‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 114 sur 239 · JEAN LE DUCA · texte numérisé non relu

JEAN LE DUCA

accentuées, et qui, bien qu'imparfaites, donnent l'idée la plus heureuse du résultat auquel Le Ducq aurait pu atteindre, s'il eût persévéré dans ce genre de travail. Ses eaux-fortes ont été assez bien jugées par Adam Bartsch, qui, lui, n'a pas hésité un instant à les attribuer au peintre des corps de garde. « Les estampes de Le Dueq, écrit-il, nous rappellent celles de Paul Potter; mais il y a dans la représentation de ses animaux une espèce de dureté qui ne se trouve pas dans ceux de son maitre. A l'égard de sa pointe, elle n'est ni si nette, ni si délicate. » Ce qu'il fallait dire aussi, c'est que les chiens de Jean Le Duecq sont

pleins de vie et de mouvement; vrais par la forme, ils le sont aussi par la passion; enfin l'artiste a donné

CORPS DE GARDE HOLLANDAIS (Musée du Louvre

jour théâtre à leurs jeux ou à leurs colères de charmants paysages d'un aspect très-hollandais, de grandes Jerspectives qu'animent, ici, un groupe d'arbres aux feuilles agitées, là, le clocher pointu d'une lointaine église.

Les eaux-fortes de Jean Le Duc sont l'œuvre de sa jeunesse. Il avait vingt-cinq ou vingt-six ans lorsqu'il

es exécuta, et il n'avait pas encore eu le temps d'oublier les lecons, malheureusement sitôt interrompues,

oiutain, au milieu de plusieurs arbres, une église au clocher pointu. La date, 1661, est écrite à rebours. — No 4, La Chienne elson petit. Une belle chienne, couchée sur le flanc, esttétée par son pelit, qui est couché surle ventre. Fond de paysage. 1661.

- No 5. La Viande disputée. Deux mâtins se disputentun mor

au de viande qu'ils s'efforcent de s’arracher l’un à l'autre. Dans

e fond, à droite, un verger entouré d'une haie. 1661. — N°6.

es Chiens envieux. Un chien, au poil hérissé de fureur, envie

à un autre une poule qu'il est prè

tà dévorer. Au fond, à gauche, une partie d’une maison avec une fenêtre. À droite, quelques

bouquets d'arbres. 1661. — N° 7. Les Chiens qui se mordent. Les deux chiens qui, dans la planche précédente, n'en étaient

ï ÉCOLE HOLLANDAISE.

que Paul Potter avait pu lui donner. Mais l'ambition lui vint avec l'âge : il voulut s'essayer dans un genre plus difficile, et faire entrer dans ses compositions des acteurs d'un ordre plus élevé. Il devint peintre, et suivant l'exemple que lui donnait Antoine Palamède, avec lequel il a plus d'un point de contact, il peignit des scènes familières, des intérieurs de tavernes, et plus particulièrement des corps de garde. Jean Le Ducq aimait les soldats, et, avant de connaitre leurs mœurs pour avoir véeu de leur vie, il semblerait qu'il eût, par une véritable intuition d'artiste, deviné leurs habitudes et leurs allures. Les tableaux

qu'il a faits dans ce genre n'étant pas datés, nous ne pouvons y étudier sûrement le progrès ou les

modifications de sa manière; mais nous sommes autorisé à croire que ces premiers essais réussirent, el qu'il conquit de bonne heure une certaine importance aux yeux de ses confrères, puisque nous savons que, le 20 octobre 1670, il fut élu Doyen de la corporation des peintres de la Haye, qui comptait alors dans

son sein tant d'artistes distingués. Ainsi, à trente-quatre ans, Jean Le Ducq avait déjà sa situation faite;

il était presque un personnacs e.

