THEODORE DU KEYSER
beaux gris rappellent ceux du grand peintre espagnol; car sur la teinte de ce mur s’enlèvent avec une égale vigueur le noir mitigé des pourpoints et le blanc modéré des collerettes. Oui, ce fond est d'un maître, et j admire aussi comment la statue, qui seule en rompt l'unil'ormité, vient à propos racheter le sens horizontal de la composition et la faire pyramider à souhait, mais naturellement et sans la moindre affectation. Quant à la touche, elle est aussi d’une qualité supérieure. Tout en accusant les détails les plus fins du modelé, tout en entrant dans les moindres traces de la vie, en sculptant les rides, le pinceau marche avec liberté, il est conduit par une main à la fois sûre et nerveuse, qui exprime vivement dans chacune de ces
tètes nuiles et fortes, leurs joues llétries, ^enchâssement des prunelles, creusé, agrandi par l'âge, l’attendrissemen ts des tempes, et qui, tantôt appuyant, tantôt glissant sur les accidents de la peau, les indique sans pauvreté, eu égard aux dimensions de la toile, et toujours dans le sens de l'expression.
lous nos lecteurs, sans doute, connaissent la superbe gravure de Jonas Suyderhoef, d’après cette Assemblée de bourgmestres que le graveur a ainsi rendue célèbre. L’estampe, qu'on croirait faite d’après un tableau de proportions historiques, est pourtant de la même grandeur que la peinture de Keyser, et il laut ajouter que, si on la possède en belle épreuve, elle peut, en quelque sorte, tenir lieu de l’original; du moins, elle en donne une idée parfaitement juste, car Suyderhoef, qui est un maître, lui aussi, a traduit sou peintre dans cette manière chaude, nourrie et ferme, enrichie de travaux grenus et emmêlée de points brillants, qui reproduit à merveille les empâtements, la saveur et le corps des peintures les plus généreuses. Quiconque a vu l’estampe en premières épreuves, nous croira sans peine lorsque nous dirons que Rembrandt
ÉCOLE HOLLANDAISE
aurait pu signer la peinture qu'elle représente. Toutefois, pour en bien juger, il ne faut pas avoir sous les yeux une épreuve trop chargée de noir et qui serait alourdie par 1 impression. 1! laut choisit une de ces épreuves qui conservent de la transparence dans le velouté, de la légèreté dans 1 énetgie.
On trouve au musée de la Haye un autre morceau de Théodore de Keyser, et tout aussi beau : c'est le portrait en pied d'un magistrat. Il est décrit par M. Burger, dans ses Musées de Hollande, et nous lui empruntons sa description d’autant plus volontiers que ce portrait il est pas tout à fait aussi présent à nos yeux que X Assemblée des boue// mes/ ees : « L’homme est assis, vu de trois quarts, devant une table nouvel te d'un tapis rouge des Indes. Il feuillette, de la main gauche, un livre posé sur un pupitre, mais il ne regarde pas le livre, il regarde le spectateur. Il a des cheveux gris, assez courts, et une moustache; l'œil plein de feu, la physionomie très expressive. 11 est coillé d'un large chapeau noir; une fraise blanche éclate sur son pourpoint de soie noire ouvrée; bas de soie noirs et souliers a belles rosettes. La main droite, qui est superbe, s'étale sur la cuisse droite. Le parquet est dallé de pierre noire et de pierre grise. Le fond, très sobre, ne sert qu'à faire valoir la figure; il y a cependant une indication de bibliothèque sur la gauche.
