement décrite dans son catalogue du cardinal Fesch. Le lecteur nous permettra de l’y renvoyer.
Un Ruysdael, un Pierre de Hooge terminent cette série de chefs-d’œuvre.
Le premier représente une Chute d'eau qui vous envoie au visage sa poussière liquide. Le torrent bouillonne et se brise parmi les rochers, au pied d’une colline couronnée d’arbres rigides. Le ciel est mouvementé et d'une poésie sinistre. Pas une figure humaine pour écouter le bruit du torrent. L'unique héros de ce drame de la nature est un arbre que la tempête a déraciné et qui, tombé dans la cascade, lui l'ait seul résistance. Qui diL Ruysdael dit la mélancolie des poètes.
Le second — mais quel est donc le secret des maîtres? — le second, dis-je, nous montre la scène la plus vulgaire sous une lumière tellement magique, qu’on s’oublierait des heures entières à la contempler. Qu’est-ce donc? Tout simplement une femme, une laveuse, qui étend du linge qu'elle retire d’une corbeille en osier. Auprès d’elle est une petite fille qui traîne un cheval de bois. La scène se passe sur un terrain vague, dans un faubourg peu fréquenté d’une ville de Hollande, devant la porte de la ménagère, porte pratiquée dans une muraille en brique dont le crépi est tombé presque partout. Dans le fond, à gauche, s’ouvre une ruelle ou l’on voit passer un bourgeois vêtu de noir. En face, une autre porte entre-bàillée laisse apercevoir deux figures éloignées se promenant dans un jardin enclos de murailles en briques rouges. Une église et un clocher flanqué de clochetons indiquent la ville. Le ciel est clair. — Nous étions arrivés audernierdes trente tableaux de M. de Rothschild, et j’ai cru un moment que celui-là nous ferait oublier tous lesautres. En présence de tels peintres, le dernier qui parle a toujours raison. 11 faut convenir que Pierre de Hooge réunit ici le génie de Rembrandt, la manière large d’Albert C iyp et dans certaines parties la touche précieuse, le fini de Van der Heyden. Par un lour de force dont lui seul peut-être était capable en ce genre, Pierre de Hooge a su faire jouer et briller la lumière dan ; ce tableau comme dans un intérieur, bien que l’action se passe en plein air. Le pinceau du maître est devenu la baguette d'une fée.
Nous allions nous retirer sous le coup de tant d’impressions, lorsque nous avons aperçu, modestement posé sur un chevalet, un angélique pastel de Vidal, le portrait de Mmn Nathaniel de Rothschild. 11 semble que le peintre favori de la beauté et de la grâce soit venu au monde et à la peinture avec des doigts de rose, comme l’antique Aurore.
Ch. B h.
RSCæœRGBES ET KTOICAÏTOIfi
Les tableaux d’Isaac d’Ostade, plus rares que ceux d’Adrien son frère, sont aujourd’hui presque aussi recherchés et tout aussi chers.
Le Louvre en possède quatre :
1. Halte de voyageurs à la porte d'une hôtellerie. — A gauche, une hôtellerie. Près d’une pompe, un homme fait boire un cheval. L’hôtelier, sur sa porte, verse à boire à un cavalier monté sur un cheval blanc. Au milieu, un chariot attelé d’un cheval qui mange à une auge: plus loin une charrette, elc. — Signé à gauche, sur l’auge, Isack Van Ostade. Ane. collect.
2. La Halte. — Un homme du haut de sa charrette se fait servir à boire à la porte d’un cabaret; quelques villageois parlent à une servante ; à gauche, un pâtre et trois vaches. — Ane. collection.
3. Un canal glacé en Hollande. — A gauche s’élèvent une chaumière et un grand arbre nu. Un cheval attelé à un traîneau gravit le rivage du canal. Sur le devant, quatre enfants jouent avec un traîneau; plus loin, des patineurs et deux moulins. — Signé à droite, sur un bateau, Isack Ostade. Collection Louis XVI.
4. Un canal glacé en Hollande. — A gauche, sur une route montante qui passe entre un canal et des chaumières, une femme, un enfant, des poules, un chariot à deux chevaux conduit par un paysan. Sur le canal, un homme rajuste son patin; des enfants poussent un traîneau rustique. — Signé sur le traîneau Isack Van Ostade. Collection Louis XVIII. Ce tableau fut compris dans le lot qui fut acheté pour 100,000 francs à M. de La Hante en 1817.
Musée d Amsterdam. — 1. Un rustre en bonne humeur tient une cruche à bière. — 2. Des voyageurs et un cheval blanc devant un cabaret.
Pinacothèque de Munich. — Canal glacé; scène de patineurs. Au premier plan se voit un cabaret bâti sur le rivage élevé du canal. Il est peint sur bois.
Galerie du Belvédère à Vienne. — Un chirurgien de village arrache une dent à un paysan. L’aide-chirurgien un plat à la main, se tient à côté de l’opérateur, que la femme du patient supplie à genoux d’user de précaution.
Galerie de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. — 1. Paysans avec leurs femmes, occupés à boire et à fumer à l’entrée d’un village. — 2. Scène familière de trois figures de fumeurs. — 3-4. L’Été et Y Hiver, deux pendants, dans l’un est un chariot de voyageurs arrêté devant la porte d’un cabaret de village tapissé de vignes: dans l’autre, beaucoup de figures sur un lac glacé, une femme dans un traîneau attelé d’un cheval blanc. —