‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 134 sur 136 · I. K 11 R R G RR N A POLIT Al .N · texte numérisé non relu

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beau noir lustré du coq de bruyère, dont le plumage se tache de blanc dans les ailes; comme il a fait sentir le velouté de la peau à l'endroit de l’adhérence des muscles, et accentué les pieds paltus, les doigts dentelés! Mais le luxe de la palette semble encore réservé à un superbe chien d’arrêt au poil ras, aux lines oreilles, qui veille d’un œil plein de vie sur le fusil de son maître et sur les glorieux trophées de sa chasse, et ouvre ses naseaux comme pour aspirer l’odeur de la poudre, le parfum du genièvre et les fortes senteurs de la venaison.... L’aspect de ce tableau suffira pour produire un peintre illustre, et ce peintre sera le fils de Jean-Baptiste Weenix.

Mais ce qui doit être un jour, pour Jean Weenix, une spécialité brillante, n'est qu’une des faces infiniment variées du talent de Jean-Baptiste. Celui-ci a parcouru d’abord tous les genres et les a traités séparément avant de les réunir. Il a peint des ports de mer dans la manière de Lingelbach, des pâturages comme les peignait déjà son neveu Berghem, de l’architecture ruinée comme Asselyn, Gonzalès ou Henri Roos, des paysages montagneux à la façon de Pynaker, des plaines dans le goût

ÉCOLE HOLLANDAISE

de Camphuysen ou de Wvnants. Il fit aussi des fruits et des fleurs aussi bien que Van Aelst; des intérieurs d’église comparables à ceux d’Emmanuel de Witte. Ce n’est pas tout. Qui croirait que ce peintre large, facile, s’astreignit à finir, à polir certains tableaux de conversation ainsi qu’auraient pu le faire un François Miéris, un Gérard Dow, à ce point qu’on attribuait constamment à l’uu de ces maîtres l'Enfant prodigue livré aux plaisirs que Jean-Baptiste Weenix avait composé pour David Amori, amateur distingué de Hollande? Enfin, et pour qu’il ne manquât aucun visage à ce Protée, Weenix a exécuté des scènes militaires et bachiques semblables à celles qui ont illustré le pinceau de Jean Leducq et de Palamèdes, comme on peut le voir dans les méchantes gravures qui représentent, d'après ses tableaux, le Concert chez Henri IV, le Ilepas chez Henri IV, scènes do genre assez animées, oii, suivant toute apparence, le peintre a été défiguré par le graveur. Là se voit une figure ou plutôt une caricature du joyeux Béarnais, venant assister aux ripailles de quelques buveurs libertins et de quelques matrones lascives; mais s’il faut en juger par l’estampe, il n’y a là ni le précieux d’un Terburg, ni la distinction d’un Xetscher, ni l’observation d'un Palamèdes, ni la cavalière élégance d’un Jean Leducq.

Cependant Weenix avait au fond du cœur un remords. Sa femme, son enfant lui apparaissaient dans le lointain de. ses souvenirs cl de ses rêves. Josina lui écrivait d’ailleurs lettre sur lettre et le suppliait de mettre fin à la prolongation monstrueuse de son congé. Enfin la prière devint si pressante, que Weenix songea sérieusement au retour. De son côté, le cardinal Pamphile fit tout au monde pour le retenir, si bien que, voulant tout concilier, le peintre imagina de faire venir à Rome sa femme et son fils. Ils allaient partir lorsque la famille Hondekoeter fit naître des scrupules religieux, représenta qu’il n’ctait pas sans imprudence à des protestants de s'aller établir dans la cité du pape, et de celte manière empêcha M"“ Weenix de se mettre en route. Ce mécompte fit prendre à Weenix une résolution hardie. Brûlant la politesse à son Éminence, il quitta Rome comme il avait quitté un jour Amsterdam sans mot dire, et se contenta de laisser dans sa chambre à l’adresse du cardinal Pamphile une lettre dans laquelle il demandait pardon de la liberté grande, et promettait, pour consoler son protecteur, de revenir dans trois mois.

Mais Weenix ne revint pas. Une fois arrivé à Amsterdam, où il fut reçu comme l’enfant prodigue, mille raisons le retinrent dans son pays, el la plus puissante de toutes, l’amour des siens, trop longtemps oubliés. Quelques années s’écoulèrent ainsi, années fécondes oii Weenix produisit ses meilleurs ouvrages, ou du moins ceux qui ont fait sa réputation parmi les amateurs. Je parle de ces ports de mer oii il avait l’habitude de rassembler sans façon et sans s’inquiéter de leur concordance, tous les objets de ses études, tous les trésors de sa mémoire et de sa palette. Nous l'avons dit, il importe peu à Weenix que le bon sens soit choqué, pourvu que l'œil ne le soit point. Ceux qui auront parcouru la précieuse Galerie des peintres flamands, de Lebrun, y auront sans doute remarqué /' Embarquement de Weenix; ils auront souri en voyant sur fonde agitée de la mer un couple de cygnes et auront pensé que le poétique oiseau des pièces d’eau monarchiques, des étangs seigneuriaux, des jardins enchantés de Genoels et de Van lluysum, doit se trouver un peu surpris de voguer parmi les chaloupes d’un port de mer et de respirer pour tout parfum l’odeur du goudron.

La famille Hondekoeter étant allée se fixer à Utrecht . Weenix alla s'y établir aussi. Mais là, comme partout, il fui assailli de camarades, d’amateurs, de marchands et d’oisifs. Un jour vint où celle affluence de visiteurs le fatigua. Quoique jeune encore — c’était en 1657 : il n’avait donc que trente-

si-t alls, il fut pris d’un vif amour pour la solitude, et il se retira à deux lieues d’Utrecht, dans le

château de Iluvs-Termeyen. Tout entier à son art, il le cultiva avec bonheur dans cette retraite silencieuse. Il y enseigna la peinture à son fils Jean et y passa trois années de délices. Mais la mort, qui a eu tant de fois des préférences pour les artistes d’élite, n’oublia pas Weenix dans son paisible et riant asile. Elle vint l’y trouver en 1660, lorsqu’il était à peine âgé de trente-neuf ans, et elle l’emporta dans toute la force de l’âge, dans tout l’éclat de son talent.

Nous l’avons indiqué déjà, Jean-Baptiste Weenix, quelle que soit son habileté, est plutôt un peintre singulier qu’un peintre sérieux, et il y a certainement plus de curiosité que de sympathie

JEAN-BAPTISTE WEEN1X

dans l’attrait inexplicable qui nous retient devant ses tableaux. Ce lut peut-être un malheur pour lui que d’être propre à tous les genres de peinture et de s’y croire appelé. Toujours est-il q.u’il ne lit point ce qu’on appelle des pastiches, comme en ont fait Tenicrs et plus tard Dietricb, et qu’il est bien de son invention personnelle cet assemblage bizarre de tant d’éléments divers : ruines, ligures élégantes ou rustiques, animaux vivants, animaux morts, navires en mouvement, marchandises déballées, tapis de Turquie, bouquets de fleurs et paniers de fruits. Heureux artiste ! il résuma toute la peinture hollandaise de son temps et put en concevoir quelque orgueil. On assure pourtant qu’il ne manquait pas de modestie et qu’il répondait aux éloges des amateurs : « Il s’en faut bien que

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