Le personnage est assez grand, cette fois : au tiers à peu près de la proportion naturelle. »
Quand on a vu ces deux peintures de Keyser, on le connaît a lond, car elles sont de sa [dus grande loi ce et de son meilleur temps. Mais quel était le bon temps de Keyser? En quelles années faut-il le placer, ou. pour parler comme autrefois, à quelle époque florissail-il ? Malheureusement, les deux tableaux du musée de la Haye ne sont ni datés ni signés, et peut-être, sans la gravure de Suyderlioef, ne saurait-on pas aujourd'hui quel fut l’auteur de Y Assemblée des bourgmestres: mais comme ce tableau représente un lait qui s’est passé on 1638, on peut croire qu'il a été peint en cette même année, sous l'impression d'une fête qui avait si vivement remué la ville d'Amsterdam. La réception d'une reine aussi intéressante que l'était alors Marie de Médicis, fugitive, proscrite par son propre fils, était un événement dans la vie de ces bourgmestres, et ils durent être impatients d'en faire consacrer le souvenir, en le rattachant à leurs portraits ; d'autre part, l’estampe de Suyderlioef qui représente Henri de Keyser est jgravée d après un dessin de Théodore, daté de 1621. Ce peintre a donc commencé sa carrière avant Rembrandt, dont les premiers ouvrages connus sont de 1630 environ, tout au plus de 1628, et il üorissait quelques années avant lui: ce n'est donc pas Rembrandt, selon toute apparence, qui a été son maître. Toutefois, il est impossible, en regardant Y Assemblée des bourgmestres, de méconnaître une certaine parenté entre la manière de Keyser et celle que Rembrandt adoptera dans ses tableaux, a partir de 1612, cest-a-dire de la Ronde de nuit, et qui éclatera avec tant de vigueur et d’autorité dans la lameuse peinture des Syndics. Maintenant, quel que soit celui des deux qui ait influencé l'autre, ce n'est pas pour Keyser une petite gloire que d'avoir fait une peinture qui peut être placée, comme Valeur d'exécution, entre la Paix de Munster de Gérard Terburg et les Syndirs de Rembrandt.
CHARLES BLANC
iisitMBi il œïtâiMi
Le Musée du Louvre n'a aucun ouvrage de Tli. de Keyser, mais il existe au Musée deVersailles sousle n°4133,un tableau île lui : c’est le portrait d’un inconnu, il est signé et daté 1631 .
Il n’en existe pas non plus au Musée d’Amsterdam ; mais il y a dans le palais royal, sur le Dam, une peinture de lui qui représente Ariane abandonnée.
Musée de Berlin. — Une peinture de famille. On y voit un père entouré de ses cinq enfants. L âge du père et celui de chacun de ses enfants sont écrits sur la toile à côté du personnage, suivant la coutume gothique.
Musée de la Haye. — L'Assemblée des bourgmestres d'Amsterdam, à l'arrivée de Marie de Médicis. Il est peint sur un panneau de la grandeur de l'estampe de Suyderlioef. — Portrait en pied d'un magistrat.
Musée de Bruxelles. — Collection Dubus de Gisignies.
On y remarquedeux petits portraits en pendants, le mari et la femme. Le premier daté de 1639 et signé T. D. Kcijscr. Le second est daté de 1640, avec les lettres T. L). K.
Pinacothèque de Munich. — Une vieille Femme assise et un homme debout. Daté de 1630.
National-Gallery, à Londres. — Un Marchand assis près d'une table et son commis qui lui remet un paquet.
Institut de Francfort-sur-le-Mein. — Portrait d un Cavalier avec deux lévriers.
Gotha. — 11 se trouve dans la collection de cette galerie trois tableaux de Keyser. On y remarque Un Bourgmestre avec sa famille , dans un paysage.
Vente de Braamcamp, 1771. — L'Assemblée des bourgmestres, auxquels l'avocat Davelacr vient annoncer l arrivée de Marie de Médicis, 310 liv.
8393-OU. — Cobbeil. Imprimerie Ed. (Jbété.
0cû/e datée
HERMAN SWANEYELT
Encore un peintre hollandais dont les biographes ne nous disent presque rien. La Hollande semble l’avoir oublié comme on oublie un transfuge, et l'Italie, qui le regarde pourtant comme un peintre de son école et qui fut pour lui une patrie d’adoption, l'a traité comme un étranger lorsqu’il s’est agi de lui donner sa place dans l’histoire. Toutefois le peu que nous savons de lui nous a été transmis par un écrivain romain, Jean-Baptiste Passeri, qui a tellement estropié le nom de Swanevelt qu’il était vraiment difficile de le reconnaître. Aussi les trois pages qui dans l’ouvrage de Passeri se rapportent à Herman Swanevelt n’ont-elles été remarquées de personne, et depuis d’Argenville et Descamps jusqu’à nos jours, tous ceux qui ont touché à l’histoire de l’art, y compris Adam Bartsch, ont répété sans examen et sans critique ce qu’on avait dit, dans l’origine, de ce peintre1.
1 J’en excepte M. Villot, qui a cité le témoignage de Passeri dans sa notice sur les tableaux flamands du Louvre, mais qui fait dire à ce biographe que Swanevelt mourut en 1659, tandis que le texte italien porte en deux endroits 1649.
