C H A U )I I K II E
j’aie rendu sur la toile tout ce que j’avais dans l’esprit. » Sage réponse, qui est celle d’un homme capable d’avoir conscience des difficultés de l’art et d’en entrevoir la grandeur.
Composition décousue, disloquée, absence complète d’unité, étude passionnée de la nature, sentiment merveilleux du pittoresque, tels sont les défauts, tels sont les mérites du peintre dont nous venons de dire la vie. Ajoutons que Weenix, dans ses ports de mer, comme dans ses natures mortes, a toutes les qualités des peintres de son pays, la couleur, le clair-obscur, la touche. Ses couleurs sont brillantes, mais quelquefois sans harmonie comme ses pensées. Ses effets de clair-obscur, le plus souvent obtenus par une lumière venant de côté, ont du piquant et enlèvent très bien ses figures les unes sur les autres et le tout sur des fonds de ciel lumineux. Sa touché enfin est agréable, toujours appropriée à la nature des objets, et plutôt large que line. Avec tout cela, ses tableaux sont pour la plupart absurdes et charmants. S’ils ont résisté depuis deux cents ans aux inconstances de la mode et aux variations du goût des amateurs, c’est en partie à cause de leurs défauts mêmes. 11 y
ÉCOLE HOLLANDAISE
a dans ces tableaux comme un air de roman, de conte arabe, quelque chose aussi qui ressemble aux inventions de l’Arioste, et qui ravit un instant l'imagination du spectateur. Pour tout dire enfin, ce 11'est pas une petite gloire à Weenix — et certainement les amateurs lui eu savent gré — que d’avoir été un des maîtres de ce peintre toujours aimé et toujours aimable qui s’appelle Nicolas Berghem.
CHAULES BLANC.
Jean-liaptîste Weenix ou Wecninx a gravé à l’eau-forte: mais fort peu. Suivant Bartsch, il n'aurait fait que deux pièces qui sont extrêmement rares, et qui diffèrent tellement entre elles pour le goût du dessin et le maniement de la pointe, qu'on pourrait croire qu'elles ne sont pas l’ouvrage de la même main, ce qui prouve que Weenix les aura gravées à deux époques de sa vie très éloignées. En voici la description :
1. Le Taureau. Il est vu presque par derrière et dirigé vers la droite du fond, où l’on aperçoit une vache dont les jambes sont cachées par un terrain élevé et qui marche vers la gauche. Un troisième animal de la même espèce se fait remarquer dans le lointain à gauche, auprès d’un arbre presque sec qui s’élève d’un rocher escarpé.
Le dessin de cette pièce est peu correct et la gravure n’offre qu’un griffonnement maigre et timide. Il paraît hors de doute, dit Bartsch, que Weenix a gravé cette estampe dans sa première jeunesse. Le nom de Battu Weenix est tracé au bas de l’estampe à droite. Hauteur, 5 pouces .S lignes; largeur, 3 pouces II lignes. Bartsch a fait une copie trompeuse de cette estampe; mais il y a mis son nom en toutes lettres au haut de la droite.
2. L'homme assis. Un homme assis, vu presque de face el ayant le corps dirigé un peu vers la gauche. Sa télé est couverte d’un chapeau rond; sa main gauche est posée sur sa cuisse, l’autre sur le dos d’un grand chien qui appuie sa tète sur la cuisse droite, de son maître. Cette pièce, qui n’est pas terminée, est dessinée d'un très bon goût et gravée d'une pointe spirituelle qui décèle le maître exercé. Bartsch a également fait de cette pièce une copie qui serait trompeuse si elle n’était signée par lui en toutes lettres au haut de la gauche.
A ces deux pièces il convient d'ajouter celle qui figurait à la vente du cabinet Rigal et qui ne se trouve décrite que dans le catalogue de ce cabinet, dressé par Rcgnault-Delalandc en 1817:
3. Le Taureau debout. Il est vu de face et en raccourci, la tète de trois quarts, tournée vers la droite: plus loin, à gauche, une colline el un buisson; du côté opposé, dans Péloignemenl, une tour carrée et un aqueduc de cinq arches; au fond, des montagnes; sur le devant, où sont des broussailles, dans l'ombre: C.-J.-B. Wecninx (les lettres J. -B. lices ensemble).
11 va sans dire que cette pièce, inconnue à Bartsch, est de la plus grande rareté. Elle fut vendue à celte même vente Rigal, y compris les deux copies de Bartsch d'après le Taureau et V Homme assis, 308 francs.
Les dessins de Weenix sont presque aussi rares que ses
estampes. Ce sont des études d’animaux et de ruines. Ils sont à la pierre noire ou à l’encre de Chine, lis valent, dit Josi ( Imitations de dessins de Ploos Van Amslel), de cinq à dix louis la pièce. A la vente du conseiller Muilman, en 1773, il yen avait un aussi beau que rare, qui représentait un lièvre mort suspendu dans un paysage avec d'autre gibier. Il était très fini et lavé entièrement à l’encre de Chine. Il fut payé lot) florins, prix très considérable pour ce temps-là.
Le Louvre ne possède <|u’un seul tableau de Jean-Baptiste Weenix : les Corsai/ es repoussés. Signé Gio Battu Weenix F. Ce tableau provient de la collection de Louis XVI.
Les tableaux de Weenix ont trouvé place dans tous les musées de l'Europe, mais n’ont guère pénétré dans les opulentes galeries des amateurs de France et d'Angleterre. Aussi n'est-il pas rangé parmi les maîtres de premier ordre dans le Catalogue raisonné de Smith.
Par exception nous rencontrons un J. -B. Weenix dans la galerie Sutherland. C'est un paysage avec des ruines. Sur le devant s'élèvent des colonnes. Un homme lit l'inscription suivante sur un tombeau antique:
o Cy gil le père, cy gît la mère,