‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 38 sur 136 · GERARD H ONT HORS · texte numérisé non relu

GERARD H ONT HORS

Averti des talents de Ilonthorst, Charles lor le fit inviter à passer en Angleterre, car il était jaloux d’attirer à sa cour tous les grands artistes de son temps. Le post-scriptum d’une lettre adressée le 5 avril 1028, par sir Balthasar Gerbier, au secrétaire du duc de Buckingham, porte : « Je croy que vous « noublieres pas d’amener monsieur Ilonthorst, car monsieur le Duc prétend de luy donner de l’employ « joint à Sa Ma11" qui lui donnera subject de ne plaindre le passage de la mer. Mais il faut que sa femme « demeure chez elle puisqu’elle crains tant le Harlemmer » Une autre lettre, de Ilonthorst au vicomte de Dorchesler, datée du 29 décembre 1628, nous fait savoir qu’il avait quitté l'Angleterre le 8 de ce même mois et s’était embarqué à Gravesend. C’est donc entre le mois d’avril et le mois- de décembre

1628 que se place le voyage de Ilonthorst en Angleterre. Durant ce court espace de temps, le peintre d’Utrecht fit le portrait du duc et de la duchesse de Buckingham avec deux de leurs enfants, à mi-corps, de grandeur naturelle, et le portrait de la reine en costume de bergère. 11 peignit encore le duc de Buckingham entouré de sa famille dans un tableau que nous avons vu à Hamptoncourt, et qui est son chef-d'œuvre en ce genre. On y compte neuf figures en pied, plus petites que nature. Certaines têtes, celles du duc entre autres, sont d’une rare beauté, et le ton général en est assez brillant, assez chaud pour rappeler Gonzales Coques. Mais la plus importante de ses peintures fut une grande décoration allé-

senté à Rubens dans l'atelier de Ilonthorst, Sandrart marche à la rencontre de Rubens, ce qui eût été ridicule de la part d'un écolier qui était alors fort obscur. Pour un fait qui concernait Sandrart, il était bien simple de consulter Sandrart lui-même. En prenant cette peine, l'auteur se fût épargné les erreurs que nous signalons.

1 Ce précieux document et trois lettres autographes de Ilonthorst, adressées au vicomte de Dorchester et au sieur Edouard ÎS’icholas, ont été trouvés dans les archives royales par M. Carpenter (aujourd'hui conservateur des estampes au British Muséum), qui les a publiés en entier dans l’intéressant ouvrage : Pictorial notices consisling of a mernoir of sir Anlony Van Dyc/c , etc. ;. London, 18U.

ECOLE HOLLANDAISE

gorique où figuraient, assis sur des nuages, le roi et la reine d'Angleterre, l'un en Apollon, l'autre en Diane, et le duc de Buckingham qui, sous les traiLs de Mercure, leur présente les arts libéraux, tandis que des génies repoussent l’Envie et la Malice. Cette allégorie, qui orne aujourd'hui l’escalier de la reine à Hamptoncourt, est peinte à la manière du Guerchin, c’est-à-dire avec des ombres ressenties et lourdes, manière si peu convenable à une scène qui se passe au milieu des nuages. Tous ces travaux furent terminés en six mois.

Pressé de revenir dans sa patrie où on l’attendait avec grande dévotion . ainsi qu'il le dit lui-même, Gérard Honthorst s’embarque le 11 décembre, touche à Flessingue et se rend à La Haye. Il était nanti d’une lettre pour la reine de Bohême, sœur de Charles Ior, à laquelle il devait remettre les portraits du roi et de la reine d'Angleterre : « J’ay adressé (dit-il) et livré la lettre et les deux portraicts de Sa Majesté « à la Royne de Bohêmez, et en ouvrant trouvoit Sa Majesté grand contentement et lui estoit fort agréable « de voir la Royne d’Engeleterre en cette facçon d'habit1 *, en quoy elle prins plaisir d’eslre peincte « en telle et semblable facçon en la pièce laquelle je feroy Sa Majesté et tous ses enfancts pour Sa Majesté « d’Engeleterre. » 11 résulte de cette lettre que Gérard Ilonlhorst avait commission d’envoyer à Charles 1er lesportraits d’Elisabeth, reine de Bohême et de ses enfants, réunis en la meme pièce. Aussi, non content de payer à Honthorst quatre cent vingt livres sterling pour les peintures qu’il avait exécutées pendant son séjour en Angleterre (comme le prouve un acte du seing-privé du 1 1 novembre 462S). Charles Ier lui constitua, le 4 mai de l’année suivante, une pension de trois cents livres par an.

