LA LECON DE BASSE DE VIOLE
que l’on püt faire mieux. Cette réponse, rapportée à Terburg, l'irrita profondément et contre son ancien élève et contre le prince d'Orange. Il s'en vengea par un tableau allégorique très-compliqué, que nous avons décrit
dans la vie de Terburg, où ilreprésente son disciple comme un ambitieux plein de présomption, de bassesse et
d’'ingratitude, et Guillaume comme un fouméchant, et comme le tyran de la République. Cette allésorie, dont la description et l'explication minutieuses se trouvent dans le livre de M. de Burtin, dela Connaissance des Tableaux,
cette allégorie, disons-nous, a pu être une merveille de clair-obseur, de touche et de couleur : mais les allusions
ymanquaient à la fois de la finesseetde la clarté que comporte cette espèce de peinture. Un artiste qui s'appelait Gérard Terburg pouvait, ce nous semble, se venger de Netscher autrement que par une composition aussi lourde, aussi alambiquée. Il devait se venger par un chef-d'œuvre : c'est, du reste, ce qu'il fit.
Des neuf enfants de Netscher, deux embrassèrentla peinture et y soutinrent dignement le nom de leur père. Ils travaillèrent l'un et l'autre dans songenre etadoptèrentsa manière finie, son goût pour les satins, sa touche fondue et précieuse. Les tableaux de Constantin et de Théodore Netscher sont estimés et recherchés. Ceux de Constantin furent quelquefois attribués à son pèreetdecenombreseraitla fameuse Cléopätre dont nous parlions plus haut, s'il faut s'en rapporter à l'opinion d'un juge d'ailleurs fort compétent. Je parle de Lebrun, l'auteur de la Galerie
peintres flamands, allemands et hollandais. Mais cette opinion me parait fondée principalement
sur cette raison que Gaspard Netscher n'aurait jamais traité de sujets d'histoire, ce qui est précisément en
uestion. Il est certain toutefois que ce peintre a touché parfoi
à la mythologie. Pour en citer un exemple, nous
avons vu à Londres, dans la galerie Bridgewater, chez lord Ellesmore, un tableau de Netscher où, sous les traits de Vertumne et Pomone, il a représenté la duchesse de Mazarin et Saint-Evremond. Il n'y a donc rien
d'invraisemblable à ce que Netscher le père ait essayé un jour une donnée historique, d'autant qu'à la
facon dont il l'a comprise, on peut dire qu'il ne s'est pas écarté un seul instant des simplicités du tableau
e conversation, et à ce défaut mème je reconnais
‘authenticité de son œuvre.
Quelques auteurs ont pensé que ce peintre avait fait un voyage en Angleterre. Horace Walpole, qui est généralement bien renseis
1é, suppose que Netscher se trouvait à Londres vers l'année 1676 !; mais Houbraken assure que Charles IL roi d'Angleterre, le fit prier plusieurs fois par le chevalier Temple, son ambassadeur, de venir à la cour de Londres, et que le peintre s’en excusa poliment. D'Argenville ajoute qu'il se fit pardonner son refus en adressant à Charles IT de beaux ouvrages.
Au jugement de Gérard de Lairesse, Gaspard Netscher est un de ceux qui ontle mieux observé les lois de la couleur dans les ombres. « Chaque couleur des accessoires, dit ce savant homme, suivant qu'elle est claire ou sombre, doit avoir des ombres plus ou moins profondes, selon que la matière qui les compose est solide et compacte, ou mince et diaphane. Il est à remarquer aussi que les couleurs doivent être plus vagues etplus indécises en raison de ce que les objets deviennent plus petits par la distance. Nous trouvons d'excellents exemples de ceci dans les portraits du célèbre Netscher, qui a su admirablement bien ménagerles plus grands coups de lumière et les plus fortes ombres, suivant la force naturelle dela couleur. » Le mérite que lui reconnait un juge aussi éclairé, d'avoir gradué à proposles vigueurs des ombres ethien observé la perspective aérienne, ne l'a pas sauvé d’un reproche qui lui est commun avec beaucoup de peintres hollandais. Souventilluiestarrivé, comme à Gérard Dow, comme au vieux Miéris, à Eglon van der Neer et à tant d'autres, de représenter des portraits en petit, notamment le sien propre avec sa femme et un de ses enfants appuyé surle bord d'une fenêtre, sans rien faire qui éloigne cette fenêtre de l'œil duspectateur. Ilest aisé de comprendre que si l'on n'interpose aueun objet, entre le cadre etla fenêtre, pour marquer la distance de celle-ci, l'œil estnaturellement choqué d'apercevoir en petit des figures qui devraient lui apparaître aussi grandes qu'elles le sont en effet. On n'y peut remédier qu'en
peignantsurie devantdela croisée quelque pièce de nature morte quienindique la profondeur etl’éloignement.
C'est ce que Miéris a voulu faire sans y trop réussir, quandil a peint un chat devant la fenêtre par laquelle il nous montre son £'picière, qui est dans le cabinet de sir Robert Peel. « On sait, dit Lairesse, que c'estle défaut
« ordinaire des peintres de portraits, de faire paraître la figure appuyée sur l'épaisseur de la fenêtre. Il n'y à
done pas d'autre moyen de faire fuir la figure, que d'ôter la croisée, car quand même la figure st
ait repré-
sentée en dedans de la fenêtre, cela ne servirait de rien, si l’on ne donnait point une largeur etune épaisseur
suffisante à la croisée, et dans ce cas il ne faut pas craindre d'employer un peu de toile ou de panneau de plus pour y peindre quelque objet de grandeur naturelle, tels qu'un livre, une orange. »
Toutle monde connait par la belle estampe de George Wille a Tricoteuse hollandaise gravée par cet habile ! Madame Jameson voit dans le tableau de Vertumne et Pomone qui est dans la Bridgewater-Gallery une preuve à l'appui
de la supposition que Netscher a séjourné quelque temps en Angleterre, parce que Saint-Evremond et la duchesse de Mazarin babitaient l'Angleterre dans ce temps-là. Private galleries of art in London, page 358. London, 1844.