BELL
Imprimerie
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M. T.-H. Hope possède, à Londres, une Sociélé de chasseurs à cheval, composition riche, exécution fine et délicate.
Dans la collection privée de George IV, à Pall-Mall, il y a deux Karel : un Pätre assis, un bœuf, un âne, une brebis et un agneau au repos. Telle est la composition du premier.
L'autre est un petit tableau ravissant qui représente un Garcon qui ramasse du fumier dont il charge son âne accompagné d'un chien. IL a été gravé à l'eau-forte par Watelet.
Donuons maintenantun apereu des prix auxquels sesontélevés, dans les ventes publiques, les tableaux de Karel Dujardin. A la vente Julienne, en 1767, un petit tableau de Karel représentant la Vue d'une campagne (uu homme à terre, le dos appuyé sur un ballot, donne à manger à son chien) fut adjugé 801 liv
M. le duc de Choiseul avait dans sa riche collection cinq Karel Dujardin. Le premier, une Paysanne gardant des vache. cavalier fait l'aumône à un garçon, aujourd'hui au Louvre, fut vendu 2,400 livres. — Un autre, dans lequel on voit Deux vaches elun garçon qui coupe une baguette à un arbre, fut adjugé pour 1,280 livres. — Le troisième, composé de quatre figures, un Soldal à table, deux autres causant ensemble, ?,401 sols
Le quatrième est le Passage du qué : une femme, les jupons relevés, uu homme monté sur un cheval blane, des brebis, des boucs ; prix : 2,000 livres. — Le dernier représente un Jeune i uant avec son chien, à côté un cheval el deux moutons. : 997 livres 19.
Blondel de Gagny possédait {rois tableaux de Karel Dujardin, au nombre desquels se trouvait le fameux Charlatan que l'on admire au Musée du Louvre ; à la vente de cetamateur, survenue en 1716, cette magnifique composition fut adjugée pour 17,210 livres ; le second représentait des Moutons, des béliers, el un vieilla il n'atteignit que 1,000 livres; le troisième, un Garçon ramassant du fumier, le même qui orne la collection de George IV, fut adjugé pour 2,000 livres.
Randon de Boisset u'avait pas moins de sept tableaux de Karel dans sa galerie. furent vendus l'un dans l'autre environ 3,50) francs,
Passons au siècle présent,
A la vente du cabinetRobit, en 1801, nous trouvons deux Karel: l'un représente Trois moutons, deux béliers, deux chèvres el un âne, el une belle vache. Prix : 902 francs. — Le second atteignit le prix de 4,925 francs; il représente un Garçon qui coupe une baguetle. À la vente de Choiseul, ce même tableau n'avait atteint que le prix de 1,280 livres.
M. de Solirène avait dans son cabinet Ze Pâtre jouant avec son chien, qui à sa vente, en 1812, atteignit 4,000 francs ; à celle de M. de Choiseul, il n'avait été porté qu'à 997 livres.
A la vente rouge, en 1818, il parut un beau Karel qui atteignit le prix de 10,200 francs ; il représentait un Cavalier vélu d'une cuirasse, tenant un cheval blanc.
Les deux tableaux de Karel qui se trouvaient à la vente dela duchesse de Berri, en 1837, se vendirent, l'un 5,100 francs, e Mulelier suivi d'une femme, dirigeant un troupeau; — V'autre, ; francs, le Moulin ; on y voit des villageois conduisant leurs bestiaux à l'abreuvoir.
Nous ne citerons de la vente du cardinal Fesch, survenue en 1845, que le tableau de Karel Dujardin ayant pour titre Le Charlalan, qui futadjugé à M. Nathaniel de Rothschild pour 15,687 fr. Ce charlatan, dans son costume d'âpparat, chante eu s'accompa guant de la guitare; derrière lui, à{ vero Pulcinello; divers hbadauds, filleset garcons, complètent celte composition spirituelle.
