‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 3 sur 136 · LK CHIRURGIEN · texte numérisé non relu

LK CHIRURGIEN

détail. 11 mentionnne une Rebecca à la Fontaine que possédait, à Leyde, le sieur Zonnevelt, une Histoire de Joseph peinte à la détrempe pour un brasseur de Delft, un Jugement dernier qui fut fait pour décorer l’hôtel de ville de Leyde et qui s'y voit encore., un tableau du Veau d’or qui était à Amsterdam dans la rue appelée Kalverstraat , un triptyque appartenant, du temps de Yan Mander, à l’empereur Rodolphe et représentant, sur la tablette centrale, une Vierge au raisin et, sur les volets, une Annonciation et une femme agenouillée à qui la Madeleine montre le Christ; enfin un vitrail où Lucas de Leyde avait peint les filles de Jérusalem qui viennent en dansant au-devant du jeune David, vainqueur de Goliath. Ce vitrail était en la possession du fameux peintre Goltzius, qui avait aussi acheté et payé un très grand prix le dernier tableau de Lucas, Y Aveugle de Jéricho. De tous ces morceaux, il n’en existe aujourd’hui qu’un seul, du moins à notre connaissance : c’est le Jugement dernier , que l'on conserve

1 Sono le compositione dell storie tli Luca molto proprie e faite con tanta chiarezza e in modo senza confusione che par proprio, che il fatto ch’ egli esprime, non dovesse essere altrimenti. Vascuï, parte ter:a , primo volume.

ECOLE HOLLANDAISE

pieusement à 1 hôtel de ville de Leyde et que nous y avons vu il y a cinq ans. Le panneau du milieu contient une multitude de petites figures des deux sexes, et de figures nues. Le type des femmes est plein de douceur; les chairs sont traitées d'un pinceau tendre et délicat, mais avec un naturalisme naïf qui accuse toute la roture des formes, des jambes cambrées, des pieds plats, des corps à la fois potelés et pauvres. La vérité néanmoins n'est pas aussi cruelle chez Lucas que chez Albert Durer et Ton ne trouve point, parmi ses femmes nues, de ces laideurs repoussantes que le peintre allemand a si souvent gravées d une pointe inexorable, comme par exemple, la Grande fortune. Sur les volets sont peints les apôtres saint Pierre et saint Paul assis, dessinés et drapés d'un meilleur goût que les figures du Jugement dernier , lesquelles présentent les contours ressentis et anguleux de la manière tudesque. Quant au coloris, c est celui que Lucas de Leyde tenait de son maître Corneille, qui se rattachait à l'école de Bruges. Cependant les tons exaltés des \an Eyck sont rompus en fines nuances dans le tableau du peintre hollandais. Lucas s élève comme eux aux notes les plus aiguës de la gamme, mais dans un mode mineur, si Ion peut ainsi parler, de façon que ses couleurs éclatent sans violence et que l'œil en est caressé autant qu’ébloui.

Quoi qu en dise Van Mander, Lucas de Leyde a dû s'occuper beaucoup plus de graver que dépeindre. En effet, c’est à peine si dans toute l'Europe on compterait aujourd’hui quinze ou vingt tableaux authentiques de sa main, non compris ceux que Van Mander a cités. Or, bien qu’on ait pcrdiT la trace de ces derniers morceaux, il n'est pas possible d’admettre qu'on ait laissé périr en grand nombre les peintures d un homme qui fut de son vivant si célèbre et dont les moindres estampes sont, depuis plus de trois siècles, si religieusement conservées par les amateurs. Et ce qui prouve qu'on a toujours estimé très haut ces peintures, c’est que les magistrats de Leyde ne voulurent se dessaisir à aucun prix du Jugement dernier , et résistèrent aux offres brillantes que leur firent des souverains. Mais lors môme que Lucas de Leyde n aurait mis au jour que ses estampes, il n’en serait pas moins un artiste de premier ordre. La se trouvent, du reste, toutes les qualités de son génie : l'originalité dans l'invention, la finesse, la curiosité d'un dessin qui entre dans les plus intimes secrets de la nature, l’expression par le geste,

1 individualité profonde des physionomies, tantôt ingénument gracieuses, tantôt d’une difformité qui touche au grotesque et demeure pourtant sérieuse, enfin une variété inépuisable de figures et de costumes, d observations sur le vif et d’ingénieuses pensées.

