‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 55 sur 136 · SITE O' ITALIE · texte numérisé non relu

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chronologique des membres de l'Académie de peinture et de sculpture, depuis son origine jusqu a sa suppression1, que Swanevelt fut reçu de cette Académie le 8 mars 1653 et qu'il mourut en 1655, la même année que Lesueur. Cette date est-elle exacte? Tout porte à le croire, et cependant il est remarquable que les registres, qui, à l'article des autres peintres, donnent le mois et le jour de leur mort, ne donnent pour Swanevelt que l'indication de l'année. Toujours est-il qu Herman ne retourna plus en Italie, puisque les Italiens le disent mort depuis 1649, et que la date de 1690, répétée par tous ceux qui le font mourir à Rome, est évidemment controuvée.

Les peintures de Swanevelt à l’hôtel Lambert ne sont pas les seules traces de son séjour a Paris ; nous en voyons encore des preuves dans quelques eaux-fortes qu il fit en collaboration avec Israël Silvestre et qui sont : la Nymphe de la Seine , la Vue de lisle Louvier, le Palais d Orléans , vu du côté des chartreux (c’est le palais du Luxembourg), et le Château de Gondy , maison de plaisance de 1 ar-

1 Ce document précieux m’étant tombé sous la main quand j’avais l’honneur d’être directeur des beaux-arts, j’en lis faire une copie par un calligraphe, et cette copie, livrée à l'impression, a servi à redresser bien des erreurs biographiques et à rectifier ou compléter la liste précédemment publiée par M. Dussieux dans l’ Univers pittoresque. On trouve aujourd’hui le document en question dans les Archives de L'art français. Paris, Dumoulin, 1852.

ÉCOLE HOLLANDAISE

chevêque de Paris. Les bâtiments ont été gravés, dans ces pièces, par Israël Silvestre, le paysage par Herman. C’est là qu’il faut voir le génie du maître. C’est dans ses eaux-fortes que ses qualités brillent et que ses défauts disparaissent. Beauté des formes, grandeur et bonheur de la composition, légèreté de la pointe, touches du burin, harmonie, effet, tout y est admirable; l'exécution en est libre, et le fini cependant en est parfait. Rien de plus merveilleux que les premières épreuves de ces estampes quand elles ont conservé leur fraîcheur et tout le velouté de leur noir. Elles sont alors pour le moins aussi recherchées que celles de Waterloo, et, suivant nous, elles sont encore plus belles. Parmi tant d’illustres peintres qui ont gravé des paysages, Herman est en première ligne, et peut-être le seul Claude Lorrain pourrait-il lui être préféré. On peut du reste s'en rapporter à ce qu’en a dit un juge exercé, Adam Bartsch : « Swanevelt avait une manière de graver qui lui était particulière et qui fait aisément distinguer ses estampes de celles que Goyrand a publiées d'après ses dessins, quoique ce graveur n’ait pas mal réussi à imiter la pointe de son modèle. Notre artiste a exprimé les feuilles de ses arbres par un assemblage de petits traits horizontaux, un peu courbés, qui sont très propres à en représenter la situation naturelle sur les branches. 11 n'a tracé des contours plus déterminés que quand il en a eu besoin pour dégager les parties. Il employa la pointe sèche et plus encore le burin pour étendre l'harmonie dans ses estampes ; mais il imprima plutôt des points qu'il ne grava des traits, surtout clans le feuillé. » On a dit et répété que Swanevelt avait surpassé Claude Lorrain dans l’art de peindre les figures. 11 les dessinait en effet plus purement que son maître. Mais ce n’est pas tant au dessin des figures qu’il faut regarder en fait de paysage, c’est à leur caractère, à leur mouvement, à leur sentiment. Herman, du reste, est sous ce rapport fort inégal, même dans ses eaux-fortes les plus belles. 11 en est où les figures sont assez faiblement dessinées pour qu’on les supposât d’une autre main que la sienne si par le faire elles ne lui appartenaient. Ce qu'il entend à merveille, c’est le choix des figures et leur parfait accord avec le paysage qui doit les encadrer, soit qu'il tire ses petits suj els de la Fable, soit qu’il les emprunte à 1 Écriture ou à la Vie des Saints. Quand le site est sauvage, montagneux, hérissé de rocs chevelus, entrecoupé de bois, il y fait grimper les chèvres et jouer les faunes. On y voit des dryades qui dansent au son de la flûte, tandis qu'un satyre, s'accrochant au tronc d'un arbre, en cueille les