Karel Dujardin a signé ses eaux-fortes et souvent ses tableaux comme nous l'indiquons ici. An.
KV. ARDIN-E.
. Cuére,
Ge 4 «Holans Use. Pad 7
MELCHIOR DE HONDECOETER
NÉ VERS 1636. — mMonT EN 1695.
« Presque tous les tableaux de ce maitre sont d'oiseaux, » dit le bon Descamps, dans ce style qui n'appartient qu'à lui. En effet, Melchior de Hondecoeter a été en peinture un fort habile homme sans sortir du poulailler, et pour illustrer son nom, il lui a suffi de peindre sur le fait, soit les drames sanglants, soit les paisibles spectacles de la basse-cour : la poule conduisant ses poussins à la picorée, la cane donnantà ses petitsleur première leçon de natation, le coq superbe qui compte du regard son sérail, et le paon
Qui se panade, qui se déploie Une si riche queue et qui semble à nos yeux
La boutique d'un lapidaire;
et ces combats mémorables où, pour une Hélène au beau plumage, deux rivaux s'entre-déchirent, en
attendant l'ongle du vautouwr. Hondecoeter n’a guère mis en scène d'autres héros, et cependant, il s'est
acquis une gloire plus sûre que celle de bien des artistes boursouflés qui ont raconté la lutte des Titans
et des dieux. C’est qu'il a peint à ravir la gent qui porte crête, et qu'il a su nous y intéresser, à force de
vérité pittoresque, de grâce rustique, de couleur et d'esprit.
Je ne rechercherai pas si Melchior, qui naquit à Utrecht en 1636, était, comme on l’assure, issu d'une
maison d'ancienne noblesse; il sortait d'une famille de peintres, et ce titre-là nous suffit. Son grand-père, Gilles de Hondecoeter, avait peint des animaux et des paysages dans le style de Roland Savery: son père, Gisbrecht, avait joui aussi de quelque réputation dans la Hollande du nord ; de plus, Melchior comptait, parmi ses ascendants dans la ligne maternelle, un des Vinkcboom et ce même Roland Savery dont nous venons de arler; enfin Hondecoeter avait un oncle, jeune encore, mais déjà célèbre, Jean-Baptiste Weenix. Melchior, dès ses premières années, n'entendit donc parler que de peinture, et il céda aisément aux influences qui ‘entouraient de toutes parts. Son père, qui peignait des animaux et qui s'en acquittait à merveille, fut son
premier maitre. Malheureusement, Gisbrecht de Hondecoeter ne put achever l'éducation de son fils : il
mourut en 1653. C'était trop tôt pour Melchior, qui n'avait encore que dix-sept ans. Mais celui-ci n'eut as beaucoup de chemin à faire pour rencontrer un autre maître. Il alla trouver son oncle, J.-B. Weenix, qui, dans la peinture d'animaux, était certainement un des plus habiles praticiens du temps. Weenix avait vu ltalie, il connaissait les chefs-d'œuvre des époques glorieuses : mais, à côté des grands maîtres de
‘art solennel, il étudia la simple nature. Il était content lorsqu'il avait savamment groupé dans un cadre,
un faisan doré, une perdrix rouge, un beau chevreuil et la gibecière d'un chasseur. Melchior trouva dans
J.-B. Weenix un excellent guide. Grâce à lui, tout en continuant à étudier l'animal vivant, il apprit à
eindre du gibier mort; il suivit, mais sans servilité, la manière de son oncle. On a de lui des tableaux de
chasse, des tables chargées d'oiseaux, de lapins et de liévres, qui, pour l'heureuse expression des plumages,
e rendu des fourrures, des moustaches et des bourres, limitation de la boite à poudre et du carnier,
ne sont pas au-dessous des meilleurs Weenix. Il faut croire que, placé à si bonne école, son talent se orma vite, et qu'il était depuis longtemps sûr de son pinceau lorsqu'il perdit son second maitre, en 4660.