Heureux celui qui possède, en bonnes épreuves, toutes les estampes de Lucas de Leyde! Pour nous, qui avons eu à notre disposition l’œuvre si magnifique et si rare du Cabinet des Estampes, nous avons éprouvé les plus vives jouissances à le parcourir attentivement, à l’étudier de près, à regarder faire le graveur comme s'il eût manié le burin sous nos yeux. Il n’est pas d’heure mieux employée pour qui cherche le bonheur dans les régions de l’art. Les grandes scènes de la Bible ont passé devant nous, depuis la légende tragique du premier homme jusqu’à l'histoire de Suzanne et des vieillards. La férocité de Caïn, la désolation de sa mère à la vue du cadavre d'Abel, la luxure de Lolh enivré de vin et d’amour par ses filles, la douleur d'Agar chassée au désert, la trahison de Dalila, le douce émotion de Saül écoutant la harpe de David, le dépit d'Aman condamné à mener lui-même le triomphe de Mardochée... tout cela est exprimé d'une manière neuve et bien sentie, naturelle et néanmoins imprévue. La main de

I artiste a toujours été guidée par son cœur. Elle est touchante aussi el curieuse l'histoire de Joseph.

II n est pas une figure qui n'y exprime une intention, pas d’accessoire qui soit inutile. La composition n est ni vide ni encombrée, elle a du mouvement et du repos. Ajoutons que le peintre y a mis un tel accent de vérité qu’il parait tout simplement retracer ce qu'il aurait vu. Nous ne savons si cette jolie suite est la môme que le graveur peignit en détrempe pour un brasseur de Delft. 11 est certain que Lucas de Leyde avait une si fertile imagination qu’il aurait pu varier à l’infini les formes de sa pensée, sans sortir des limites d’une vraisemblance parfaite. Ainsi le péché d’Adam et Eve, le crime de Caïn, le renvoi d Agar sont représentés plusieurs fois, dans son œuvre, sous différents aspects, el chaque fois l'on peut dire avec \asari : Il semble que la scène n'a pu se passer autrement, non dovesse essere altrimenti.

maintien rassis, tenant avec aisance un enfant grassouillet et mignard ; U agencement du groupe est toujours plein de naturel et de sentiment ; lcs’draperies sont amples, à plis empesés, mais très habiles1.

J ajoute ici que la variété est un des traits caractéristiques de Lucas de Leyde. Non seulement il a remué toutes choses, comme eut dit Montaigne, mais il a introduit dans chacune de ses représentations les diversités les plus intéressantes de physionomie et d’ajustements. Personne n’a vu dans sa pensée ou plutôt n a observé dans la nature des airs^de tète plus singuliers, de plus étranges costumes. Ses types sont si originaux qu’ils mordent sur la mémoire Vt ne s'y effacent plus. Son œuvre est tout un monde :

1 Des Types et des Manières des maîtres graveurs, par Jules Renouvier , Montpellier, 1853-18o5. Excellent ouvrage.

La même facilité d’invention se fait voir dans les sujets du Nouveau Testament, où Lucas de Leyde a multiplié les variantes de son génie. « Lucas a gravé le Christ à tous les âges, dit M. Picnouvier, d’après un modèle petit, placide et triste, la barbe rare, les cheveux négligemment ordonnés. La Vierge, faite aussi à des âges différents et sous des costumes variés, est une Hollandaise aux traits arrondis et au

ÉCOLE HOLLANDAISE

on y voit les sainls du Paradis et les dieux de la Fable, les gentilshommes et les gueux, les lansquenets et les paysans, la gente demoiselle et la sorcière édentée, la grande dame au bois et la laitière à l'étable, des pèlerins, des moines, des fous, des chasseurs, le diable, la mort : et des animaux domestiques, et des rinceaux d'ornements, des mascarons, des armoiries, des portraits parlants comme celui de 1 empereur Maximilien, des scènes familières, des paysages. Ici un opérateur de campagne va inciser l’oreille d’un villageois qui déjà grimace de peur; là un charlatan, entouré de ses drogues, arrache les dents à un rustre qui crie la douleur, pendant qu'on lui vole son argent dans sa giberne ; plus loin, c’est le poète Virgile qu'une courtisane a suspendu à une fenêtre dans un panier; car le peintre hollandais, comme d autres artistes de son temps, a illustré ce conte ridicule inventé au moyen âge par les contempteurs du génie païen 1 . Mais à cette variété de héros et de sujets se joint une variété non moins curieuse celle des costumes. Ainsi les estampes de Lucas de Lcyde sont comme un vaste répertoire de toutes les manières imaginables de se vêtir et de se coiffer. L’ethnographie de la Renaissance est là tout entière et même celle du moyen âge, grâce à la persistance de certaines modes. Les femmes portent la résille espagnole, le chapeau à bourrelet, le béguin monastique, ou le béret enrubanné, assez haut placé pour laisser voir les tresses et les bandeaux. Les hommes se coiffent pompeusement du chapeau à plumes ou élégamment du bonnet de mezzeLin à crevés ; les uns ont des casquettes de loutre, les autres des capuchons à glands ; le juif lait briller à son turban des pierreries, le malade rabat ses mentonnières, le page relève ses oreillettes, le docLeur enfonce gravement sa barette sur les yeux, l'ecclésiastique porte dignement son aumusse. Et au moyen de celte variété de costumes qui semble faite uniquement pour amuser l’œil, le peintre a quelquefois atteint un but plus élevé : ainsi dans sa belle estampe du Calvaire , il laisse voir clairement l’inlenlion de réunir sur la montagne sainte des individus de toutes les nations, comme s'il voulait exprimer que tous les peuples de la terre participent au bienfait du sang versé sur la croix.