fruits pour la nymphe qui les reçoit dans sa draperie relevée . Si les bois sont assez touffus pour

que Diane et sa suite s’y reposent à l'ombre, si le paysage, rafraîchi par des ruisseaux, se couvre de verdure et présente un aspect assez riant pour que Vénus y puisse venir dans son char traîné par des colombes, le peintre met alors en scène Y Histoire d' Adonis, depuis le moment où Myrrha le met au monde jusqu'à celui où la déesse qui l’aima, le trouvant étendu mort sous la dent du sanglier, se précipite de son char pour 1 embrasser en pleurant. Enfin si le peintre a rencontré quelque solitude bien aride, bien triste, des chemins pierreux, des montagnes brûlées par le soleil, il y place les premiers ermites, ou Madeleine pénitente, ou saint Jérôme en méditation, de sorte qu'il trouve à la fois dans les environs de Rome des paysages chrétiens et des contrées païennes, là, le séjour enchanté des dieux antiques, ici, l’austère asile des saints pénitents. Il n’est pas jusqu’aux animaux que le peintre n’ait fait servir à rappeler de grands souvenirs. L'humble compagnon de saint Antoine et le fier compagnon de saint Jérôme, les chameaux de Y Écriture, l’aigle qui porte le pain à saint Paul ermite, viennent ajouter encore à 1 intérêt historique du paysage, et si l’artiste a vu passer un âne près de la vigne du pape Jules, sur la voie Flaminienne, il se représente aussitôt la fuite en Égypte ou l'âne de Balaam. El pourtant les plus belles pièces de l'œuvre sont encore celles où les figures ne jouent qu’un rôle secondaire, telles que les paysages en hauteur que Bartsch appelle la Montagne, la Grande Cascade , l'Anier , le Bouquet d'arbres. Ces paysages, dont les figures n’ont point de nom, sont, je crois, les plus parfaits. Les personnages et les animaux en sont admirables et, malgré leur importance, très habilement subordonnés. Je ne connais rien de plus beau dans l’œuvre d’Herman Swanevelt. Ce sont des personnages rustiques et grandioses tout ensemble. Les lointains paraissent inondés de lumière et embrasés, tandis que les devants sont rafraîchis par des ombres transparentes. J’admire aussi dans cette belle suite la

la P E T i T K cascade. Eau-forte du Maître.

Naturellement rude et farouche, Herman Swane-velt a imprimé à ses paysages quelque chose de son propre caractère. Par là il se distingue de Claude et se rapproche un peu du Guaspre. Il aime comme ce dernier les montagnes couvertes de bois épais, les ravins profonds, les lieux solitaires, les torrents qui bondissent parmi les rochers. Ainsi, tout en suivant les pas de son maître, Herman s’est fait une place à part. 11 a su conserver dans ses paysages une physionomie originale en mêlant les beautés agrestes avec le style héroïque, et en prouvant que la vérité étudiée de près et sévèrement rendue n’était pas incompatible avec le goût le plus élevé et le plus pur.

HERMAN SWANEYELT (1600) 7

distribution du clair-obscur et comment la lumière y est moins diffuse que dans la suite des Pénitents , où on la voudrait plus ménagée, plus discrète. Ces vastes solitudes au fond desquelles se retiraient les anachorètes doivent être, ce me semble, représentées ombreuses. On y comprend mieux alors le recueillement de l’ermite. Des campagnes boisées, silencieuses et subobscures paraissent plus propres à inspirer de graves méditations. Le tableau d’ailleurs s’en trouve mieux, et l’art n'y perd rien.

Charles Blanc.