Mais de mauvais jours allaient commencer pour la Hollande. Louis XIV avait résolu d'éteindre brusquement ce foyer de la libre pensée, et le 3 juin 4671, il avait conclu avec Charles Il un traité d'alliance offensive et défensive dans le but « de mortilier l'orgueil des Provinces-Unies et d'abattre leur puissance. » Quelques mois après, le roi qui, dans celte circonstance, ne fut vraiment grand que par son injustice,

ale se mettait en marche. Cent dix mille fantassins, douze

déclarait la guerre à la Hollande, et l'armée ro) mille cavaliers, cent pièces de canon, conslituaient, certes, — sans parler des soixante vaisseaux de la flotte anglaise, — un danger assez menaçant pour le pays de Jean Le Ducq, qui ne pouvait opposer à ces forces ennemies qu'une flotte admirablement organisée par Ruyter, et vingt-cinq mille hommes mal disciplinés, et commandés par des bourgeois et des marchands qui n'avaient jamais fait la guerre. Mais le patriotisme vint au secours de la faiblesse ; la Hollande envahie improvisa des soldats, et Jean Le Ducq, suivant l'élan général, abandonna le pinceau pour le mousquet. On assure que pendant cette campagne, que nous n'avons

pas à raconter, il fit noblement son devoir : Le Ducq obtint d'abord le grade d'enseigne. Et puis, il parail

avoir pris goût à la carrière des armes, puisque, même après que la paix de Nimègue (1679) lui eut, ce semble, permis de rentrer dans ses foyers, il persista et demeura à son rang. Il devint même, vers 1692 ou 1693, capitaine dans l'armée hollandaise, si bien qu'à l'heure où son pays n'était plus attaqué, il le délendait encore.

Descamps a parlé avec sa légèreté ordinaire de ce brillant épisode de la vie de Jean Le Dueq. Il se complait à établir un parallèle entre la conduite du maitre et celle de l'élève; il loue Paul Potter d'être resté fidèle à la peinture, et il malmène Le Dueq qui, « par une ingratitude marquée, — écrit-il, — abandonna sa bienfaitrice, pour prendre le parti des armes. » [Il ajoute qu'il « acquit le titre de brave, » et que dès lors il cessa de peindre. Cette affirmation de Descamps est purement conjecturale : n'est-il pas vraisemblable, au contraire, que Jean Le Ducq, qui avait pour l'art une passion sincère, et qui y avait si bien réussi, revint à

la peinture, ou plutôt qu'il ne la délaissa jamais tout à fait? Le nombre seul de ses tableaux en serait une

encore qu'aux gros mols, en sont venus aux coups de dents. Un troisième survient etleur enlève le morceau pourlequelils se

battent. 1661. — N°8. Le Chien buvant. A la droite de l’estampe, un bassin carré, sur le bord duquel est assis un chasseur regardant un chien qui boit. Pas de date. — N°9. Le Loup poursuivi. Un loup se sauve, emportant un agneau. Il est poursuivi par un berger armé d'une pique. Cette pièce, très-rare, ne porte ni date ni millésime. — N°10. Le Chien debout devant celui qui dort. Sur le devant, un tronc d'arbre est étendu à terre. Pas de date. Très rare. Cette estampe a élé copiée par Bartsch

Vendue 225 francs à la vente Rigal, en 1818. Rudolph Weigel, dans son Supplément au Peintre-Graveur, ajoute aux pièces que nous venons d'indiquer trois eaux-fortes que Bartsch n'a point connues et qui complètent l’œuvre de Le Dueq : — N° 11 La Chienne allailant son petit. N n'existerait que quatre exemplaires de cette gravure. Le maitre à peint un tableau sur la

planche cuivre qui se trouve dans la galerie du prince Esterhazy, à Vienne. — N° 12. Deux pièces représentant des mou-

tons. On n'en connait qu'une épreuve. — N° 13. Le Paysage au gros bourdon. (C'est la fable de l’Abeille et des Fourmis.

L'attribution de celte eau-forte à Jean Le Ducq est conslatée par quelques connaisseurs. Celle pièce manque, comme

les précédentes, au Cabinet des estampes de Paris.

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