C’est encore un trait remarquable, chez Lucas de Leydc, qu’il s’est plu souvent à rejeter dans les plans reculés de sa composition le principal personnage de son tableau. Plusieurs de ses grandes pièces, YEccc Homo et le Calvaire , par exemple, nous font voir Jésus-Christ dans l’éloignement, tandis que les devants sont occupés par des groupes secondaires, ou même par des figures tout à fait accessoires. On dirait que le peintre veut que nous traversions tout le tableau pour aller trouver le groupe essentiel, et qu'il n’a éloigné son héros que pour nous inviter plus vivement à nous en approcher. La même observation s’applique à d'autres estampes de Lucas, au Baptême du Christ., à quelques pièces de la Passion, et à la fameuse planche de Virgile, où le poète est représenté suspendu à une fenêtre très éloignée dans un panier que l'on apercevrait à peine si les figures du premier plan n’attiraient sur ce panier l’attention du spectateur en le lui montrant du doigt. Mais, quelle charmante pièce ! que d'originalité dans l'arrangement ! quelle fermeté dans le dessin ! les raccourcis de certaines figures annoncent déjà le sentiment de l’élégance italienne ; les têtes sont expressives et vivantes, or l’estampe entière offre deux éléments nouveaux dans l’art des Pays-Bas, le clair-obscur et la perspective aérienne. Le poète en son panier, et la courtisane qui le regarde de la fenêtre voisine, sont à une grande distance du premier plan, non seulement parce que le graveur a su affaiblir graduellement ses teintes, mais aussi parce que les vigueurs du groupe de devant, placé sous un vestibule, forment un repoussoir décidé qui lait encore mieux fuir le lointain. Yasari trouvait si belle cette estampe de Virgile, qu’il supposa qu’Albert Durer, piqué d émulation. avait imaginé et gravé son célèbre Cheval de la Mort, pour soutenir la concurrence d'un rival

1 Le vieux roman des Faits merveilleux de Virgile, représente ce grand poète comme un fameux magicien. Quand Virgile, pour se venger de la courtisane, a éteint tout ce qu'il y avait de feu dans la ville de Rome, 1 Empereur lui demande conseil : « Vous ferez, répond Virgile, ung escharfault au marché et en iceluy escharfault vous ferez monter toute nue en sa chemise la damoiselle qui devant hier me pendit en la corbeille, et ferez crier par toute Rome que qui vouldra avoir du feu vienne à l’escharfault en prendre et allumer à la nature d’icelle damoiselle. ou autrement ils n'en auront point, et sachez que 1 un n'en pourra donner à l'autre, ne vendre, ne prester, ne autrement n’en pourra nul allumer. » Ce sujet bizarre a été reproduit en estampe. Voy. dans le Peintre graveur de Barlsch V Œuvre de Georges Pencz.

si redoutable ; je dis qu’il le supposa, car il ne prenait pas garde que la planche d'Albert Durer avait été publiée en 1513, c’est-à-dire douze ans avant le Virgile de Lucas de Leyde, qui porte la date de 1525*.

