‹ Histoire des peintres de toutes les écolesChapitre 92 sur 136 · FERDINAND BOL · texte numérisé non relu

FERDINAND BOL

talion de ses voisins. Toutefois, malgré le soin 1 originalité de chacun d'eux, Rembrandt exerça

Ferdinand Roi est a Rembrandt à peu près ce que \an Dick est à Rubens. En France, où nous ne connaissons guère de Ferdinand Bol que ses eauxlortes, qui a la vérité sont pleines de sentiment, et quelques portraits, cette appréciation paraîtra sans doute trop bienveillante; mais d n'en sera pas de même pour les Hollandais qui estiment infiniment le talent sobre et fort, les intelligentes compositions, la manière simple, attentive et linie du disciple de Rembrandt. De très bonne heure, Bol avait été admis dans l'école de ce grand maître et parqué dans une de ces monastiques cellules où Rembrandt enfermait chacun de ses écoliers pour lui permettre de développer à l'aise ses facultés natives, et l'empêcher de les compromettre, comme il arrive souvent, dans l'imiqu il prit de séparer ses élèves et de veiller ainsi à sur eux sa propre influence. II eut beau les mettre

en présence de la nature et leur dire : « Regardez, voyez avec vos yeux, et rendez selon votre sentiment », tous virent comme lui, tous ses disciples subirent son ascendant et lui ressemblèrent, Bol aussi bien et plus que les autres. Comment, du reste, pourrait-on recevoir les leçons d'un homme de génie sans lui ressembler, à moins qu'on 11 ait soi-même du génie ■

Dordrecht, qui était la patrie d’un des plus grands peintres de Hollande, Albert Cupy, fut aussi la patrie de Bol. 11 y naquit en 1611; mais, dès luge de trois ans, il lut amené par ses parents à Amsterdam. Voilà tout ce que nous apprennent sur son compte les biographes hollandais Houbraken et Campo Veyerman. Sa vie est donc toute entière dans ses œuvres. La plus belle qu'il ail jamais faite est sans contredit son tableau des Quatre Régents de t hôpital des Lépreux qui se voit à Amsterdam dans une des salles de cet établissement. On appelle cela modestement une reunion de portraits; mais, en vérité, je puis dire que Bol s'y est élevé à la dignité d'un peintre d'histoire. Chargé de

peindre sur une seule toile les portraits de ces quatre personnages, Bol a imaginé une scène

touchante. Il a représenté les Ilégents de l'hôpital au moment où on leur amène un jeune malade, un pauvre enfant souffreteux, misérable et comme étonné de l'intérêt qu'on lui témoigne. Diversement émus à la vue de ce petit malheureux, les quatre Régents laissent voir dans leur attitude et sur leurs traits la compassion toute chrétienne que leur inspire la profonds misère de l'enfant qu on leur présente. Cet épisode, introduit dans le tableau, en devient l'objet principal; il modifie les expressions ou plutôt il les commande; altère toutes les physionomies, et ce qui n'était d'abord

qu’une réunion de portraits devient une scène pleine de sentiment, un intéressant et pathétique

tableau de mœurs.

Il y a quelques années, on lit à Amsterdam, au prolU des pauvres, une grande exposition des plus beaux morceaux de peinture que l'on put trouver dans les galeries publiques ou particulières de la Hollande. Parmi les chefs-d'œuvre que l'on devait rassembler, on désigna le portrait des Quatre Régent s, que l'hôpital des Lépreux lit décrocher pour la première fois de la muraille à laquelle il élait suspendu depuis deux cents ans. Or il se trouva que ce tableau de Ferdinand Bol lut celui qui produisit la plus forte sensation. Tout le monde y revenait involontairement, soit qu'il fut réellement le plus admirable de tous, soit que la scène de charité qu'il représentait avec tant d expression lut plus remarquable, ce jour-là, pour ceux qu’avait attirés à l’exposition la pensée d’accomplir une bonne œuvre. C’est qu'en effet ce magnifique tableau ne serait ni mieux senti ni plus expressif quand il serait de Rembrandt. Ferdinand Bol, ordinairement beaucoup plus froid que son maître, l'a égalé cette fois en énergie et en chaleur. Son dessin est ici châtié, sévère et plus correct que celui de Rembrandt; quant à l’exécution, elle est magistrale. Bien que l’effet en soit | uissant, heureusement combiné et dans un mode grave comme le comportait un sujet pareil, lellet moi al est encore plus puissant que l’effet optique, et il est impossible, en regardant ce tableau, de nôtre pas gagné par l'émoiion visible sur toutes les ligures qui le composent.

C’est surtout dans ses portraits que Ferdinand Bol s’est rapproché de Rembrandt, toutefois il semble avoir quelquefois subi d’autres influences. On voit au Louvre le portrait d’un géomètre dont le nom n'est pas venu jusqu'il nous. Celte fois le pinceau de Bol est net, ses contours sont accusés un peu sèchement, et, au lieu de regarder sou modèle d’un peu loin et eu masse comme le luisait Rembrandt, il l'a vu de près, de façon à s'assurer rigoureusement des plans et des lignes. Mais cetle manière de peindre n’est pas celle que Bol a suivie le plus souvent. D’ordinaire, sa peinture est grasse, large et mêlée, et c’est alors qu’il ressemble à Rembrandt et peut même être confondu avec lui. Rembrandt, on le sait, finissait beaucoup ses premiers tableaux, il en parfondait toutes les touches, ii eu mariait tous les tons avec finesse et ne laissait pas voirie mécanisme du travail. C’est ainsi que Titien avait procédé. Plus tard, Rembrandt adopta une manière heurtée où les touches étaient apparentes et dont l’harmonie ne se produisait qu’à distance. Cette dernière manière n’est pas celle qu’imita Bol; il s’en tint à la première, quelquefois même il en atteignait la perfection; mais il n osa jamais emplojei la seconde, n’ayant pas la verve la fougue, la résolution nécessaires pour la pratiquer.

Parmi les beaux portraits de Bol, ou cite celui de V Amiral Ruyier, qui est au musée de la Haye, et celui du fameux architecte Van Campen, qui édifia le grand Hôtel-de-Ville d Amsterdam. Ce poitiait

Page 1