‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 115 sur 239 · JEAN LE DUC · texte numérisé non relu

JEAN LE DUC

preuve. Ilestraisonnable de croire que la vue des uniformes et le spectacle des scènes militaires, donnerent à Le Ducqune expérience plus complète, etque, dans cette carrière aventureuse, où il pouvait compromettre son talent, il sut au contraire l'affermir et le préciser. Il convient de remarquer, toutefois, que dans ses compositions empruntées à la vie des camps, Le Ducq ne s'est pas astreint à la reproduction rigoureuse de la vérité. Les soldats qu'il aime à peindre sont moins les fantassins d'une milice régulière que des ofliciers d'aventure, des reitres de la grande armée de la fantaisie. Dans son goût pour le pittoresque, il à

quelque peu modifié les costumes, il a ex

é le caractère, et il s'est montré plus soucieux de la vérité

LES MARAUDEURS (Musée du Louvre

humaine que de la vérité historique. Les deux tableaux de sa main que possède le Louvre sufliraient seuls à le prouver.

Le plus grand de ces tableaux, — et le moins heureux peut-être, représente l'intérieur d'un corps di garde, que des soldats ou des bandits, car ils peuvent être l'un ou l'autre, ont établi dans la salle bass d'un vieux château. À gauche, au premier plan, deux militaires sont assis devant un tambour et jouent aux cartes, en présence d'une femme et d'un enfant qui paraissent suivre avec intérêt les hasards du jeu Derrière eux estun gr

oupe de trois autres soldats qui fument ou se reposent dans la vague somnolence qui suit un jour de fatigue. A l'autre extrémité du tableau, un officier est assis auprès d'une femme vêtue avec une certaine élégance, et qui écoute sans trop d'ennui les compliments qu'il lui adresse. Aux pieds de la charmante aventurière s'entassent des Joyaux et des orfèvreries, qui forment sa part du butin, car c’est un peu pour elle qu'on à combattu, et dé

à elle tient à la main un collier de perles qu'elle admire avet

complaisance. Eufin, par la porte restée ouverte, on voit s'avancer un autre personnage, le capitaine de la bande sans doute, homme énergique dans sa pelite taille, et qui marche en se dandinant vietorieusement, comme un maitre qui rentre chez lui.

L'Intérieur d'un corps de garde est composé de la maniere la plus adroite et la plus savante. Bien qu'assez distants les uns des autres, les groupes sont reliés non-seulement par une pensée commune, mais aussi par un heureux choix d'accessoires et par les lignes de l'architecture qui sert de fond au tableau.

Si la composition est parfaite au point de vue de l'ensemble, l'esprit étincelle dans le détail. Les soldats

qui jouent aux cartes, l'officier qui entre en faisant retentir sous le talon de ses larges boites les dalles sonores, la jeune femme, — poétique vision égarée dans ce repaire, — qui compte une à une les perles du collier qu'elle à gagné avec un sourire, toutes les figures enfin sont délicieusement comprises; chacune

à sa valeur propre, son rôle précis, son caractère individuel.

L'autre tableau de Jean Le Dueq est peut-être plus remarquable encore, notamment par un ton

fauve qui est des plus charmants et qui rappelle à la lois les gris de Téniers et ceux de Vélasquez. Il est de plus petite dimension, et, suivant la règle commune, le talent du peintre, en se contenant, s'est accru. ei nous sommes dans le camp retranehé d'une bande de maraudeurs : le chef de la troupe, grand gaillard habitué à tous les triomphes, se tient debout dans une altitude pleine d'impertinence ; il écoute, d'un air distrait, les lamentations d'une pauvre femme que ses compagnons viennent de conduire devant IE ReL

qui, prosternée à ses pieds, demande merci, peut-être pour son trésor qu'elle à voulu soustraire à leurs

perquisitions, peut-être pour son honneur menacé. À droite, un homme assis sur un tambour attend le

énoûment de cette scène trop sentimale à son gré; au second plan, trois soldats allument tranquillement

leur pipe, pendant qu'au fond de la salle un maraudeur, plus sérieux que tous les autres, fouille activement

ans un coffre et fait main basse sur les richesses qu'il contient.

Le Dueq, qui mettait de l'esprit partout, en à certainement mis beaucoup dans ce tableau, mais il x

à fait paraître aussi du sentiment, car la femme agenouillée devant le chef des bandits est véritablement

ésolée et touchante: le capitaine, au contraire, est d'une insolence souveraine, et bien qu'elle n'ait pas encore fini sa plainte, il a déjà pris sa décision; on comprend que la malheureuse est jugée avant d'avoir été entendue. Ainsi chacun est à sa place, chacun joue sérieusement son personnage dans ce drame clandestin. Ajoutous que les physionomies ont beaucoup de netteté et de tournure. Le Ducq a toujours excellé à peindre ces soldats de la mauvaise cause, ces capitaines du hasard et de la violence, qui ont quelque chose d'excessif, même dans leur accoutrement militaire : les uns trainent sur le pavé des rapières démesurées, les autres ont ombragé leur feutre d'un plumet extravagant; tous sont à l'aise dans leur costume et dans

leur larve ceinture: car, si ce sont des guerriers aux bras robustes, ce sont aussi de bons vivants; et

l'on veit bien que lorsqu'ils auront su voler le vin d'un gentilhomme, ils sauront le boire jusqu'au dernier flacon.

Jean Le Ducq, toutefois, n'a pas fait que des scènes de soldats et de maraudeurs. Il sait, quand il le

veut, endosser un habit élégant, et nous introduire, comme Palamède l'avait fait avant lui, dans ces salons

où se tiennent de galantes assemblées. C'est aussi l'homme du foyer: il montre les gens du bel air jouant

au trictrac ou aux dames, l'agile servante qui traverse le salon un plat d'argent à la main, les amoureux qui

se parlent à l'oreille et qui, alors même qu'ils ont fini, ont encore quelque chose à se dire. On à remarqué que, dans les sujets de ce genre, Le Ducq ressemblait parfois à Terburg: et, en effet, il peint bien les

intérieurs, costumes et accessoires, mais, à côté de Terburg, il manque de souplesse, el la précision de ses

contours le fait paraitre relativement sec. Il n'est pas d'ailleurs aussi délicatement coloriste; ses couleurs

se neutralisent parfois dans le gris, et ses Lableaux sont alors d'un aspect un peu froid. Nous avons dit qu'en 1693, Jean Le Ducq était encore capitaine dans l'armée hollandaise. À dater de cette époque, l'histoire le perd de vue; et, bien que son acte de décès n'ait pu être relrouvé, on conjecture

qu'il mourut deux ans après, c'est-à-dire vers 1695.

Ainsi, tour à tour graveur et peintre, Jean Le Ducgq s’est acquis un double droit à l'estime des curieux.

JEAN LE DUCQ.

Ayaut à peine eu le temps de counaitre son maitre Paul Potter, il a, pour ainsi dire, grandi seul dans son art et il s'est formé lui-même. Il est inférieur, surtout sous le rapport du coloris, à Metsu et à Terburg; il n'a ni la verve comique de Jean Steen, ni la puissante rusticité de Van Ostade, m la vérité lumineuse de Pierre de Hooch; mis à côté de ces grands types de l'école hollandaise, il s'efface un peu. Et cependant il

est simple, il est france, il est ferme: il a exprimé, mieux qu'aucun de ses confrères, tout un côté de la

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