ÉCOLE HOLLANDAISE
« On ne sait, dit Descamps, en quelle ville Herman Swanevelt prit naissance vers l'an 1020; on ne « sait pas plus quelle était sa famille. Les Hollandais qui ont écrit la Vie des peintres de leur pays « n'ont point parlé de cet artiste. Corneille de Bie, écrivain flamand, fait en général l’éloge de ce « peintre ; mais il ne nous en apprend rien de particulier. On croit qu'il eut pour maître Gérard Dow. « Ce qui est certain, c’est qu’il alla fort jeune à Rome. Il y trouva beaucoup de jeunes gens de son pays « qui étudiaient comme lui la peinture. Au lieu de les rechercher pour perdre son temps avec eux, il « les évitait. Ils ne purent le voir que le crayon à la main et dessinant des vues ou des ruines autour « de Rome. Cette vie farouche et retirée lui fit donner le nom A’Ermite,et ses talents celui d’Erman « d'Italie. Il faut quelquefois fuir le monde pour lui être plus utile. »
De son côté, Jean-Baptiste Passeri, qui parle d'Herman comme d'un homme qu'il a connu ou sur lequel il a eu des renseignements précis et qui l’appelle Vincenzo Armanno, nous apprend qu'il était déjà fort habile quand il vint à Rome. Il était, dit-il. Flamand de naissance, c’est-à-dire né dans les Pays-Bas, Fiammingo. II arriva en Italie avec un talent tout formé, et il y excellait à peindre des paysages qu’il ornait de petites figures spirituellement touchées’. — Après une assez longue appréciation de la manière de Swanevelt et quelques détails sur son caractère, Passeri rapporte que ce peintre mourut à Venise en 1649, et il ajoute qu il devait avoir quand il mourut autour de cinquante ans, intorno agli anni cinquanta. Or s'il avait ou s'il paraissait environ cinquante ans en 1649, il est impossible qu’il fût né en 1020, puisqu'il était, suivant le témoignage du même écrivain, plein de santé, frais, nonio fresco , et d une bonne constitution. — De ces divers passages du biographe romain, il faut conclure qu’Herman Swanevelt était né vers le commencement du dix-septième siècle; qu'il n'y a point de vraisemblance qu il ait été l'élève de Gérard Dow, avec lequel il n'a d'ailleurs aucune espèce de rapport et qui était, selon toute apparence, de dix ou douze ans plus jeune que lui; enfin que la vie de Swanevelt s’est écoulée non pas entre 1620 et 1690, comme on le dit toujours, mais entre 1600 et 16SS, cette dernière date étant celle de sa mort d'après les registres de notre ancienne académie de peinture, dont il fut membre.
Cela posé, il est facile de comprendre que Swanevelt, lorsqu'il vint à Rome, fut déjà un habile homme. Avant de recevoir les conseils de Claude Lorrain, il connaissait son art ; mais ce qui est certain jusqu’à l’évidence, c’est que, dès son arrivée à Rome, il devint l’élève de Claude, qu’il adopta entièrement son système do composition et apprit de lui tout ce qui dans le génie de ce grand maître se pouvait apprendre. Il est de tradition que Swanevelt et Claude Lorrain se promenaient souvent ensemble aux environs de Rome ; souvent on les rencontrait s'en allant étudier en pleine campagne les radieux spectacles du matin ou les magiques effets du soir, observer le balancement des lignes, choisir les rochers les plus pittoresques, les plus beaux arbres, les horizons le mieux faits pour le plaisir des yeux, le mieux ouverts aux élans de la poésie. Mais Claude Lorrain, on le sait, quand il s'égarait dans le paysage romain, ne portait avec lui ni crayons, ni toile, ni pinceaux. C’était dans sa mémoire qu'il dessinait les nuages, les bouquets d’arbres, les collines, les cascades ; sa tête se remplissait de ces vives images, son génie en exagérait encore la grandeur, et il rentrait dans son atelier l’œil ébloui des magnificences de la création, l’âme enchantée, l’imagination fortement émue et tout éclairée des rayons du soleil. Herman, au contraire, visitait la nature comme un disciple studieux et docile. Le crayon à la main, il notait les lignes heureuses, étudiait les hauts chênes et les larges plantes, et copiaiL un à un tous les édifices, les monastères et leurs campaniles, le 'Colysée et ses arcades en fleurs. 11 n’était pas homme à s’affranchir de la réalité autant que son maître, à la dominer, à se mettre au-dessus de la nature elle-même, s'il est permis de le dire. Pas à pas il la suivait dans ses caprices, il admirait les
1 " . Non era chiamato con altro nome, che con quello di Monsieur Armanno , ed era di nazione Fiammingo. Venue
a Romache già era in uno slato di perl'ezzione, ed il suo genio maggiore era di far paesi, et vi accompagnava le figure, ma piccole con un accordo e valore uguale. a Vite de ' pittori, scultori ed arehitetti , che hanno lavorato in Roma, rnorti dal ICM fino al 1673. Roma, MDCCLXXII.