En 1630, Honthorst, ayant achevé le grand tableau qui représentait le roi et la reine de Bohême et leurs sept enfants, et qui n’était qu’une répétition avec d’autres ressemblances de celui de Hamptoncourt envoya son frère porter la toile à Londres ; en même temps il écrivit au vicomte de Dorchester et au sieur Nicholas, secrétaire du conseil, pour les prier de hâter son paiement, et demanda qu on prit en considération le temps et les sommes que lui avaient coûté un tableau pour lequel il avait dû faire plusieurs fois le vo\age de La Haye. 11 ne reste dans les papiers de la Trésorerie aucune trace de paiements effectués au sujet de ce tableau; mais une troisième lettre de Honthorst nous apprend qu il fut chargé de peindre, avec l'aide des artistes les plus distingués d’Utrecht, divers morceaux tirés de la vie d’Ulysse 3. On ne sait ce que sont devenues ces peintures, dont une seule, la Scène des compagnons d'Ulysse changés en pourceaux , est aujourd'hui connue pour être dans la collection Blundell W eld à lnce \ Ce qui est certain, c'est que, par suite de ses rapports avec la reine de Bohême, Honthorst devint le maître à dessiner de cette reine et de ses enfants, parmi lesquels trois se distinguèrent comme artistes, la princesse Sophie, l’abbesse de Maubuisson et ce fameux prince Rupert, qui fut l'inventeur de la gravure en manière noire.

Les derniers ouvrages de Honthorst furent pour le roi de Danemark. 11 nous souvient de les avoir vus à Copenhague, et voici la note que nous en avons conservée sur notre calepin de voyage : « Honthorst, « froid et pauvre dans les sujets de jour ; peinture lisse, inconsistante, à laquelle il faut, pour valoir, « des effets de nuit. » Le prince d’Orange ayant donné à Honthorst le titre de peintre de la cour, celui-ci se

1 Dans une lettre autographe de Charles Ier, citée par M. Carpenter, comme faisant partie des manuscrits du British- Museum, on trouve le post-scriptum suivant qui a sans doute rapport à ce tableau : » Commend me to my wife and „ dclivcr lier lis inclosed, and let me know if Hunthorst lias ended his pictur. » Rappelez-moi au souvenir de ma lemme, remettez-lui ce billet ci-inclus, et faites-moi savoir si Honthorst a achevé son portrait.

5 Cette répétition est maintenant à Cashiobury, chez lord Essex.

3 On lit dans cette lettre, qui est écrite en italien et qui est datée du 6 septembre 1630 : « Conformément aux instruc- « lions du cousin de V. E., j'ai chargé les peintres les plus distingués de notre ville d’exécuter ces tableaux dont deux seront « de ma propre main. Les sujets que j'ai choisis sont tirés de la vie d’Ulysse. Les tableaux susdits, je me suis arrangé m pour les avoir à deux cents florins chacun (a dugento fiorini luno ), c'est là un prix raisonnable, car j ai fait entendre a « mes artistes qu’ils avaient à travailler pour moi (per mio jitsto). Autrement, s'ils avaient su qu’ils travaillaient pour « V. E., ils n'auraient pas manqué de lui demander trois cents à trois cent cinquante florins pour chaque tableau. »

• Waagen, Treasures of nrt in Gréai Britnin : London, 1854.

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