Herman Swanevelt a gravé à l'eau-forte, avec beaucoup d'habileté pratique, de sentiment et de goût, 116 pièces qui sont décrites dans le tome II du Peintre-graveur.

i-2i. — Suite de vingt-quatre estampes ovales en travers. Vues prises dans la campagne de Rome. Sur le titre on lit :Variæ campestrum faruasiæ a Hermano Sicanvelt invent... Suite sans numéros. — Vente Rigal. 30 francs.

26. — Satyre jouant de la flûte à deux tuyaux. Devant lui deux femmes et un enfant. Plus loin un autre satyre. — Pièce ovale en travers. Très rare.

26-32. — Paysages avec animaux. Suites de sept feuilles, chameaux, bœufs, ânes, chèvres d'angora, cochon. Herman Swanevelt fecit et l'adresse d’Audran. — Il y a des épreuves avant toutes lettres dont Bartsch ne parle pas.

33. — Satyre à genoux devant un vase plein de raisins que regarde un enfant. Une femme est assise, une coupe à la main ; un autre, debout, porte un vase. Herman Swanevelt fcc et l’adresse d’Audran.

34. — Saint Jean-Baptiste au désert. Sur une pierre : H. V. 5.; dans la marge, apresso gio battaRossi... Aux secondesépreuves. l’adresse de Rossi est remplacéeparcellc de Carlo Lozi, 1773. — Goyrand l’a copie en sens inverse.

36. — Jésus tenté par le démon. Le démon ayant une jambe de bois, montre des pierres à Jésus-Christ. Dans la marge, les lettres H. V. S. réunies. Aux premières épreuves l'adresse de Rossi; aux secondes celle de Lozi. — Les cinq articles précédents, vente Rigal; 24 francs.

36-48. — Diverses vues de Rome. Au titre, sur une draperie, on lit : illustrissimo vivo Gedeoni T allumant; dans

la marge, diverses veucs dessignées . Aux secondes

épreuves, il y a l’adresse de Bonnart. On l’a ensuite effacée pour faire ressembler les troisièmes épreuves aux premières. — Vente Rigal, 62 francs.

40-52. — Paysages ornés de satyres. Suites de quatre feuilles portant dans les marges : Herman Van Swanevelt inventor et fecit. Aux secondes épreuves, l’adresse de Bonnart; aux troisièmes elle est effacée; aux quatrièmes on ne trouve plus aucune lettre. — Vente Rigal, 30 francs.

53-65. — Diverses vues de Rome. Suite de treize estampes. Au titre, Minerve au bas d’un piédestal où on lit : Diverses veucs au dedans et dehors de Rome... dédiée aux vertueux... 1653 ; à la troisième feuille, l'inscription est en latin, et le millésime est 1662; les autres ont seulement H. V. S. fec et ex. cum. pr. re.\ aux secondes épreuves l'adresse de Bonnart. — Vente Rigal, 74 francs.

66-69. — Quatre paysages ornés de sujets de l'Ancien Testament, Abraham, Agar, Tobie, Élie. Aux deux premiers numéros sur les ciels, aux deux autres en bas, on lit : II Swanevelt fe. Rom ; au dernier il y a fecit au lieu de fe. Les premières épreuves sont avant les numéros et l’adresse de K. Audran. Aux secondes épreuves, les mots K. Audran ex. sont écrits au-dessous du nom de Swanevelt. Les numéros se trouvent aux troisièmes épreuves avec l'adresse de Mariette.

70-71. — Deux paysages. Dans l’un Pan et Syrinx ; dans l'autre Salmacis et Hermaphrodite. Dans les marges, l’adresse de Rossi; aux secondes épreuves on asubstituécelle de Lozi 1775. — Goyrand les a copiés en contre-partie.

72-75. — Quatre vues de Paris : l'ile Louvier, le Luxembourg (Palais d'Orléans) le château de Gondy, la nymphe de la Seine. L’architecture est gravée par Israël Sylvestre.

76. — Vue de la ville de Rome. L’architecture est encore de Sylvestre. — Avec les quatre pièces précédentes, vente Rigal, 112 francs.

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