Mais avant cette époque, la vocation de Hondecoeter avait été mise à une rude épreuve. Il était d'une
amille où l'on ne croyait pas qu'un peintre dût ignorer quelque chose. Son père avait eu Le plus grand soin de son éducation ; Hondecoeter s'était occupé de littérature et d'histoire, il avait étudié surtout les livres saints et même les livres de théologie et de controverse: en outre, il s'était exercé publiquement dans le maniement de la parole et il argumentait selon les bonnes méthodes. Ces dispositions à l’'éloquence faillirent le perdre, ou du moins l'enlever à la peinture. On assure que, dans sa première jeunesse, il
prononca, dans une église d'Utrecht, un prèche qui édilia grandement les auditeurs, et dont les bonnes gens
u voisinage admirèrent beaucoup l'onction convaincante et la rhétorique. Peu s'en fallut que les amis et
les parents de Melchior ne prolitassent de ce succès pour persuader au jeune théologien qu'il était appelé à un grand avenir comme prédicateur, etilne manqua pas de personnes sages qui lui conseillèrent sérieusement
‘abandonner le chevalet pour la chaire.
Hondecoeter ferma l'oreille à ces donneurs de conseils. S'il aimait les homélies, il aimait encore mieux
à peinture, el sans pousser plus avant ses études religieuses, qui n'avaient été pour lui que les tentations
‘un esprit curieux, il reprit le pinceau, qu'il maniait mieux encore que la parole. Une autre circonstance
‘éloigna à jamais de la profession dont on lui vantait si bien les douceurs. I s'était marié, et, chose triste à dire, il avait fait un choix malheureux. Sa femme, dont le nom ne nous à pas été conservé, n'était pas
igne de lui. À une humeur constamment grondeuse, elle ajoutait des défauts plus graves ; en outre, elle
avait fait entrer avec elle, dans la maison conjugale, deux sœurs, qui étaient aussi d'assez méchantes filles,
ondecoeter se montra patient et résigné pendant les premiers temps de cette malencontreuse union; mais peu à peu son logis, sans cesse troublé par les criailleries de ces mégères, lui devintintolérable, et bientôt
le pauvre artiste n’eût qu'une idée en tête, celle de quitter sa maison le plus longtemps possible et d'aller
‘hercher ailleurs un peu de sérénité, une heure d'oubli. Dès lors, les tavernes des environsle virent peut-être
top souvent assis devant leurs tables grossières, avec des compagnons moins tristes que lui; mais nous
ne pouvons voir qu'un excès d'imagination dans le dire de certains biographes, et notamment de Descamps,
qui ose écrire que Hondecoeter s'abandonna « à une crapule abominable ». Nous demandons pardon de
transcrire de si vilains mots : c'est le style qu'emploie, en ses meilleurs jours, l'historiographe Descamps,
membre de l’Académie des belles-lettres de Rouen.
MELCHIOR DE HONDECOETER (1636). 3
Que Melchior ait éprouvé de grands ennuis dans sa maison simal habitée, qu'il ait parfois essayé d'oublier ses peines, cela est assurément fort possible ; mais ce qu'il comprit d'abord, c'est qu'un artiste doit chercher dans le travail ses consolations les plus efficaces. Hondecoeter ne cessa donc point d’être le plus laborieux des hommes, et son œuvre le dit assez.
Les meilleurs tableaux de Hondecoeter sont restés en Hollande, et ce sont les collections publiques de
La Haye et d'Amsterdam qui renferment aujourd'hui ses morceaux les plus intéressants. Le dernier de ces musées montre avec orgueil un tableau dont la réputation est européenne. Faire le peélerinage d'Amsterdam sans avoir admiré la Plume flottante, ce serait commettre un crime de lèse-peinture. Hondecoeter à peint ce morceau avec autant de soin que de bonheur. Dans un pare luxueusement décoré
de beaux arbres et de fontaines jaillissantes, il a groupé, avec des oiseaux domestiques, des volatiles