‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 118 sur 239 · TABLEAU DE FAMILLE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE FAMILLE

Quelqueloiscesblonds enfants sontgravementoccupés à faire des bulles desavon, et ce motif d'une philosophie un peu banale se répète même assez souvent dans l'œuvre de Netscher. Tantôt le petit physicien (c'est le nom

que les graveurs ont donné à ces

sortes de tableaux) s'amuse tout seul à souffler en un chalumeau trempédans

l'eau desavon, et à regarder, deses beaux yeux tout grands ouverts, ceglobeimpondérable où se réfléchissent Le] D o o

5 ÉGOLE HOLLANDAISE.

les fenêtres de la maison et les arbres du jardin, tandis quele spectateur considère ce mondeléger, brillant et vide comme le symbole consacré de la vie humaine : tantôt (et c'estainsi dans le tableau qui appartenait à sir Robert Peel et qui orne encore son cabinet) les bulles de savon sont échangées entreun petit garçon qui les

soufle en souriant et une jeune fille qui lesreçoit avec une joie ingénue dans son chapeau. La scène alors à

uelque chose de plus saisissant, parce que la vie s y trouve représentée SOUS les deux aspects de sa vanité

it avec l'image de ses doubles illusions.

Bien qu'il eût des aspirations vers le beau, Netscher ne putleur donner un libre essor au milieu d'un pays

ui puisait ses idées et son art dans le spectacle de la vie réelle. Quand ils'élevait au-dessus du genre qui l'a

lustré, il s'attachait de préférence aux traits de l'histoire romaine etaux sujets de la fable; mais faute d'une

iducation suflisante, il était incapable d'arriver à la conception de ce qu'on appelle le style. Les notions de

‘antique, les sublimes conventions dont se compose l'idéalde l'art, étaient trop au-dessus de son esprit etlui

emeuraient inconnues. Sa C/éopâtre, si célèbre par la belle estampe de Wille, en estun exemple à citer. Pour

nous montrer en un tel moment une pareille héroïne, il fallait au moins avoir lu Plutarque, avoir tenu dans ses mains quelques médailles romaines, comprendre et saisir les harmonies de la nature physique avec la complexion morale, deviner enfin où plutôt restituer avec du sentiment, de l'érudition etdu goût, la figure de cette reine aimable etpassionnée dont le grand cœur, par SCS battements, avail mis en émoi tout l'univers. Au lieu de cela, le peintre tudesque, naturalisé hollandais, n’a pas manqué de prendre quelque jolie lemme de La Haye pour le modèle de sa Cléopâtre, et sa Cléopâtre elle-même pour le prétexte d'une belle robe de satin.

J'ai été fortement ému, dit Bernardin de Saint-Pierre, en lisant dans Plutarque la mortde Cléopatre. Ce grand

peintre du mulheurreprésentelareine d'Égypte méditant, dansle tombeau d'Antoine, surlesmoyens d'échapper autriomphe d'Auguste. Un paysan lui apporte, aveclapermission des gardes qui veillent à la porte du tombeau, un panier de figues. Dès que cet homme estsorti, elle sehätede découvrir ce panter ete le y voitun aspie qu'elle avait demandé pour mettre fin à ses malheureux jours. Ce contraste, dans une femme, de la liberté et de l'esclavage, dela puissanceroyale et de l'anéantissement, de la volupté etde la mort:ces feuillagesetces fruits,

parmi lesquels elle apercoit seulement la tête et les yeux étincelants d'un petit reptile qui va terminer de si

grands intérêts, et à qui elle ditute voilà donc!..» toutes ces oppositions font frissonner. Mais pour rendre la personnemêème de Cléopätreintéressante, il ne faut passelafigurer comme nos peintres etnos sculpteurs nous lareprésentent, en figure académique, une Sabine pour la taille, l'air robuste et pleinde santé, avec de grands yeux tournés vers leciel et portant autour de ses grands et gros bras un serpent tourné comme un bracelet. Ge

ypte, sefaisantporter dans un paquett ehardes,surles épaules

n'est point là la petite el voluptueuse reine d' d'Apollodore, pourallervoirineognito Tules César; courantlanuit, déguisée enmarchande, lesrues d'Alexandrie avec Autoine en se raillant de lui et lui reprochantque ses jeux et ses plaisanteries sentaient le soldat. C'est

encoremoinsl'infortunée Cléopâtre, réduite au dernier terme du malheur, tirantavec escordesetdeschaines,

ée, ce mème Antoine couvert de sang qui s'élait percé de son

par la fenêtre du monument où elle s'était réfus

épée et s'aidait de toutes ses forces pour venir mourir auprès d'elle. » Combien de peintres pourraient tirer profit de la leçon que leur donne ici Bernardin de Saint-Pierre!

Depuis son retour à La Haye, Netscher s'était adonné plus particulièrement au Senre des portraits, nonseulement à cause des charges dont l'accablait sa paternité (car il avait beaucoup ( enfants: il en eut jusqu à neuf), mais aussi à raison du nombre des personnes qui voulaient avoir leur portrait de la main d’un tel peintre. Avec ses tendances à la distinetion, à voir le côté élégant des choses, l'élève de Terburg dut avoir autant et plus de portraits que son maitre. Celui-ci cherchait à bien rendre la nature, la trouvant toujours assez belle, s'il pouvait la traduire fidèlement; celui-là songeait à l'embellir, la trouvant toujours assez vraie

gance. Parmi les ambassadeurs qui passaient à La Haye, dit Houbraken, et qui se lirent

s'il atteignait à l'élé

peindre par lui, Don Francisco de Mello, ambassadeur de Portugal, ne se contenta pas d'avoir le sien, mais

il en emporta encore beaucoup d'autres qui sont aujourd'hui à Lisbonne chez l'archevèque de cette ville

On sait comment Netscher fut préférémème au grand Terburgsonmaitre, par Guillaume HH, princed'Orange,

depuis roi d'Angleterre. Lorsqu'en 1672, Guillaume HT se rendit à Deventer, patrie de Terburg, pour fortifier

GASPARD NETSCHER (1636). 9

cette place contre les Français, les magistrats de la cité lui demandèrent son portrait, lui désignant leur compatriote Terburg comme le plus habile peintre en ce genre de toute la Hollande. Il faut savoir qu'à cette époque Rembrandt était mort. Guillaume répondit aux bourgeois de Deventer qu'il avait déjà son portrait

de la main de Gaspard Netscher, son peintre favori, et il leur en offrit une répétition, ne supposant pas

MANCHELDà ñ SCHER.P. CARBONNEAU,SCG,

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