Mais, si Vasari s’est trompé sur ce point, il n’est pas moins vrai qu’il exista, entre Albert Durer et Lucas de Leyde, une noble rivalité, qui loin de jamais dégénérer en jalousie, se changea au contraire en une amftié fraternelle. Albert Durer raconte lui-même dans son journal de voyage, que se trouvant à Anvers en 1521, il reçut une invitation de maître Lucas. « C’est un petit homme, » dit-il ; « J'ai lait son portrait au crayon. » Et nous savons en effet par Van Mander, que Lucas était fluet, petit et chétif, autant qu'Albert Durer était grand et forL, et que ce contraste fit l'étonnement naïf des deux artistes. Quelques biographes ont même écrit, je ne sais sur quel fondement, que les deux peintres se virent à

Leyde et peignirent leurs portraits sur un même panneau. Quoi qu'il en soit, on peut regarder Albert Durer et Lucas de Leyde comme les princes de la gravure dans les Pays-Bas. Dire quel fut le plus grand de ces deux grands artistes, ce serait difficile. L’un paraît plus poète, parce qu’il s'élève dans les régions nuageuses du fantastique ; l’autre avec autant d’imagination, se tient plus près de la nature et demeure plus naïf. Si le dessin d'Albert Durer est plus savant et plus fin, Lucas de Leyde l'emporte à son tour par le génie de la composition, je veux dire seulement par le talent d’agencer un grand nombre de figures et de les distribuer en groupes heureusement balancés. Sous le rapport de l’exécution, les deux maîtres ont poussé aussi loin l’un que l’autre, l'art de couper le cuivre et d'exprimer par la conduite des tailles, la diversité des substances, connue par exemple, la rugosité des troncs d’arbres, le mouvement des feuilles, le poli des métaux, le soyeux ou la raideur des étoffes, le poil des fourrures ; mais ce qui est

1 U est assez singulier que cette remarque ait échappé à Bartsch et aux auteurs du Manuel des Amateurs, qui ont cité Vasari.

admirable, chez Lucas de Leyde, c'csl l’art de diminuer insensiblement la profondeur des hachures, de laçon a rendre la dégradation des objets telle que nous la voyons se produire dans la nature, au fur et à mesure de leur éloignement. Tandis qu’Alberl Durer voit ses lointains avec une netteté impossible et aussi rigoureusement accentués que s'ils étaient tout près de son œil, Lucas de Leyde réserve pour le devant de sa composition, sinon ses travaux les plus larges, du moins ses noirs les plus fermes, car le? différences de largeur dans la taille n étaient pas encore imaginées : c'est un progrès qui restait à faire: on ne le fit que du temps des Goltzius. Enfin si les gravures d’Albert Durer sont plus attachantes par un côté mystérieux et poétique, et par les sentiments ou les idées quelles font naître, l'œuvre de Lucas de Leyde est plus amusant, plus instructif, par cette incroyable variété de costumes qui nous fait vivre, pour ainsi dire, au quinzième siècle et de la vie intime d’alors. Le parfait naturel de ses mouvements et de ses attitudes est aussi une qualité qui rend les estampes de Lucas extrêmement intéressantes pour le peintre, et il e>t évident pour nous, que, cent ans plus tard, tandis que le Guide étudiait ces précieuses estampes et en Lirait, de son propre aveu, de grands secours, Rembrandt les dévorait des yeux et y puisait souvent de belles idées, bientôt transformées il est vrai par son génie. Ce fut une des plus vives admirations de Rembrandt que les gravures de Lucas de Leyde, et Sandrart rapporte que dans le temps même où le sieur de Spiring, envoyé de Suède en Hollande, payait cinq cents florins pour une épreuve delà Grande Ar/ar cl quatre cenls florins pour 1 Espiègle ^une des plus rares et des plus charmantes pièces du maître), Rembrandt poussait à plus de mille florins, dans une vente publique, quatorze estampes de Lucas de Leyde. parmi lesquelles se trouvaient le Calvaire , YEcce homo, la Danse de la Madeleine , la Conversion de sainl Paul. Il faut ajouter ici que Lucas 11e faisait paraître aucune épreuve qui eut un défaut quelconque. Sa fille a raconté (dit Van Mander) qu’elle lui avait vu brûler une quantité énorme d'épreuves mal imprimées, ou déflorées par quelque maculature. On doit en conclure que toute épreuve de Lucas de Le} de qui n est pas belle d impression, n a pas été tirée du vivant de l'auteur.

I n homme qui aimait son art avec tant de passion a dû vivre heureux. Van Mander nous apprend du re*te, que Lucas de Leyde, jusqu a l àge de trente-trois ans, eut tous les genres de bonheur. Marié à une noble et riche demoiselle de la famille \ an Roschhuysen, il était riche lui-même du produit de ses estampes. 11 put donc satisfaire et son amour de la vie intime et le goût du luxe qui était chez lui très prononcé. A 1 âge de trente-trois ans, en 1527, ayant formé le projet d’aller visiter tous les peintres illustres des I ays-Bas. il fit équiper à ses frais un yacht de gala et se donna le plaisir de voyager comme un grand seigneur. A Middlebourg, il rendit visite à Jean Gossaert de Maubeuge, dit Mabuse, et il lui offrit un magnifique festin. Mabuse, qui aimait aussi la dépense, le faste et la bonne chère, accompagna Lucas de Leyde dans son voyage, et parcourut avec lui le Brabant, la Flandre, la Zélande. Ils s’arrêtèrent à Gand, a Malines, à Anvers, et partout Lucas traita ses confrères dans de somptueux banquets, dont le moindre lui coûtait soixante florins. Mabuse y figurait habillé de drap d'or, et Lucas de Leyde vêtu d’un camelot de soie jaune, plus brillant encore que le pourpoint de son ami1.