HERMAN SWANEVELT (1600) 3
variantes de sa beauté, il écoutait ses mystérieux enseignements, et pour n'être pas troublé dans ses contemplations il allait ordinairement seul. De là le surnom d 'Ermite que lui donna la société des peintres hollandais et allemands établie à Rome.
Herman Swanevelt avait trouvé tant de charme dans ses continuels entretiens avec la nature, qu’il en était devenu sauvage. Son humeur, du reste, le portait à fuir les hommes. Bien que sa présence ne fût pas désagréable, il était plutôt rude et difficile à vivre, rozzo piuttosto ed impraticable. 11 n’entrait pas volontiers en conversation, si ce n'est avec quelques-uns de ses compatriotes, et n’abordait les Italiens qu’avec défiance comme s'il eût toujours craint d'être trompé par eux. Mais si le goût de
la solitude avait assombri encore son caractère naturellement sombre, en revanche ses tableaux y avaient gagné, et cette sauvagerie môme, tempérée par l’influence de Claude Lorrain, avait profité à son paysage. Il se trouva de la sorte unir avec la dignité que son maître lui avait apprise un sentiment profond des beautés agrestes, sentiment que sa vie solitaire avait exalté. Et c’est là précisément le trait distinctif du talent d Herman Swanevelt. Le paysage de Claude est toujours parfumé d’idéal ; il nous reporte aux temps merveilleux de l’âge d’or ; l’aspect en est majestueux et doux, antique et suave. On n y rencontre ni sentiers raboteux, ni collines hérissées, et les dryades qui l'habitent y peuvent fuir les embrassements du satyre sans se déchirer à des broussailles épineuses. Herman Swanevelt, avec les mêmes intentions de style, se tient plus près de la réalité. On retrouve à chaque instant dans son œuvre les plantes, les arbres de la campagne de Rome. On pourrait nommer les édifices qu’il y a introduits. Ses fabriques ne sont point des villas imaginaires, des palais enchantés qui s’avancent jusque dans la mer et dont les escaliers sont battus des vagues ; ce sont les monuments ruinés de la Sabine, les augustes vestiges des temples païens ou les élégantes façades des églises et des cloîtres catholiques. Le paysage italien est resté sur la toile du peintre ce qu’il était vraiment aux environs de
tentation de sai N T -A N T o 1 N e. Eau-forte du Maître.
ÉCOLE HOLLANDAISE
la ville éternelle, imposant, solennel et poétique. Ce n’est pas dans ses souvenirs qu'Herman a puisé les motifs de ses compositions héroïques, c'est au sein de la nature elle-même. Ce qu’il y a mis d'arrangement et d'invention est justement ce qu’il tenait de Claude Lorrain, et par ce côté il lui ressemble. Comme lui, il dispose ordinairement dans les coins de son tableau les coulisses de son paysage, qui sont des montagnes boisées ou de grands arbres : quelquefois il les place au milieu même du cadre, pour les opposer franchement à un fond très lumineux. — le beau paysage de son œuvre, qu’on appelle le Bouquet d'arbres , en est un exemple — mais toujours les éléments du tableau sont reconnaissables àcet accent de vérité que donnent les études d’après nature.
