‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 123 sur 136 · E SAINT-OUEN. 8G · texte numérisé non relu

E SAINT-OUEN. 8G

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NÉ VERS 1018. — Il O HT EN 1662.

« ... Je parcourais avidement ces solitudes; je m’y égarais à dessein, content lorsque j'avais perdu toute trace de ma route et que je n’apercevais aucun chemin fréquenté. Quand j’atteignais l’extrémité de la forêt, je voyais avec peine ces vastes plaines nues et ces rochers dans l’éloignement. Je retournais aussitôt, je m’enfoncais dans le plus épais du hois, et quand je trouvais un endroit découvert et fermé de toutes parts, où je ne voyais que des sahles et des genièvres, j’éprouvais un sentiment de paix, de liberté, de joie sauvage, pouvoir de la nature sentie pour la première fois dans 1 âge facilement heureux... Plusieurs fois j'étais dans les hois avant que le soleil parût. Je

gravissais les sommets encore dans l’ombre ; je me mouillais dans la bruyère pleine de rosée ; et quand le soleil paraissait, je regrettais la clarté incertaine qui précède l’aurore. J’aimais les fondrières, les vallons obscurs,

ÉCOLE HOLLANDAISE

les bois épais, les collines couvertes de bruyère ; j'aimais beaucoup les grès renversés et les rocs ruineux ; j’aimais bien plus ces sables vastes et mobiles dont nul pas d'homme ne marquait l'aride surface, sillonnée çà et là par la trace inquiète de la biche ou du lièvre en fuite. » ( Oberman .)

Cette description que nous fait le poète de Fontainebleau, de sa vie agreste et de son goût pour les solitudes boisées, le peintre hollandais nous l’a écrite, lui aussi, dans ses belles eaux-fortes, et si vivement et avec tant de couleur, que son nom seul nous transporte au milieu des bois. Antoine Waterloo n’est devenu, n’est demeuré célèbre parmi les amateurs, que parce qu'il a vécu dans un commerce continuel avec la nature, et s’est tellement imprégné du sentiment des choses agrestes qu’il l’a exprimé avec plus d’énergie qu’un autre, et de façon à réveiller en nous le plaisir que nous font éprouver les champs et les forêts. Oui, c’est par le sentiment, et non point, comme l’a dit Bartsch, par V esprit, que Waterloo est remarquable. De l’esprit? je n'en trouve ni dans la variété ou l’imprévu de scs compositions, ni dans le piquant de son effet, ni dans la manière dont il manie la pointe et le burin, ni dans l’art de conduire les morsures de l’eau-forte ; mais on peut dire de Waterloo qu’il a bien peint les arbres à force de les voir, qu’il a représenté les forêts avec une vérité saisissante, à force d’y vivre, de même que Newton découvrit les lois du monde à force d’y penser.

Ceux qui acceptent les jugements tout faits n’ont pas manqué de dire après Adam Bartsch, après lluber et Rost, après Gilpin, que Waterloo excellait dans l’exécution, que son feuille, surtout, étuild’un esprit inimitable. Mais si l’on prend la peine d’examiner de près ces estampes, dont il n’est pas facile, du reste, de rencontrer de belles épreuves, on peut voir combien estexagéré cet éloge d'un écrivain d’ailleurs fort distingué et ordinairement plus judicieux : « Waterloo l’emporte assurément sur tous les maîtres en paysage; son principal mérite est l’exécution dans laquelle il est maître consommé L » La véritable originalité de Waterloo, selon nous, est bien plutôt dans la manière dont il a senti la nature que dans son habileté à la rendre. Comparé à Swanevelt, àBolli d'Italie, à Everdingen, à Dietricht et à notre Boissieu, il est inférieur à chacun de ces maîtres, précisément sous le rapport de cette exécution dont on veut lui faire honneur. Et d’abord, le mariage mal assorti de l'eau-forte avec le burin, sans remorsure et sans aucun usage de la pointe sèche, qui fait si bien les transitions, présente dans les gravures de Waterloo, à côté de ciels légers et des minces griffonnements qui rendent les buissons et les menus feuillages, des travaux profondément creusés, des tailles raboteuses qui attirent l'œil, détruisent l’unité, l’harmonie de l’exécution, et trahissent les ressources de l’art, là où il serait mieux de les cacher. Ce contraste qui donne, il est vrai, de l’éclat aux lumières, a l’inconvénient de faire paraître le feuillé inconsistant et mou comme de l’étoupe. Ajoutons qu’avec un tel procédé, on n’a que des masses lourdes, une gravure qui s’use inégalement à l’impression, et pour un très-petit nombre d’épreuves brillantes, un très-grand nombre d’épreuves désagréables. Ce n’est pas là, je pense, exceller dans l’exécution, s’y montrer un maître consommé.

Il est dans l'ordre littéraire des écrivains qui, n’ayant pas l’art de se faire bien comprendre, ont au moins le mérite de nous faire beaucoup penser. Waterloo ressemble, comme peintre, à ces écrivains. Avec sa manière diffuse, avec une pointe sans précision, avec un burin qu’il manie sans adresse, il a le singulier privilège de nous intéresser aux campagnes qu’il aime, aux rares et imparfaites figures qu’il y introduit, et de nous entraîner après lui, sans effort, dans son excursion pittoresque et buissonnière le long des canaux ou des ravins, dans les chemins creux et au fond des bois. Tant il est vrai que sa forme est inférieure à sa pensée, en d’autres termes que le sentiment, chez lui, l'emporte de beaucoup sur l’exécution.

Tous les amateurs connaissent la suite des belles estampes de Waterloo qui ont pour titre : Alphée et Aréthuse , Pan et Syrinx , Adonis et Vénus , la Mort d} Adonis... Il faut convenir que Waterloo s’y est surpassé. Le choix des sites y est des plus nobles; la composition y affecte des formes augustes, des lignes heureusement balancées et contrastées. On n’y voit que des arbres solennels, aux abondants feuillages et aux racines entremêlées, rappelant la terre de Saturne, la terre des pasteurs et des demi-dieux. Sans sortir des environs d'Utrecht, Waterloo a su faire d’un paysage simple, d’ailleurs, et à grand’peine héroïque, un séjour

1 Gilpin, Essai sur les gravures, traduit de l'anglais, par le baron de B. (Blumenslein). Breslau, 1800.

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digne des déesses de la fable, des amours de Vénus et des ébats de la nymphe antique. Ici encore l’intention du peintre l’élève au-dessus de lui-même. En dépit des imperfections de son procédé, il arrive à une grandeur inattendue. Ses figures même ont une dignité qui les fait supposer d’une autre main que la sienne. Le tronc des chênes et les lierres qui les ombrassent sont rendus avec bonheur, et d’un burin qui, cette fois, présente un charmant désordre de travaux pittoresques, de clairs tranchants et de noirs vifs, exprimant fort bien le piquant du feuillage et son vert lustré. Porté parle sentiment, Waterloo, dans cette suite de paysages arcadiens, a élevé son exécution au niveau d’une composition remplie de noblesse; il a su deviner, lui, le paysan

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