Ce vo}age avait été une longue fête; mais, au retour, Lucas se sentit malade, ses forces l’abandonnèrent, et il dut bientôt se mettre au lit pour ne plus se relever. Un affreux soupçon se glissa dès lors dans son esprit : il imagina que quelque artiste, jaloux de sa renommée et de son luxe, l'avait empoisonné durant son voyage. Celle idée ne le quitta plus, et contribua encore au dépérissement de sa santé , en ajoutant une inquiétude morale à ses douleurs. A vrai dire, ce noir soupçon ne parait avoir eu aucun fondement, et il n est pas besoin d’avoir recours à l'hypothèse du poison pour s’expliquer la fin prématurée de Lucas de Leyde. Dans le portrait qu il nous a laissé de lui-même, on voit un homme imberbe, d une constitution très délicate, qui semble atteint de phtisie et qui a du être facilement épuisé par 1 excès d un travail aussi pénible que celui du graveur. Malade, affaibli, et toujours alité

balui

Præcœteris autem cum Johanne Mabusæo qui splendido utebatur veslitu, aureà pler unique ur familiaritale, vostitus et ipse veste série* splendidiore. Sandrart, AcaUemia nobilissiinœ ,

indutus telà, magna uteartis pictoriœ, p. 230.

main sur son égide et tient une lance. On la trouva presque terminée sur son lit de mort. Comme il sentait sa fin approcher, il se fit transporter à la fenêtre, voulant respirer une dernière fois l'air pur et libre du dehors, et contempler les magnificences du firmament, magnifie unique cœli opus contueri , dit Sandrart. Il mourut âgé de trente-neuf ans, en 1533, peu de jours après la procession dite Claude de Leyde, fête demeurée fameuse en cette ville parce que plusieurs personnes y périrent suffoquées de chaleur. De son mariage avec la demoiselle Yan Boschhuysen, Lucas n’avait eu qu'une fille. Celle fille

pendant les cinq ou six dernières années de sa vie, Lucas ne cessait pourtant de penser h son art et même de le cultiver assidûment, car il s'était fait pratiquer un chevalet et des instruments au moyen desquels il lui fut possible de peindre et graver dans son lit. Ainsi, jusqu’au dernier moment, il mania le burin. Lorsqu'il mourut, il travaillait encore à une petite planche représentant P allas qui porte la

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eut elle-même un fils qui vint au monde neuf jours avant la mort de son grand-père *. Quand on eut baptisé l’enfant, Lucas demanda quel nom on lui avait donné ; on lui répondit qu'il se nommerait aussi Lucas, ii Je vois bien, dit-il, qu'on désire ma mort, puisque déjà on m'a substitué un autre Lucas ! » On aurait pu lui répondre que la nature ne fait pas tous les jours des hommes de la trempe de Lucas de Leyde.

CHARLES BLANC

Ce petit-fils, qui s appelait Lucas Damissen, mourut à Utrecht, en 1602, après avoir été lui-même un peintre habile, ainsi que son frère, Jean de Hooy, qui fut employé à la cour de France. Damissen, on le voit, était le nom du gendre de Lucas de Leyde. C’est donc par une étrange erreur que Bartsch appelle Lucas de Leyde, Lucas Dammiest. Bartsch commet aussi une erreur en disant que Lucas Damissen fut employé à la cour de France ainsi que son frère. Ce n est pas là ce que porte le texte latin de Sandrart. Les deux frères n’eurent de commun que leur profession de peintre.

Lucas de Leyde a gravé, tant à l’eau-forte qu’au burin, 174 estampes dont la description détaillée se trouve dans le septième volume du Peintre-graveur d’Adam Bartsch. En voici une indication sommaire, mais complète :

1-G. L’IIistoire de la Création du monde et de la Chute de l homme. Suite de six estampes, en hauteur. La première de ses estampes a été gravée en l’année lot 9. Les cinq autres sont datées de l’année 1529.

7. Le péché d’Adam et Ève. Cette estampe est une des premières productions de l’artiste ; elle parait avoir été gravée avant ou vers l’an 1508.

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