'Moins brillant que son maître, moins chaud de couleur, Herman Swanevelt ne l'a pas égalé non plus pour l'harmonie de l’ensemble. Il n’a pas su envelopper la campagne de cette vapeur lumineuse qui, dans les paysages et les marines de Claude Lorrain, dévore les contours, dégrade insensiblement les plans du tableau, marie et fond toutes les surfaces, toutes les nuances, et semble formée des rayons du soleil réduits en une poussière d'or. Les tons de Swanevelt manquent souvent d’accord et sa louche laisse à désirer plus de fermeté. Aussi y a-t-il du vrai dans cette appréciation d’un connaisseur qui avait beaucoup vu et qui voyait sainement1 : « S'il eût moins peint d’après ses études et plus souvent d'après la nature, Herman eût été rival de son maître; mais un grand amour pour le travail et une facilité extrême l’ont jeté dans une manière crue et tranchante qui a nui à sa réputation. Ses compositions piquantes n'offrent pas assez cette douceur harmonieuse qui séduit l’âme du spectateur. Souvent il a placé un monument de brique bien rouge sur un ciel bien bleu, et à côté de son monument, il mettait un arbre du plus beau vert. Cette discordance de tons a fait du tort à ses ouvrages. Néanmoins lorsque le choix en est plus heureux, ses tableaux font l’ornement des plus belles collections. J’en ai vendu un en 1791 qui pouvait aller de pair avec les plus beaux de Claude. » Il serait injuste, en effet, d’appliquer 1^ sévérité de ce jugement à certains ouvrages d’Herman d’Italie, qui sont vraiment dignes de son maître, et au sujet de ces œuvres de choix on peut dire, par exception, avec Jean-Baptiste Passeri, que Swanevelt fut des premiers à introduire dans le paysage cette douceur de teintes et cette vaguesse de pinceau que les paysagistes primitifs n'avaient point connue et qui enchantent l'œil au premier aspect2.
Ce même Passeri nous raconte, qu’un jour ayant été dénoncé à l’inquisition comme se permettant de manger de la viande le vendredi, Monsieur Armanno , c’est ainsi qu’on l’appelait à Rome, fut arrêté, mis en prison et condamné par le saint-office aux peines qu'il prononçait contre ceux qui professent le catholicisme, tout en vivant dans l’hérésie, selon les expressions de l’auteur. Néanmoins on voulut bien considérer que ce Hollandais était sans doute mal instruit des commandements de l’Église, et après lui avoir fait promettre de s’amender et de ne plus désobéir, on lui imposa pour toute pénitence un certain temps de réclusion dans le monastère des Dominicains de Santa-Maria délia Minerva. Il employa les loisirs de sa prison à peindre dans la sacristie de l'église de ce couvent, deux paysages à fresque, l’un au-dessus de la porte en dedans, l'autre de la même grandeur au dehors. Ce dernier, ajoute le biographe italien, fut détruit bientôt par suite de la construction d’une chapelle que les pères dominicains firent bâtir en cet endroit, parce qu’on y voit, au travers d’une grille, la petite chambre qu’on disait avoir été habitée par sainte Catherine de Sienne lors de son séjour à Rome. Quant au paysage que Swanevelt avait peint sur la porle, dans l'intérieur de la sacristie, il s’y trouvait encore du temps de Passeri ; mais il faut croire qu’il n’existe plus, puisque F Itinerario de Vasi, qui décrit minutieusement tous les objets d’art que renferme l’église de Sainte-Marie-sur-Minerve, n'en fait aucune mention.
1 Lebrun. Galerie des peintres flamands , hollandais et alletnands. Paris, 1791.
2 « Aveva un stile di tingere e di stondeggiare assai diverso dagli altri enelle sue cose si conosceva la maniera di una certa imitazione del vero. liendeva pure gran diletto la sua vagliezza di tingere, et fu Ira i primi, che introdusse nel lar de’ paesi quella placidezza di colore che sù alletlare cosi facilmente alla prima apparenza. » Vite de' pittori, scullori , etc., page 170.
HERMAN SWANEVELT (1600) S
Au sortir desaprison, Swanevelt, qui avait naturellement peu de goût pour le monde, n'en fut que plus sauvage. Il se sentait d’ailleurs peu disposé à continuer son séjour dans la capitale de l'inquisition. 11 quitta donc la ville de Rome avec l'intention de retourner dans sa patrie, « mais en passant par Venise, dit Passcri, il fut saisi d'une fièvre lente que les médecins ne connurent point et de laquelle il mourut en 1649 ». C'est ici que Passeri se trompe. Herman Swanevelt passa peut-être par Venise, mais il est certain qu'il n’y mourut point, car nous le retrouvons à Paris en 1652 peignant en concurrence avec Patel, notre paysagiste français, les lambris du Cabinet de l amour , dans ce même hôtel Lambert que décoraienl alors Euslache Lesucur et Charles Lebrun. Nous voyons aussi dans la liste